CONCLUSIONS
L’application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales offre de grands avantages, et ne présente des inconvénients que par l’exagération de certains hommes qui, consacrant la plus grande partie de leur temps à la culture de ces sciences , n’en ont pas assez pour etudier les lois de la vie , et veulent substituer à ces lois spéciales les lois générales qui régissent la matière, auxquelles, d’ailleurs, la vie ne se soustrait pas en entier.
Je reconnais donc la valeur de Y application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales ; mais je ne pense pas que cette application doive entrer, dans une doctrine médicale, comme partie constituante de cette doctrine ; et je suis étonné de trouver à la fin d’un article, fort intéressant d’ailleurs, qui vient de paraître, le 30 Mars, dans le n° 15 de la Gazette Médicale de Paris, les propositions suivantes déjà formulées un nombre considérable de fois, malaxé les réfutations tout aussi nombreuses qui en ont été faites :
« Les deux Écoles qui font la gloire de la France médicale ont adopté, l’une la doctrine de la force vitale, l’autre la doctrine de l’innervation et des
lésions pathologiques. N’est-il pas regrettable que ces Écoles aient séparé ces deux doctrines? L’avenir, les progrès de la pathologie et de la thérapeutique, ne demandent-ils pas qu’elles soient réunies ? »
Si Mr J. -B. -G. Barbier, auteur de l’article, sur la force vitale , dont je viens de reproduire l’avantdernier alinéa, veut bien réfléchir à la différence qu’il y a entre une doctrine et un système, il verra que l’alliance entre les deux n’est pas possible. La doctrine peut bien profiter de ce qu’il y a de vrai dans le système ; mais elle ne peut pas en adopter ce qui le constitue système , c’est-à-dire l’exagération. Or, c’est ce qu’a fait l’École médicale de Montpellier : à l’imitation de celle d’Hippocrate dont elle a, de tout temps, suivi la doctrine, elle recommande instamment l’étude des sciences physiques et chimiques y ainsi que de tout ce qui s’y rattache; mais elle use des secours de ces sciences, et n’en abuse pas. Elle repousse les chaînes de ses tributaires , et ne descend pas du trône que l’Humanité lui a élevé dans le temple de la Gloire.
Mr J.-B.-G. Barbier peut se convaincre de l’exactitude de mon assertion en étudiant l’ouvrage que Barthez, l’une des plus grandesillustrationsdel’École de Montpellier, publia, en 1798, sur la mécanique des mouvements de l’homme et des animaux. Dans cet ouvrage, en effet, où sont revues les idées de Borelli, Barthez ne se contente pas des données
de la mécanique, — s’il eût agi ainsi, il n’aurait pu parvenir qu’à établir la mécanique du cadavre — ; mais il unit les connaissances de la mécanique avec celles du principe vital , qu’il avait si bien établies dans ses Éléments de la science de l’homme . Dans le cas où Mr J. -B. -G. Barbier trouverait l’ouvrage de Barthez trop abstrait , il pourra encore se convaincre de la véracité de ce que j’ai dit sur le scrupule que l’École médicale de Montpellier met à ne rien négliger de ce qui peut assurer le progrès des sciences médicales, en lisant, avec le soin qu’il mérite, YEsai d’une caractéristique de l’enseignement médical de Montpellier, Il y trouvera même un dessin allégorique qui sera probablement de son goût, et dans lequel l’auteur a fort ingénieusement fait grouper autour d’une table de dissection , sur laquelle est un cadavre que Vésale dissèque et dont il démontre les organes, Hippocrate, Galien, Fernel, Stahl, Barthez et Platon* Ces personnages sont censés réunis à l’effet de raisonner sur la science de l’homme, et ils concluent que, sans l’union de l’étude des causes invisibles avec l’étude des causes matérielles , la science de l’homme n’existe pas, et la Médecine est nulle (1). C’est éga-
(1) Cet Essai de caractéristique est en vente à Paris depuis 1845, chez MM. J. -B. et Germer Baillière, Fortin-Masson et Just Bouvier; mais l’article de M. J. -B. -G. Barbier me
îement ce que j’ai voulu prouver dès le début de ce travail, en prenant pour épigraphe ces paroles du professeur Andral :
« Sans l'intervention de la force vitale, on ne comprend pas plus la santé que la maladie. C’est cette force des forces qui , de tant de vies partielles , fait une seule vie ; qui fonde l’unité du système vivant; c’est elle qui, plus particulièrement considérée dans la maladie , assigne aux phénomènes un ordre, une durée, une succession, leur imprime une certaine direction , dont l’effet est le retour à l’équilibre rompu ; c’est cette force , enfin, qui, au lieu d’anéantir les forces physiques, reste à côté d’elles, intervient pour les modifier, pour les contre-balancer. »