‹ De l'Antechrist, recherches et considérations sur sa personne, son règne, l'époque de son arrivée et les annonces qu'en font les événements actuelsChapitre 18 sur 66 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Dea athlètea qui combattront l’ JLntcchriat.

Cette matière étant très-curieuse aussi bien qu’importante pour la consolation des fidèles serviteurs de Dieu, on nous permettra d’entrer dans plus de détails, qu’au reste nous puiserons uniquement dans les Livres saints.

On lit dans le chapitre onzième de l’Apocalypse : « Et je donnerai mon esprit à mes deux

témoins, et, revêtus de cilices, ils prophélisetont douze cent soixante jours. Ce sont deux oliviers et deux chandeliers debout en la présence du Seigneur de la terre. Et, si quelqu’un veut leur nuire, un feu sortira de leur bouche et dévorera' leurs ennemis. Et si quelqu’un veut les offenser, il faudra qu’il périsse de la même manière. Ils ont le pouvoir de fermer le ciel, afin qu’il ne pleuve point durant les jours de leurs prédications ; et ils ont le pouvoir sur les eaux pour les convertir en sang, et sur la terre pour la frapper de toute espèce de plaies, autant de fois qu’ils voudront. Et lorsqu’ils auront achevé leur témoignage, la Bête qui monte de l’abîme leur fera la guerre, et les vaincra, et les tuera. Et leurs corps seront gisants sur les places de la grande ville qui est appelée spirituellement Sodôme et l’Egypte, où même leur Seigneur a été crucifié. Et les tribus, et les peuples, et les langues, et les nations verront^ leurs corps étendus durant trois jours et demi ; et ils ne permettront pas qu’on les mette dans le tombeau. Et les habitants delà terre se réjouiront de leur mort. Ils en feront des fêtes et ils s’enverront des présents les uns aux autres, parce que «es deux prophètes tourmentaient

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ceux qui habitaient sur la terre. Mais après trois jours et demi, l'esprit de vie entra en eux de la part de Dieu, et ils se relevèrent sur leurs pieds et une grande crainte tomba sur ceux qui les virent. Alors ils entendirent une voix forte qui leur dit du ciel : Monlez-ici. Et ils montèrent au ciel dans une nuée, et leurs ennemis les virent (1). »

De ce texte si étonnant et si précis, on conclut naturellement tout d’abord : que durant la persécution de l’Antéchrist qui sera la dernière el la plus horrible de toutes, comme l’a positivement prédit Notre-Seigneur au chapitre vingt-quatrième de saint Matthieu, la divine Bonté enverra au secours de ses élus plusieurs robustes athlètes de la foi, qui lutteront vigoureusement, dans leurs éloquentes prédications, contre les impostures de cet abominable despote et neutraliseront en même temps le prestige de ses faux miracles par de grands et de véritables prodiges. Au-dessus d’eux, pour les diriger, fortifier et amener au combat. Dieu 'mettra deux personnages remarquables par leur piété céleste, leur sagesse surhumaine, leur science angélique, leur indomptable courage, leur patience invincible.

(I) Apocalypse, chap, xi, v. 3 et suiv.

Ces deux hommes extraordinaires doivent être les prophètes Hénoch et Elie qui ont déjà vécu sur la terre, le premier avant le déluge et sous la loi naturelle, et le second après la construction du temple de Salomon et sous la loi de Moïse.

Cette proposition étonnera peut-être quelques uns de nos lecteurs laïques. Nous allons la prpuver dans les pages suivantes. Qu’ils veuillent seulement méditer avec attention les paroles sacrées que nous allons mettre sous leurs yeux ; et nous sommes sûrs d’avance qu’une forte conviction ne tardera point de pénétrer en leur âme à ce sujet.

g I. PREUVES DE LA VENUE d’hÉNOCH.,

Il est dit au chapitre cinquième de la Genèse : « Hénoch fils de Jared, ayant vécu soixante-cinq ans, engendra Mathusalem. Hénoch marcha avec Dieu ; et après avoir engendré Mathusalem, il vécut trois cents ans ; et il engendra des fils et des filles. Et tout le temps qu’Hénoch vécut sur la terre fut de trois cent soixante-cinq ans. Et il marcha avec Dieu, et il ne parut plus sur la terre, parce que Dieu l’enleva (1). »

(1) Genèse, ch. 5, v. 21 et suiv.

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Nous lisons au chapitre quarante quatrième du livre de l’Ecclésiastique : « Hénoch pktt à Dieu ; et il fut transféré dans le paradis, pour faire entrer les nations dans la pénitence (1). » Saint Paul au chapitre onzième de son Epître aux Hébreux a écrit : « c’est par la foi qu’ Hénoch a été enlevé pour ne pas mourir ; et on ne l’a plus vu, parce que Dieu l’avait transporté ailleurs : car l’Ecriture lui rend témoignage qu’avant d’avoir été ainsi enlevé, il plaisait à Dieu (2). »

Enfin au chapitre quatrième du livre de la Sagesse, on trouve ce passage que plusieurs commentateurs rapportent à celui de la Genèse, que nous venons de citer. « Comme le juste a plu à Dieu, il en a été aimé, et Dieu l’a transféré d’entre les pécheurs parmi lesquels il vivait.

11 l’a enlevé, de peur que son esprit ne fut corrompu par la malice, et que les apparences .

trompeuses ne séduisissent son âme (3). »

D’après l’affirmation des deux commentateprs si doctes et de si bon renom, Estius et Cornélius a Lapide, presque tous les Saints Pères, s’appuyant sur les textes précédents, ont

(1) Ecclésiastique, chap. xuv, v. 16.

(2) Epître aux Hébreux, cliap. xi, v. 5.

(3) Livre de la Sagesse, chap. iv, v. 10 et U. •

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enseigné qu’Hénoch, le plus saint personnage qui ait vécu avant le déluge, disparut subitement de la terre et du milieu de sa famille ; et que le Seigneur l’enleva en corps et en ame pour le placer dans un lieu inconnu des hommes, d’où il l’enverra, vers la fin des temps, pour fl prêcher la pénitence aux nations » et s’opposer aux ravages de l’Antéchrist et de ses adhérents. Telle a été dans tous les siècles la tradition de l’Eglise, tel l’enseignement de la plupart de ses docteurs, et telle la croyance de ses enfants tant soit peu versés dans la science des saintes Ecritures.

§ II. PREUVES DE LA VENDE d’ÉLIE.

Nous lisons au deuxième chapitre du quatrième Livre des Rois. « Lorsque le Seigneur voulut enlever Elie au ciel dans un tourbillon, il arriva qu’Elie et Elisée venaient de Galgala. Elie dit à Elisée : demeurez ici, parce que le Seigneur m’a envoyé à Béthel ; Elisée lui répondit : vive le Seigneur ! vive votre âme ! je ne vous abandonnerai point. Ils allèrent donc ensemble à Béthel. Et les enfants des prophètes qui étaient à Béthel vinrent dire à Elisée :

ne sav*ez-vous pas que le Seigneur vous enlève-

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ra aujourd’hui voire maître ? Elisée répondit : Je le sais ; gardez le silence. Elle dit encore à Elisée : demeurez ici, parce que le Seigneur m’a envoyé à Jéricho. Elisée lui répondit : vive le Seigneur, vive votre âme I Je ne vous abandonnerai point. Lorsqu’ils furent arrivés à Jéricho, les enfants des prophètes qui étaient à Jéricho vinrent dire à Elisée : ne savez-vous pas que le Seigneur vous enlèvera aujourd’hui votre maître ? il leur répondit : Je le sais, gardez le silence... ils allèrent tous deux ensemble..,.

Lorsqu’ils eurent passé le Jourdain, Elie dit à Elisée : demandez-moi ce que vous voudrez, afin que Je l’obtienne avant d’être enlevé d’avec vous. Elisée lui répondit : Je vous prie que votre double esprit repose sur moi. Elie lui dit : vous me demandez une chose difficile ; néanmoins si vous me voyez, lorsque Je serai enlevé d’avec vous, vous aurez ce que vous avez demandé j mais si vous ne me voyez pas, vous ne l’aurez point. Comme ils continuaient leur chemin, et qu’ils marchaient en s’entretenant, voici qu’un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent tout d’un coup l’un de l’autre y et Elie monta au ciel dans un tourbillon. Elisée le voyant, s’écriait : mon père, mon père, vous

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le char d’Israël et son conducteur ! après cela, il ne le vit plus (1). »

On lit au chapitre quatrième du prophète Malachie : « Voilà qu’un jour viendra semblable à une fournaise ardente. Tous les superbes et tous ceux qui eommettent l’impiété seront alors comme de la paille. Et ce jour qui doit venir les embrasera, dit le Seigneur des armées, sans leur laisser ni germe ni racine. Mais le soleil de justice se lèvera pour vous qui craignez mon nom, et vous trouverez le salut sous ses ailes. Vous sortirez alors et vous tressaillerez de joie, comme les jeunes bœufs d’un troupeau bondissent sur l’herbe. Vous foulerez aux pieds les impies, lorsqu’ils seront devenus comme de la cendre sous la plante de vos pieds, en ce jour où j’agirai moi-même, dit le Seigneur des armées. Souvenez-vous de la loi de Moïse, mon serviteur, que je lui ai donnée sur la montagne d’Horeb, afin qu’il portât à tout Israël mes préceptes et mes ordonnances. Voilà que moi, je vous enverrai Elie de Thesba, avant quele grand et épouvantable jour du Seigneur arrive. Et il réunira le cœur des pères avec leursenfants et le cœur des enfants avec leurs pères,

(1) Quatrième Livre des Rois, ch. ii, v. 1 et suiv.

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de peur que, en venant, je ne frappe la terre d’anathème (1). '»

Nous trouvons encore cet autre passage au chapitre quarante-huitième de l’Ecclésiastique : B Le prophète Elie s’est élevé ensuite comme un feu, et ses paroles brûlaient comme un flambeau ardent. Il frappa le peuple de famine. Ils l’irritèrent par leur envie, et ils furent réduits à un petit nombre, car ils ne pouvaient supporter les préceptes du Seigneur. En parlant au nom du Seigneur, il ferma le ciel, et il en fit tomber le feu par trois fois. Quelle gloire, ô Elie, vous avez acquise par vos miracles î et qui peut se glorifier comme vous ? vous qui par la parole du Seigneur Dieu, avez fait sortir un mort des enfers et l’avez arraché au trépas j vous qui avez fait tomber les rois dans le précipice ; qui avez brisé sans peine leur puissance et qui, dans leur gloire, les avez réduits au lit de la mort. Vous qui entendez sur le mont de Sinaï le jugement du Seigneur, et sur le mont Horeb les arrêts de sa vengeance ; vous qui sacrez les rois pour venger les crimes et qui laissez après vous des prophètes pour vos successeurs ; voue

qui avez été enlevé au ciel dans un tourbillon

(1) Prophétie de Malachie, ch. iv eutier.

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de feu et dans un char traîné par des chevaux ardents ; vous qui avez été destiné pour adoux cir la colère du Seigneur, par les jugements que vous exercerez au temps prescrit, pour réunir les cœurs des pères à leurs enfants et pour rétablir les tribus de Jacob. Bienheureux sont ceux qui vous ont vu et qui ont été honorés de A'olre amitié. Car pour nous, nous vivons seulement pendant celte vie ; mais notre nom ne vivra pas de meme après notre mort. Elie a , été enlevé dans un tourbillon ; mais son esprit est demeuré dans Elisée (1). »

Les deux savants commentateurs que nous avons nommés ci-dessus affirment encore que la totalité des interprètes des Livres Saints, s’appuyant sur ces le'xtes sacrés si frappants, ont écrit que le prophète Elie, qui fut enlevé au ciel sur un char de feu, reviendra parmi les hommes avant la fin du monde, pour prêcher la vraie doctrine de Dieu durant la persécution de l’Antéchrist et convertir, en même temps, les Juifs à la foi catholique et a à l’Evangile de ce même Seigneur Jésus-Christ que crucifièrent autrefois leurs pères » aveugles et endurcis. C’est d’ailleurs la tradition co/istante de l’Eglise.

(ifEcclésiasliqiie, chap. xlviii, vers. 1 et suiv.

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Ainsi l’ont cru les fidèles chrétiens de tous les

siècles. C’était aussi la croyance invariable de l’ancienne synagogue et de ses docteurs.

11 est donc certain qu’Uénocli et Elie doivent revenir en ce monde à la fin des temps.

Bossuet résume l’enseignement de l’Eglise à ce sujet. Voici ce qu’il dit dans la préface de son Explication de l' Apocalypse : « La venue d’IIénoch et d’Elie n’est guère moins célèbre parmi les Pères que l’arrivée de l’Antecbrist. Ces deux saints n’ont pas été transportés pour rien du milieu des hommes si extraordinairement en corps et en unie. Leur course ne paraît pas achevée, et on doit croire que Dieu les réserve à quelque grand ouvrage. La tradition des Juifs, aussi bien que celle des chrétiens, les fait revenir à la fin des siècles. Cette tradition à l’égard d’Hénoch s’est conservée dans l’Ecclésiastique. Que si la leçon du Grec n’est pas si claire, elle est suppléée en cet endroit, comme en beaucoup d’autres, par celle de la Vulgate dont nul homme de séns, fut-il protestant, ne méprisera jamais l’autorité. D’autant plus que ce ne sont pas seulement les Pères latins qui établissent le retour d’Hénoch ; les Grecs y sont aussi exprès. Pour Elie, il nous est promis en termes formels

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par Malachie dans les approches « du grand et

du redoutable jour du Seigneur, » qui paraît être le jugement. L’Ecclésiastique semble aussi l’entendre ainsi. Il faut être plus que téméraire pour improuverla tradition de la venue d’Hénocb et d’Elie à la fin des siècles, puisqu’elle a été reconnue de tous ou presque tous les Pères. »

§ III. BÉFCTATION d’üISE OBJECTION.

Toutefois, relativement à cette croyance unanime des fidèles et des docteurs, on a fait une objection et l’on a dit : Dans le chapitre dixseptième de l’Evangile selon saint Matthieu,. Notre-Seigneur, répondant à ses apôtres qui l’avaient interrogé sur le prophète Elie, leur dirait ; « A la vérité, Elie viendra et rétablira toutes choses. Or moi je vous dis qu’Elie est déjà venu, mais on ne l’a point connu et on l’a traité comme on a voulu. C’est ainsi que le Fils de l’homme doit aussi souffrir de leur part. Alors les disciples comprirent qu’il leur avait parlé de Jean-Baptiste (l). »

En effet,, ajoute-t-on, lorsque l’ange annonce

(1) Evaog. selon saint Matthieu, ch, xvii, v. 11 et suiv.

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au prêtre Zacharie qu’il aura un fils, il dit de lui : « Il précédera le Seigneur avec l’esprit et le pouvoir d’Elie, pour rendre aux enfants le cœur de leurs pères (1). » Il n’est donc pas absolument certain que les paroles du prophète Malachie et de l’Ecclésiastique doivent s’entendre d’uu second avènement d’Elie sur la terre.

■ Il est très-facile de répondre à celte difficulté. Quelques théologiens timides l’ont suscitée à la fin du siècle dernier, afin de montrer aux faux philosophes qui attaquaient avec tant d’acharnement la foi et les traditions de l’Eglise, qu’ils n’étaient point, eux, les partisans et les complices mais plutôt les contradicteurs et les adversaires de ces fanatiques docteurs, qui veulent prendre à la lettre toutes les paroles de l’Ecriture et ne rien rabattre du surnaturel qu’on y rencontre. Ces braves gens, parmi lesquels , nous sommes tenté parfois de placer le docte Bergier lui-même, croyaient sans doute, en faisant cette révérence à la philosophie anli-chré- , tienne de l’époque, qu’ils adouciraient la colère de ses adeptes si furieusement acharnés à poursuivre de leurs attaques les doctrines de

(l) Evang. scion saint Luc, ch. i, v. 17. '

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la révélation, et que, en se faisant autant quepossible les disciples de la raison sur une foule de questions même très-importantes, ils réussiraient à convertir les athées et les déistes à l’obéissance de la foi. Que n’ont-ils vécu un demi siècle de plus ! Ils auraient compris qu’il ne sert de rien d’affaiblir et de diminuer la vérité, quelque dure et âpre qu’elle soit pour les âmes mondaines. Leur pusillanime condescendance pour le naturalisme et le rationalisme du xviii® siècle n’a ramené personne à l’amour et au culte de la doctrine révélée. Elle n’a point empêché les systèmes impies qui prévalaient alors, d’aboutir à la plus épouvantable des révolutions. Il faut prêcher au monde l’Evangile tel qu’il est, les dogmes de la foi tels ' que les a toujours enseignés la véritable Eglise^ Il faut . bien se garder de ne rien mettre dfr l’homme à ce qui vient de Dieu, toute atténuation ou altération de la parole' divine étant au moins inutile, quand elle n’est point désastreuse.

Mais revenons à l’objection ci-dessus. Deux, mots suffisent pour la détruire. Si Notre-Seigneur a, dans deux passages de son Evangile, attribué à saint Jean-Baptiste ce que dit Malachie du

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prophète Elie, c’est sans exclusion de l’autre «ens, puisqu’il a même daigué l’insinuer par ces paroles : « Et si vous voulez le prendre ainsi, c’est lui qui est Elie qui doit venir. » Il paraît évident qu’il a voulu donner à entendre qu’il y avait beaucoup de mystère dans ce passage et qu’il renferinait un autre sens sur lequel il ne lui plaisait pas de s’expliquer davantage en ce moment. Au reste en disant :

« 11 est vrai qu’Elie doit venir ; mais je vous dis qu’Elie est déjà venu et ils ne l’ont pas connu ; » ne nous provoque-t-il pas à demander comment est-il vrai qu’il doive venir et ensemble qu’il soit venu ? pour accorder cela, il faut dire qu’il devait venir deux fois : la première sous la figure de saint Jean-Baptiste, et la seconde, en propre personne aux approches du dernier jour. Et si l’Evangile compare saint Jean-Baptiste à Elie, c’est évidemment qu’ils sont tous deiix préeiirseurs de Jésus, l’un à son premier avènement, et l’autre à son second.

J’ai emprunté ce raisonnement à Bossuet qui lui-même l’avait pris de saint Jean Chrysostome et des doctes commentaires du cardinal Cajétan sur l’Evangile selon saint Marc.

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g IV. — DU DEGRÉ DE FOI QUE MÉRITE CETTE PROPHÉTIE. •

Disons encore une fois qu’Hénoch et Elie re- \iendiont sur la terre avant le jugement général. Selon Cornélius a Lapide, c’est une vérité qui s’approche de la foi catholique, qu’ils ne sont pas morts. La Providence divine lésa placés, en attendant l’époque de leur retour, dans une espèce de paradis terrestre, c’est-à-dire dans un lieu rempli d’agréments et de charmes, sur la terre ou autre part, connu de Dieu seul et de ses ' anges; et ils y vivent exempts de tout besoin et de toute infirmité, employant leurs heures à aimer, adorer, prier et bénir le Seigneur.

Nous avouons très-volontiers que cette existence et ce retour des deux grands Prophètes sont choses fort étranges. Mais 'nous n’en sommes nullement étonnés ou surpris. Dans le gouvernement des affaires de ce monde, que Dieu, fort heureusement, n’a point tout à fait abandonnées aux caprices et aux passions des hommes, nous savons par expérience que son infinie sagesse se sert assez fréquemment, mais surtout dans les temps critiques et les circonstances solennelles, de moyens et d’hommes vrai-

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ment extraordinaires sous une multitude de rapports. Tout est possible à Tipamortel Roi des siècles. Souvent il se complait, par la singularité des instruments qu’il emploie, à dérouter la prudence humaine. Au xv" siècle de notre ère, ne se servit-il pas du bras d’une jeune fille pour sauver la France, comme il sauva jadis le peuple d’Israël par la main de la veuve Judith?

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