‹ De l'Antechrist, recherches et considérations sur sa personne, son règne, l'époque de son arrivée et les annonces qu'en font les événements actuelsChapitre 46 sur 66 · CHAPITRE Vf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vf

On ne peut méconnaître les signes avantcovireiirs de la dernière persérution générale. •

• Au chapitre-trente huitième du prophète Ezé-

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chiel, aux chapitres septième et onzième de Daniel, au chapitre \inglièraede l’Apocalypse, il est parlé « d’une affreuse guerre que fera le démon contre les serviteurs de Dieu : » C’est évidemment celle qui aura lieu sous l’Antéchrist. On ne peut s’y méprendre, en examinant le contexte de ces curieux mais effrayants passages. Saint Jean, pour la caractériser, emploie à peu près les mêmes termes qu’Ezéchiel. Selon eux, l’Homme de péché « séduira les nations appelées Gog et Magog, qui sont aux quatre coins du monde ; Seducet gentes quœ sunt super quatuor angulos terrœ, Gog et Magog, et congregabit epsinprœlium; et puis se mettant à leur tête il les mènera aü combat contre les Saints, afin de les exterminer, s’il est possible ; et circuierunt castra sanctorum et civitatem dilectam (1). » ^

D’après l’interprétation la plus plausible des docteurs qui, au reste, s’appuient sur l’opinion de saint Jérôme et de saint Augustin, ces deux grandes lumières de l’Eglise, les expressions mystérieuses de Gog et Magog signifient tous les hommes orgueilleux et impies, les hérésiarques, les prédicants de doctrines perverses, ces inventeurs de systèmes irréligieux, ces hommes

(1) Apocalypse, ch. xx, v. 7 et suiv.

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qu’on appelle aujourd’hui les révolutionnaires, ces esprits infatués de leur médiocrité superbe qui ne peuvent plus se résoudre à obéir, ces agitateurs avides de commandement et prêts à tout renverser dans le monde, afin d’arriver au pouvoir ; en un mot tous les méchants, « dont le nombre, dans les derniers temps, égalera > celui des sables de la mer, » selon la triste pré- • diction de l’Apocalypse : quorum numerus est sicttl arena maris (1) »

Réunis par un complot infernal, ils assiégeront la ville sainte, c’est-à-dire qu’ils déclare-', ronl la plus furieuse guerre à l’Eglise catholique, , n la cité chérie de Dieu » sur la terre, « jusqu’à; ce qu’un feu descendu du ciel les dévore et les précipite, avec leur exécrable chef, dans le lac embrasé de soufre et de bitume, où ils souffri-, ront éternellement. Et descendit ignis à Deo de cœlo et devoravit eos... in slagnum ignis et sulphuris... cruciabuntur in sœcula sæculorum (2). »

Or, à quelle époque faut-il croire qu’aura lieu ce déchaînement général contre le catholicisme et la papauté qui en est la tête ?

Prenons garde ! Ne sommes-nous pas les lé->

(1) Apocalypse, ch. xx, v. 7 et suiv.

(2) Ibid.

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moins (^e ses commencements? Rappelons-nous les profondes et innombrables humiliations de l’Eglise depuis près d’un siècle. N’avous-nous pas vu et ne voyons-nous pas Gog et Magog, c’està-dire les maîtres du monde, les puissants de la terre, les coryphées du philosophisme, de la révolution et de l’hérésie s’élever contre la religion catholique et la combattre avec toutes sortes d’armes pour l’abattre et la détruire à jamais?

O La tactique de ses implacables ennemis est savante. A l’exemple des Juifs, qui voulaient faire mourir Jésus, il leur faut aussi sa mort. Mais, comme eux, craignant l’émeute populaire, ils se gardent bien de l’attaquer de front et de l’anéantir d’un seul coup. Ils lui suscitent donc d’abord mille embarras dans son gouvernement et dans l’observation de son antique discipline. A leur instigation, les pouvoirs civils, puérilement jaloux de son autorité, élaborent et promulguent des lois tyran niques qui, enchaînant sa liberté, l’avilissent aux yeux des populations ignorantes et la font descendre de son glorieux rang de reine au triste rôle de la servitude. Ils ne songent pas, ces rois insensés, qu’en ruinant l’autorité de la sainte épouse du Christ, ils ain

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déni à ruiner encore plus profondément la leur. Arrive enfin la révolution de 93, qui se charge de sanctionner toutes les odieuses lois précédentes. Depuis celle sanglante époque, les ennemis de l’Eglise lui ont ôté toute la vie terrestre qu’il lui est possible de perdre. On a substitué une certaine morale humaine à sa morale céleste, le dogme de l’infaillibilité gouvernementale à son infaillibilité divine. Les peuples se gouvernent sans elle ; les gouvernements ne la regardent plus que comme une étrangère dont ils soupçonnent les intentions, dont ils se défient^ qu’ils maltraitent, qu’ils soumettent à l’inspection de leurs préfets, à la surveillance de leurs procureurs, à l’investigation de leurs commissaires. Ils l’ont chassée, autant qu’ils ont pu, des écoles, des hôpitaux, des bureaux de bienfaisance, de l’administration de ses propres biens, de la place publique. Autant qu’ils ont pu, ils l’ont emprisonnée, ensevelie dans ses temples, qui même ne lui appartiennent plus, comme l’a décidé leur loi, afin qu’elle ressemblât jusqu’au bout à Jésus, son maître, qui fut mis dans un tombeau ne lui appartenant pas (1). >

Et depuis quelques années, la persécution qui

(i) Soiréet de Chazeron, tome II, p. 214.

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s’annonce et s’avance n’a-t-elle pas fait un nouveau pas? Les ennemis de l’Eglise s’en prennent maintenant à son chef. Ils savent que, si dans un corps la tête est blessée, les membres souffrent, et que, si elle tombe, ils meurent. Jamais tempête aussi effroyable ne s’est élevée contre la barque de saint Pierre. On n’en veut qu’au pouvoir temporel du pape, dit-on^ et ce pouvoir , n’est pas nécessaire à l’exercice de son autorité souveraine dans le gouvernement de la chrétienté. Hypocrisie, mensonge, fourberie I Après avoir renversé la principauté temporelle, il leur sera cent fois plus facile d’abattre le pouvoir spirituel, dont elle est, dans l’état actuel de la société, l’indispensable rempart. Ils le savent bien ; voilà pourquoi ils l’attaquent avec tant de fureur.

Nous sommes donc à la veille d’une des plus terribles phases de la persécution dernière. L'a prison, l’exil, i’effusion du sang, l’échafaud, le martyre, tel est, nous semble-t-il, le seul progrès que bientôt peut-être elle n’aura plus qu’à faire. Nous voudrions nous tromper. Mais, hélas ! nous n’en avons pas l’espérance.

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