‹ De l'Antechrist, recherches et considérations sur sa personne, son règne, l'époque de son arrivée et les annonces qu'en font les événements actuelsChapitre 59 sur 66 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Coneluslons relati vea au clergé catholique*

Quelle conduite et quel langage nous faudrat-il tenir en ces temps si difficiles, en ce passage si glissant sur lequel nous roulons vers les derniers malheurs, pour arriver ensuite aux jours de bonheur et de gloire. Quelle doit être l’action du clergé catholique en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne et partout ailleurs ?

Comment doivent agir et parler les laïques chrétien* qui se donnent pour les inébranlables serviteurs de Jésus-Christ et veulent contribuer, de toutes leurs forces, à l’avancement de son règne sur la terre ?

11 ne me siérait pas de faire la leçon aux prêtres et encore moins aux évêques par rapport aux événements actuels et en prévision dé ceux qui se préparent; ils sont les docteurs du monde et nos pères dans la foi . C’est à eux qu’il appartient de nous éclairer et guider parmi les écueils

que nous sommes obligés de parcourir. Or, ils ont élevé la voix et l’ont unie à celle de notre saint père le Pape, |eur chef infaillible. Sous sa direction et par son ordre, ils nous ont fait savoir ce qu’il faut penser et dire des actes impies que nous avons eus et que nous aurons encore sous les yeux. « Leur parole a retenti par tout le globe et elle a trouvé un écho dans les cœurs droits et sincères ; in omnem terram exivü sonus eorum et in fines orbis terrœ verba eorum (1). » C’est à nous de l’étudier; nous y trouverons les maximes et les enseignements que le clergé doit mettre en . pratique, et moi tout le premier, en ces circonstances vraiment périlleuses, dont avait parlé le grand Apôtre, instabunt tempora periculosa (l).

Que voyons-nous, en premier lieu, dans les encycliques du Saint-Père et dans les lettres pastorales des évêques ? 11 convient, il est nécessaire que le prêtre, de nos jours, fasse comme Kîes Israélites qui rebâtissaient les murailles de Jérusalem sous la conduite du pieux Esdras ; qu’il s’arme -tour à tour de l’épée et de la parole, du zèle et de la patience, de l’action et de la prière; qu’il intervienne enfin activement dans les affaires

(I) II* EpUre à Timothée, ch. iii, v. I.

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civiles et politiques qui sont aujourd’hui si fortement mêlées aux affaires religieuses. ,

Mais celte intervention doit être prudente, pour qu’elle soit utile et efficace. Le souverain Pontife, sa personne, son autorité spirituelle, son pouvoir temporel se trouvent en cause ; on en fait de toutes parts le but des plus violentesattaques. Conviendrait-il à un prêtre de se renfermer dans l’inertie de la crainte ou l’isolement de l’indifférence ? de rester inactif et insensible aux douleurs et aux périls de son chef et de son père qui est le chef et le père de la chrétienté ? Ne serait-ce pas une lâcheté honteuse, une misérable trahison ?

11 doit donc embrasser hardiment, chaudement, énergiquement la défense du Pape qui est celle de la religion, de. l’ordre, de la société; et pour cela il faut non-seulement qu’il prie pour lui, pour sa conservation et son triomphe, comme ' l’ont ordonné les évêques, mais en outre qu’il lui prête main-forte par une généreuse participation à l’œuvre du Denier de saint Pierre.

En second lieu, il faut que le prêtre, par ses discours et ses actes, porte les populations chrétiennes vers cette assistance active et pacifique tout à la fois envers le Saint-Père. Ces popula-

lions, en grande partie, ont été trompées au sujet du "vicaire de Jésus-Christ; voilà pourquoi, en beaucoup de lieux, en France et ailleurs, elles ont montré de prime abord peu d’inquiétude sur son sort et peu d’empressement pour accourir à son aide. La bourgeoisie, en général, n’est pas religieuse, comme nous l’avons déjà constaté; elle est en outre médiocrement instruite sur les grandes questions qui intéressent l’avenir de la société; elle a l’esprit infecté de voltairianisme et le cœur avide de jouissances matérielles ; elle se trouve donc, en majorité, malheureusement dévoyée et corrompue. Après cela, faut-il s’étonner que, se laissant guider par des journaux irréligieux ou vendus au pouvoir révolutionnaire, elle se soit mise si promptement du côté des ennemis de la Papauté ; que, par aversion de ce qui est clérical, elle ait embrassé, avec une certaine exaltation, ou du moins soutenu trop aveuglément de ses sympathies, et quelquefois même de sa bourse, la guerre déloyale et acharnée faite au catholicisme et à son chef?

Et comme naturellement chacun ici-bas travaille à la propagation et au triomphe de ses > idées, cette bourgeoisie, ayant dénaturé auprès des peuples la grande cause du Saint-Père, les

a malheureusement, en beaucoup de pays, induits en erreur et entraînés dans sa fausse roule.

C’est donc un devoir pour les prêtres, surtout pour ceux qui exercent le saint ministère dans les paroisses, de chercher, par tout bon moyen et à tout propos, à faire comprendre l’importance de la question romaine , l’origine divine du pouvoir spirituel du souverain Pontife, la nécessité pour l’exercice de ce pouvoir d’une indépendance temporelle, la liaison intime de la conservation de cette principauté terrestre avec la prospérité de la religion, le libre gouvernement de l’Eglise et le maintien du véritable ordre social. La Papauté, en effet, c’est la clef de voûte de la société chrétienne ; si elle vient à être ébranlée ou arrachée, l’édifice tout entier croulera, et la Révolution, triomphante, entassera partout des ruines.

En troisième lieu, le prêtre, afin de ne pas se décourager, mais de persévérer dans la lutte pour cette sainte cause de la vérité et de l’ordre contre l’erreur et le désordre, doit se tenir inébranlable sur la terre ferme des vrais principes religieux et sociaux; il fermera donc l’oreille à la voix emmiellée de ces docteurs de mensonge

qui nous crient à tue-tête : qu’ils ne veulent que le bien des âmes, l’indépendance plus grande de la papauté, le progrès des idées religieuses en les épurant de tout alliage mondain, une facilité nouvelle pour le Pape de 'gouverner les intérêts spirituels du monde catholique, en le délivrant du souci des intérêts politiques et matériels d’un royaume temporel.

Disons, à notre grande douleur, que quelques membres du clergé n’ont pas été sourds à ces affirmations hypocrkes et ont cru trop naïvement que leurs auteurs n’avaient en vue réellement que la pure gloire de Dieu. Qu’ils cessent donc d’être plus longtemps les dupes de ces menteurs doucereux, dont le cœur est rempli d’une haine forcenée contre le sacerdoce catholique, et qui veulent faire accroire à l’univers que, en persécutant le véritàhle chef et le Pontife suprême de la chrétienté, « ils rendent obéissance et service au Seigneur, » comme Pavait prédit d’eux le divin Maître dans son Evangile. Arbitrelur obsequium se prœstare Deo (1).

Ce très-petit nombre d’ecclésiastiques dont nous parlons doit donc, à la suite de nos évêques et avec l’immense majorité, pour ne pas dire l’universalité de leurs confrères, « combattre

(1] Evaog. selon saint Jean, ch. xvi, v. 2.

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courageusement le bon combat » sur le terrain du bon droit et du bon ordre, de la vraie doctrine et de la stricte équité. Certes, Ton sait bien que quelques-uns d’eux ont montré de la faiblesse uniquement par complaisance envers le pouvoir ou l’opulence. Des familles placées aux honneurs, des hommes influents dans les affaires gouvernementales, ont agi sur eux ; et ces natures timides se sont laissé, sinon ébranler, du moins réduire à l’inertie et au silence. Mais à la vue de ce qui se passe maintenant, au spectacle "(des tristes résultats d’une politique de ménagement envers la Révolution, ils sont rentrés en eux-mêmes; ils ont commencé à secouer -la chaîne trop lourde imposée à leur esprit et à leur cœur par le respect humain des puissances terrestres. Désormais ils fouleront généreusement aux pieds les considérations exclusivement humaines, et ils anathématiseront, comme il est juste, les œuvres de ténèbres par lesquelles les suppôts de l’enfer agitent le monde et le conduisent dans un abîme de maux épouvantables.

Leur retour à la fermeté sacerdotale consolera l’Eglise et l’aidera aussi à lutter contre cette universelle et fatale séduction, qui se préparera devant les âmes élues à l’approche des plus mau-

vais jours de rHumanilé. Et ainsi en se sauvant eux-memes, ils procureront, à un grand nombre de leurs frères, le salut éternel : ce qui est, pour tous les enfants de Dieu, la seule chose désirable.

Il va sans dire que nos réflexions sur la question italienne ou sur la Révolution, cet empire mierteur anti-chrétien, doivent s’appliquer aussi, et à plus forte raison, à la question orientale, à l’Islamisme, cet empire extérieur anti-chrétien. Dans celle-ci comme dans celle-là, il y a obligation rigoureuse pour tous les prêtres de s’unir au chef de l’Eglise et de n’avoir avec lui et entre eux qu’un seul sentiment et une seule pensée, « qu’un cœur et qu’une âme, » à l’exemple des premiers fidèles qui étaient pleins de ferveur sous la direction des apôtres et de saint Pierre, leur chef. ,

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