‹ De l'application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales; en apprécier les avantages et les inconvenientsChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Les inconvénients de Y application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales ne proviennent, je ne saurais trop le répéter , que de l’exagération de cette applicalion. La pathologie et la thérapeutique générales, en effet , accueillent tous les secours que leur offrent les sciences physiques et chimiques , comme toutes autres; mais la pathologie et la thérapeutique

(1) Je regrette de ne pouvoir pas donner plus de développement à ces divers points que le professeur Golfin a si heureusement exposés dans ses Études thérapeutiques sur la pharmacodynamie. Je cite d’autant plus volontiers, à ce sujet, le professeur Golfin, que, par une stupidité du règlement, il n’est pas Juge dans ce concours. Si, en d’autres pages, je cite quelques-uns de mes Juges, ce n’est donc pas par adulation , mais bien dans le but de ne pas être soupçonné d’ignorer leurs travaux.

générales sont loin d’avoir ces sciences pour base ; et une telle croyance offre les inconvénients les plus graves.

En effet, tous les bons esprits reconnaissent que la maladie est une modification de la vie. Or, la vie peut-elle s’expliquer par les lois 'physiques et chimiques ? Je sais bien que Voltaire a dit : « Il y a longtemps que je regarde l’électricité comme le feu élémentaire qui est le principe de la vie (1), » et que l’autorité de ce philosophe sceptique a entraîné plusieurs autres à expliquer la formation de l’embryon par des courants électriques; mais je ne crains pas d’opposeruneréponsecontradictoire, en disant, avec Dugès (2) : « L’admission des centres successifs des points électriques n’offre que des hypothèses bien insuffisantes et bien peu solidement étayées. » Si donc il est généralement avéré que l’homme se reproduit par une puissance vitale appelée hildimg trieh, nisus formativus , ou de toute autre manière, cette puissance vitale , qui a présidé à son organisation et à l’exercice de ses fonctions, pendant toute la durée de la vie intra-utérine, abandonnera-t-elle le fœtus, à sa naissance ? Est-ce par les lois physigues et chimiques qu’on pourra expliquer les changements

(1) Lettre au comte de Tressan , 1776.

(2) Traité de physiologie comparée, t. III , p. 392.

qui surviennent presque instantanément,, dans sa circulation et dans sa respiration ? Les lois 'physiques et chimiques nous donnent bien la clef du mécanisme de ces changements; mais la cause de ceux-ci n’en réside pas moins dans la puissance vitale; car le fœtus qui est déjà mort dans la matrice a beau être mis en rapport avec l’oxigène de l’air , celui-ci ne va pas à ses organes pulmonaires ; et, s’il y est insufflé, il n’y produit aucune action. Le principe vital est donc indispensable à l’explication de la cause des phénomènes de la vie, quoi qu’en disent MM. Chevreul , Mialhe et autres. Bien plus, le principe vital est évidemment antagoniste aux forces physiques et chimiques pendant toute la durée de la gestation ; car , si l’embryon n’avait pas en lui une résistance vitale , il succomberait infailliblement par suite des lois physiques et chimiques , qui ne peuvent rendre compte ni de sa nutrition, ni de sa circulation.

Les maladies du fœtus , dans le sein maternel , peuvent-elles être mieux expliquées, que l’exercice de ses fonctions , par les lois physiques et chimiques ? Assurément non, car le fœtus participe quelquefois aux états morbides de sa mère, tandis que, d'autres fois, il en est exempt. La variole, l’ictère et la syphilis , en sont des exemples.

Les rapports entre les différents âges et les maladies auxquelles chacun d’eux est le plus exposé,

ainsi que Font constaté une foule d’auteurs depuis Hippocrate, peuvent-ils être expliqués par les lois physiques et chimiques ?

L’incubation des maladies et certaines sources de cette incubation , telles que les miasmes et les virus, les diathèses et l’hérédité, n’échappent-elles pas tout aussi bien à l’action des lois physiques et chimiques ?

N’en est-il pas de même de la nature varioleuse, rubéolique, pestilentielle, rabifîque, rhumatismale, goutteuse, dartreuse , psorique , scrophuleuse , cancéreuse, syphilitique? « Le chimiste le plus habile n’a pu nous dire en quoi la suppuration du chancre diffère du pus fourni par une ulcération de nature non spécifique (1). »

Et les états muqueux, putride, malin, typhoïde, dépendent-ils des lois physiques et chimiques , quoique M. Magendie produise, à volonté, les lésions matérielles de ce dernier état morbide en défibrinant le sang de certains animaux? Ce professeur , dont les leçons sur les phénomènes physiques de la vie présentent des contradictions innombrables (2) , a beau se moquer des adeptes du

(1) Magendie. Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. I , p. 76.

(2) Le docteur Grandvoinet a public un examen critique

vitalisme qui lui reprocheraient d’appliquer aux corps organisés les lois qui appartiennent à la matière inerte, ses expériences et leur interprétation justifient pleinement le reproche; et quand j’ai lu l’exemple qu’il cite lui-même, de l’ignorance d’un médecin qui l’appela en consultation pour un malade que M. Magendie dit atteint de fièvre intermittente, et qui fut tué par les saignées réitérées du Confrère, je n’ai pu m’empêcher de jeter le blâme sur M. Magendie, car c’est à son enseignement et à celui de tous ceux qui substituent les lois physiques et chimiques aux lois vitales, que sont dues les fautes semblables à celle qu’il signale. Puisque M. Magendie reconnaît (1) que les erreurs en médecine ont de plus graves conséquences que pour toute autre science, car il s’agit de la vie de nos semblables, comment peut-il détourner les élèves de la véritable voie d’observation, en leur disant que la raedecine est restée dans un état humiliant d’in¬

de l’esprit et des propositions principales de cet ouvrage; et je ne saurais trop conseiller la lecture de ce travail présenté comme thèse inaugurale dans cette Faculté, en Janvier 1839. La Faculté de médecine de Montpellier devrait même, à mon avis, le faire rééditer, et en favoriser la propagation autant qu’il serait en son pouvoir.

(1) Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, t. II, p. 25.

fériorité parce que jusqu’ici on a expliqué la vie par la vie , c’est-à-dire l’inconnu par l’inconnu (1)? En lisant, dans la République de Platon , un beau passage dans lequel est soulevée la question de savoir s’il suffît de veiller sur les poètes , pour les contraindre à respecter les bonnes mœurs, et s’il ne conviendrait pas d’étendre cette surveillance à tout le monde (2); je me demande si le professeur, chargé d’enseigner dans une des chaires qui a le plus de retentissement, a le droit de dire que c’est seulement en cultivant les sciences positives qu’on arrivera à quelque chose de certain en médecine (3). Hippocrate a dit, au contraire, dans son Traité de V ancienne médecine , que cette science a bien plus d’une face , et que la mesure qu’il faut s’en faire ne consiste ni dans un poids, ni dans un nombre, mais qu’elle réside uniquement dans la sensation du corps (4). Hippocrate ajoute,

(1) Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux; t. I, p. 2.

(2) Traduction de Grou , édition Charpentier, p. 122.

(3) Leçons sur les fonctions et les maladies du système

nerveux , t. I , p. 4.

(4) Ai Sv 7t oXXov 'iroixiXwTepà te xai Sia 7tXsov oç axpiénrjç sari. A si y«p (J-Expov tcvoç <7Toyaaac?0ar [xsTpov Ss, oubs crTaO|xov, ouàs àpiOpiov ouSevoc aXXov, Tcpoç o avacpspwv Ïi<jv\ to axptësç , oux av supoirjç aXV -7] tou acopiaTo; ty]v aïoÔTjTiv

(Édition Littré, tom. Ier, p. 588.)

dans son Traité des lieux dans l’homme , que la médecine ne fait pas toujours la même chose, et que ses actions sont souvent opposées l’une à l’autre ; el il en explique la raison par les dispositions souvent variables du corps. Il cite pour exemple les purgatifs, qui ne procurent pas toujours la purgation du ventre (1). Hippocratereproduit la mêmepensée, qui est fondamentale et doit être pérenne dans plusieurs autres passages, mais je n’ai pas le temps de les indiquer.

Puisque M. Magendie admet (2) des lois vitales propres aux corps vivants, il ne devrait pas les étouffer sous la démonstration exclusive des lois physiques et chimiques. Tant qu’il en agira ainsi, son enseignement sera désastreux , bien qu’il émette quelquefois des idées fort justes , telles que celles-ci : « Ce n’est qu’au lit du malade qu’on étudie réellement les maladies, »

M. Magendie émet encore une idée saine, quand il dit (3) : « Ici sans doute il existe une force quelconque qui met nos organes en jeu ; mais cette

(1) *H 8è tv)Tp(x^ vuv te xal aùxixa où xo. aùxo 7rot£st , xat Trpoç xov aùxov Ù7T£vavxia tzoiIzi , xai xaùxa ÔTCvavxia ctpiartv so)-

xoîariv (Édition Littré, tom. VI, p. 332. )

(2) Leçons sur les fonctions et les maladies du système nerveux, t. I , p. 2.

(3) Leç. sur les phénom. pbysiq. de la vie , t. II , p. 29.

puissance inconnue nous échappe. » Malheureusement , tout à côté de cette profession de foi heureuse , est placée une critique amère, exprimée en ces termes (1): «Messieurs, reportez vos pensées à ce qu’était naguère la physiologie, alors que l’on voyait partout des phénomènes vitaux; eût-il été permis, je vous le demande, d’élever à ce sujet le moindre soupçon , sans provoquer aussitôt des clameurs universelles? Il semblait que les doctrines scientifiques que nous avaient transmises nos pères étaient un dépôt confié à notre honneur, et aussi inviolable que les livres sacrés. » Et un pen plus loin , car je m’aperçois que je me laisse entraîner au désir de citer, sans doute pour ne pas être accusé d’accuser à faux; et puis, dis-je, M. Magendie ajoute : « Cependant l’électricité animale a soulevé, de nos jours, les questions les plus intéressantes. »

Tout en convenant de ce dernier fait , je ne puis pas comprendre que M. Magendie détourne ses élèves de voir partout, chez les êtres vivants , des phénomènes vitaux ; et les doctrines scientifiques que nous ont transmises nos pères sont, à mon sens, un vrai dépôt confié, sinon à notre honneur, du moins à la sûreté et au bien-être de l’espèce

(1) Leçons sur le sphénomènes de la vie , t. II , p. 24.

humaine. Quoi! parce que l’éleclricité animale a soulevé , de nos jours , les questions les plus intéressantes, s’ensuit-il qu’il ne faille pas étudier les lois de la vie, qu’il ne faille pas chercher la corrélation existant entre ces lois et les lois physiques, c’est-à-dire régissant la matière inerte? Le cadavre est-il influencé, par l’électricité animale, comme l’est le corps vivant ? Puisqu’il n’en est pas ainsi , il faut bien, alors, reconnaître que la force admise par M. Magendie comme mettant nos organes en jeu, mais échappant à nos moyens matériels d’investigation , permet à l’électricité d’avoir, sur le corps vivant, l’action qu’elle n’a pas sur le cadavre !

Ce que je viens de dire de l’électricité s’applique à tous les agents physiques ou chimiques : quoiqu’ils influencent le corps vivant , ils ne pèsent pas sur lui de la même manière que sur les corps inertes. Les corps vivants, en effet, ont eu eux-mêmes une force qui contre-balance et surmonte , dans certains cas, les agents physiques et chimiques. Combien n’y a-t-il pas de fous qui ont essayé vainement de se donner la mort en se précipitant de lieux élevés, ou en se faisant des blessures qui sont le plus souvent mortelles? Aussi, Fodéré a-t-il dit (!) : « Si nous considérions les événements heureux dont

(1) Traité de médecine légale, t. III, p. 251.

les fastes de l’art sont remplis, dans lesquels on voit guérir parfaitement des blessures profondes faites aux viscères les plus essentiels à la vie , il en résulterait qu’à proprement parler, et en considérant les blessures dans un sens abstrait , il n’en est point de nécessairement mortelle par elle-même.»

L’application exagérée des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales , a donc le grave inconvénient de ne fixer l’attention des médecins que sur ce qu’il y a de physique dans l’étiologie, et défaire méconnaître les lois de réaction vitale. Cette application exagérée a l’inconvénient de ne fixer l’attention des médecins que sur les symptômes matériels, et de la détourner de la recherche de ce qui échappe à nos sens et ne peut être connu que par le flambeau de l’analyse , non pas chimique, mais intellectuelle. Enfin , Y application exagérée des sciences physiques et chimiques a l’inconvénient de rétrécir démesurément le cadre des moyens thérapeutiques médicamenteux , car l’action de ceux-ci ne peut pas s’exercer sans l’intervention du principe vital , quoi qu’en disent certains qui seraient bien en peine de dire quelle est l’action d’un médicament quelconque sur le cadavre. Qu’ils nous disent , en effet, si les moyens le plus éminemment physiques, tels que la moutarde et les cantharides, rougissent la peau, ou y déterminent des phlyctènes !

Je n’en finirais pas si je voulais signaler tous les inconvénients de Y application exclusive des sciences 'physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales , car réellement cette application est insuffisante pour révéler quelque point que ce soit de l’une ou de l’autre de ces deux branches que l’on a réunies naguère dans un même enseignement.

En effet, les questions que j’ai déjà posées des miasmes et des virus, des diathèses et de l’hérédité, ainsi que de tout ce qui se rattache à l’incubation des maladies; celle des diverses natures varioleuse, rubéolique, dartreuse, psorique, pestilentielle, rabifique, rhumatismale, goutteuse, scrophuleuse, cancéreuse, syphilitique , muqueuse , putride, maligne, ataxique, typhoïde ; ces questions, dis-je, et autres non moins importantes, telles que celle de l’idiosyncrasie pathologique, celle de l’influence des âges, des tempéraments et des sexes, soit sur le développement , soit sur la guérison des maladies ; celle des crises, et, par-dessus tout, celle de la force médicatrice ; ces diverses et nombreuses , questions ne sont pas les seules à la solution desquelles Y application exclusive des sciences physiques et chimiques ne suffira pas. Mais celles qui sont le plus familières aux gens qui veulent tout expliquer par les lois physiques et chimiques , ne peuvent pas être résolues sans l’intervention d’une force vitale

qu'ils appellent dynamique, biotique ou autrement mais qui n’en est pas moins en dehors des lois régissant la matière brute ; car c’est elle qui soustrait le corps vivant à certaines influences de ces lois , dans certaines circonstances. La question de \' inflammation est bien, sans contredit, celle qui est le plus à l’ordre du jour , et qui est le plus agitée par les enthousiastes de Y application des sciences physiques et chimiques . Eh bien ! que nous apprennent ces sciences sans l’intervention du principe vital ? J’ai beau savoir que des circonstances traumatiques, des agents caustiques, et de simples excitants, tels que l’action du soleil ou d’un froid intense, ont pu causer ce qu’on appelle inflammation; n’ai-je pas besoin de chercher, dans les lois de la vie, comment ces causes ont agi sur un homme vivant , puisque ces mêmes circonstances sont incapables de produire le même résultat sur le cadavre ? Par le traumatisme, en effet , je divise bien les tissus du cadavre ; mais rien ne succède aux diverses solutions de continuité que je puis y pratiquer , si ce n’est la putréfaction. Par les agents chimiques, les acides concentrés, par exemple, je désorganise bien la peau ou la muqueuse sur laquelle je verse le liquide ; mais il ne se forme pas d’escarre et encore moins de cercle d’élimination; le cadavre est en putréfaction avant que ce cercle d’élimination ait le temps de se former,

si tant est qu’il doive se former. Quant au soleil et au froid intense , oh ! ces deux agents atmosphériques, joints à tout ce que l’on voudra, hâtent ou retardent la putréfaction du cadavre; mais, malgré leur puissance, ils sont incapables d’y déterminer la fièvre cérébrale ou la pneumonie.

Si, des causes de l’inflammation , je passe à ses symptômes, la rougeur, la chaleur et la tumeur , que mes sens aperçoivent parfaitement, et qui sont indiqués comme caractères de l’inflammation, ne me paraissent pas s’expliquer par les lois de la matière inerte, attendu que je ne trouve ces caractères dans aucun corps brut; et, quant à la douleur, qui est aussi un des caractères de l’inflammation , je ne l’ai vue indiquée dans aucun Traité de physique, pas môme dans celui de M. Pelletai! , qui est pourtant intitulé : Traité élémentaire de physique générale et médicale. D’ailleurs, le professeur Àndral, qui s’occupe beaucoup de l’application des sciences physiques et chimiques à la pathologie et à la thérapeutique générales, demande (1) : «Qui sait, d’une manière positiveetsatisfaisante,dans quel état se trouvent les solides et les liquides dans

(1) Traité élémentaire de pathologie et de thérapeutique générales, d’après les leçons faites par M. Andral; prolégomènes, p. k.

une partie enflammée] » A cette question , il ajoute celles-ci: «Quelles sont les modifications que subit le sang dans ses qualités 'physiques et chimiques ? » Dans son cours ? Sous quelles influences ce cours se précipite-t-il ? » Et le professeur Andral répond : « Nous ne le savons pas , nous ne connaissons que l’écorce des choses ; là existe une lacune immense qui nous empêche de généraliser les faits.» Le professeur Andral ajoute même : «Et si, au lieu de parler de l’anatomie pathologique de l’inflammation , nous nous attaquions à la nature propre ! Il est aisé de dire que l’inflammation est un surcroît d’activité dans les fonctions d’une partie, avec appel plus considérable de sang. Mais est-ce là le fond des choses ? »

Au milieu des diverses questions soulevées par le professeur Andral, s’en trouve une que j’isole tout exprès : c’est la suivante : « Par quelle métamorphose le liquide devient-il du pus ? » Cette question, en effet, est immense de profondeur , et porte le défi le plus formel à ceux qui veulent expliquer tous les phénomènes de la vie par les lois physiques et chimiques. Ces lois peuvent-elles nous révéler pourquoi, dans certains cas, l’inflammation se termine par suppuration , tandis que, dans d’autres , c’est par résolution? N’est-ce pas aux lois de la vie seule que cette solution peut être demandée ? 11 en est tellement ainsi , que M. Dubois

d’Amiens (1) regarde la suppuration, l’adhésion, l’induration squirrheuse, l’ulcération etla gangrène, comme des actes morbides assez bien spécialisés par eux-mêmes pour mériter d’être distingués des terminaisons de l’inflammation. Eh bien ! quel est encore, de ces actes morbides, celui qui ne demande que l’application des sciences physiques et chimiques 7 soit pour sa pathogénie, soit pour sa thérapeutique? Je le répète, et ne saurais trop le répéter , il n’y a pas un seul phénomène , en pathologie et en thérapeutique générales, qui ne réclame l’application des lois du principe de la vie.

Les inconvénients de ï application exclusive des sciences physiques et chimiques ne sauraient donc trop minutieusement être signalés; car ce n’est pas seulement à la pathologie et à la thérapeutique , dites médicales , mais encore à la pathologie et à la thérapeutique réputées chirurgicales , qu’ils s’étendent.

« On ne saurait se le dissimuler, à l’heure qu’il est, la chirurgien une tendance trop matérielle, trop mécanique. L’invention et le perfectionnement des instruments, la découverte de nouvelles opérations la préoccupent trop exclusivement; les recherches d’anatomie topographique ou de structure, indispensables sans aucun doute, l’absorbent telle-

(1) Traité de pathologie générale, t. I, p. 304.

ment d’un autre côté, que la vie, l’organisation l’influence réciproque des organes , le jeu des sympathies, l’enchaînement des fonctions, ue sont que rarement et à peine consultés. S’occupe-t-on beaucoup de préparer les malades aux opérations chirurgicales ? Traite-t-on suffisamment, avec soin et patience , l’estomac , les intestins , le poumon malades? S’inquiète-t-on assez du traitement consécutif, du régime, des médicaments, des objets de l’hygiène ? Ne semble-t-on pas toujours dire au malade, comme A. Paré : je t’ai opéré, que Dieu te guérisse? Et les opérés succombent, et l’on s’ecrie qu’ils étaient tuberculeux, pneumoniques; qu’ils avaient des phlegmasies chroniques, profondes, incurables, dans les intestins ou ailleurs, un épuisement sans remède, etc. Mais étaient-elles nées d’hier, ces maladies? Pourquoi n’y songer qu apres coup , et ne les prendre en considération que comme pièces justificatives? Les cliniques chirurgicales, que sont-elles autre chose, bien souvent, que des leçons de médecine opératoire et d’anatomie topographique? Que sont devenues les grandes vues thérapeutiques? Qu’a-t-on donc fait pour oublier cette influence des maladies internes, des grandes fonctions, sur les maladies externes et les fonctions secondaires? Certes, sous tous ces rapports, nous ne sommes pas en progrès. Il est, sans contredit , de belles et d’honorables exceptions :

grâces en soient rendues à quelques-uns de nos maîtres ; mais la masse ne suit-elle pas cette voie étroite et retardataire ? La chirurgie appelle donc encore, de ce côté, de grandes améliorations, de grands progrès. Elle y a d’autant plus de droits, qu’elle a fourni elle-même largement à la médecine, et que les conditions de ce perfectionnement sont toutes trouvées , qu’elles existent sous la main de qui voudra les saisir : il suffît de les rassembler et de les rapprocher (1). »

(1) Ces réflexions pleines de justesse sont extraites d’un mémoire signé A. B., ayant pour titre : Coup d'œil sur les progrès de la chirurgie en 1838 , et inséré dans la Revue médicale française et étrangère (t. I de 1839 ).

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