CHAPITRE V
IJn autre symptôme) e’est l’agitation qui s’est emparée des âmes.
« L’esprit de prophétie a été de tout temps dévolu à l’homme, il y a en nous une irrésistible tendance à pénétrer dans les siècles futurs ; et souvent Dieu a permis de satisfaire cet insatiable désir. Dans tous les âges, on a vu des hommes doués d’une vue extraordinaire, aux.
quels l’esprit divin découvrait certains points de l’espace à venir, cachés au reste des mortels. Quand on est en mer, l’homme en vigie au sommet du grand mât aperçoit à l’horizon les plus hautes cimes des montagnes de la patrie encore éloignée, avant que les passagers, qui demeurent sur le pont, aient ce pouvoir et ce bonheur.
» Mais c’est surtout à l’approche des plus, considérables événements, des catastrophes des peuples, ou des rénovations sociales, que l’esprit prophétique s^est emparé des âmes. Les génies
DE l’aNTECHBIST
les plus élevés les prévoient comme des conséquences de ce qui se passe actuellement sous leurs regards ; les esprits illuminés d’en haut en reçoivent la claire annonce, et le vulgaire en a un vague mais sûr pressentiment.
» Le Seigneur alors, mû par sa bonté pour ses petites créatures, dévoile une partie dés secrets de sa providence; elles anges, en commerce invisible avec la terre, en avertissent, par une confidence quelque fois visible et sensible, mais le plus souvent intérieure et secrète, les hommes à qui leurs vertus méritent celle révélation céleste (1). »
D’après la Genèse^ il est positif que la catastrophe du déluge fut annoncée, longtemps à l’avance, à Noé et à sa famille. Le saint patriarche en fil certainement part à ses contemporains. Mais le monde d’alors, plongé dans la boue des passions impures, ne l’écouta point et courut à sa perte.
Personne n’ignore quelle était l’agitation prophétique qui remuait les peuples à l’époque de la naissance de Notre-Seigneur. Partout l’on s’entretenait d’un mystérieux enfant qui devait descendre bientôt du ciel ; partout l’on disait
(1) Soirées de Chaseron, tome II, p. 196.