CHAPITRE IX
IiA plupart des hommes d’aujourd’hui oui les earaetères sous lesquels saint Paul a dépeint à l’avanee les hommes des derniers temps.
Dans le chapitre quatrième de la première Epître à son, disciple Timothée et dans le troisième de la seconde, le grand apôtre, traçant le portrait des hommes aux derniers siècles, les représente sous ces traits remarquables :
« Or, sachez que, dans les derniers temps^ c’est l’esprit de Dieu qui me l’a révélé, les hommes abandonneront la foi pour suivre des esprits d’erreur et des doctrines diaboliques, enseignées par des imposteurs pleins d’hypocrisie, dont la conscience est noircie de crimes, qui interdisent le mariage. . . Ils seront amants d’euxmêmes, passionnés pour le luxe et l’argent, glorieux, superbes, blasphémateurs, désobéissants, ingrats, dénaturés, ennemis de la paix, calomniateurs, incontinents, inhumains, adversaires^ de tout ce qui est bien, traîtres et insolents»
Fuyez-les, ces hommes corrompus dans l’esprit et pervertis dans la foi »
Que le lecteur veuille bien examiner ce texte à loisir, et je ne doute pas qu’il ne soit effrayé de la ressemblance d’une foule d’hommes de nos jours avec ceux que signalait saint Paul dans sa vision prophétique « des temps dangereux qui viendront vers les derniers siècles. în novissimis diebus instabunt tempora periculosa (I). » Qu’il me permette seulement, pour l’aider dans cet examen, de transcrire ici en abrégé, celui que nous avons eu l’occasion de faire ailleurs.
Les hommes abandonneront la foi. L’esprit de foi n’est-il pas mort parmi nous ? L’on révoque en doute non pas seulement les vérités révélées, mais celles mêmes que l’on nomme naturelles, et qui appartiennent à la révélation primitive, faite à l’homme au sortir des mains de son Créateur, telles que la légitimité de la famille et de la propriété, la nécessité d’une religion et d’un gouvernement quelconque, etc.
Pour suivre des esprits d’erreur et des doctrines diaboliques. Ces esprits trompeurs sont les démons qui s’unissent à une foule d’intelligences humaines et leur soufflent les erreurs les plus
(1) Seconde Epttre à Timothée, ch. ni, v. 1
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monstrueuses sur la notion du bien et du mal, de Dieu et de l’homme ! Quelle doctrine plus infernale que de dire que tout est Dieu, que le bien consiste à suivre le penchant de ses passions, et le mal à lui résister; que le bonheur de rhumauité doit se trouver uniquement icibas, que la raison humaine est le plus parfait développement actuel de la nature universelle, qui marche incessamment à une perfection indéfinie ?
Enseignées par des hommes imposteurs. Iæs pères du rationalisme théorique et pratique croient-ils bien eux-mêmes aux doctrines extravagantes qu’ils enseignent ? Ne sont-ils pas les premiers à se moquer de leurs rêveries ? Je voudrais qu’on pût lire dans leurs cœurs. Au reste, il est notoire que la division règne dans leur camp et qu'ils ne s’épargnent pas entre eux les qualifications outrageantes.
Pleins d'hypocrisie. Nos fameux novateurs affichent le zèle de la liberté, de l’égalité, de l’amour du peuple, de la fraternité. Mais ce vain étalage n'est qu’un masque, assez transparent du reste, qui recouvre leur passion de dominer, de diriger et réformer le monde à leur unique avantage. Et une fois qu’ils ont séduit les peu-
pies par leurs fallacieuses promesses, ne se hâtent-ils pas de les abandonner au glaive du despotisme, ou bien de les écraser d’exactiona nouvelles? Nous avons vu qu’en cela ils sont d’une habileté extrême.
Dont la conscience est noircie de crimes. Nos réformateurs modernes sont-ils des saints ?
Ont-ils donné à la terre le spectacle des plus éminentes vertus ? Ne trouve-t-on pas, au nombre de leurs disciples, tous les hommes méchants et tarés qui, tels que des corps en dissolution, engendrent ou attirent à eux ce qu’il y a de plus vil el^ de plus pervers.
Qui interdisent le mariage. Ce qu’on n’avait jamais vu depuis six mille ans, l’on voit aujourd’hui dans les feuilletons, dans les romans, et même dans quelques livres qui osent s’appeler philosophiques, la famille audacieusement attaquée, le mariage honni et la hideuse com-. munauté des femmes prêchée en même temps que le partage des terres.
Amants d'eux-mêmes et de l'argent. Quand, le culte de soi-même alla-t-il plus loin ? Quand la recherche de la fortune fut-elle plus ardente ? La fureur du luxe dépasse toute borne ; et, pour l’assouvir, on ne songe qu’à inventer des moyens
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nouveaux d’avoir de. l’or. La banque, les placer menls, les rentes, les actions, l’agiotage occupent tous les soins et toutes les heures. Aussi l’estime des produits industriels, si rapidement lucratifs, a causé un phénomène inouï jusqu’à nos jours, je veux dire le dédain des revenus territoriaux que l'on trouve trop pénibles à amasser et trop lents à venir.
Glorieux, superbes. La vaine gloire remplit les âmes. Où et dans quel siècle les hommes les plus médiocres ont-ils ch^ché avec autant de passion à faire parler d’eux, de leurs actes et de leur nom ? à être admirés, écoutés et servis ? à passer pour grands orateurs, habites hommes d’Etat, éminents publicistes ? De là ce déluge de discours, de brochures et de livres composés à l’impromptu et jetés dans l’oubli, en même temps qu’ils paraissent au jour; cette masse d’avides concurrents qui encombrent et assiègent l’avenue des emplois, cette implacable jalousie contre les dépositaires du pouvoir, dévorant ceux qui en soht tombés ou qui n’ont pu y parvenir. Et la superbe ? Je ne connais que trois époques de l’histoire des créatures de Dieu où elle soit montée au niveau actuel : la chute des anges, la prévarication du premier
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homme, le déluge. Comme Adam et les contemporains de Noé, à l’exemple de Lucifer et de ses complices, les hommes de notre siècle essayent de s’égaler au Très-Haut. Le rationalisme est, en réalité, la divinisation de la nature. Nouveaux Titans, ils veulent escalader les deux et en chasser le Créateur de l’univers; ils voudraient faire autant de petits dieux de chaque partie de la création, un grand dieu de son ensemble, et asseoir par-dessus le tout, comme sur son trône, leur débile raison humaine, pour qu’elle en soit la dominatrice unique et éternelle.
Blasphémateurs. Dans un pays où autrefois le blasphème était si rare, où l’on perçait d’un fer rougi au feu la langue du blasphémateur, j’ai entendu, vous avez entendu de petits enfants, à peine échappés du berceau, profaner le saint nom de Dieu; et j’ai lu et vous avez lu, dans certains livres parfaitement tolérés, que l’idée de Dieu était la première source du mal. Jamais l’impiété ne fut plus délirante! Jamais l’audace du blasphème n’atteignit de si effroyables proportions, et jamais l’oreille humaine ne l’entendit avec plus de sang-froid et d’indifférence !
Désobéissants, ingrats. Où est le respect de l’autorité? Personne ne veut plus obéir, mais
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tous commander. On dénie même à Dieu le' droit de législation et de commandement. Ses bienfaits sont à charge à la plupart des hom. mes, qui en rejettent le souvenir comme un, poids trop lourd. La révolte devient permanente, et l’insurrection est proclamée le plus saint des devoirs.
Dénaturés, ennemis de la paix, t^es révolu-, tions et les guerres civiles, dont l’Europe est le théâtre et la victime depuis une soixantaine d’années, ne nous ont-elles pas trop souvent présenté le spectacle derla plus atroce barbarie ? Comment oser le retracer ? Et puis quelle époque fut plus féconde en crimes et en attentats contre les personnes, la propriété, la pudeur ? Vous n’avez qu’à consulter les annales judi-, ciaires.
Incontinents. On est revenu à l’incontinence païenne. Le vice impur ne s’appelle plus que faiblesse. Le plus terrible dissolvant delà société n’est qu’un jeu. On se fait gloire d’avoir une ou plusieurs maîtresses. L’adultère lève partout la tête ; les filles de l’air sont patentées, et le libertinage est une profession quasi-reconnue par les Etats de la ci-devant chrétienne Europe.
Adversaires de tout bien, traîtres, insolents.
Dans celte malheureuse Europe, qui cependant est, sans contredit, la partie du monde la plus civilisée, la plus instruite et la plus honnête, combien d’esprits dévoyés qui recherchent toujours le mal et jamais le bien, qui ont une haine instinctive contre l’ordre, qui enfin, pour parvenir à la réalisation des rêves creux de leur philosophie infernale, ne reculent devant aucun obs; tacle et trouvent tout moyen légitime^ pourvu qu’ils réussissent, fut-ce la trahison, l’insulte, la calomnie, le poignard? et cela, au nom de la liberté ( 1 ).
Je ne pense pas que le lecteur, attentif à observer les hommes de notre temps, trouve de l’exagération dans ce tableau dont les couleurs peuvent paraître dures au premier coup-d’œil. Peut-on vraiment se dissimuler que l’armée de Satan ne se dessine et ne se recrute avec une effrayante rapidité ? Ne sent-on pas en soi la conviction, que nous vivons avec les pères de ces générations dégradées, dont parle saint Paul, qui adoreront l’Antéchrist et participeront ensuite à son châtiment ?
(1) Voyez les Soirées de Chaieron, tome II, p. 237.
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