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à un mois et plus, sans que rien ne puisse expliquer cette différence. Les autres phénomènes hystériques concomitants ne sont à cet égard d’aucun renseignement, ainsi que nous le verrons plus loin.
Le mode de guérison ou plutôt de retour à la parole n’est pas moins remarquable. A part quelques exceptions, il est aussi prompt que le début a été instantané. La malade de Dunn, à la suite d’une émotion vive, s’écrie : « Wat’s the mother ». Tout le monde connaît, du reste, l'influence quelquefois salutaire de la frayeur sur les aphasies nerveuses, et leur guérison rapide; il n’est pas étonnant de voir signaler le même mode d’action et la même terminaison chez les hystériques. Cependant, nous devons ajouter que si le retour de la parole est ordinairement subit et le langage aussi facile qu'avant l’attaque, on peut rencontrer de légères exceptions. On peut voir les malades (ainsi que dans notre observation aux deux premières attaques) mettre um ou deux jours à récupérer la plénitude des fonctions du langage, ou présenter quelque légère imperfection, telle que l’impossibilité de prononcer les R, Mais ce léger retard et cette imperfection ne sauraient être comparés avec l'éducation si longue et si difficile qu’il faut imposer aux autres aphasiques.
La multiplicité des attaques mérite aussi de fixer l’attention. Legroux avait déjà fait remarquer qu'il y a des aphasies à répétition : telles celles des hystériques, des migraineux. Cette particularité paraîtrait même caractéristique des aphasies hystériques. Nous avons, en effet, vu signaler des rechutes toutes les fois que le malade a pu être suivi pendant un certain temps. Cette suppression du langage paraît, dans certains cas, alterner seit avec des attaques convulsives, soit avec tel autre symptôme hystérique. Sans parler du fait de Bazin, qui nous paraît pour le moins douteux, où le stade convulsif du frisson ramenait l'usage de la parole, nous voyons
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la malade de M. Moreau devenir alternativement hémiplégique et aphasique, et des attaques convulsives venir remplacer ou l’aphasie ou la paralysie. Parfois, ces rechutes semblent sous la dépendance de lésions utérines qui s’exaspèrent, de la menstruation difficile, ou d'une attaque de nerfs, etc., d’une émotion quelconque. Il y a longtemps que l'on sait, du reste, que ces différentes causes favorisent le retour des phénomènes hystériques.
Nous venons de parler tout à l'heure de l'influence heureuse que pourrait avoir une émotion vive. Il nous paraît cependant difficile de rien préjuger sur l'action que peuvent avoir les attaques de nerfs, la frayeur, etc., ou divers accidents survenant pendant le cours de la maladie, puisque, chose qui paraîtrait bizarre si l’on ne savait qu'on a affaire à des hystériques, la parole est rendue, dans certains cas, par le fait même des troubles qu’occasionne une attaque convulsive, tandis que dans d’autres, chaque nouvelle crise d’hystérie ramène avec elle la perte du langage. Cette influence d'un même fait tantôt néfaste, tantôt salutaire, est bien du domaine de l’hystérie. s
Caractérisée par son étiologie, la brusquerie de son début et de sa terminaison, par son peu de durée et par ses rechutes plus ou moins fréquentes, l’aphasie hystérique offre aussi pendant sa période d'état un ensemble de particularités qui mérite de fixer l'attention. Les malades présentent le plus souvent une agitation, une surexcitation bien différentes de la stupeur qui accompagne d'ordinaire la perte du langage. Ces hystériques ont conscience de leur infirmité; elles font les plus grands efforts, remuent leur langue, leurs lèvres, pour parvenir à articuler un mot, et indiquent par une mimique des plus expressive, des alternatives de désespoir ou de résignation. Ces accidents surviennent sans grand retentissement sur l’état général. À moins de complications,
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il n’y a pas de fièvre, pas de prostration. A part de la céphalalgie (1) et de l'agitation, les malades ne présentent que destroubles de nature hystérique (contracture, paralysie, anesthésie, etc.). La mémoire n’est nullement atteinte, les facultés intellectuelles conservent leur intégrité ou plutôt leur activité ; sans doute il peut exister un désordre intellectuel plus ou moins prononcé et les phénomènes psychiques si variés de l’hystérie peuvent subsister ou s’accentuer pendant cette période; mais il y a loin de cet état mental (2), particulier aux hystériques, à cet affaissement de l'intelligence et de la volonté qu’on rencontre si souvent dans les aphasies de cause matérielle. Outre que la plupart des aphasiques présentent des symptômes, dont la constatation confirmera l’existence d’une lésion organique, il est rare de voir chez eux les troubles du langage rester stationnaires ; symptomatiques d'une lésion matérielle, ils suivent son évolution progressive, soit en bien, soit en mal; ils marchent parallèlement avec les autres symptômes qui en dépendent. Que la lésion s'aggrave, l’aphasie, d’abord plus ou moins äccentuée, deviendra complète ; que la lésion tende à la réparation, la parole reviendra peu à peu, en même temps que disparaitront les autres troubles (hémiplégie ou autres) qui l’accompagnent.
Dans l’aphasie hystérique, au contraire, aucune amélioration ne fait prévoir la fin de la crise, et les malades sont aussi aphasiques le jour même de leur guérison que
(1) Chaque fois que cette céphalalgie a été notée, on l'a toujours trouvée à gauche. :
(2) M. Lasègue, dans un article sur la perversité et les mensonges des hystériques, raconte l'histoire de la femme d'un coiffeur qui se disait fille naturelle de la sœur de Victor-Emmanuel, et qui était parvenue à se faire prendre au sérieux par des généraux, des diplomates et même par son mari, « Enfin «un jour je fus appelé en toute hâte auprès du chef de division à la préfec- ‘ «ture de police. Je trouve cette femme dans une violente attaque d'hystérie « qui finit par un état aphasique. La malade ne pouvant plus parler, écrit, « C'est par ce moyen que nous arrivons à connaître qui elle était et à la «rendre qui de droit, » — Annales médico-psychol., 188], p. 117.
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e jour de leur attaque. Nous avons déjà fait remarquer plus haut, que la plupart recouvraient tout à coup l’entière possession du langage et non progressivement. Bien: différents en cela des malades cités par Trousseau et M. Charcot qui, par une patiente éducation, sont parvenus à recouvrer l'usage de la parole, de l'écriture ou de la lecture, absolument comine un enfant apprend à lire, à écrire ou à parler. Nous pourrions peut- étre ajouter comme caractère fréquent, sinon constant de cette affection, la simplicité de la forme d’aphasie et la prédominance du type Bouillaud Broca. Nous reviendrons pis Join sur cepoint.
[1 nous reste à parler de l'intégrité de l'intelligence que nous avons vu constatée sisouvent. Trousseau, qui disait déjà qu'on devait se défier des aphasiques qui avaient conservé intacte la faculté d’écrire, n’était guère plus disposé à admettre chez eux l'intégrité de l'intelligence. Mathieu partage la même opinion :
« M'autorisant de l’enseignement de M. le professeur Lassègue, me basant, d'autre part, sur les faits que j'ai pu voir moi-même, j'ai objecté que chez tous les aphasiques l'intelligence était abaissée. Deux particularités, qui se rencontrent toujours à un degré plus ou moins prononcé, mettent bien en évidence cet abaissement de
l'intelligence : ;
« L'impossibilité où se trouvent les aphasiques de fixer leur attention sur un point, de réfléchir, de comparer, de juger par conséquent, et la façon imparfaite dont ils comprennent ce qui vient de l'extérieur » (1).
Ces réflexions peuvent, en effet, s'appliquer à la majorité des aphasiques, qui, nous l'avons déjà dit, affectent rarement une forme simple à l'exclusion de toute autre. Il est bien rare, en effet, si l’on excepte les aphasies nerveuses, les plus rares de toutes, de rencontrer un ma-
(1) Mathieu. Archives médicales, 131.
ee GR et
lade du type Bouillaud Broca, par exemple, qui ne soit pas en même temps plus ou moins affecté d’agraphie, de cécité ou de surdité verbale ou d’un certain degré d’amnésie.
Plus les moyens de communications avec le monde extérieur sont restreints, plus vite déclinera l’intelligence; le cerveau, par le fait même de son inaction, devient de plus en plus inhabile dans l'accomplissement de ses fonctions, de même qu’un muscle s’atrophie à l’état de repos sans aucune lésion organique.
« L'idée reste vague, indécise, tant que le signe correspondant ne vient pas lui faire revêtir la forme concrète, objective, la matérialiser en quelque sorte. A ce point de vue, ilest juste de reconnaître, avec Trousseau et Lassègue, que cet affaissement de l’énergie intellectuelle paraît répondre à une règle à peu près générale, bien qu'on puisse citer à cet égard d'éclatantes exceptions » (1).
Mais s’il existe des exceptions, ce sera certes dans l'aphasie hystérique qu’on devra les rencontrer le plus souvent. Les malades que nous avons cités n’étant, eneffet, ordinairement du moins,que logoplégiques, comprenant parfaitement ce qui se ditet se fait autour d’eux, pouvant se faire comprendre par l'écriture et par les gestes, restent en communication constante avec le monde extérieur et entretiennent par cela même leur cerveau dans un exercice suffisant pour maintenir jusqu’à un certain point la conservation des facultés intellectuelles.
Le peu de durée des crises d’aphasie doit certainement entrer en considération à cet égard. Les malades restent en effet trop peu de temps privés de l'exercice de la parole pour que leur éducation soit à ce point de vue bien longue à refaire.
Une autre cause d'erreur, capitale celle-là, doit être
(1) Leçons du Dr Charcot, recueillies par Ferré. Progrès médical, n° 27.
écariée. La plupart des auteurs lorsqu'ils ont eu à parler de l'aphasie, en général, n’avaient eu affaire qu’à des malades aphasiques par le fait d’un ramollissement cérébral, d’une embolie, d’une tumeur ou de toute autre lésion organique du cerveau. Or;il est incontestable que, dans ces circonstances, l'intelligence se trouve le plus souvent lésée à un degré plus ou moins prononcé, alors même que les malades conservent l'intégrité complete du langage. Quand ils deviennent aphasi ques ils le sont par le fait même de la lésion cérébrale,et l’aphasie n’est alors qu’un épiphénomène qui vient s'ajouter aux autres symptômes. |
Nous ne voulons pas dire cependant que les aphasies nerveuses et hystériques présentent seules ce bénéfice au point de vue des facultés intellectuelles (1). En effet, Hardy et Behier signalentun exemple d'aphasie survenue après une chute, dans lequel le malade, incapable de parler, lisait, écrivait et s'occupait des études les plus abstraites.
Nous avons vu que plusieurs autres accidents de nature hystérique, tels qu'hémiplégie, paralysie partielle, contractures musculaires, etc., pouvaient accompagner l’aphasie. Ils en suivent quelquefois la marche,ils apparaissent et disparaissent subitement avec elle. D’autres fois, au contraire, leur guérison est tantôt postérieure, tantôt antérieure à la réapparition du langage. Ils paraissent, en général, indépendants de la durée et de l'intensité des troubles de la parole : non seulement ils manquent dans la plupart des cas, mais lorsqu'ils existent ils présentent une évolution tout à fait en. dehors de celle de l’aphasie. Dans l'observation de Télingue, la deuxième attaque eut lieu sans paralysie; la malade de M. Lecorché perd la parole seulement pendant quelques heures et reste paralysée plusieurs semaines,
(1) Hardy et Behier. Pathologie interne.
et celle de M. Delasiauve était justement aphasique, alors qu’elle n’était plus paralysée. Il est probable que ces accidents, dans la motilité, apparaissent de mème que tout autre symptôme de nature hystérique, tels qu’ovaralgie, anesthésie, etc. On sait, du reste, que les paralysies les plus diverses sont citées parmi les symptômes les plus fréquents de cette névrose, puisque Briquet les a notées 130 fois sur 430 malades, et Landouzy 40 fois sur 370.
Nous ne croyons pas devoir nous arrêter ici sur cette sorte de parésie ou de contracture de la langue, qui se trouve constatée dans l'observation de M. S.-H. Serres et que nous avons observé nous-même sur la femme C. S.... à l'hôpital Cochin. Nous pensons avoir suffisamment discuté, à la suite de cette observation, l'importance qu’on devait y attacher pour y revenir maintenant.
La plupart des faits que nous avons signalés et dont la description est malheureusement trop incomplète pour qu’on puisse la discuter longuement, paraissent rentrer dans les aphasies du type Bouillaud-Broca. Il suffira de rappeler les symptômes présentés par un malade que M. Charcot donne comme un exemple des plus nets de logoplégie : « Après une perte de connaissance et l’apparition d’une hémiplégie droite, cet homme perdit la faculté d’articuler les mots, et les seules syllabes qui sortent de sa bouche lorsqu'il veut parler sont pan, pan. Il ne nous est pas cependant impossible de communiquer avec lui; car outre une mimique très développée, comme l’est généralement celle des malades de cette catégorie, cet homme lit, écrit très bien de la main gauche etcomprend parfaitement ce qu’on lui dit,
C'est pour ainsi dire l’histoire de Caroline S..., et celle de M. S.-H, Serres. MM. Bucquoy et Legrand du Saulle, font aussi remarquer que chez les malades dont ils parlent la mimique était intacte; Wells indique la possession
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des facultés, tant intellectuelles que physiques dans son observation. En résumé, ces malades ont perdu, au point de vue de la transmission, la notion des signes du langage parlé, tandis qu'ils ont conservé intacts les phénomènes de réception auditifs et visuels et ceux de la transmission graphique. Ce sont des cas typiques d'aphasie motrice.
Cependant, la malade de Bazin (de Cormeille) présente en même temps des symptômes d’agraphie et de cécité verbale. Ainsi, nous voyons qu'elle ne peut écrire que difficilement, et cela ne tient pas à l’engourdissement de ses doigts puisqu'elle écrit Mare pour Marie et qu'elle peut écrire certains chiffres et non d'autres. Elle se trompe quand elle veut lire, elle oublie des mots ou en lit qui ne sont pas dans le texte. Mais nous avons déjà fait nos réserves au sujet de la nature hystérique de cette observation et nous ne voulons rien en conclure.
Dunn fait observer que sa malade était privée de la faculté de parler et d'entendre, ses seuls moyens decommunication avec le monde extérieur étaient le sens de la vue et du toucher. L'observation est aussi trop incomplète pour qu’on puisse conclure davantage ; peut-être, le sens de l’ouïe était complètement aboli; ce qui arrive assez fréquemment dans l’hystérie, st qu’on n'avait pas affaire à un cas de surdité verbale.
Mais dans les deux observations de M. Legrand du Saulle, des troubles de l'écriture ont été très nettement constatés. Les malades présentaient de l’agraphie et cette perversion de la faculté de l'écriture analogue à ce qu’on appelle « paraphasie. » Lorsqu'il s’agit du langage parlé, Mme B... et Mile H. C... écrivaient certains mots pour d’autres et s’apercevaient qu’elles écrivaient mal, absolument comme d’autres malades prononçaient un mot pour un autre et savaient très bien qu'ils étaient en défaut.
Ainsi, d'autant qu'on en peut juger par le petit nom- David, 6
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bre de faits que nous avons rapportés, Les aphasies hystériques affectent le type logoplégique, la plupart du temps, pur et simple, quelquefois compliqué.
Mais rien ne démontre qu'on ne puisse rencontrer des cas de cécité ou de surdité verbales accompagnés ou non de telle ou telle autre forme d'aphasie.
L'existence constante du type Bouillaud-Broca, dans les observations que nous avons rassemblées, est peutètre due simplement à ce que, parmi les différentes formes d’aphasie, celle-là est la plus anciennement connue.
Quant au siège de la lésion, à sa nature, nous pouvons seulement dire qu'elle est d’origine centrale. Il est probable que les aphasies hystériques et nerveuses ne font pas exception à la loi formulée par Broca et que la troisième circonvolution frontale gauche se trouve affectée momentanément du moins; mais par quel mécanisme? Les rares autopsies, qui ont été pratiquées dans les cas d'aphasie à la suite de fièvre typhoïde, ont été absolument négatives, et on a été réduit, pour les expliquer, à une anémie ou une congestion passagère des centres nerveux échappant post mortem aux investigations microscopiques. Il est probable, d'autant qu'on peut juger par analogie, qu'il en sersit de même dans les aphasies hystériques, et que, pendant longtemps encore, on en sera réduit à des hypothèses plus ou moins fondées.
M. Ball s'est demandé si ces perturbations transitoires. des fonctions cérébrales ne tenaient pas à un trouble circulatoire; et si l’on ne pourrait interpréter ces phénomènes si singuliers de l'aphasie par une ischémie spasmodique des capillaires du cerveau (1). M. Serre, sans repousser l'explication de M. Ball, invoque une conges-
(1) L'hystérie, ce type de perturbation vasculaire est le théâtre d'aphasie passagère qui ne saurait s'expliquer que par une anémie des centres de la parole aussi prompte à se montrer qu'à s'évanouir. Megnert, Archives de
neurologie, n° 16,
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