DU P HEIN
bien ; les lavements phéniqués ont provoqué des intoxications graves, même à faibles doses.
Mais il ne suffit pas que la créosote puisse être. absorbée. Si en effet, certains médecins la donnent en suspension dans l’eau (Chabaud), la plupart préfèrent recourir à son mélange avec des matières grasses ou de la glycérine (lavements huileux, suppositoires de Kügler, suppositoires glycérinés, etc.). Il importe donc de savoir si cette pratique est justifiée, c'est-àdire si le rectum est capable d’absorber des substances grasses.
M. Bouchard considère l’huile d’olive ou d’amandes douces comme les meilleurs véhicules de la créosote. Déjà Bouisson avait démontré l'absorption des graisses par le gros intestin en général ; Albertoni de Padoue constate que le suc intestinal peut émulsionner les graisses, mais que l'huile introduite dans le rectum est en partie expulsée; Garlard, Markwald étudient l’action sur les sucres et arrivent à des résultats assez contradictoires ; Czerny et Latschenberger dénient au suc intestinal toute propriété émulsionnante, mais ils admettent l'absorption des graisses émulsionnées. Une émulsion introduite dans le rectum est absorbée proportionnellement au degré de concentration et au temps de séjour dans l'intestin.
Les essais cliniques tentés depuis n'ont fait que confirmer les données expérimentales. En ajoutant un jaune d'œuf aux substances que l’on veut incor-
porer dans un lavement, on les rend plus absorbables, moins irritantes, parce que le médicament bénéficie de la présence de l’émulsion graisseuse.
La glycérine offre-t-elle à ce point de vue les mêmes facilités d'absorption que la graisse ? On peut en douter ; en effet, la glycérine est un excitant des contractions intestinales ; sa présence est donc un obstacle au séjour prolongé de la substance a absorber. De plus, la glycérine est par sa fonction chimique, un alcool ; il est donc probable que son contact prolongé avec l’épithélium intestinal ne serait pas sans inconvénients.
Quant à l'alcool lui-même, on ne peut pas y songer. À la vérité il dissout admirablement la créosote, mais il est irritant. On a pu, dans certains cas, admiiistrer des lavements de vin ; mais c’est un procédé qui n’est pas exempt d’inconvénients, locaux d’abord, généraux ensuite, puisque des phénomènes d'ivresse ont été observés en pareil cas. L’irritation probable de l'intestin par une telle thérapeutique est à redouter, puisque tous les expérimentateurs s’accordent à reconnaître que la muqueuse irritée n’absorbe plus.
Ainsi les matières grasses peuvent, de l’avis de tous les physiologistes, être absorbées par le rectum. Mais il ne suffit pas que le véhicule se prête à l’absorption ; le principe actif, la créosote dans l’espèce, est-il absorbé aussi ?
rar
Sur ce point, les expériences ne laissent aucun doute. Revillet, expérimentant sur lui-même, a vu que l'odeur de la créosotese retrouve dansl’haleine aprèsun temps variable, court en général ; que l’urine contient également des quantités appréciables du médicament. La créosote a donc été transportée dans le système
circulatoire.
Et ce que nous disons de la créosote s’applique
aussi au gaïacol.
Ce n’est donc pas une erreur thérapeutique que de s’adresser au rectum pour faire pénétrer dans l’économie des médicaments que tous les auteurs français et étrangers s’accordent à considérer comme les meilleurs antiseptiques pulmonaires utilisables chez les tuberculeux.
Seulement, quel est le procédé de choix pour son administration : c’est ce que nous allons exami-
ner maintenant.