‹ De l'aphasieChapitre 5 sur 15 · CONDITIONS PATHOLOGIQUES DANS LESQUELLES SE RENCONTRE · texte numérisé non relu

CONDITIONS PATHOLOGIQUES DANS LESQUELLES SE RENCONTRE

L’aphasie se produit dans des conditions pathologiques diverses : 1° Dans les maladies organiques du cerveau ; 2° dans les lésions traumatiques de l’encéphale; 3° dans le cours de certaines maladies nerveuses; 4° dans le cours de certaines maladies fébriles ou non.

d° MALADIES ORGANIQUES DU CERVEAU.

De toutes les maladies organiques de l’encéphale le ramollissement est la condition par excellence de la production de l’aphasie. Lié aux obstructions des vaisseaux de la base de l’encéphale ou de la pie-mère, il atteint beaucoup plus souvent que l’hémorrhagie l’écorce du cerveau. S’il compromet parfois les noyaux centraux de l’encéphale, il produit beaucoup plus souvent encore la destruction des circonvolutions. Si l’on ajoute qu’il est une variété de ramollissement qui a une véritable prédilection pour le côté gauche, le ramollissement par embolie, on comprend que on doit rencontrer beaucoup [tins fréquemment le symp-

tome qui nous occupe dans le ramollissement que dans l’hémorrhagie. Cela n’est pas vrai seulement pour la période sénile de la vie, car l’aphasie des jeunes sujets reconnaît presque toujours, comme condition anatomique, un ramollissement embolique. Si, comme nous l’établisons ultérieurement, c’est la lésion d’une partie limitée de la portion antérieure de l’hémisphère gauche du cerveau qui entraîne la perle de la parole, c’est-à-dire le territoire alimenté par l’artère sylvienne gauche, on n’aura pas lieu de s’étonner de la grande fréquence que nous signalons, puisque les embolies cérébrales se logent presque exclusivement dans cette artère. Ce n’est pas à dire que l’embolie soit la cause la plus fréquente de l’aphasie, car chez les vieillards, ou même chez les adultes à artériosclérose précoce, l’artère cérébrale moyenne ou ses divisions ne sont pas plus épargnées que les autres artères et l’aphasie s’observe fréquemment par le fait d’un ramollissement par thrombose. Nous n’entrons pas plus avant dans l’étude des conditions morbides qui déterminent l’aphasie par ramollissement; ce serait refaire l’étude pathogénique du ramollissement, lui-même, et cela nous entraînerait à indiquer, à côté de l’athérome, les maladies du cœur gauche, dont nous aurons à parler plus longuement au chapitre du diagnostic, et l’aortite, et les abcès athéromateux, enfin les influences générales qui se traduisent par l’état inopéxiquc.

A côté du ramollissement, mais par exception, l’hémorrhagie cérébrale peut produire l’aphasie. M. Charcot n’a pu en réunir que cinq observations. L’hémorrhagie, qui n’est pas absolument rare dans l’épaisseur des circonvolutions où les anévrysmes miliaires sont parfois si abondam-

ment répandus, conduit à l’aphasie par le même mécanisme que le ramollissement. De plus, certaines hémorrhagies centrales peuvent isoler en quelque sorte la portion des circonvolutions à laquelle semble dévolue la faculté du langage, et l’annulent en quelque sorte au point de vue physiologique. Le ramollissement, d’ailleurs, agit dans quelques cas suivant le même mécanisme. Enfin, certains foyers hémorrhagiques volumineux, en comprimant les mêmes parties peuvent amener un même résultat.

L’encéphalite, et en particulier l’encéphalite suppuréc, surtout l’abcès traumatique du cerveau, ont quelquefois causé l’aphasie. Certaines tumeurs, en se développant primitivement ou secondairement dans les circonvolutions (nous ne limiterons pas davantage pour le moment), ont, dans un certain nombre de cas, amené des aphasies plus ou moins complètes. Le tubercule, les gommes, le cancer, les hydatides ont été constatés à l’autopsie dans ces circonstances. Les gliomes, les psammones, les anévrysmes des artères cérébrales, seraient assurément capables de produire l’aphasie. Mais, d’après MM. Bail et Ivrishaber, ce symptôme est rare dans les cas de tumeqrs : sur 185 observations ils n’ont trouvé que c24 fois l’aphasie, dont 17 fois dans 75 cas de tumeurs développées dans le côté gauche du cerveau. On peut s’en rendre compte par ce fait que les tumeurs, en se développant lentement, ne détruisent pas les éléments nerveux eux-mêmes*, mais les refoulent et les compriment. Nous aurons à rapporter des faits de quelques lésions congénitales qui ne s’étaient pas accompagnées d’aphasie. La sclérose peut-être, mais certainement l’atrophie secondaire unilatérale peut produire le symptôme dont nous nous occupons. Les méningites locali-

sées, la méningite tuberculeuse ou traumatique, ont été indiquées dans un assez grand nombre d’observations. De même pour les exostoses de la table interne du crâne.

Certains cas de paralysie générale au début se sont accompagnés d’une véritable aphasie transitoire, et M. Charcot qui en a vu des exemples, nous a confirmé que la maladie, encore obscure à ce moment, s’était décelée ultérieurement avec tous ses caractères. Ces faits pourraient se rapporter à ce qui a été dit, vaguement et sans démonstration directe possible, de l’aphasie par congestion ou par anémie locale ou générale. Dans certains de ces cas, on peut supposer que l'aphasie est due à de petites oblitérations artérielles qui entraînent un trouble momentané de la circulation cérébrale.

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