LAÏQUES CHRÉTIENS
changements de dynasties, aux annexions de pays soulevés et révoltés, aux entreprises de guerres et de conquêtes et même aux spoliations du domaine temporel de saint Pierre,
Cette allégation n’a point de fondement. Elle est indigne d’un véritable chrétien. Est-ce que le vrai catholique ii’est obligé d’écouter la voix de l’Eglise que dans la spéculation et la théorie et nullement dans l’action et la pratique ? Estce que le dogme et la morale ne sont pas mêlés, impliqués, enchaînés à la politique, au gouvernement des Etats, aux éventualités de révolte, d’anarchie, de chute des trônes, de guerre, de spoliation et de conquête ? Ne sont-ce pas là, au contraire, les événements les plus importants de la vie de l’homme et sur lesquels il a un plus grand besoin d’être éclairé, guidé, encouragé par la plus sage et la plus auguste autorité qui soit dans le monde ? Est-ce qu’alors l’Eglise a perdu le droit et décliné le devoir de dire à ses enfants quelles sont les choses « qui appartiennent à César et celles qui appartiennent à Dieu ; » quels sont les désirs, les paroles, les actes opposés à la loi de Dieu, et quels sont, au contraire, les désirs, les paroles et les actes que cette même loi autorise et ordonne ?
288 DE l’aistechrist
Le corps humain est chose terrestre. Est-ce que la loi divine, dont l’Eglise a le dépôt, ne regarde point le corps et ne fait point de préceptes pour sa conservation, sa pureté, sa tempérance ? Les biens matériels, comme les maisons et les champs, sont aussi choses parfaitement terrestres. Or, n’y a-t-il pas, dans le Décalogue et dans l’Evangile, des dispositions formelles touchant -ces biens, pour en empêcher le vol et en régler la possession ? Et l’Eglise, cette incorruptible gardienne du droit et de la justice, ne peut-elle, ne doit-elle point veiller à l’observation de ces commandements divins, en louer et récompenser les observateurs, en censurer et punir les transgresseurs ?
Mais ces devoirs et ces droits, lorsqu’ils sont transportés des individus aux nations, changent-ils de nature, pour que l’Eglise cesse d’avoir l’obligation de s’en mêler et qu’elle fasse un acte d’ingérence inopportune ou d’injuste empiétement, quand elle crt)it devoir y mettre l’œil et la main, quand elle déclare ce qui est bien et permis, comme ce qui est mal et défendu ; quand elle ordonne à ses enfants, sous peine d’encourir ses censures, de s’abstenir de ce qu’elle proclame illicite et mauvais? Pas le