‹ De l'aphasieChapitre 7 sur 15 · NÉVROSES, TROUBLES FONCTIONNELS · texte numérisé non relu

NÉVROSES, TROUBLES FONCTIONNELS

L’aphasie peut, survenir à l’occasion d’une frayeur, d’une émotion violente, et alors l’idée, lente ou tumultueuse, suivant les cas, n’est pas servie par des mots assez nombreux ou par l’expression propre, et il en résulte une impuissance toute momentanée dont on a conscience. Ces états, qui sont d’observation vulgaire, ne consistent qu’en un trouble fonctionnel auquel il nous paraît difficile de refuser le nom d 'aphasie. La fatigue cérébrale qui résulte des veilles prolongées, des excès vénériens, engendre quelquefois l’aphasie,*et à des degrés très-divers.

Dans l’hystérie, on a signalé l’apparition de l’aphasie coïncidant ou non avec les attaques convulsives. Bateman en cite un certain nombre d’observations. 11 ne faudrait pas confondre cependant l’aphasie avec le mutisme plus ou moins obstiné de certaines hystériques, ou avec ces désordres de pensée et de paroles qui révèlent bien plus un trouble intellectuel qu’une perversion de l’adaptation des signes aux idées. Il est bon cependant de n’accepter les observations d’hystérie qu’avec une certaine réserve, et d’ailleurs il n’y a guère que cette concordance entre les troubles de la parole, de l’écriture et du geste qui appartienne à l’aphasie par lésions cérébrales.

On a signalé l’extase et la catalepsie comme pouvant s’accompagner d’aphasie, mais nous avons peine trouver dans les observations qui ont été signalées les caractères vrais de l’aphasie.

En ce qui concerne l’épilepsie, son action mieux démon-

trée nous parait au moins très-complexe. On a signalé l’aphasie avant les attaques, mais alors il y a certainement un trouble intellectuel quelquefois très-accentué; le malade ne peut que très-incomplétement s’observer lui-mômc, et il se prête pendant un temps trop court à l’analyse de l’observateur. Pour les prétendues aphasies qui succèdent aux attaques, et qui sont transitoires, on pourrait invoquer encore un trouble intellectuel, mais il faut bien reconnaître qu’il peut y avoir, là aussi, une de ces fatigues cérébrales dont nous parlions plus haut et qui pourrait bien produire l’impuissance d’adapter les paroles aux idées. Toutefois, il est avéré que chez certains épileptiques, l’aphasie peut survenir à l’état isolé, en dehors de la crise comitiale. (Delasiauve, Œdmansson, Forbes Winslow, Moreau de Tours.)

En nous en tenant aux termes de notre définition, nous nous croyons en droit de ne pas faire rentrer dans le cadre de l’aphasie les dérangements du langage qui surviennent dans certaines maladies mentales, et en particulier dans la mélancolie et dans la stupeur.

L’aphasie a été signalée dans le cours des attaques de migraine. Le docteur Liveing (1) en a cité beaucoup d’exemples; mais dans le nombre, fort peu sont concluants. Nous ne nions pas toutefois que l’apbasie ne puisse survenir, chez les migraineux, au moment des crises. Mais il y a là un état complexe duquel il est difficile de discerner l’apbasie véritable. Cependant Liveing cite des cas dont on ne saurait méconnaître la valeur. Nous consignons d’ailleurs à la fin de ce travail quelques notes communiquées par M. Charcot ,

I Ed. Liveing, On mrr/rin and sick-lteadaclie, i 87U.

qui a eu plusieurs lois l’occasion de constater des accès de migraine compliqués d’aphasie.

L’aphasie a été également relatée comme épiphénomène de certaines névralgies faciales (Guyot). Toutefois, ces névralgies peuvent être considérées comme symptomatiques d’altérations cérébrales encore peu avancées mais qui aboutissent un jour au ramollissement ou à l’hémorrhagie (Maurice Raynaud, Société des hôpitaux, séance d’avril 1867).

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