OBSERVATION V
(Publiée par M. le professeur Poncet).
J.M..., ébéniste, âgé de 18 ans, est entréàal'Hôtel-Dieu dans mon service (salle Martin), le 27 juin 1894. Il m'est envoyé par les docteurs Féa et Vernay, qui lui ont donné à diverses reprises, des soins pour des accidents appendiculaires graves.
La première attaque d’appendicite remonte à six ans, l'état du malade fut alarmant, mais il se rétablit promptement.
Deuxième attaque au mois de janvier 1893. Tumeur dans la fosseiliaque droite. Vomissements continus pendant plusieurs jours Température 40°. Guérison apparente.
Troisième attaque au mois d'octobre 1893. Tumeur dans la fosse iliaque droite très douloureuse.
Vomissements, etc.. retour à la santé.
Quatrième attaque le 15 janvier 1894. Douleur dans la même région. Vomisserments, etc.
Cinquième attaque le 30 avril 1894. D’après le docteur Vernay, qui donna des soins au malade, à chacune de ses rechutes, il constata chaque fois les signes d’une pérityphlite aiguë avec une intensité légèrement décroissante des phénomènes locaux généraux. Lorsque j’examinai ce jeune homme, le 18 juin 1894, son état de santé était meilleur, Je trouvai avec peine dans la fosse iliaque un noyau induré, du volumé d'une petite amande; cette induration profonde était presque indolore.
Opération le 3 juillet. Laparotomie iliaque. Adhérences intimes de la masse indurée avec le péritoine pariétal, décollement laborieux avec les doigts, mais, somme toute, assez facile. L'appendice est noyé au milieu d’adhérences épaissies. Ablation. Réunion. Guérison par première intention.
Le malade quitte l'Hôtel: Dieu, guéri le 22 juillet. Depuis
Lee l'opération, son état de santé est parfait, aucun malaise local, pas d’éventration.
L'examen de l’appendice a été fait par M. le docteur Dor, qui ma remis la note suivante. L’appendice enlevé mesure 2 centimètres 1/2 de longueur et 5 à 6 milimètres d'épaisseur. ll est déformé, recourbé sur lui même comme une apophyse coracoïde, j
A la coupe on constate que la lumière centrale est un peu dilatée et qu’elle renferme une matière mucilagineuse. Pas de corps étranger. La muqueuse estlisse sur une partie de son étendue, mais au milieu il existe une dépression de quelques millimètres, de sorte qu’on a l'impresssion très nette qu'ila dà existerune perforation à ce niveau, la paroi, qui a au moins 4 millimètres d'épaisseur dans le reste de l'appendice, n’a ici qu'un millimètre environ.
A l'examen microscopique, on constate les lésions suivantes, en allant de dedans en dehors : les glandes sont un peu dilatées et renferment quelques cellules à leur intérieur. Tout autour d'elles, le tissu est infiltré ds nombreuses cellules jeunes.
Dans l’espace de 4 à 5 millimètres, on trouve six à sept follicules clos, atteints tous d’une dégénérescence telle que le carmin ne colore aucune cellule à leur intérieur. Les tuniques musculaires longitudinale et transversale sont complètement bouleversées, on ne peut saisir qu’avec peine l’orientation générale des fibres ; entre les faisceaux qui s’entrecroisent en tous sens, se trouvent de nombreuses cellules embryonnaires. Les vaisseaux sont tous atteints d’une endartérite très accentuée.
Enfin, la tunique séreuse est épaissie notablement et très vascularisée.
Au niveau du point où a dù se faire la perforation, il n'existe plus ni glandes, ni follicules clos, ni ceilules musculaires, il n’y a qu'un tissu cicatriciel intiltré.