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Choix de l’antiseptique
Depuis les travaux de Reichembach, on sait qu’il existe deux types distincts de créosote : la créosote de goudron de hêtre et la créosote de goudron de houille. C’est à la première seule qu’il faut s’adresser. En effet, la créosote de houille est plus caustique, mal tolérée. :
Est-ce à dire cependant que la créosote, même celle du goudron de hêtre, soit toujours un produit irréprochable ? Assurément non, et cela vient de ce que sa composition n’est pas définie. Ce n’est pas, en effet, un corps homogène, mais un mélange de différents corps appartenant à la série des phénols.
On trouve dans la thèse de Main tous les détails sur ce point, et nous n’insisterons pas, Car aujourd’hui tous les médecins savent à quoi s’en lenir. Il nous suffira de rappeler que la teneur en gaïacol peut varier du simple au quadruple ; et que par conséquent les quantités de créosol, de crésylol et de phénol ordinaire varient dans les mêmes proportions. Or,
chacun de ces corps, considéré à part, a une action Bouteron 2
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distincte qui est loin d’être bienfaisante : nous n’en voulons pour preuve que les cas d’empoisonnement graves ou même mortel. Quant au créosol, il ne paraît pas exempt d’inconvénients (1).
Plusieurs médecins, entre autres M. Burlureaux, se sont efforcés d'obtenir une créosote constante dans sa composition, mais on ne la trouve pas partout.
Pour ces raisons, et bien que la créosote ait le grand avantage de ne pas coûter cher, — considération qui n’est pas à dédaigner — nous serions plus porté à conseiller le gaïacol.
En effet, ce dernier corps peut-être obtenu à l’état de pureté absolue, comme l’a démontré M. Choay. Le gaïacol de synthèse est cristallisé et par conséquent offre toutes les garanties possibles de pureté. Son prix de revient est assez élevé : 70 à 80 fr. le kilog. D'ailleurs il existe dans le commerce des gaïacols liquides, préparés avec soin, et qui sans avoir la fixité de composition du produit cristallisé, s’en écartent néanmoins fort peu, et sont encore recommandables. Ils sont même, au point de vue de la préparation rapide, plus maniables que le gaïacol synthétique, qui ne peut être employé qu'après fusion au bainmarie.
Le gaïacol nous paraît en outre plus apte que la
1) Pignol. Médecine moderne, 12 novembre 1891, n° 46.
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créosote à ne pas irriter l'intestin. Il a un pouvoir anesthésique bien connu, très préconisé dans ces derniers temps surtout, et nous croyons qu’il peut être supporté plus longtemps.
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Technique
Deux procédés sont utilisables :
Les lavements ;
Les suppositoires.
a) Lavements. — Les considérations physiolo:
piques que nous venons de développer nous dispensent de revenir sur la question du véhicule à employer.
L'eau simple, ne dissolvant pas la créosote, qui reste en suspension et peut par conséquent exercer son action caustique sur la muqueuse ; l’alcool, trop irritant; la glycérine, produisant des contractions intestinales qui expulseraient le contenu du rectum, sont à rejeter.
Il reste donc les matières grasses,
On peut utiliser leurs propriétés en émulsionnant d'abord un jaune d'œuf avec la créosote et en ajoutant à de l’eau l’émulsion ainsi obtenue. Mais alors il
est nécessaire d'employer des quantités d’eau assez grande (200 gr. Revillet).
Si l’on adopte ce moyen, on devra avoir grand
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soin de stériliser au préalable l’eau à employer. La présence de la créosote ne suffira pas à assurer son asepsie.
Le procédé le plus simple est d'employer l'huile : huiles d’olives, d'amandes douces, de noix, de faines : cette dernière, d’après M. Bouchard, dissout mieux la créosote que les autres. Si l’on se sert d’huile, l'addition du jaune d'œuf est moins nécessaire ; on peut s’en passer; cependant, on se rappellera que l'huile peut n'être pas absorbée en totalité et que par conséquent une partie, probablement peu considérable, mais appréciable néanmoins, sera évacuée, entraîinant avec elle une dose impossible à évaluer du principe actif.
Toutefois, dans certains cas, quand il y a intérêt à supprimer une complication, que ce soit pour raison d'économie, ou pour une autre cause, on pourra user de simples lavements huileux.
Quel que soit d’ailleurs le véhicule choisi, on se souviendra que les grandes quantités de liquide ne peuvent être que très diflicilement gardées.
Les lavements de Révillet :
Créosote pure de goudron de hêtre 2à4gr.
LENS RAT Nr d'EPS 200 ÉMIS MONTE NA Ce NL, 25 NÉ Ne NE NN RS UMR EEE ART n° À
nous paraissent trop volumineux.
60 à 100 gr. d’huile quant on se sert de créosote,
50 gr. si l’on emploie :e gaïacol nous semblent bien suffisants.
Nous proposons donc la formule suivante :
Créosote pure de goudron de hêtre V à XX g't°s
Jaune d'œuf (facultatif). ........... n° À Huile d’olives ou d'amandes douces OÙ, dé MOITIES PA LEE PNAETTE 60-80-100 gr.
ou Gaïacol cristallisé fondu à une douce Chaleur er ARRETE 0,20 à 1 gr.
On ne fera pas chauffer le lavement. d’abord pour ne pas volatiliser et perdre une partie du médicament, ensuite pour ne pas exciter les contractions intestinales : comme le froid les excite également, on choisira un juste milieu et on injectera le lavement un peu tiède.
Le moment de choix pour son administration est le soir, au moment où le malade se couche. Il lui sera en effet plus facile de le garder pendant la nuit que durant la journée. Faut-il, pour rendre laconservation plus facile, ajouter du laudanum? Nous ne le pensons pas. On y aura recours que dans les cas d'intolérance extrême, attendu qu’il n’est pas sans inconvènient à tous les points de vue d’opiacer ses malades. Il s’agit en effet d’une médication à continuer long-
temps, quotidiennement, et l’accoutumance avec tous ses dangers s’établirait vite.
. Détail qui a son importance: notre expérience personnelle nous conduit à conseiller pour ces lavements l’usage d’une poire en caoutchouc ayant juste la contenance voulue ; avec les irrigateurs, en effet, une partie du liquide se perd ou reste dans le tuyau; avec une poire trop grande, on risque d’injecter de l'air, qui provoquera des coliques, du gonflement abdominsl.
On donnera le lavement aussi longtemps que possible après les repas.
Enfin une précaution qu'on ne devra pas négliger sera de faire toujours précéder le lavement médicamenteux d’une injection d’eau bouillie, destinée à laver les surfaces absorbantes.
b). Suppositoires.
La première application des suppositoires créosotés semble appartenir à Dujardin-Beaumetz, elle est mentionnée en 1893 dans la thèse de son élève Lemanski. Mais il est probable que d’autres praticiens y avaient songé, seulement il n’en existe pas de preuves dans les publications que nous avons consultées.
Blanc, dans sa thèse, examine les différentes sortes de suppositoires; pour nous, nous préférons le procédé qui consiste à fondre ensemble le beurre de cacao additionné ou non de cire blanche (cette
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dernière addition est utile en été) et une petite quantité d'huile à laquelle on a préalablement incorporé le médicament.
Pour les raisons exposées plus haut les suppositoires de glyco-gélatine ne nous semblent pas recommandables, les suppositoires creux, renfermant la substance active dans une cavité centrale, et par conséquent à l’état de concentration, peuvent encourir le reproche de mettre une trop grande quantité de substance active en contact avec la muqueuse rectale.
Quelle dose de créosote ou de gaïacol convient-il d’incorporer au beurre de cacao? Les auteurs varient: les uns, comme Dujardin-Beaumetz, ne veulent pas dépasser 30-40 centigr. par jour; les autres avec Bouchard et Gimbert, Révillet, Chabaud, Burlureaux, n'hésitent pas à prescrire des doses beaucoup plus fortes, et Kügler notamment préconise des doses journalières de 3 grammes. |
On pourrait formuler ainsi qu'il suit ;
Créosote pure de goudron de hêtre... 0.30-0.50 BEUTTE He CACAOA NIET M IRC EPS SRE 4 gr.
Pour un suppositoire ; Deux par jour.
ou : R GARD OUT MATRA 0.20-0.50 BeUTTéIENCACAO ARR CRE RME CERN 4 gr,
Même mode d'administration.
Du choix de la méthode
Les lavements exigent une technique un peu plus compliquée que es suppositoires. Mais ils ont l’avantage de faire pénétrer facilement une dose plus élevée du médicament. Certains malades, qui ne peuvent les garder, conservent avec plus de facilité les suppositoires.
Nous conseillerons volontiers d'essayer d’abord les lavements, nous réservant d'employer les suppositoires si le premier mode de traitement était gênant ou mal supporté.
Au contraire, nous conseillerons plutôt les suppositoires chez les malades à rectum intolérant, particulièrement les enfants, à qui il est très difficile de faire garder un lavement.
La médication par les suppositoires a pour elle une plus grande simplicité de moyens.
Mais toutes deux répondent bien à l'indication capitale de toute thérapeutique : primum non nocere, cela, bien entendu, en dehors des cas spéciaux dont nous aurons à parler plus tard. La méthode rectale
comporte, en effet, des indications et des contre-indications. Et les considérations sur lesquelles elles sont basées sont sensiblement les mêmes pour les lavements que pour les suppositoires, pour la créosote que pour la gaïacol. Le but et l’utilité de la méthode antiseptique, quelque voie qu’elle emprunte. quelque substance qu'elle emploie, sont bien résumés dans un passage du livre de G. Sée « la Phtisie bacillaire » que nous reproduisons avec grand plaisir :
« On nous jette la pierre, à nous autres médécins, parce que nous n’avons pas été heureux jusqu'ici : væ victis : mais nous ne serons pas victimes Jusqu’au bout, et la voie nouvelle dans laquelle la clinique peut et doit entrer résolument, ne restera pas stérile ; nous ne sommes pas effra yés par les fauxpas de la première heure ; en effet les difficultés sont bien autrement considérables que dans la science chirurgicale et obstétricalé, où le médicament nécrophytaire trouve le parasite pour ainsi dire sous la main. Le parasite médical au lieu de rester à la surface, comme sur une plaie, a pénétré profondément dans les tissus, dans la muqueuse bronchique, dans les poumons, dans tous les éléments histologiques, vous ne l’atteindrez pas par des fumigations, ni même avec les injections intrapulmonaires, d ailleurs dangereuses, des substances anti-virulentes ; l'ennemi est dans la place et non à la porte d’entrée ; il faut le prendre à revers, et pour
cela imprégner l’organe malade par le médicament sans faire courir de danger à l'organisme. Il faut que le médicament s’il ne peut pas arriver au bacille, le frappe indirectement dans ses conditions vitales, dans ses moyens d’existence ; c’est là le secret et l'explication de certaines actions médicamenteuses utiles, c’est là la source des indications curatives. » « Phtisie bacillaire du poumon », par G.
Sée, 1884,
Effets généraux de la médication
Que l’on administre la créosote ou le gaïacol, les médecins sont unanimes sur ce point : dans les cas favorables, il y a parallèlement amélioration locale et amélioration générale. Les fonctions digestives se rétablissent ; les malades qui ne mangeaient plus, mangent et naturellement engraissent. Les sueurs diminuent, puis disparaissent ; l’expectoration change de nature et se tarit ; la toux diminue et même disparaît. En même temps, ou pour mieux dire un peu après l'amélioration générale, l’état local se modifie, et cette modification heureuse se traduit par la diminution des râles, des signes de congestion, etc. ; enfin, le tableau se complète par la disparition progressive des agents infectieux de l’expectoration, disparition qui a pour corollaire la cessation graduelle de la fièvre et le retour des forces.
Ces heureux effets sont au maximum quand la médication respecte le tube digestif. De là le choix de la voie rectale. Nous avons pu voir des malades chez qui la créosote n’avait pas produit de bons effets tant
qu'elle était prise par la bouche, changer complètement en quelques jours, lorsque le médicament introduit par une autre voie, pouvait exercer son influence bienfaisante sans irriter au passage la muqueuse de l'estomac (Voir Obs. VII).
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Mode d'action
La créosote est un antiseptique. C’est à ce point de vue surtout qu’elle a été administrée aux phtisiques. M. Bouchard rappelle avec une certaine amertume la facon dont furent accueillies les tentatives de réhabilitation du médicament de Reichenbach : cependant c'était après avoir dûment expérimenté les propriétés antiseptiques de la créosote. Après lui, Guttmann a vérifié que 0 gr. 50 pour 1000 de créosote suffisent à tuer les microbes ; Pilotte a constaté qu'une solution à 4 0/0 stérilise un tissu tuberculeux ; M. Bouchard déclare que 0,062 pour 1000 donnent le même résultat. En injections hypodermiques, il a pu donner sans amener nécessairement la mort des animaux 3 C. ©. 15 par kilogr.
Chez l’homme il ne donne d’ordinaire pas plus de 3 gr. par jour, soit 0,05 par kilogr.
Ainsi administrée, la créosote se montre antiseptique, antithermique, et accessoirement ou plutôt secondairement, elle augmente l’appétit et provoque l’engraissement,