‹ De l'application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales; en apprécier les avantages et les inconvenientsChapitre 10 sur 16 · XXXVI · texte numérisé non relu

XXXVI

224 et 324.

Idem

II , p. 382.

Idem

Il, p. 358.

Idem

II, p. 430.

furent interrogées par la chimie; et M. Mialhe(i), confirmant des expériences déjà faites par le professeur Andral, en 1847, et contredites par M. Masselot (2) , répondit , en leur nom, que , pour guérir le choléra, il suffirait de faire passer dans la circulation des substances qui s’opposent à la fermentation ; mais que malheureusement toutes ces substances sont des poisons plus dangereux que le choléra lui-même.

Ce que je viens de dire suffit-il pour qu’il me soit permis de clore ce dernier chapitre de ma deuxième section , qui n’a pas d’autre but que de fournir quelques exemples de l’application fausse et exagérée des sciences physiques et chimiques à la thérapeutique générale ? Je n'ai signalé aucune des applications fausses ni aucune des applications exagérées de l’anatomie à la thérapeutique ; et Y anatomie est assez généralement regardée comme une science toute physique. J’ai d’ailleurs indiqué déjà ses applications heureuses à la thérapeutique : je dois donc , pour être conséquent , signaler quelques-unes de ses applications fâcheuses à la même branche de l’art de guérir.

Je ne serai , du reste , embarrassé que du choix ;

(1) Gazette médicale de Paris; 1849, p. 274.

(2) Idem p. 307.

car, ainsi que je l’ai déjà fait observer, un grand nombre de chirurgiens ne font consister la chirurgie que dans le manuel opératoire et l’emploi des appareils. Ainsi, combien n’a-t-on pas abusé de la ténotomie, cette branche si importante de la médecine opératoire? Les chirurgiens et le public en ont été tellement engoués, pendant quelque temps, pour le traitement du strabisme, que la chose est allée jusqu’au scandale : des spécialistes ont fait distribuer leurs adresses sur les trottoirs de Paris; certains n’ont pas craint d’étaler, à l’Académie de médecine, le nombre prodigieux d’opérations de strabisme faites par eux, dans une matinée , à Versailles ou ailleurs. Enfin , les journaux caricaturistes se sont saisis de la question, et ont prouvé qu’il ne devait plus y avoir de gens louches de par le monde. Or, dans ce fait, il y a réellement application fausse et exagérée, car bien souvent le strabisme n’a pas besoin d’opération chirurgicale. Celle-ci n’est nécessaire que dans le cas de contracture de tel ou tel autre muscle moteur de l’œil; mais toutes les fois que le strabisme provient d’un vice instinctif des synergies, il peut se guérir par des louchettes , espèce de binocle dont chacune des deux conques est percée d’un trou, à sa partie centrale. L’un des Juges de ce concours, que j’ai

déjà cité plusieurs fois , a encore élucidé celte question dans une leçon sur les vices de l'instinct (1).

Une application bien plus exagérée encore de l’anatomie à la thérapeutique chirurgicale , c’est l’extirpation du corps thyroïde pratiquée quelquefois avec succès, mais ayant plus souvent été suivie de la mort des opérés, et devant être presque toujours mortelle , parce que , indépendamment des quatre artères principales qui lui envoient du sang, cette glande reçoit, dans l’état normal, une foule d’artérioles qui, dans l’état morbide pour lequel on procède à l’opération chirurgicale, doivent avoir un calibre assez volumineux. Aussi , Gooch fut-il obligé, pour se rendre maître de l’hémorrhagie , de faire comprimer les bords de la plaie par la main d’un aide, pendant toute une semaine (2).

Enfin, n’est-ce pas le comble de l’exagération que d’être allé lier l’artère aorte, parce que la connaissance exacte des anastomoses avait justifié la ligature de vaisseaux artériels bien moins im-

(1) Journal de la Société de médecine pratique de Montpellier; t. II, p. 369.

(2) De l’influence des sciences médicales et accessoires sur les progrès de la chirurgie moderne ; discours prononcé à l’ouverture du cours de pathologie chirurgicale , le 45 Novembre 1826, par le professeur Dugès ; p. 30.

portants ? Le plus grand nom chirurgical de l’Angleterre s’est pourtant attaché à cette extravagante témérité.

Malgré ces exemples assez remarquables, l’application exagérée de l’anatomie à la thérapeutique est bien moins étendue, dans le traitement des maladies réputées chirurgicales , que dans la thérapeutique des maladies dites internes. En effet, on crie si haut, et l’on répète tant, en certains lieux, que l’anatomie est la base de la médecine , que la structure du cadavre, sur lequel malheureusement s’apprend l’anatomie, est étudiée aux dépens de l’observation clinique et thérapeutique; c’est-à-dire que l’étude de l’anatomie absorbe la plus grande partie du temps de la scolarité médicale. Aussi , quand le moment de pratiquer la médecine arrive, ceux qui ont étudié à peu près exclusivement dans l’ amphithéâtre , ne voient que des lésions d’organe; et , ignorant les vraies indications thérapeutiques aussi bien que l’action des médicaments , ne sachant souvent pas formuler une potion ou toute autre préparation pharmaceutique , ils se bornent à l’emploi des émissions sanguines, des vésicatoires et des cautères, ou bien encore du galvanisme par l’appareil des Frères Breton. En un mot, ils n’emploient que des moyens manuels.

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