INTRODUCTION
A quelque règne qu'elles appartiennenf, qu'il s'agisse d'animaux ou de végétaux, les races ont leurs caractères pathologiques aussi bien que leurs traits extérieurs ou anatomiques propres; l'homme n'échappe pas à cette loi.
DE QUATREFAGES, L'espèce humaine
Dans le service de M. le docteur Verdelet, chirurgien des HÔ- - pitaux, nous eûmes l’occasion de soigner un individu de race nojre atteint d’appendicite. L'appendicite, chez les Noirs, est chose très rare, et, sur les conseils de notre bon maître, nous résolûmes d'étudier la question. Hélas, les documents écrits ou oraux n’abondaient pas sur.elle, et nous nous sommes souvent heurté à l’indigence des textes. Mais enfin, si notre travail nous paraît bien modeste, du moins l’avons-nous fait avec enthousiasme, en pensant que peut-être, plus tard, appelé à vivre aux colonies, nous pourrons nous remettre à la question, la compléter par des observations nouvelles, et en tirer des con-
séquences utiles.
Le fait que l’appendicite est rare chez les Noirs est connu depuis peu de temps, l’appendicite elle-même n'étant entrée dans le cadre nosologique que vers 1890; depuis, à la suite des Américains Reginald Fitz et Mac Burney, les travaux publiés sur cette affection ont été innombrables; mais, à l'heure actuelle, . Si la symptomatologie est connue dans ses moindres détails, si
le problème qu'est le traitement est définitivement réglé, du moins l’étiologie de l’appendicite reste encore à discuter. De nombreuses théories ont pris naissance, et chacune d'elles compte des défenseurs acharnés., Nous avons tâché, en étudiant l’appendicite chez le Noir, d'apporter des compléments qui pourraient être utiles pour l’étude de l’étiologie générale de l’appendicite.
Mais que nous nous excusions d’abord de notre titre qui ferait frémir l’illustre de Quatrefages s'ik-parcourait. notre travail; lui qui mit un soin jaloux à définir la race, trouverait certainement que nous avons employé ce mot avec assez d'impertinence et de légèreté, car nous ne nous sommes pas astreint à l’étude stricte de la race noire, mais, pour étayer nos théories, nous avons largement empiété sur le domaine des autres races. | .
Nous avons attaché au mot race une valeur plutôt géographique qu’anthropologique; d’ailleurs, il n’y a pas que trois
races pures, et l’on ne peut spécifier où commence l’une et où finit l’autre; les métissages ont été trop nombreux, depuis les origines de Fhumanité, et tous les caractères somatologiques qui, jadis, se rencontraient dans une réunion réelle d'individus « la race », se sont aujourd’hui éparpillés dans divers groupes ethniques, dont on ne peut souvent se dégager que par une analyse délicate. Il y a des blancs aussi noirs que n'importe quel nègre, tels les Bicharis et autres peuples habitant les côtes africaines de la mer Rouge, les Maures noirs du Sénégal; en revanche, toute une ‘branche du tronc nègre, comprenant les Boshimans et les Hottentots, est de couleur jaune. Mais si nous avons choisi comme titre de notre thèse « l’Appendicite dans la race noire », c’est parce que la pathologie de la race noire est encore
trop peu étudiée et que nous avons justement gros intérêt, nous Français, à connaître à fond cette race noire qui peuple une si belle partie de nos colonies et sur laquelle nous pouvons fon- . der de grands espoirs.
La France peut s’enorgueillir, certes, de l'œuvre magnifique que son génie a su accomplir en ouvrant tous nos territoires coloniaux à la civilisation et à la science; mais il nous reste fort à faire, et en particulier à établir le bilan de nos connaissances médicales sur ces pays. Nous avons tâché, dans notre thèse, - d'apporter une modeste contribution à ce grand travail.