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CHAPITRE PREMIER

DÉFIiNITION. STMPTOMATOLOGIE DE LA. CRISE D ANXIÉTÉ

L'anxiété est un état complexe de trouble, de malaise indéfinissable, de crainte, de douleur vague, etc., qui s'accompagne de manifestations plus ou moins nombreuses et plus ou moins marquées, telles que palpitations cardiaques, rougeur du visage, oppression, tremblement, etc. On est anxieux quand on attend un événement qu'on appréhende, quand on redoute une catastrophe imminente qu'on ne peut pas éviter : alors la gorge se serre, le cœur se gonfle, la respiration devient difficile et entrecoupée.

Dans la crise d'anxiété, interviennent ensemble les muscles de la vie de relation et les muscles de la vie organique, mais le rôle de ces derniers est prépondérant, et les réactions des organes et des viscères ont ici le premier rôle. Nous verrons, en effet, quelle importance prennent les troubles cardiaques, respiratoires, vaso-moteurs, etc., et de combien ils dominent la scène.

Tous ces troubles s'associent en plus ou moins grand nombre, pour former la base de la crise d'anxiété et donner lieu à des symptômes divers. Ce sont ces symptômes que nous allons analyser et décrire.

Symptômes sensitifs. — Ils consistent en une sensation pénible de constriction à la gorge ou au thorax, qui varie en intensité et en localisation suivant les sujets, et peut avoir pour siège soit la gorge même, soit la région précordiale ou le creux épigastrique.

Les sensations d'étouffement et de constriction thoracique, le frisson, la rétraction de la peau, sont aussi fréquents. Enfin, il

faut noter un état de malaise indéfinissable, sans localisation possible ni qualités nettes.

Nous ne pouvons insister plus longuement sur ces divers symptômes qui échappent à toute description précise, tant par la difficulté qu'on a de les localiser dans tel ou tel organe, que par celle d'expliquer clairement le mécanisme de leur production.

Symptômes moteurs. — Tremblement : Le principal est le tremblement. C'est un spasme à oscillations rapides et brèves, que la volonté est impuissante à maîtriser. Le tremblement affecte surtout les membres inférieurs, les membres supérieurs, et peut dans certains cas se généraliser.

Le tremblement n'est, en réalité, que l'exagération extrême de ce qui se passe normalement dans toute contraction musculaire. Si, par exemple, nous voulons saisir un objet, nous faisons fonctionner simultanément nos fléchisseurs et nos extenseurs. Le travail des muscles qui s'opposent à un mouvement, et, que pour cette raison, on nomme antagonistes, est indispensable pour graduer et régler les efforts musculaires. Qu'une excitation excessive des centres nerveux trouble l'harmonie dans l'ensemble des mouvements nécessaires à la contraction, il va se produire la rupture de l'équilibre dans le travail des muscles. Ceuxci se relâcheront et se contracteront alternativement. À peine les fléchisseurs cèdent*ils, que les extenseurs agissent de leur côté ; c'est cette succession rapide de l'action des muscles antagonistes qui, déterminant des oscillations continuelles, constitue le tremblement.

Faiblesse musculaire : A côté du tremblement existe un état de faiblesse et de raideur musculaire. La faiblesse musculaire qui peut se mesurer au dynamomètre est marquée par une diminution de l'énergie dans la contraction musculaire. Cette faiblesse et cette raideur ont pour résultat d'altérer la régularité et l'harmonie des mouvements; de là, de l'incoordination, de l'ataxie motrice pour ainsi dire.

Troubles de rélocution : Parmi les symptômes moteurs, il faut encore citer les troubles plus spéciaux de l'élocution, qui relèvent

en réalité, d'après M. Hartenberg, d'une quadruple cause : psychique (confusion mentale), laryngée (spasme des cordes vocales), respiratoire (dyspnée), linguale et labiale. Il y a par suite difficulté de rémission, faiblesse. et tremblement de la voix.

Vertige : Enfin le vertige. « Le vertige, dit Freud, consiste en un malaise spécial, accompagné de l'impression que le sol se déplace, quelles jambes s'effondrent, tremblent, se ploient, sont lourdes comme du plomb, qu'il est impossible de se tenir plus longtemps debout. Le vertige peut être remplacé par uù accès d'évanouissement profond ».

Symptômes vàsculaires et viscéraux . — Rougeur : Ici le symptôme qui domine et sur lequel nous allons longuement insister est la rougeur. « La rougeur, dit Mosso, celte manifestation si idéale de rinnocence et de la pureté d'ilme, n'est pas un fait accidentel, elle n'a pas été donnée à l'homme comme un signe de noblesse, comme un miroir destiné à réfléchir les troubles de son cœur, c'est une conséquence fatale des fonctions de l'organisme, qu'on ne peut ni faire naître, ni détruire par un effort de la volonté. La rougeur est due simplement à la structure du corps humain, à la vie, aux fonctions des vaisseaux sanguins dans tous les organes ».

Le sujet sent comme une bouffée de chaleur lui monter à la tête. Son visage devient rouge et brûlant, ses oreilles bourdonnent, il éprouve la sensation pénible des battements artériels aux tempes, sa vue se trouble, il a comme un éblouissement si fort parfois, qu'il doit s'appuyer quelque part ou s'asseoir pour ne pas tomber, sa tète est lourde. Cette rougeur peut varier d'intensité et passer par les diverses nuances comprises entre le rouge et le rouge pourpre. De même, elle peut occuper seulement les pommettes, les joues, le front, mais le plus souvent elle envahit tout le visage et dans certains cas le cou et la partie supérieure du thorax. Chez certains sujets à peau très fine, la rougeur s'étend au tronc et même quelquefois à la racine des membres. La rougeur peut se manifester aussisur les muqueuses. La conjonctive prend part au phénomène et probablement aussi les glandes lacrymales, aussi la rougeur s'accompagne-t-elle fréquemment de clignement.

Roagir ou ne pas rougir est absolument indépendant de la volonté. Nous ne sommes pas les maîtres de nos centres nerveux et ce sont les centres nerveux qui, par l'intermédiaire des nerfs vaso-moleurs, agissent sur les fibres musculaires des petits vaisseaux, les dilatent ou les contractent, modifient profondément la circulation du sang et produisent ainsi de continuels chan< gements dans le coloris de la peau. Mais pourquoi le visage a-t-il ce triste privilège de rougir avec une telle rapidité et une telle intensité? Pourquoi cette sensibilité si exquise qui n'existe dans aucune autre partie de notre corps?

Mosso prétend qu'au visage les centres nerveux exercent sur les vaisseaux une action plus énergique et que ces vaisseaux sont ici plus délicats, se contractent et se dilatent plus facilement pour un léger trouble apporté dans Tinnervation de leurs parois.

Bechterew et Missiawski pensent que la rougeur est due à une dilatation active des vaso-dilatateurs, provoquée par l'excitation de certains centres corticaux vaso-dilatateurs qu'ils localisent dans le lobe pariétal. Au contraire, Wundt voit dans cette dilatation des vaisseaux un phénomène compensateur de l'accélération des battements du cœur, qui se produit dans toute émotion. Nous ne ferons que citer la pâleur, bien moins fréquente que la rougeur, et qui n'apparaît presque jamais seule. Elle précède la rougeur ou la suit.

Palpitations : Un des signes les plus importants de l'anxiété est représenté sans contredit par les palpitations cardiaques.

Le cœur est un organe richement innervé, soumis à la double influence de ses ganglions autochtones et du cerveau et de la moelle allongée. La plus légère émotion modifie le rythme du cœur, augmente ou diminue l'énergie de ses battements.

Des expériences nombreuses, faites par plusieurs physiologistes, prouvent qu'une émotion, si légère qu'elle soit, retentit sur les battements du cœur, et la ligne tracée par le cardiographe perd pendant quelque temps sa régularité.

A plus forte raison, dans Tanxiété, la crise cardiaque va-t-elle se présenter avec un caractère aigu. Rien n'y manque : palpitations, arythmie, tachychardie, allant parfois jusqu'à un état

asystolique grave. Les troubles cardiaques sont d'une netteté parfaite^ peuvent varier en intensité, mais existent toujours dans la crise d'anxiété, quelque atténuée qu'elle soit. II est intéressant de remarquer que les modifications de la circulation périphérique et les modifications des mouvements du cœur ne sont pas toujours identiques. En général, la rougeur va coïncider avec une augmentation de l'énergie et de la fréquence des battements du cœur, mais quelquefois on a vu une accélération des mouvements cardiaques se produire en même temps que la pâleur de la peau.

Troubles respiratoires : Les troubles respiratoires sont aussi très nets. Mosso a constaté sur lui-même qu'à une émotion correspondait toujours une inspiration très profonde, suivie pendant plusieurs secondes d'un arrêt de la respiration, puis les mouvements respiratoires devenaient plus fréquents qu'auparavant.

Binet et Courtier ont fait sur ce sujet des recherches spéciales dont voici les conclusions : « Le cœur, dans la grande majorité des cas, a subi une accélération qui parfois même a été très considérable, surtout quand l'anxiété était intense. La respiration augmentait à la fois de vitesse et de profondeur. Le type respiratoire parait être bien net : respiration très profonde, avec suppression totale de la pause mspiratoire et expiratoire ».

Tous les muscles qui concourent à la fonction respiratoire sont affectés synergiquement.

Troubles viscéraux : Les troubles viscéraux portent aussi sur l'estomac, le foie, la vessie, l'intestin. Ces troubles, parfois légers, peuvent s'exagérer et aller jusqu'aux vomissements, à l'ictère émotif, à l'incontinence. L'ictère émotif n'est pas à mettre en doute.

Dafraigney, dans son « Essai sur la pathogénie de l'ictère émotif », raconte que Diderot, ayant assisté à une exécution, revint avec une jaunisse très prononcée.

La pathogénie de ce genre d'ictère est fort obscure. Bien que les voies biliaires soient contractiles dans une certaine mesure, il est douteux qu'elles puissent se contracter sous l'influence

d'une excitation cérébrale et jusqu'à provoquer Tobstruction des canaux excréteurs.

M. Potain a émis une hypothèse qui semble la plus plausible : sous Tiniluence du choc moral, les vaisseaux de Tabdomen se dilatent, la pression diminue dans ces vaisseaux, tandis que la pression intérieure des vaisseaux biliaires n'est pas modifiée; cette rupture de l'équilibre favorise le passage de la bile par osmose ou autrement des canaux biliaires dans les vaisseaux sanguins.

L'excrétion urinaire est troublée. On note quelquefois une rétention émotive, mais le plus souvent c'est le ténesme et le besoin impérieux d'uriner. Cette polyurie parait être la conséquence de l'augmentation de la tension artérielle, qui ne peut manquer de déterminer dans le rein les conditions favorables à l'exagération de la transsudation. Quant à l'expulsion involontaire de l'urine, quand elle se produit, elle reconnaît pour cause le relâchement du sphincter vésical.

La diarrjiée, qui se produit quelquefois, parait due à une action vaso-paralytique consécutive à une excitation trop intense. Les effets du choc nerveux sont comparables à ceux de la section des nerfs de l'intestin. A. Moreau a vu que lorsqu'on coupe tous les nerfs qui se rendent à une anse intestinale liée préalablement à ses deux extrémités, il se fait dans son intérieur une exsudation de liquide, analogue à celui des diarrhées séreuses, et dont le poids peut s'élever jusqu'à 200 et même 300 grammes.

Symptômes sécrétoires. — Le plus important des troubles sécrétoires est la transpiration cutanée. Une sueur froide et abondante recouvre les mains, le visage, quelquefois le corps entier. Cette sécrétion sudorale ne s'accompagne pas de vascularisation et d'élévation de température, et coïncide souvent même avec une pâleur très marquée du tégument. 11 y a vasoconstriction, et quand môme sécrétion de la sueur. Les sécrétions gastrique, biliaire, intestinale sont troublées.

La sécrétion salivaire est le plus souvent tarie. On connaît la coutume qu'ont les Indiens de faire mordre, en manière d'épreuve,

le riz aux accusés, pour s'assurer de leur émotion bien légitime. François Franck a vu que, sous Tinfluence d'excitations fortes de Técorce cérébrale, la salivation finit par ne plus se produire, d'où sécheresse de la bouche et de la gorge.

Symptômes psychiques. — Il y a un affaiblissement général des facultés intellectuelles : diminution de l'attention, du jugement, du raisonnement, de la volonté, de la mémoire. Le sujet voit mal tout ce qui est autour de lui; les contours des objets qui l'environnent ne sont pas nettement définis, il voit comme à travers un brouillard. Les couleurs perdent leur éclat particulier et paraissent se fondre en une teinte uniforme. Le sujet ne distingue plus très bien les reliefs du sol ; il ne peut apprécier la distance qui le sépare de tel ou tel point, et commet des erreurs comme s'il était réellement myope. De même il entend mal^ ne perçoit pas la voix qui lui parle, et les bruits qui lui parviennent sont confus et lointains. Son attention est considérablement diminuée, il n'a plus la force de la fixer sur un point défini, elle est flottante et diffuse, incapable de s'attacher. Le sujet ne juge plus, ne raisonne plus, il lui semble que sa tête est vide. Il lui est impossible de prendre une détermination, de renouer le fil perdu de ses pensées.

Quant à sa volonté, elle est profondément altérée, dans certains cas annihilée. Vouloir n'est plus dans ses facultés, et, s'il veut encore, il ne peut plus agir. La mémoire est considérablement affaiblie. C'est une conséquence logique de la diminution delà conscience et de l'attention. Le sujet n'ayant rien remarqué spécialement, ne peut avoir des souvenirs précis. Tout est confus dans sa pensée. Il a bien entendu quelque chose, mais il ne sait quoi, il se souvient vaguement avoir vu une personne, mais il ne peut dire qui elle est.

Il en est ainsi pour ce qui le concerne lui-même. Tout ce qui s'est passé pendant son accès est vague et sans caractère défini.

Tels sont les divers symptômes qu'on observe dans une crise d'anxiété complète. Mais cette crise d'anxiété complète, avec tout ce cortège de troubles que nous avons cnumérés, est rare en réalité. On peut même dire qu'elle n'existe presque jamais.

Le plus souvent, un accès n'ofifre à considérer que quelques symptômes plus ou moins caractérisés, et qui intéressent seulement telle ou telle fonction de Torganisme.

Les symptômes qui dominent par leur fréquence sont, sans contredit, les troubles vaso-moteurs, les battements de cœur, les palpitations. Le cœur est le premier atteint, et il est presque toujours atteint. Il est extrêmement rare que d'autres troubles puissent se produire seuls et sans être associés aux troubles cardiaques. Si les perturbations qui se produisent dans la circulation sont les plus fréquentes, elles sont aussi les plus pénibles, et les palpitations désordonnées provoquent parfois une réelle douleur. Viennent ensuite les troublés respiratoires, le tremblement, la confusion mentale, les sueurs froides, les nausées, etc.

Quant aux vomissements, à l'incontinence d'urine, à Tictère émotif, ils sont plus rares.

L'intensité de la crise, chez un même sujet, est très variable; mais ce qui ne varie pas, ce sont ses caractères, qui restent toujours identiques. Chaque malade a sa crise à lui, spéciale, nettement définie ; elle se présentera toujours avec les mêmes symptômes : elle fait partie, en quelque sorte, de son patrimoine pathologique.

Siège de l'anxiété. — Le cerveau et le grand sympathique : La crise d'anxiété nous apparaît donc comme une décharge émotionnelle intéressant surtout les organes circulatoire, respiratoire, sécrétoire, réflexe ; tous les troubles qui surviennent sont concomitants, équivalents. Ils ne sont que des expressions diverses d'une même excitation partie des centres nerveux.

Et bien, pouvons-nous localiser les sièges de l'anxiété ? Pouvons-nous assigner à une {)artie de notre système nerveux, à une portion de notre écorce cérébrale, le rôle de « centres émotionnels ».

M. Bechterew admet que c'est au thalamus que serait dévolu le rôle de centre des expressions émotionnelles, et M. Hartenberg ajoute : « C'est dans le thalamus, composé d'une réunion de » noyaux gris distincts, que se coordonneraient les diverses

excitations nerveuses, pour se répartir ensuite, suivant les voies centrifuges, vers les divers organes et systèmes intervenant dans rémotion. C'est le thalamus qui serait le point de départ des décharges nerveuses, allant produire, par Tintermédiaire des noyaux moteurs inférieurs, tous les symptômes énumérés : circulatoires, respiratoires, viscéraux, sécrétoires, vaso-moteurs. Toutefois, si Ton peut admettre pour les couches optiques ce rôle de centre émotionnel, et s'il est possible que des réactions émotionnelles se produisent par excitation purement réflexe de ce centre sans intervention des circonvolutions corticales, il est bien évident que dans la majorité des cas chez Thomme les manifestations émotionnelles ont leur point de départ dans l'activité psychique supérieure, c'est-à-dire dans l'écorce.

)) Il faut donc admettre aussi que le thalamus se trouve en relations étroites avec les sphères sensorielles et psychiques de l'écorce, d'où lui viendrait le stimulus initial qui détermine l'explosion de la crise émotionnelle. Il est probable que chaque émotion définie est représentée dans l'écorce par quelque groupe cellulaire dont le rôle consiste à mettre en action les noyaux du thalamus qui commandent les diverses variations somatiques, dont la combinaison caractérise cette émotion.

» Peut-être est-ce au moyen du faisceau psychique du segment antérieur de la capsule interne que s'accomplissent ces relations cortico-thalamiques ?

» Les progrès de la physiologie cérébrale le vérifieront sans doute un jour.

» Quant à la conscience subjective de l'émotion, qui est, selon nous, consécutive et postérieure aux manifestations somatiques de l'émotion, elle a pour siège assurément les territoires de la sensibilité générale de la cenesthèse, localisée d'une part par Wernicke dans la couche corticale contigue à la substance blanche, et, d'autre part, par Flechsig dans sa « sphère tactile » comprenant les circonvolutions centrales, le lobule paracentral, la partie voisine de la circonvolution du corps calleux et la partie postérieure des trois circonvolutions frontales ».

Ainsi pour Bechterew et M. Hartenberg, c'est le thalamus qui

serait le centre émotionnel, et cest au thalamus relié étroitementaux sphères sensorielles et psychiques de Técorce, qu'aboutiraient les excitations déterminant l'explosion d'une crise.

11 nous suffit de considérer la complexité du syndrome névropathique anxiété, pour comprendre qu'il exige l'activité de plusieurs centres cérébraux et infra-cérébraux, et que, par conséquent, l'hypothèse d'une localisation, d'un siège au sens circonscrit, n'est justifiée par rien. Il faut parler non d'un centre, mais de l'action synergique de plusieurs centres groupés différemment suivant les cas.

Mais ce qu'on est autorisé à admettre, c'est le rôle considérable que joue le grand sympathique dans la physiologie des émotions.

Les belles expériences de Claude Bernard et de Brown- Séquard sur la section et l'électrisation du grand sympathique au cou, ont éclairé d'un jour nouveau la physiologie de ce nerf. Elles montrent, en somme, que les conditions physiologiques des émotions sthéniques reproduisent la plupart des effets de la section du grand sympathique au cou, taudis que les conditions physiologiques des émotions asthéniques reproduisent la plupart des effets de la galvanisation du même nerf.

Le grand sympathique parait donc être l'organe périphérique des émotions.

Nous verrons plus loin, quand nous serons amenés à parler de la névrose anxieuse, que ses symptômes cliniques consistant en désordres circulatoires, vaso-moteurs et viscéraux ont pour siège le système nerveux sympathique, que cette névrose exprime une fatigue, un épuisement du sympathique et que c'est justement le rôle prépondérant de ce nerf qui sert de base pour séparer la névrose anxieuse, jnaladie du sympathique, de la neurasthénie, maladie du système cérébro-spinal.

Etat interparoxystique. — La crise anxieuse, d'intensité variable, se renouvelle plus ou moins souvent; elle peut être très forte, avoir lieu plusieurs fois par jour, comme elle peut être très atténuée ou ne se produire qu'à plusieurs jours d'intervalle.

Si légère que soit la crise, elle laisse dans la conscience des

traces faibles d'abord, mais qui deviennent de plus en plus profondes à chaque reproduction du phénomène, de sorte qu'au bout d'un certain temps, les moindres détails des événements qui ont accompagné ou provoqué la crise suffisent à en évoquer le souvenir. Ce souvenir, par sa persistance, devient une véritable obsession qui va peser de tout son poids sur la conduite et sur la vie du sujet.

Les malades atteints de crise où les phénomènes vaso-moteurs sont prépondérants vont être en proie à une obsession vraiment tyrannique. « En dehors de l'état mental de la crise, disent MM. Pitres et Régis, les sujets continuent même dans l'intervalle d'être préoccupés par l'idée de leur rougeur. Ils en sont tyranniquement obsédés ; ils ne pensent plus qu'à ça. Ils ont beau essayer de chasser ce tourment de leur esprit, ils n'y parviennent pas et l'un d'eux disait : c'est comme si un bossu voulait ne plus penser à sa bosse ».

Et ce qui contribue dans une large part à augmenter leur souffrance, c'est que le souvenir seul suffit parfois à provoquer une nouvelle crise.

MM. Pitres et Régis ont montré que les crises de rougeur, une fois l'obsession créée, sont généralement engendrées par « l'idée » de rougir, c'est-à-dire par l'élément intellectuel et que c'est l'idée qui provoque l'émotion, bien qu'on puisse se demander, ajoutent-ils, si l'idée suffit bien seule à créer la crise émotive et si ce n'est pas le phénomène vaso-moteur, soumis à des actions aussi bien extérieures qu'intérieures, qui est le principe et le fondement du processus affectif. Et ils accordent une prépondérance manifeste à l'élément émotionnel.

Quoi qu'il en soit, et qu'on admette que l'idée précède l'émotion ou la suive, ce qu'il est d'ailleurs difficile de préciser, il n'en reste pas moins ce fait acquis, que le souvenir seul de crises antérieures suffit à en provoquer une nouvelle. Ces phénomènes se produisent suivant le mécanisme habituel des hypermnésies émotives.

Aussi comprend-on par quelles idées sombres se traduit cet état mental interparoxystique.

C'est d'abord une légère tristesse permanente répandue sur tous les états de conscience de ces malheureux, qui augmente peu à peu et aboutit bientôt au pessimisme et à la misanthropie.

Dédoublement de la personnalité — Ici se pose une question pleine de délicatesse, et qui prête à la discussion. La crise estelle consciente ou non? Est-ce que le malade pendant son accès garde la notion complète des éléments psychiques constituant à ce moment sa personnalité individuelle? Si l'on entend, avec M. Séglas et M. P. Janet, par conscience la notion de l'unité de J*étre, il est certain, disent MM. Pitres et Régis que la conscience n'est pas absolue pendant la crise anxieuse, mais si Ton entend par conscience la perception des phénomènes psychiques éprouvés, il est réel que cette conscience là est conservée, du moins dans la majorité des cas. Nous n'en donnerons pour preuve que l'exactitude avec laquelle les malades rapportent leur propre observation, et la sensation du dédoublement dedeux forces opposées qu'ils constatent en eux, même au paroxysme de l'accès.

Vérification expérimentale. — 11 eût été bon de compléter cette étude par la vériGcation des théories émises. Les hypothèses de la clinique trouvent leur sanction dans les expériences du laboratoire. Il est évident qu'il n'est pas besoin d'instruments spéciaux pour constater qu'une personne rougit ou tremble, mais nous aurions voulu, & l'aide d'appareils enregistreurs, saisir les plus légers changements survenus dans la respiration, la circulation chez un sujet en état de crise, et en reproduire ici les traces .

Malheureusement cela nous a été impossible. Des hommes plus autorisés, entourés d'aides intelligents et adroits, ayant à leur disposition les instruments nécessaires, se sont heurtés à des difficultés insurmontables et ont dû abandonner leurs recherches. Il faut une telle harmonie, un ensemble si parfait dans les divers temps des expériences, que la vérification expérimentale est hérissée de difficultés et d'une pratique presque impossible. Aussi n'avons-nous même pas essayé de nous engager dans une voie, ou d'autres mieux organisés ont échoué.

Nous reproduisons ici les résultats des expériences de

MM. Bînet et Courtier ayant pour but de montrer Tinfluence de la vie émotionnelle sur le cœur, la respiration et la circulation capillaire.

Anxiété d'origine morale : « Un élève du laboratoire avait pris rhabitude de prendre les appareils sans en demander Tautorisation et les chefs du laboratoire avaient décidé qu'il était temps de lui adresser une réprimande. L'un des chefs, M. X..., qui était chargé de ce rappel à la discipline, était soumis aux expériences pléthysmographiques le jour où Télève devait venir dans le laboratoire. Pendant qu'on prenait le tracé, un coup de sonnette se fait entendre à la porte. Nul doute, c'est Télèvel Le professeur ne marque aucune émotion extérieure, il reste silencieux, mais il a Tidée de reproches à adresser, il se sent vivement ému, il éprouve une forte constriction à Tépigastre. Les trois symptômes sont ici réunis au grand complet, vaso-constriclion profonde, sans ondulations (le pouls en réapparaissant a perdu son dichrotisme), augmentation énorme de fréquence du cœur, qui passe de 70 pulsations à 95 ; amélioration de la respiration avec forte augmentation d'amplitude, en un mot type de respiration émotive ».

D'autre part, MM. Vaschide et Marchand ont constaté chez un malade atteint de la phobie de la rougeur, de la vaso-constriction, de l'accélération du cœur, augmentation de la pression artérielle et de l'irrégularité dans la respiration.

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