CHAPITRE III
Conclusions relatives aux événements politiques du jour.
Comment les apprécier ? Quand finiront-ils ?
Et quels résultats auront-ils ? Telles sont, sans doute, les questions qui se présentent les premières à notre esprit, et sur lesquels nous voudrions, d’abord, satisfaire son inquiète curiosité.
Il est certain que l’Europe entière s’attend à de graves commotions dont les troubles actuels ne sont que les préliminaires. Son état d’ennui et de gêne ne saurait durer longtemps. De toutes parts l’on prête l’oreille, et il semble à chacun entendre un bruit sourd et souterrain, ordinaire précurseur de violentes secousses et d’affreuses tempêtes.
(I) Apocalypse, ch. xx, v. 1 etsuiv.
La Révolution marche toujours la tête haute et fière. Loin de la combattre et*de l’arrêter, plusieurs de ses ennemis naturels l’encouragent ' au contraire, et lui prêtent assistance et appui. Ils empêchent même que d’autres, plus fermes et plus justes qu’eux, ne l’attaquent et ne lui infligent le châtiment qu’elle mérite pour ses attentats sans nombre.
La Uévolution, c’est essentiellement la guerre contre l’Eglise catholique, contre la vérité révélée, contre l’autorité légitime, et en dernière analyse, contre Dieu. Voilà pourquoi les hommes contraires ou indifférents au catholicisme, à la vérité révélée, à l’autorité légitime, au vrai service de Dieu, aiment la révolution, l’aident ou ^ l’excusent dans ses entreprises, et contribuent directement ou indirectement à l’extension et à la consolidation de son empire par leurs paroles, leurs exemples, leurs journaux, leurs sympathies secrètes ou déclarées.
Celte règle est infaillible pour juger sainement les deux grandes questions dans lesquelles la Révolution s’est formulée en ces dernières années, je veux dire la question d’Italie et la question d’Orient. Grandes questions, en effet, qui, en dernière analyse, sont celles du Pape et
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de l’Antéchrist, du Christ et de Satan, de la vérité et de l’erreur, du bien et du mal !
Il est à remarquer que la Révolution, cette infatigable fille de l’Enfer, ne se repose jamais, pas plus que le Démon, son inspirateur et son père. Maltraitée ou réduite au silence dans un pays, parce que ses adhérents y sont, ostensiblement du moins, en petite minorité, elle ne se rebute point. Ellff se voile seulement, ou bien elle n’élève pas assez fortement la voix pour être entendue de ceux qui auraient la force de la réprimer et punir, si elle venait à le^ importuner mal à propos. Mais aussi elle sait fort bien, alors, se dédommager en se montrant à découvert et sans gêne dans un autre pays voisin, et en y faisant retentir toutes les feuilles et tiibunes ^ publiques du bruit discordant de ses récriminations.
Pour preuve de ce que j’avance, il suffirait de jeter un coup-d’œil rétrospectif sur l’histoire des quatre-vingts ou cent dernières années.
Mais le lecteur m’en dispensera; il connaît cette triste histoire ; il lui sera facile de vérifier mon affirmation.
Aujourd’hui, par suite de ses évolutions nombreuses et habiles, la Révolution est par-
venue à se glisser chez tous les peuples de l’Europe, tout en faisant semblant de se réduire aux deux théâtres, trop retentissants, que nous venons de nommer. Mais aussi, voyez comme elle y agit vigoureusement! comme elle y marche audacieusement ! comme elle s’y explique clairement ! comme elle y jette son mas- I que impudemment! comme elle s’y vante effrontément de son origine qui est l’esprit de ténèbres, de sa nature qui est le désordre et la haine, de son but qui est la destruction du culte de Dieu, après avoir détruit son Eglise.
Quant à ses faits et gestes en Italie, c’est sous ce point de vue qu’ils doivent être jugés par t,out esprit droit et éclairé, par tout cœur honnête et pur, comme par tout chrétien judicieux et sincère. Et dès lors, nécessairement, ils seront maudits et condamnés ainsi qu’ils méritent de l’être, quoique une multitude de gens semble avoir pris à tâche de les approuver et louer à outrance.
Et en effet, je vous le demande, la Révolution, en Italie, n’agit-elle pas selon sa nature? Quels sont ceux qui la soutiennent ?
Nous ne parlerons pas ici de la violation effrontée du droit des gens vis-à-vis des princes.
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tels que le roi de Naples, le grand duc de Toscane, les ducs de Modène et de Parme, et visà-vis de leurs peuples qui tiennent à leur autonomie. Nous circonscrivons la question italienne dans les intérêts de la Papauté, que la Chrétienté entière fait les siens propres.
Or, le Pape est menacé de toutes parts ; la violence l’a dépouillé de presque tons ses Etats ; la calomnie l’accable de ses outrages ; il est obligé défaire un appel à tous ses enfants, afin de pouvoir se maintenir à Rome dont on veut le chasser et dont il sera peut-être obligé de fuir. Vainement affecte-t-on de dire qu’on ne haït point sa personne sacrée et qu’on est plein d’attachement et de respect pour son autorité spirituelle. Quel est l’homme assez candide et simple pour prendre ces affirmations à la lettre et les adopter sans examen ? La Révolution continue là son rôle d’hypocrisie et d’astuce. Elle en veut surtout au pouvoir spirituel. Car si, par la permission divine, cette base immuable jusqu’ici de l’ordre, de la religion, tie la propriété, en un mot de la société tout entière, venait à être ébranlée et arrachée, alors arriverait soudain le triomphe universel de la Révolution. D’un seul bond elle atteindrait son but;
elle de\iendrait, en un instant, la dominatrice de la terre; et ses chefs, se faisant adorer. par les peuples, substitueraient partout leurs caprices à la volonté divine, et leurs tyranniques décrets aux lois de la conscience.
Les révolutionnaires secouent donc avec rage celle pierre angulaire, la plus dure de toutes les pierres, posée par la main du Fils de Dieu luimême, au milieu du monde, pour en être le fondement et le soutien. El naturellement la partie qu’ils sont parvenus plus facilement à heurter, c’est celle où se trouve incrustée, par la main de la Providence, la principauté temporelle.
Quand on leur dit : mais si le Pape est chassé de Rome, s’il perd sa couronne de roi, si, de souverain qu’il est, vous en faites un sujet, où le mettrez-vous? En quel pays se réfugiera-t-il pour exercer son pouvoir spirituel qui est absolument nécessaire au gouvernement et à la vie de la chrétienté, comme la tête l’est pour la vie et le gouvernement de tout le corps? Qu'il aille où il pourra et voudra, répondent-ils alors ! et ainsi se démasquent-ils, montrant à nu, non pas seulement leur défaut de souci et d’amour pour l’autorité du pontife, mais la haine et la rage
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qui remplissent leurs cœurs contre elle et contre Celui de qui elle émane.
Et mesurez le progrès de la Révolution depuis douze ans! En 1848 et 1849, l’immense majorité, soit en France et en Angleterre, soit en Allemagne et en Russie, maudissait et réprouvait les révolutionnaires italiens qui avaient chassé le Saint-I’ère de Rome, après avoir traîtreusement assassiné son ministre. Mais aujourd’hui n’y a-t-il pas une foule de conservateurs d’alors qui font cause commune avec,ces mêmes prétendus patriotes, qui les approuvent, les appuient et vont même jusqu’à donner le surnom de grands ^ hommes à quelques-uns de leurs chefs ; tandis que l’histoire, dans sa. froide impartialité, les qualifiera certainement de flibustiers, de voleurs et de brigands, comme ayant foulé aux pieds tout droit, toute justice, toute honnêteté.
Une considérable portion de la bourgeoisie, ou autrement de la classe moyenne, s’est laissé, surtout en France, entièrement dévoyer sur cette grande question. Et pourquoi? parce que, généralement parlant, elle n’a pas de religion ; qu’elle a renié les vrais principes sociaux ; qu’elle ne veut point s’appuyer sur le catholicisme ou la vérité révélée, et qu’elle flotte à tout vent de
doctrine. Ne découvre-t-elle pas, sans le vouloir peut -être, son absence de foi religieuse et son ignorance des véritables fondements de la vie sociale, en prônant, comme elle fait, les adversaires de la Papauté, en célébrant leurs œuvres d’astuce et de pillage, en les stimulant à de nouvelles attaques contre le père commun des fidèles et en approuvant, presque sans exception, toutes les énormités qu’ils ont commises contre lui, depuis quelques années, en Italie.
Les aveugles! eux qui sont tant attachés à la terre, à leurs maisons, à leur or, à leurs revenus, à leurs honneurs et plaisirs ; eux qui oublient leur âme; le ciel et Dieu pour ne s’occuper que de ces choses terrestres auxquelles ils mettent toute leur complaisance; ils ne songent pas que le9 misérables artisans de troubles, qu’ils aiment, qu’ils poussent au pouvoir, et dont ils facilitent les succès, sont les vrais pionniers de% l’Antéchrist, comme l’a dit dernièrement l’un des plus éminents évêques de France ; et que la Révolution, arrivant à leur suite, dépouillera les riches et les heureux du jour, les chassera de leurs maisons, s’emparera de leurs revenus, et puis les forcera de se courber sous le joug du grand autocrate^, son dernier et magnifique
chef qui fera d’eux ses valets et ses esclaves.
Il est possible, certes, qu’il s’élève prochainement une assez forte réaction contre les meneurs révolutionnaires. 11 est probable, il est à peu près certain que peu de temps se passera sans que les Puissances de l’Europe encore saines se lassent d’assister, l’arme au bras, à ce spectacle d’anarchie et de crimes, et qu’elles se décident à intervenir pour y mettre fin. Mais celte intervention tardive ne sera qu’un remède momentané. Après quelques heures d’étonnement et d’arrêt, il y aura une nouvelle avalanche d’idées désorganisatrices, un nouveau flux de passions orgueilleuses et cruelles, qui viendra fondre sur la société privée de vertus chrétiennes ; et puis surviendront de nouveaux combats et de nouvelles tempêtes jusqu’à ce que les fruit# de la Révolution, étant parvenus à leur parfaite maturité, soient mis à la disposition de l’Antéchrist. Cet homme, adroit autant que pervers, saura bien s’en servir comme d’aliments propres à satisfaire son insatiable orgueil et comme d’armes puissantes pour conquérir la domination universelle.
On parle beaucoup, en ce temps-ci, du remaniement de la carte de l’Europe ; je le crois pro-
Chain aussi bien que pour l’Asie et une partie de l’Afrique. L’Antéchrist ne sera point embarrassé pour mettre toutes choses à leur place, sous le même niveau qu’aura déterminé la pesanteur de son sceptre de fer. Que les potentats et les peuples chrétiens continuent à se diviser, se jalouser, se soulever et s'annexer les objets de leur convoitise. V’iendra peut-être bientôt l’année où l’Antéchrist rétablira parmi eux l’accord et leur imposera la paix à tous dans l’esclavage. Ils l’auront aidé, par leurs misérables querelles, à s’asseoir sur le trône du monde ; et il les récompensera en les admettant sous son drapeau, en leur jetant quelques miettes de sa table, s’ils lui obéissent, ou en peuplant ses cachots de leurs personnes, s’ils essayent de lui faire résistance.
Vous êtes un prophète de malheur, me dirat-on ; vous voyez tout en noir ; vous exagérez le mal à dessein pour aboutir à des conséquences désastreuses. On a vu, dans d’autres siècles, d’autres agitations de peuples, d’autres attaques contre l’Eglise et l’ordre social, d’autres violations de droits solennellement reconnus, d’autres hommes puissants et pervers tout à la fois, d’autres princes corrompus et corrupteurs, enfin
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d’autres fauteurs et fabricateurs de désordre et d’anarchie. Et cepeudanl ni la vérité, ni la sainte Eglise, ni le bon droit, ni la société n’ont succombé. Après l’orage et la tempête sont revenus le calme et la sérénité. Les peuples ont ouvert les yeux. Les hommes raisonnables et honnêtes ont repris le dessus. Les ennemis de la justice et de la paix ont été contraints de fuir ou de se taire, et le monde n’a point tardé à reprendre son ancienne face et sa marche accoutumée.
Oui, je sais que quelques esprits assez judicieux d’ailleurs, renouvellent cette objection qu’on m’a plusieurs fois adressée, quand j’exposais, de vive voix, les idées qui précèdent. Mais ces honorables contradicteurs se font illusion ; leur erreur est grande, s’ils en sont à croire que les temps où nous vivons sont des temps ordinaires, que notre siècle ressemble aux siècles passés et que les années qui vont suivre présenteront la répétition des précédentes. La vérité est que nous vivons en une époque extraordinaire. Nous sommes en plein sixième âge de l’Eglise et non pas au'second, ou au troisième ou au quatrième.
Nous assistons à la vieillesse de la société et non point à sa jeunesse ou à son âge mur. Nous ne sommes, ni au commencement, ni a^q milieu des
temps, mais vers ce temps que les saints livres appellent la fin des temps.
Dans les siècles passés, il y a eu des guerres injustes, degrandes agitations parmi les peuples, des moments de vertige pour les rois et pour leurs sujets, des révoltes et des tyrannies, des égarements d’hommes et de nations. Mais tout cela fut momentané. C’étaient des orages qui fuyaient. Le mal n’habitait qu a la surface ; l’on se troimit d’accord sur les principes fondamentaux, et la dispute s’échauffait seulement par rapporta leur mode d’application. Pour engager ou soutenir le combat, les hommes d’alors se plaçaient sur un terrain regardé par tous comme inébranlable et sacré. Voilà pourquoi les partis en guerre ouverte arrivaient promptement à s’entendre et à faire la paix. Ces divisions fréquentes, mais heureusement passagères, entre des hommes d’un même culte et souvent d’un même pays, étaient inhérentes à la nature humaine, qui a été si profondément altérée par le péché originel, qui est si fortement inclinée à l’orgueil et à la domination, quelle réclame sans cesse l’indépendance comme un droit, a moins que la grâce de Dieu ne lui vienne en aide pour lui faire aimer le joug salutaire de l’obéissance.
Mais aujourd’hui il n’en est plus de même.
Ce n’est pas seulement la surface ou l’écorce qui est troublée et bouleversée en notre état social. Ce n’est pas sur des questions purement extérieures, incidentes et matérielles, pour ainsi dire, que l’on est en désaccord et en guerre, mais sur les principes même les plus essentiels, sur les bases mêmes de la société. On veut bouleverser, de fond en comble, ce qui a été jusqu’ici le critérium de l’humanité. On veut renverser l’axe et le pivot sur lesquels ont tourné jusqu’à présent les destinées humaines, et leur en substituer d’autres totalement inconnus. Autrefois les partis en présence croyaient et entendaient agir au nom de Dieu qu’ils invoquaient avec une ferveur et une bonne foi qui paraissaient égales. Mais maintenant Dieu est mis absolument de côté, et l’homme entend agir uniquement au nom de l’homme et de ses prétendus droits naturels.
Jadis ce n’était qu’un seul pays, ou tout au plus deux à la fois, sur lesquels les désordres révolutionnaires exerçaient leurs ravages. Mais aujourd’hui toute l’Europe, une grande partie de l’Amérique et de l’Asie ne sont-elles pas en ébullition complète, divisées en une fouie de
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partis dont la plupart, ne rêvant que les utopies et les systèmes les plus subversifs, favorisent, de leur argent et de leurs sympathies, les audacieux escrocs qui vont, en Italie ou autre part, renverser le droit et l’autorité légitime potir y substituer leur rapace et tyrannique domination.
Nous pensons donc avoir pleinement raison de prévoir et d’attendre, pour un avenir prochain, les plus terribles catastrophes comme conséquences des progrès actuels de la Révolution, c’est-à-dire de la violation des droits.les plus anciens et les plus sacrés, de la désertion des principes les plus nécessaires au soutien de la société civile, religieuse et politique. Et si l’on nous appelle prophète de malheur, nous avouons que nous le sommes en effet, à notre très-grand regret. Nous aimerions mille fois mieux ne l’être pas, et annoncer une ère de gloire et de prospérité, au lieu d’une époque de décadence et de honte.
Mais ce n’est pas nous qui créons les événements; ce n’est pas nous qui fomentons les passions humaines; ce n’est pas nous qui sommes les flatteurs de la Révolution et les bas valets de ses représentants. Nous n’avons pas à nous reprocher d’avoir travaillé à la di-
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minutioii et à l’anéantissement de la vérité, de ' de la charité, de la justice, de l’honnêteté et de la piété, ces puissantes et indispensables sauvegardes du bonheur et de la paix des peuples.
Si nous sommes forcés d’être prophète de malheur, qu’on s’en prenne à ces hommes, en trop - grand nombre, tarés, impies, immoraux et corrupteurs qui apportent et attisent partout le feu de la haine et de la vengeance, de l’envie et de la violence.
Mais, dit-on encore, il y a eu des époques encore plus chargées de crimes que la nôtre, comme, par exemple, celle qui précéda immédiatement le Jour de l’Incarnation; et Dieu pardonna tout au genre humain. N’en serait-il pas de même cette fois-ci ? Le Seigneur ne fera-t-il point fléchir encore la balance de sa justice en faveur de sa miséricorde ?
Nous ne regardons point comme fondé ce recours à la bonté divine. Nous avons contracté l’habitude, faibles créatures que nous sommes, de nous prévaloir sans cesse de la clémence céleste, et de la placer devant les coupables, comme un bouclier qui les protège contre toute éventualité fâcheuse. Aussitôt qu’il arrive un malheur ou qu’il apparaît un signe funeste.
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nous cherchons à nous raffermir et consoler en disant : « Dieu est bon ; il ne frappe que pour redresser, et sa miséricorde suit toujours sacolèr; Cûm iratus fueris, misericordiœ recordaberis (1). »
Adorons et bénissons à jamais la bonté incompréhensible du Seigneur. Il ne faut pas néanmoins oublier que Dieu est juste aussi bien que bon, et même qu’il n’est bon que parce •qu’il Qst juste. Avec cette continuelle condescendance que certains esprits essayent de lui attribuer, tout châtiment irrévocable du péché deviendrait impossible. L’Enfer lui-même cesserait d’être éternel. 11 y a des punitions que la justice divine inflige dans un but de miséricorde ; mais aussi il y en a d’autres envoyées par la colère et la vengeance. Or les révolutions et les désastres de tout genre qui nous frappent depuis un siècle n’appartiendraient-ils pas à cette dernière catégorie ?
Nous lisons dans saint Matthieu : a C’est pourquoi je vous dis : tout péché et blasphème sera remis aux hommes. Mais le blasphème de l’Esprit ne sera point remis ; et quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme recevra son pardon ; mais celui qui aura parlé •
(I) Prophétie d’Habacuc, ch. iii, v. 2.
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contre le Saint-Esprit^ ne recevra de rémission ni en ce siècle ni en l’autre (1). » Et dans saint Marc : « En vérité, je vous dis que tous les péchés seront remis aux enfants des hommes, ainsi que les blasphèmes qu’ils auront proférés ; mais celui qui aura blasphémé contre le Saint- Esprit, ne recevra jamais de pardon ; il s’est rendu coupable d’un délit éternel (2). »
Or qu’est-ce que le péché contre le Saint-Esprit? C’est celui, répond la théologie, par lequel on rejette, avec mépris et malice, la grâce divine qui est spécialement attribuée au Saint-. Esprit, la source de tous les biens. Et l’on pèche contre l’Esprit-Saint, quand on attaque , la religion du Christ, non par ignorance, mais par méchanceté ; quand on persévère dans des habitudes criminelles malgré les avis, les mena-, ces et les fléaux de la justice de Dieu ; quand on commet le désordre sans fin et sans mesure, et qu’on se propose en outre de n’en avoir jamais une sincère pénitence. Or, ces coupables dispositions ne sont-elles pas aujourd’hui celles de la société européenne ? 11 faudrait être ou bien aveu-, gle ou bien hardi pour le nier.
(1) Chap; \ii, V. 31 et 32.
(2) Chap. III, V. 28 et 29.
Avant la terrible catastrophe du Déluge, Ton parlait aussi beaucoup de la boulé de Dieu ; l’on disait que, ayant créé, depuis peu de siècles, la race humaine, il ne voudrait pas si tôt la détruire. L’on se moquait des terreurs, de Noéqui annonçait l’épouvantable inondation, a On mangeait, on buvait, l’on achetait, l’on plantait, on se mariait, » on s’abandonnait^ en un mot, à tous les plaisirs d’une vie sensuelle. Dieu cependant fut juste, a Le déluge survint et emporta tout; venit diluvium et tulit omnes (1). »>
J’avoue que je ne puis m’empêcher de craindre que telle ne soit aussi sa justice envers nous qui l’avons si cruellement offensé ou, du moins, envers ceux qui hériteront immédiatement de nos désordres et y ajouteront les leurs. Qu’on ne nous parle pas de la profonde sécurité où vivent nos contemporains en grand nombre par rapport à l’avenir. Ne sait-on point qu’il est de mode de n’avoir aucun souci de ces prophéties menaçantes? On s’empresse, il est vrai, de toutes parts, de vaquer à ses affaires, et l’on bâtit des projets superbes, comme si la terre ne devait jamais subir de bouleversement radical. Qu’esl-ce que cela prouve? Rien autre chose, à notre avis,'
(1) Evang. selon saint Matthieu, ch. xxiv, v. 37 et suiv.
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sinon que notre siècle ressemble assez bien à celui qu’engloutît la catastrophe diluvienne. Oui, répétons-le à satiété s’il le faut, il est à présumer fortement que la justice céleste ne tardera point à clore la série des châtiments qu’elle nous envoie, par un dernier et effroyable coup qui mettra fin à nos désordres.
Et ce ne sera qu’ après ce rigoureux acte de sa vengeance que la justice de Dieu apaisée fera place à sa clémence, laquelle alors, répandant partout la lumière et la force, renouvellera, pour un temps, la face de la terre. Les plus belles vertus y fleuriront de toutes parts, et, de la sorte, ses habitants se prépareront à paraître aux grandes séances du jugement général qui signaleront la fin de ces années de restauration et de calme.
Voilà quelques-unes des réflexions que nous inspire l’examen d’une des deux grandes questions du moment, celle qu’on veut appeler la question italienne, mais qui réellement est celle de la société chrétienne tout entière aux prises avec l’impiété révolutionnaire. Voilà, croyonsnous, les appréciations générales qu’on en peut faire et les conclusions qu’il est permis d’en tirer.
Quant à la question d’Orient, elle n’ést pas moins importante ; c’est pour la chrétienté non plus une affaire intérieure et regardant les rapports de ses membres entre eux, mais une très grave affaire du dehors à régler avec les éternels ennemis du nom chrétien, ces farouches musulmans qui, durant tant de siècles, nous ont menacés d’invasion, d’esclavage et de mort.
Nous avons dit que l’Antéchrist sortirait des régions de l’Islamisme et rétablirait l’empire de l’infidélité par toute la terre. Au premier abord, la question orientale semble avertir que cela ne peut être de longtemps réalisable. Au lieu de s’agrandir, nous voyons que la société musulmane s’affaiblit tous les jours ; c’est maintenant un cadavre. Les puissances chrétiennes n’osent entreprendre le partage de ses dépouilles, par la seule crainte d’allumer entre elles une- guerre générale et désastreuse.
Les horreurs qui viennent d’avoir lieu en Syrie contre les chrétiens, montrent à nu l’étrange incapacité, la faiblesse irrémédiable et la radicale corruption du gouvernement turc. Peut-être ces horribles scènes de carnage décideront-elles, dans un avenir plus ou moins rapproché, les gouvernements de l’Europe à s’entendre et à chasser
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des beaux pays, qu’ils souillent et ruinent, ces sauvages Osmanlis, Sarrazins, Druses et Arabes, dont la ruse et l’hypocrisie ne sont égalées que par leur haine aveugle du christianisme et leur féroce acharnement à le détruire ? En tous cas, la force des choses entraîne l’empire de Mahomet à sa dissolution prochaine.
Il est donc plus que probable que la domination turque va recevoir un nouveau coup qui, l’affaiblissant considérablement encore, la conduira, pour ainsi dire^ au dernier souffle de son existence.
Mais cette éventualité, que nous regardons comme imminente, loin d’infirmer la thèse par laquelle nous avons soutenu le rétablissement peu éloigné du règne de l’Islamisme, la confirme au contraire selon nous et d’après les idées que nous a fournies l'examen attentif des prophéties relatives à l’avénement de l’Antéchrist.
• Il est dit au chapitre treizième de l’Apocalypse : « et je vis l’une de ses têtes (de la Bête) comme blessée à mort, mais cette plaie mortelle fut guérie, et toute la terre suivit la Bête, et vidi unum de capitibus suis quasi occisum in mortem; 9l piaffa mortis curala est; et admirata est uni-
ÉVÉNEMENTS POLITIQÜES Dü JOUR 275
versa terra post bestiam (1). » Ces paroles, dont» le sens, au premier coiip-d’œil, paraît si diffficile, , les interprètes les ont appliquées à l’empire turc ou mahométan, parce que, disent-ils, cet empire doit éprouver une grande défaite et une ruine presque totale dans le temps marqué de Dieu, au point ^ju'on pourra le dire comme mort et anéanti. Cette explication se trouve déjà vérifiée par l’événement. L’empire des Turcs, malade, depuis longtemps, est aujourd’hui à l’agonie, de l’avis de tout le monde.
Mais l’Antéchrist le relèvera; il en réparera les pertes ; il en guérira les blessures mortelles, et, au moyen de ces restes tronqués et épars, il formera une monarchie qui deviendra bientôt , comme nous l’avons dit, par le secours des révolutionnaires et des Juifs, la plus vaste de toute la terre, selon cette prophétie de Daniel : « Le quatrième royaume sera plus grand que tous les royaumes, il dévorera toute la terre et la foulera aux pieds (2). » Aussi tout l’univers voyant cette puissance, venue d’une si faible origine, s’élever au-dessus de tous les peuples, « sei^a dans l’étonnement et l’admiration. » La plupart des hommes, ravis comme en extase à la vue de
(1) Apocalypse, ch. xtn, v. 3.
(2) Prophétie de Daniel, ch. tii, t. 23.
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ce prodige^ accourront auprès de la Bête pour embrasser sa doctrine et se courber sous son sceptre.
Attendons-nous donc à une dissolution de l’empire turc, cette honte de la chrétienté, non-seulement en Europe où les Turcs ne sont que campés, comme l’a dit de Donald, mais encore en Asie d’où ils sont sortis et où le mahométisme est le plus solidement assis. Puis, au jour fixé par la Providence, jour qui ne peut avoir un long retard, cet empire se réveillera de ses ruines. Car, doué de l’activité la plus énergique, l’Antéchrist ralliant autour de son drapeau tous les hommes anti-catholiques, musulmans, juifs et révolutionnaires, composera par eux une vaste et puissante domination qui sera véritablement la résurrection de l’empire essentiellement antichrétien de Mahomet, qui en effacera l’éclat et surpassera l’étendue pendant le court espaèe de temps marqué par les prophètes. C’est ce que nous avons déjà dit dans la première partie de cet ouvrage.
Et c’est alors que les deux grandes questions qui agitent actuellement le monde et que la politique timide des princes chrétiens tarde tant à résoudre, se réuniront en une seule, qui sera tout ,
à la fois une immense révolution intérieure et une redoutable affaire du dehors.
Voilà donc la conséquence immanquable d’abord de cette violation effrontée de la justice et du droit des gens que l’on permet depuis trop longtemps aux meneurs révolutionnaires, et puis de ccs ménagements si sottement respectueux de l’Europe pour l’indépendance de l’infâme gouvernement des sultans et des pachas. L’Islamisme ressuscité et réchauffé par l’Antéchrist, donnant la main à la Révolution et s’alliant avec elle par l’intermédiaire et les soins du JudaLÏsme, voilà le colosse dont nous verrons bientôt probablement l’apparition. Voilà cette Bête infernale qui, embrassant l’univers, le tiendra comme étouffé dans ses bras jusqu’à ce qu’il plaise au Seigneur Jésus d’intervenir directement contre elle et de l’écraser d’un souffle de sa bouche, interficiet spirtlu oris sut.
La scène du monde est donc à peu près complètement disposée pour le rôle de l’Antéchrist. La pièce qu’on y joue maintenant n’est que la préface des actes de son règne ; et nos acteurs principaux, d’un si grand renom aujourd’hui, ne tarderont point à céder ïa place à d’autres qui seront incomparablement plus habiles et
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plus forts pour préparer, agrandir et consolider la domination de leur sultan magnifique.