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moins du monde, dira cerlainement tout esprit droit et libre de préjugés. Au contraire, c’est dans ces circonstances solennelles que l’Eglise ' doit élever plus fortement la voix pour indiquer aux peuples le chemin de la vérité, parce que c’est alors qu’il importe le plus que la justice et le droit soient connus et pratiqués, c’est alors que leur connaissance et leur pratique favorisent le plus la prospérité des peuples, et que leur oubli et leur violement entraînent pour eux de plus graves conséquences.
En second lieu, nous croyons à propos de recommander aux laïques chrétiens une grande prudence, en meme temps qu’une juste indépendance vis-à-vis le pouvoir politique. Le gouvernement de leur pays peut contrarier leurs vues, se lancer dans une voie déraisonnable et funeste. Mais il ne leur est pas permis de se révolter contre lui. Des obse^’vations respec-' tueuses, des réflexions libres, mais sages et discrètes, une résistance inébranlable à des demandes clairement et notoirement injustes, voilà tout ce qu’ils peuvent faire convenable- ' ment et utilement.
Et pourquoi leur conseillons-nous une pareille conduite? Parce que, en agissant autrement,
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ils feraient à leur insu les affaires de la Révolution ; ils mineraient l’autorité, ils contribueraient à en relâcher le nerf et seraient eiix-mêmes des révolutionnaires sans le vouloir. L’autorité légitimé, c’est ce qu’il faut sauvegarder avant tout. C’est ce dont le monde a le plus pressant besoin aujourd’hui. Lorsqu’elle est avilie, qu’elle se retire devant l’anarchie et que le gouvernement descend dans la rue, alors, comme l’expérience le prouve, une violente réaction s’opère bientôt ;
le pouvoir suprême est saisi par le premier venu ,
et devient ensuite, entre ses mains, l’instrument du plus fâcheux despotisme.
jSüUs prévoyons sans peine que la Révolution fera des progrès plus grands encore. Mais, arrivée à'son dernier terme, elle sera remplacée par une épouvantable tyrannie ; et cette réaction sera d’autant plus violente qu’elle suivra l’anarchie la plus insensée ; elle aboutira en fin de compte au plus vaste, au plus savant et au plus cruel système d’oppression qui ait pesé sur la terre (1).
Or donc, les laïques chrétiens, en combattant et dénigrant l’autorité légitime, comme aussi en s’abaissant devant elle jusqu’à lui sacrifier les droits de Dieu et de leur conscience, favori-
(1) Voyez la note 11, à la fin du volume.
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seraient par là même et propageraient les idées et les actes révolutionnaires. Ils hâteraient donc l’arrivée du règne réactionnaire de l’abominable « Fils de la perdition » et lui aplaniraient les voies. Mais cela siérait-il à des chrétiens ? leur conviendrait-il de procurer ou même de faciliter la domination autocratique du plus furieux ennemi de Jésus-Christ et de son Eglise ?
Encore une fois, ils doivent, sans bassesse et sans faiblesse, obéir à leur gouvernement en toute chose raisonnable et juste ; mais quapd le commandement se trouve évidemment entaché d’injustice, lui résister avec une courageuse persévérance, tout en gémissant devant Dieu et en remplissant leurs autres devoirs dans la résignation et la patience.
Troisièmement, il leur faudra, aussi bien qu’au prêtre, veiller, lutter et prier. Veiller d’abord ; Notre-Seigneur, avant de commencer l’œuvre de sa passion, durant laquelle la foi de ses apôtres devait essuyer de si rudes assauts, leur recommandait avec instance d’être vigilants et attentifs, afin de ne pas tomber en la tentation pendant les heures de ténèbres qui approchaient : Vigilate et orale ut non intrelis in tenlationem (1).
(1) Evang. selon saint Matlhieu, cli, xxvi, v. 41
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La vigilance est absolument nécessaire aux âmes en ces temps de révolutions, d’illusions, de séductions et de corruptions. Une âme qui ne prendrait point garde à elle-même chaque jour, laissera certainement entrer l’ennemi qui rôde autour de son cœur, c’est-à-dire le venin subtil de l’erreur et du mensonge circulant aujourd’hui de toutes parts, dans les salons et sur les places publiques, dans les discours d’apparat comme dans les entretiens familliers, dans les journaux et dans les mauvais livres qui pullulent jusqu’aux campagnes les plus reculées. Le mal est dans l’air, et on le respire avec l’air.
Quand, au milieu d’une nuit sombre, le voyageur suit un étroit sentier placé au bord^de profonds précipices, quelle est sa préoccupation et que fait-il ? Il examine attentivement sa voie, il ne pose point le pied à la légère, il se garde bien de regarder inconsidérément de côté ou d’autre -, et, s’il entend du bruit, des paroles . humaines ou des cris d’oiseau, il n'y prête jamais trop l’oreille pour oublier le danger de sa route et la perdre un instant de vue. Tout le monde admire la sagesse de ce voyageur; et par sa vigilance, il arrive heureusement au terme
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de sa course périlleuse. Eh bien ! les âmes chré* tiennes qui vivent dans le monde'doivent l’imiter aujourd’hui plus que jamais. Comme lui, elles marchent sur un chemin plein d’écueils et qui va très-probablement aboutir au plus pro • fond des abîmes. Qu’elles veillent et prient!
Voyez les chefs d’une armée en campagne !
Quand ils pénètrent sur le sol ennemi, leurs précautions sont multipliées et savantes. 11 y a des avant-gardes, des grand’gardes et des arrièregardes. On pose des sentinelles ,de tous cotés, qui doivent veiller le jour et la nuit. On ne s’avance que pas à pas, pour ainsi dire, en sondant le terrain et après avoir fait plusieurs reconnaissances. Et tout cela, c’est afin de n’être pas surpris par l’ennemi, de ne point tomber dans ées embuscades et de ne subir aucune défaite.
Les catholiques, aujourd’hui, ressemblent à une armée qui campe en un pays ennemi. Ils sont entourés de pièges tendus par l’erreur, l’orgueil et l’impiété. Il faut donc qu’ils- pourvoient à leur sûreté ; <• qu’ils prennent garde, selon le commandement du divin Maître, à ces faux prophètes qui cherchent à les séduire, en se revêtant des peaux de brejiis,
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tandis qu’au-dedans ce sont des loups ra- \isseiirs (Ij. » 11 leur sera facile de les reconnaître. « Qu'ils examinent seulement leurs fruits. » Que disent-ils et que font-ils ? On les voit et on les entend dans la Turquie et dans Tllalie. Mauvais arbres, ils ne peuvent produire que de mauvais fruits. L’anarchie, le désordre, la corruption, le pillage, l’assassinat! Voilà les œuvres de ces hommes pervers qui osent s’ériger en réformateurs de l’humanité. Le despotisme, la domination universelle, le renversement de tous les principes religieux et sociaux, l’anéantissement du culte de Dieu, l’intronisation et l’adoration par toute la terre du plus abominable des tyrans, voilà les conséquences infaillibles et prochaines de leurs discours et de leurs actes. ■ '
l.a vigilance doit être accompagnée de lutte et de combat. -Le mal est agressif de sa nature ; c’est une gangrène qui envahit sans cesse les membres de rhumanilé déchue, et ce mal a pris.de nos jours des proportions 'énormes. Il fait à chaque heure des progrès effrayants. 11 suffit d’ouvrir les yeux pour voir qu’il tend à corrompre les âmes les plus pures et les plus
(1) Evang. selon saint Matthieu, ch, vu, v. 15 et suiv.
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dévouées à Jésus-Christ. 11 faut donc se prémunir ' contre ses atteintes, « lui résister fortement, avec les armes de la foi, » nous dit saint Pierre (1). Un cœur pusillanime et trop ami du repos et de la paix, sera nécessaiîrement vaincu. Pourquoi craindre de nous montrer au monde ?
Pourquoi n’avoir point le courage de nos principes et de nos opinions, de notre croyance et de nos actes ?
Les laïques catholiques qui voudraient rester neutres et assister en simples spectateurs à la grande lutte qui commence, seraient des lâches et des parjures. Non-seulement ils auraient la honte d’être vaincus par les ennemis de Dieu et de l’Eglise et de se laisser corrompre par le poison de leurs doctrines, mais de plus, entraînés par le torrent du mal, saisis par ce mouvement vertigineux et accéléré qui s’acquièrent toujours lorsque l’on glisse sur la pente d’un ' précipice, ils deviendraient bientôt comme malgré eux les auxiliaires de ceux-là même qu’ils traitent actuellement d’ennemis et d’impies. Ils se trouveraient, sans presque s’en apercevoir, enrôlés sous le drapeau du « prince de ce siècle^ » et ils finiraient par combattre à son
(1) !'• Epitre de saint Pierre, cliap. v, verset 9.
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ombre contre Dieu et ses fidèles serviteurs.
Qu’ils prennent donc la résolution de ne jamais abandonner seuls au combat le Saint-Père, les évêques et leurs prêtres ; qu’ils s’unissent àeux, qu’ils les appuient de leurs sympathies et de leur coopération journalière, qu’ils reçoivent d’eux, pour ainsi dire, le mot d’ordre, et combattent à leurs cotés avec une énergique persévérance. Il y va du salut de leurs âmes.
Voudraient-ils être du nombre de ces dupes, flétries si longtemps à l’avance par l’Evangile, quand, annonçant le malheur des derniers jours, il dit ; « La tribulation et la séduction seront si universelles et si fortes, que les élus euxmêmes seraient séduits, s’il était possible (1). » Voudraient-ils s’associer aux ennemis implacables du clergé, l’accabler de calomnies et d’outrages, contribuer à sa destruction et faire, de la sorte, le plus cher ouvrage de l’Antéchrist?
A la vigilance et à la lutte, le chrétien, dans les circonstances actuelles, doit joindre la prière. Notre-Seigneur recommandait fréquemment à ses disciples l’exercice de la prière ; d’une manière générale d’abord, leur disant : « Il faut prier toujours et ne jamais cesser, oportet sempcr *
(1} Evang. selon saint Marc, ch. siii, v, 19 et suiv.
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orare et nunquàm deficere. » Il leur montrait ensuite l’utilité de la prière pour obtenir quoi que ce soit de la bonté divine : « Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera ; demandez et vous recevrez, si quid petierüis Palrem in nomine meo, dabit vobis; petite et accipietis. » Selon lui, la prière était nécessaire pour mettre en fuite les démons : « Ce genre de démons n’est chassé que par le jeûne et la prière, hoc genus dœmoniorum non ejicitur nisi injejunio et oratione; » pour éviter les maux et les périls de la vie présente ; « Veillez et priez en tout temps, afin que vous deveniez dignes d’être préservés de ces désastres, vigilatp ilaque omni tempore erantes ut digni habeamini fugere ista omnia quœ futura sunt; »
pour vaincre les tentations : « Veillez et priez, afin que vous n’entriez point en la tentation. » Avec la prière, on peut opérer des miracles : « Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez, omnia quŒcumque petierüis in oratione credentes accipietis (1). »
La prière est le moyen, medium, qui doit précéder, accompagner et suivre tous les actes et toutes les démarches d’un vrai chrétien. Elle
(1] Çà et là dans l’Evangile.
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sert de préparation à notre travail, elle nous
obtient le courage pendant que nous le faisons,
et elle devient un doux repos, après l’avoir
terminé.
Jésus, le Fils de Dieu, bien que tout puissant et en continuelle jouissance de la vision béatifique, a voulu cependant nous donner l’exemple de la prière. « 11 passait les nuits à prier, » nous dit l’Evan-gile, et à l’heure de son agonie, prolongeant son ardente oraison, il voulnt paraître en recevoir un surcroît de force pour braver et vaincre les horreurs et les tourments de sa passion.
Tout chrétien a contracté l’obligation de pratiquer les maximes et les préceptes, les conseils et les exemples du divin Maître. Tout chrétien doit donc prier, surtout en ces temps-ci ; car les démons déchaînés poussent évidemment leurs suppôts au bouleversement de toutes cho- ‘ ses. jN’ous sommes menacés des plus grands maux ; nous allons être exposés aux plus graves périls ; les tentations les plus furieuses vont bientôt fondre sur les âmes pour les « cribler comme le froment. » Et la prière est l’arme nécessaire pour résister aux esprits de ténèbres ; 'c’est l’abri contre les fléaux et les tempêtes.
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c’est la forteresse d’où l’on résiste aux plus rudes assauts.
Prions donc assidûment le Seigneur en ces jours d’épreuve, et prions-le par l’intercession de la sainte Vierge et des saints. Demandonsîui ses miséricordieuses bénédictions sur son peuple, sur nos familles, sur nos corps et nos âmes. Supplions-le pour l’exaltation de l’Eglise catholique, notre mère, et pour le triomphe de notre saint Père le pape, son chef. Conjurons-le de nous accorder la paix et la concorde entre les princes chrétiens, la conversion de tant de pécheurs misérablement dévoyés et perdus dans la nuit de l’ignorance et de l’erreur, la persévérance de tant d’âmes justes qui ont à lutter contre les flots de la barbarie et de la corruption, montant chaque jour autour d’elles et ^prêts à les engloutir. Prions, en un mot, pour l’abrégement et la délivrance des nécessités spirituelles et temporelles auxquelles nous et nos frères sommes déjà en proie et qui ne sont malheureusement, répétons-nous une dernière fois, que le prélude et l’annonce d’une infinité d’autres incomparablement plus grandes, à l’approclie des tristes et funestes jours de l’Antéchrist (1). Prions Noire-Seigneur de hâter la sainte journée
(1). Voyez la note 12, à la fin du volume.
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de son avènement, en laquelle il doit punir tous ceux qui le haïssent et récompenser tous ceux qui l’aiment. Prions-le à tout moment et avec la plus vive instance qu’il vienne enfin asseoir son règne et faire sa volonté par toute la terre, comme il est assis et comme elle est faite dans
le ciel. Adveniat regmm tmm, fiat voluntas tua, sicut in cælo et in terra (1). Veni, Domine Jesu (2). »
(!) Evang. selon saint Matthieu, ch. vi, v. lO.
(2) Apocalypse, ch. *xii,v. 20.