‹ De l'apparition et de la dispersion des Bohémiens en EuropeChapitre 3 sur 11 · SUR L'APPARITION £T LA DISPERSION · texte numérisé non relu

SUR L'APPARITION £T LA DISPERSION

Dans le Mémoire que j*ai publié, il y a déjà cinq ans, sur V apparition et la dispersion des Bohémiens en Europe ' , j'ai été obligé , faute de documents, de laisser indécise la question de savoir si les Bohémiens avaient existé dans l'Europe orientale avant Tépoque où ils se montrèrent en Occident, c'est-à-dire, avant 1417 environ, ou si leur établissement dans ces deux régions avait été simultané. Jlai fait voir que ceux qui avaient résolu le problème dans Tun ou l'autre sens manquaient également de preuves, que les présomptions les plus raisonnables étaient bien en faveur de la première opinion % mais que les documents invoqués étaient insuffisants pour l'établir.

J'ai obtenu depuis la communication de deux chartes inédites qui attestent claireDoent la présence des Bohémiens eu Yalachie au milieu du quatorzième siècle ^. De plus, je suis arrivé, par la confrontation de divers documents^ à la certitude que les Bohémiens existaient en Chypre au commencement du même siècle. Ces deux preuves, parfaites chacune de son côté, se confirment encore Tune par l'autre. Sollicité

1 Bibliothèque de V École des Chartes, T* série, t. V, pag. 439 et 521.— Il a éié. fait aussi un tirage à part de ce mémoire.

2. J'aurais pu ajouter que les ténèbres mêmes qui enveloppent l'origine d'ulie population esclave de 250,000 âmes dans la Moldo- Yalachie , rendent vraisemblable Texistence de cette population dans le pays, antérieurement au quinzième siècle.

3. Ces deux chartes ne font qu'une courte mention des Bohémiens ; mais cette simple indication a tant de valeur, qu'on ne saurait en vérifier trop exactement la sincérité. C'est pourquoi je compte donner un jour dans ce recueil le texte entier , sinon des deux pièces (la seconde n'est que la confirmation de la première), du moins de la plus ancienne. La publication d'une charte de Valacliie est d'ailleurs en France une rareté dont nos lecteurs ne peuvent nous savoir mauvais gré. Mais précisément parce que de telles publications sont rares en France, celle-ci demande de longs commentaires qui ont besoin d'être groupée dans un article à part.

par la lumière nouvelle qu'elles m'apportaient, j'ai dû examiner de nouveau les autres textes, jusque-là insuffisants, qui avaient déjà attiré notre attention , et j'ai trouvé à Tun d'eux au moins une valeur qu'il ne pouvait avoir auparavant. Ces résultats sont importants, et je n'ai pas cru devoir attendre, pour les livr^ aé public, rachèvémënf, toujours retardé, du fivfe où j'a^ entreprfei cfé A'âcer l'hiàtofrè d h description aussi complètes que possible, des Bohémiens répandus sur toute la terre.

En recomposant entièrement la première partie de mon travail sur l'apparition des Bohémiens en Europe , je suis amené du reste à en élargir le cadre. Ayant une fois la preuve certaine de la présence des Bohémiens dans les îles de la Méditerranée et sur les bords du Danube au quatorzième siècle, je dois plus volontiers tenir compte des commencements de preuves qui permettent de supposer que de proche en proche ils avaient pu se répandre jusqu'en Pologne , jusqu^en Suède, avant de se faire connaître en Occident. Au point de vue qui nous préoccupe, l'Occident se réduit donc, quant à présent, à l'étendue de pays où nous avons pu constater clairement l'apparition des Bohémiens à partir de 1417 ; et tout le reste de l'Europe rentre, au moins provisoirement, dans le cadre que je n'avais réservé précédemment qu'à la partie sud-*est de l'Europe. En tirant une ligne à peu près droite depuis l'extrémité sud de la mer Baltique vers l'embouchure de l'Oder, jusqu'à l'Adriatique vers Venise ou Trieste, on aura assez exactement la séparation des deux régions qu'il importe de distinguer. Dans les pays situés à l'ouest de cette ligne ', le fait qui nous occupe est suffisamment éclairci. De 1417 à 1438, nous voyons la plus grande partie de cette région sillonnée par quelques bandes qui forment comme l'avant-garde d'une invasion plus générale. En 1438 , de nouvelles bandes arrivent par l'Autriche ; et bientôt les pays les plus reculés de la zone occidentale font connaissance avec ces aventuriers. Voilà des résultats satisfoisants qui peuvent encore être complétés, mais qui^ je crois, ne peuvent pas être contredits. Au contraire, en passant à l'est de la ligne que j'ai tracée on rencontre les incertitudes '. Ces incertitudes étalent entières jusqu'à ces derniers temps. Je suis en mesure aujourd'hui de prouver que les Bohémiens existaient au moins dans certaines parties de l'Europe orientale bien avant 14 1 7, et c'est le sujet du présent article.

J'ai profité toutefois de l'occasion pour revoir la suite de mon travail,

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