‹ De l'anxiétéChapitre 7 sur 14 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

L'anxiété est un état complexe, un faisceau psycho-physiologique constitué par un groupement d'éléments simples^ qui comprend toujours un état de conscience particulier, des modifications des fonctions de la vie organique. C'est une émotion, et, comme toutes les émotions, une manifestation organisée de la vie affective. 11 est donc logique de dire quelques mots de la théorie physiologique des émotions, qui depuis quelques années a détrôné la théorie intellectualiste soutenue par Herbart et son école.

« L'étude des émotions, dit Ribot, au point de vue de la psychologie pure, ne peut aboutir. L'observation intérieure, quelque subtile qu'elle soit, ne peut que décrire le fait interne et en noter les nuances; elle reste muette sur les conditions et la genèse de T^motion; elle ne saisit qu'une émotion sans corps, une abstraction. 11 n'y a aucune manifestation de la vie psychique, sans excepter les perceptions, qui dépende plus étroitement que celle-ci des conditions biologiques. Le grand mérite de James et de Lange c'est d'avoir, tous les deux, démontré l'importance capitale des facteurs physiologiques dans l'émotion «>.

Ces auteurs ont montré que l'émotion n'est pas un phénomène

cérébral pur, et que si Témotion reconnaît pour cause parfois une représentation psychique antérieure, le souvenir par exemple, il n'en est pas moins vrai qu'elle est toujours postérieure aux troubles somatiques ; et renversant Tordre admis par le sens commun ils admettent : d'abord un état intellectuel, puis des troubles organiques et moteurs, puis la conscience de ces troubles qui est Tétat psychique que nous appelons Témotion.

La psychologie contemporaine a montré la priorité de la vie intellectuelle et cette thèse, qui est celle de Schopenhauer, a été défendue plus récemment par M. Ribot : « comparer, comme Font fait certains auteurs, la « sensibilité » et r« intelligence » pour rechercher si Tune de ces deux « facultés » est supérieure à Tautre, est une question factice, déraisonnable, puisqu'il n'y a de commune mesure entre les deux, et elle ne comporte aucune solution sinon arbitraire. Mais on peut procéder objectivement, et se demander si Tune est primaire et l'autre secondaire, si l'une vient se greffer sur l'autre, et, dans ce cas, laquelle est le tronc et laquelle est la greffe. Si la vie affective apparaît la première, il est clair qu'elle ne peut être dérivée, qu'elle n'est pas un mode, une fonction de la connaissance, qu'elle existe par elle-même et est irréductible. Ainsi posée, la question est simple et la réponse est de toute évidence ».

Et M. Ribot donne comme preuves de la priorité de la vie affective des preuves physiologiques et psychologiques.

Les preuves physiologiques peuvent toutes se ramener à une seule : la vie organique, végétative apparaît partout et toujours avant la vie animale.

Quant aux preuves psychologiques, M. Ribot rappelle le chapitre de Schopenhauer intitulé « Du primat de la volonté dans la conscience de soi », qui est un long plaidoyer en faveur de la priorité des tendances sur la connaissance et où l'auteur assimile les émotions à la volonté qui pour lui est universelle, fondamentale, souveraine. « Vouloir, c'est désirer, aspirer, fuir, espérer, craindre, aimer, haïr ; en un mot, c'est tout ce qui constitue directement notre bien ou notre mal, notre plaisir ou notre peine ».

Dans Tanxiété, les désordres somatiques sont le phénomène prépondérant, et la meilleure preuve qu'on puisse en donner, cest que, si vous supprimez de la crise anxieuse tout le tableau des troubles physiologiques, il n'y a plus de crise anxieuse. « Supprimez, dit Ribot, dans la peur les battements de cœur, la respiration haletante, le tremblement, l'afFaiblissement musculaire, Tétat particulier des viscères; supprimez dans la colère Tébul- Vition de la poitrine, la congestion de la face, la dilatation des narines, le resserrement des dents, la voix saccadée, les tendances impulsives ; supprimez dans le chagrin les pleurs, les soupirs, les sanglots, la suffocation, Tangoisse, que restera-t-il? Un pur état intellectuel, pâle, incolore, froid. Une émotion décorporalisée (disembodied) est un non- être ».

Dans Tanxiété, la priorité appartient donc à l'élément émotionnel et affectif. La base de l'accès anxieux est faite toute de réactions émotionnelles, la réaction intellectuelle est consécutive et secondaire.

Nous avons divisé notre travail en cinq chapitres :

Le premier chapitre a pour but l'étude et la description des divers symptômes qui entrent en jeu dans une crise anxieuse.

L'étiologie est étudiée dans le second chapitre.

Dans le troisième chapitre, après avoir établi la distinction entre l'anxiété physiologique et l'anxiété morbide, nous énumérons les diverses névroses et psychoses dans lesquelles l'anxiété intervient tantôt comme épiphénomène, tantôt comme phénomène fondamental.

Enfin, après avoir discuté la théorie de Freud sur la légitimité de la névrose d'angoisse et sur son étiologie, nous terminons cette étude par quelques mots sur le diagnostic, le pronostic et le traitement.

Girard 2

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