‹ De l'Antechrist, recherches et considérations sur sa personne, son règne, l'époque de son arrivée et les annonces qu'en font les événements actuelsChapitre 54 sur 66 · CHAPITRÉ XI · texte numérisé non relu

CHAPITRÉ XI

lies désorflres actuels nécessitent ou une réparation éclatante ou un prompt et rigoureux châtiment.

D’après les enseignements de la théologie et les lumières les plus claires du simple bon sens, il est ceitain que la méchanceté des hommes ne saurait arrêter et encore moins briser les desseins de la miséricorde divine. L’homme, il est vrai, peut faire un funeste usage de sa liberté, violer sa foi et refuser à Dieu son obéissance; il peut se perdre et ne point atteindre la destinée glorieuse pour laquelle il fut créé. Mais là s’arrêtent forcément sa malice et ses attaques contre son auteur.

D’après la même doctrine^ éminemment catholique, tout péché entraîne celui qui le commet à contracter une dette envers la justice de Dieu et mérite une expiation en cette vie ou en l’autre. Et lorsque le torrent du crime est arrivé à une certaine. hauteur, alors les plus terribles fléaux s’apprêtent à descendre du ciel pour frapper

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impitoyablement les coupables. C’est ce que l’on \it au Déluge ; c’est ce que l’on verra vers la fin des temps ; et c’est ce.,qne l’on aurait vu, il y a ^ près de deux mille ans, si le Fils de Dieu n’eût pris pitié du genre humain et ne se fût incarné pour offrir à la justice irritée de son Père une réparation solennelle et surabondante.

Voilà pour l’humanité considérée en général.

Mais quand on lit l’histoire et que l’on consulte l’expérience, il est facile de s’apercevoir que le même phénomène se renouvelle fréquemment, soit pour les nations, soit pour les familles et les individus.

Quand un peuple s’est laissé corrompre par l’impiété et l’immoralité, quand chez lui l’injustice et la luxure, l’orgueil et le blasphème sont montés à un certain niveau, si alors il ne se repent pas, comme autrefois Ninive, s’il ne fait point amende honorable à la justice céleste par un retour sincère aux bons principes et à l’observation fidèle des lois de Dieu, bientôt une sentence de malédiction arrive d’en haut, qui le ‘trouble ou l’aveugle, qui le frappe tout à coup de plaies douloureuses ou le fait tomber en une irrémédiable décadence.

Quand une famille abuse de sa prospérité,

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quand^ oubliant Dieu et le devoir, elle cesse de pratiquer la justice, la tempérance, la chasteté et la piété, j’affirme hardiment que si, après un certain nombre d’années ordinairement court, cette famille ne fait point pénitence et ne répare point ses infidélités par une sincère conversion à l’amour de Dieu et du prochain, elle ne tarde point à recevoir la punition qui lui est due. C’est la maladie ou la mort qui lui enlève ses membres les plus considérables, ou des procès ruineux et des prodigalités folles qui dissipent ses biens, ou des excès de débauche et des actes honteux qui lui ôtent la santé, la considération et l’honneur.

Quand un individu, atteint de la frénésie du mal, a pris l’habitude de fouler aux pieds sa conscience et de livrer sans remords son cœur aux passions infâmes; si, au temps marqué pour terme de la patience divine, il ne se hâte de revenir de ses égarements et de détester ses scandales, alors l’on voit la justice céleste ne plus contenir sa colère et lever le bras pour terrasser le grand coupable.

Or, aujourd’hui le mal est arrivé à son dernier comble dans la société chrétienne. Nous avons fait le triste tableau de ses ravages, il n’est pas

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nécessaire de nous y reporter. Ce retour, d’ailleurs, nous serait trop pénible. Les prévarications humaines, même chez les nations catholiques qui sont, sans contredit, les moins perverties de toutes, s’élèvent sans cesse vers le trône de Dieu, allument le feu de son courroux et provoquent la foudre de sa vengeance.

J’estime donc, avec une foule de graves personnages, qu’il faut nous attendre, pour un avenir peu éloigné, à un châtiment extraordinaire. 11 ne pourrait être évité que par un prompt repentir et une grande réparation. « Le bras de Dieu est devenu d’une pesanteur accablante, » et il ne pourrait être désarmé ou suspendu pour un temps que par une application vive et ardente de la famille chrétienne à apaiser sa colère, en lui demandant humblement pardon, en lui offrant des œuvres de sainteté oii de pénitence, en réparant par la prière, par la mortification et la charité, les innombrables outrages qu’il a reçus depuis quelque temps et qu’il reçoit encore aujourd’hui de la part des peuples non seulement païens et infidèles, hérétiques ou schismatiques, mais chrétiens et catholiques.

Des voix éloquentes, des voix inspirées de

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Dieu comme celles des anciens prophètes, la \oix de notre saint père le Pape, la voix des évêques et des pasteurs ne cessent, depuis quelques années, de nous exhorter à faire ces œuvres réparatrices. La très-sainte Vierge ellemême, au milieu du plus grand miracle des temps modernes, a convié le monde au repentir, en pleurant sur les scandales dont il est rempli et à la vue. des horribles fléaux qui le menacent. Notre-Seigneur Jésus-Christ lui-même, dans des communications surnaturelles qu’il a daigné faire à des âmes d’une vertu à toute épreuve, a renouvelé expressément ces pressantes invitations de sa divine mère et des pasteurs de son Eglise.

Mais le monde a-t-il prêté l’oreille aux exhortations du souverain pontife et des évêques ? A-t-il écouté les avertissements maternels de Marie ? A-t-il entendu le touchant appel de Jésus, le divin Maître? Les peuples ont-ils été saisis d’un vif repentir et ont-ils crié merci vers le ciel, comme jadis les ISinivites à la voix Jonas? Non, mille fois non! La société chrétienne a continué de marcher dans le chemin de ses égarements ; elle a continué de fouler aux pieds ses devoirs envers le Seigneur, de l’oflen- Ber, de l’irriter, de le provoquer. Nous n’avons

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Yu et nous ne voyons encore aucun changement en elle. Au contraire, le mal va toujours croissant, et, depuis quelque temps, à ces désordres épouvantables vient se joindre un prodige de prévarication inconnu jusqu’à présent sur la terre. C’est que des quatre nations les plus catholiques du globe, l’une outrage,- dépouille et «rucifie Notre-Seigneur en la personne de son vicaire, et une autre, tout en laissant faire sa voisine, semble l’encourager et soutenir dans cette œuvre infernale.

Elle ne s’opère donc point la réparation absolument nécessaire pour obtenir du Seigneur un point d’arrêt à ses fléaux. Les méchants ne songent pas le moins du monde à la faire ; et si on leur en parle, ils ne vous répondent que par le sarcasme ou le dédain. Les justes, c’est-à-dire ceux que l’on peut appeler vraiment bons, pourraient bien, s’ils le voulaient fortement, par leurs prières et leurs œuvres, offrir à Dieu une conipensation'capable de faire contrepoids aux iniquités des méchants. Mais, en réalité, ont-ils redoublé de ferveur et de zèle pour désarmer le courroux divin ? Ont-ils véritablement cherché, par une foi généreuse et par une charité invincible, à réparer le mal, à offrir une expiation qui soit acceptable

pour les innombrables péchés de leurs frères égarés. Hélas ! nous voudrions pouvoir dire qu’il en est ainsi ; mais la vérité nous contraint de faire l’aveu contraire. Au lieu de lutter avec vigueur contre le torrent qui rompt toutes ses digues, les bons, les fidèles catholiques, se laissant q^tirer, comme à leur insu, par le siècle qui penche et glisse vers sa ruine, ne sont-ils pas, pour la plupart, devenus tièdes, engourdis et lâches? Plusieurs même n’ont-ils pas essayé de diminuer la rigueur des préceptes divins et ecclésiastiques et de s’exempter de toute mortification pénible, sous prétexte que, au temps présent, l’humaine nature avait des besoins et des faiblesses dont la prudence chrétienne doit tenir nécessairement compte?

Concluons donc que, la réparation exigée par la justice de Dieu ne lui étant pas offerte, il y a toute probabilité que ses châtiments ne tarderont *pas d’arriver. Et c’est du règne affreux de l’Antéchrist qu’elle se servira pour nous punir.

L’ avènement de ce «Fils de la perdition » n’est donc pas fort éloigné. « Il ne faut pas oublier, dit un pieux auteur, que la fin des temps approche. Tous les grands signes indiqués par saint Paul vont apparaître : la prédication de l’Evan-

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gile en tous lieux, la conversion des Juifs. La naissance de l’Antéchrist est même annoncée comme prochaine, et chacun sait qu’il commencera à régner vers l’âge de cinquante ans. Il importe donc de réparer, afin que les temps d’épreuve où les élus même seraient séduits, si la chose était possible, soient abrégés. Ne nous sera-t-il pas, en conséquence, permis de dire qu’il est de la sagesse chrétienne de ne pas s’engager légèrement et imprudemment dans le mariage à cause des épreuves qui attendent la génération qui va naître, puisque nous ne sommes pas éloignés du temps prédit par le Sauveur, dont il a dit lui-même : Heureuses les stériles et les mamelles qui nont point nourri ! Il faut que les prêtres, les religieux y songent pour la direction des âmes, et aussi les pères et les mères qui se préoccupent, à juste titre, de la vocation de leurs enfants, afin de ne pas donner des conseils et des avis dont les suites seraient aussi terribles qu’irrémédiables (1). »

(1) La véritable Réparation, 3* édition, p. 15. (Paris, rue Saint* Sulpice, 25, V. Sarlit, éditeur.)

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