CHAPITRE V LA REACTION DE LA RACE NOIRE À LA MALADIE
Ainsi, dans la question de l’appendicite dans la race noire, le point qui nous a frappé et que nous avons étudié de notre mieux est la rareté même de cette affection; nous avons appliqué les principales théories de l’appendicite à la race noire, mais il nous reste encore quelques notions à signaler.
On a écrit que la rareté de l’appendicite ne pourrait bien être que relative; les communications sont difficiles dans nos colonies, les médecins assez rares: les cas qui guérissent spontanément ou ceux qui tuent rapidement passeraient inaperçus,.. En réalité, les statistiques donnent des conclusions unanimes, qu'elles soient faites en pleine brousse d'Afrique équatoriale ou bien dans les lieux fréquentés par les médecins. Nous avons vu d’ailleurs que les chirurgiens américains avaient relevé la rareté des cas observés chez le Noir, et eux sont vraiment bien placés, surtout dans les Etats du Sud, pour étudier la pathologie comparée des deux races. Re
On a dit aussi que le Noir ressentait moins la douleur que le Blanc, qu'il souffrait moins; Leduc soutient que certains individus présenteraient une sensibilité particulière du sympathique abdominal, dont les plexus et les cellules ganghonnaires réagiraient avec plus d'intensité que chez d’autres: peut-être que Noirs et Blancs différeraient à ce point de vue. En
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tout cas, il est incontestable qu'il y a chez le nègre une certaine obtusion de la sensibilité périphérique; cette obtusion s'accorde avec une disposition anatomique particulière, l’aplatissement des coussinets tactiles. Livingstone avait déjà remarqué que les Noirs supportaient volontiers sans sourciller les opérations les plus délicates, et l’on ne peut faire entrer la seule notion du courage dans l'explication de leur silence.
Qui plus est, à des douleurs analog gues, le Noir réagira différemment du Blanc; il est très résistant, il a une force de caractère admirable ; il ne va voir le médecin que poussé par la nécessité; quelqu'un a dit justement « il ne se couche sou-
vent que pour mourir ». On a vu des Yoloffs s'ouvrir le ventre avec un Couteau pour essayer la vertu du grigri donné par le marabout, puis rentrer tranquillément l'intestin prêt à s'échapper par la plaie.
Le péritoine du Noir, en particulier, jouit d’une résistance considérable, il-crie peu sa souffrance; ce phénomène est à rapprocher de la réaction spéciale du péritoine des vieillards, - lesquels font peu de crises aiguës et davantage de lésions chroniques parce que leur péritoine trahirait moins nettement sa souffrance. Si l’on ajoute à cela la raison anatomique signa- - Jée dans le premier chapitre de notre travail, à savoir que l’appendice du Noir est souvent rétro-cæcal et présente peu de
rapports avec le péritoine, les explications plausibles de la rareté des cas d’appendicites observés seront vraiment nom: - breuses, car la douleur, dans l’appendicite, est celle de la ; péritonite, et la crise d’appendivite n’est que l’expression de la réaction péritonéale.
: - Mais la maladie une fois déclarée, la vertu du péritoine
et de l'organisme du Noir persiste; cet organisme va se défendre à merveille contre cette maladie. Tous les médecins militaires ont signalé la résistance des sujets de race noire aux traumas, au shock qui les accompagne, aux affections septiques les plus diverses. Et des histoires piquantes, suggestives, ont cours à ce sujet dans les milieux médicaux; telle celle du bon-
homme qui, étonné de l'apparition d’une hernie chez lui, ouvrit celle-ci avec un tesson de bouteille, dévida les masses intestinales qui faisaient issue et, fort embarrassé, porta Île tout dans son pagne au médecin; il guérit fort bien dans la suite (Abbatucci); telle celle des Yoloffs qui, après avoir ouvert leur ventre avec un couteau et rentré paisiblement leur intestin, guérissent sans péritonite et même sans le moindre shock ? Lors de la conquête algérienne, déjà, les chirurgiens de l’époque n'avaient pas caché leur surprise; Bagré vit guérir des blessés graves qui s'étaient refusés à toute intervention, cela sans complications ni impotence fonctionnelle.
Ya-t-1l Là vraiment une sorte d’immunité native inhérente à la race ? Dans un article paru en 1925 dans le Bulletin de la Société de médecine militaire, M. Béraud se montre sceptique;
après s'être demandé s’il existe vraiment un péritoine indigène, l’auteur tend à conclure que la séreuse péritonéale est plus résistante qu’on ne le croit chez l'Européen lui-même; il donne des exemples, cite des expériences. Nous resterons cependant fidèle au dogme presque classique du péritoine très résitant chez le Noir. Mais comment l'expliquer ?
Peut-être que les Noirs, élevés dès leur naissance à la rude, sans précautions, bien entraînés à la lutte contre les forces de la nature, acquièrent peu à peu cette résistance physiologique, aidés qu'ils sont par les lois de l'atavisme et de la sélection
naturelle.
L'action de la chaleur et du soleil, s’exerçant pendant des siècles sur une race, ne serait-elle pas bienfaisante et n’auraitelle pas contribué à modifier heureusement l'organisme de l’homme ? Le fait est que, dans les climats froids, les plaies présentent une gravité toute particulière, le panaris est très fréquent et redoutable; par contre, on connaît la valeur de l’eau chaude, des rayons de soleil, dans le traitement des plaies infectées.
On à aussi rapproché le manque de réaction des Noirs au shock et à l'infection, de la faible intensité et de la lenteur de leurs actes réflexes (rareté du bâillement, de l’éternuement,
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