‹ De l'appréciation des appareils orthopédiques. Thèse. Présentée au concours pour la Chaire de médecine opératoire de la Faculté de médecine de Paris, 28 janvier 1841Chapitre 20 sur 47 · LONGITUDINALES · texte numérisé non relu

LONGITUDINALES

Bien que Fun des derniers termes du perfectionnement des appareils orthopédiques, ait encore aujour» ddiui pour objet de produire la cure de la déviation par rallongement longitudinal ou par les pressions latérales , on trouve déjà , dans les écrits attribués à Hippocrate , Inapplication , bien imparfaite , il est vrai, de ces deux grandes méthodes ; car, pour ce qui regarde Fextension, on y voit, que des aides se partageaient Fofficedes puissances extensives , en tirant, les uns sur les aisselles , les autres sur les membres inférieurs ; et , quant aux pressions latérales, on voit que Fon comprimait la gibbosité avec la paume des mains ou des attelles garnies de linges. C’est à peine si I on peut ranger parmi les appareils, ces moyens si simples, em-

.ployés tics l’enfance cle Part; mais çn pouvait en dire un mot, pour montrer que les moyens thérapeutiques dont le perfectionnement est le plus récent, se retrouvent souvent en vestige dans les temps primitifs de la médecine.

Cette section renferme deux classes d'appareils 3 suivant cpie ceux-ci sont appliqués, l'individu étant dans une position verticale , ou suivant qu’il est dans une position horizontale . Sans faire une classe spéciale au point de vue de la situation oblique , nous ferons remarquer que les sujets , dans l’attitude du décubitus, sont presque toujours placés sur des plans plus ou moins obliques. L’extension tout-a-fait horizontale diffère beaucoup de celle qui a lieu sur le plan incliné , attendu que le poids du corps ne contribue en rien au tirage , et que le cou et le dessous des aisselles supportent moins d’efforts. Au reste , cette espèce d’extension est peu usitée , parce qu'elle donne une situation trop , déclive à la tète.

Les grandes inclinaisons, telles que celles de Darwin et de Mitchell, ont un certain rapport avec la suspension; par conséquent , les appréciations qui se rapportent à cette dernière s'appliquent de tout point à ce genre d’appareils.

Gomme les puissances qu'on emploie pour produire les tractions longitudinales peuvent être les mêmes, soit que l’individu garde la situation couchée , soit qu’il ait une attitude verticale , j’aurais eu l’intention de m’occuper , avant tout , de F appréciation des puissances extensives et contre-extensives, avant d’examiner ce qui a rapport a la situation des sujets ; mais comme je crois qu’il sera plus facile de saisir le véritable caractère des appareils, en suivant l’ordre que je vais adop-

ter , je préféré sacrifier Farrangemcnt en apparence le plus logique , à celui qui est réellement le plus avantageux pour Fexposition des idées,

APPRÉCIATION DES APPAREILS DANS LESQUELS LES TRAC- TIONS LONGITUDINALES SONT EXERCÉES , LES SUJETS ÉTANT COUCHÉS, OU APPAREILS A EXTENSION HORI- ZONTALE.

La position horizontale , le sujet couché sur le dos, est , par elle-même , un moyen cFélongation de la colonne par effacement des courbures ; elle produit ce résultat de deux manières : 1° en soustrayant la colonne à Faction du poids des parties, qui, en prenant leur moyen définitif de soutien sur la colonne vertébrale , tendent a en augmenter les courbures.

2° En faisant servir le poids de certaines parties du corps , et notamment celui des organes contenus dans les cavités viscérales , a Faplatissement des courbures formées par le rachis ; car les memes viscères qui le forcent à se courber quand iis tirent parallèlement à lui , le forcent a se détendre quand , dans la position horizontale , ils le compriment perpendiculairement à sa longueur.

3° Enfin , en livrant a la détente naturelle de leur élasticité, les substances intervertébrales qui étaient comprimées dans la situation verticale.

La preuve de ce fait se trouve dans la diminution des courbures pendant le décubitus. Or, il est a remarquer, et cela est établi de la manière la plus positive dans les tables comparatives qu'a bien voulu me communiquer M. Bouvier , que le fait de Feffacement des courbures, et par suite de Fallongement du rachis dans le déçu-

bitus horizontal , est beaucoup plus marqué chez les sujets atteints de déviation. (Test dans les cas de grande difformité , que sont atteintes les limites extrêmes des différences de longueur , pendant Fattitude verticale , et pendant le décubitus.

Nul moyen cFextension longitudinale, si Ton excepte la suspension par la tête , ne produit la même élongation du corps cjue la position horizontale , et cela seul doit suffire pour démontrer que F extension qu’on obtient ainsi est la plus puissante de toutes.

Si la position horizontale seule suffit pour amener une augmentation de taille aussi marquée que celle qui s’observe chez certains sujets difformes, lorsqu'ils sont couchés, on aura une idée favorable des appareils fondés sur le principe des tractions longitudinales , quand ils s’appliquent, le sujet étant dans une position couchée.

Les malades doivent-ils rester sur les lits seulement pendant la nuit ? A. ce sujet, on ne peut s'empêcher de reconnaître que Feffet des lits se dissipe promptement dans la journée , quelque moyen que Ton emploie pour le conserver pendant la station , si celle-ci se continue pendant un certain laps de temps.

Le décubitus ne doit pas être continuel comme on Fa pratiqué en Angleterre. Shaw a démontré les inconvénients de cette méthode, et a rapporté des faits en présence desquels les raisonnements les plus spécieux doivent s^ncliner. En général , et a part un très petit nombre d^exceptions, les appareils extenseurs permettent sans inconvénient le décubitus durant 3 ou 4 heures pendant le jour et pendant la plus grande partie de la nuit.

Tel est, au reste , Favantage de la position horizon-

taie, qu’elle constitue le plus puissant auxiliaire des moyens extenseurs. La principale utilité de ces moyens peut être regardée comme étant due a ce qu’ils prolongent l’effet momentané de la situation qui sans eux serait exposée à varier sans cesse ; voila pourquoi les fortes extensions sont pour la plupart du temps inutiles; car il suffit que le tirage soit assez puissant pour supposer a ce que le corps ne quitte pas la ligne droite dans laquelle il doit rester : sous ce rapport on peut dire que la simple position et ^extension par des machines sont, pour ainsi dire, deux degrés différents du même mode de traitement, de sorte que le second peut suppléer le premier qui , à son tour , peut le remplacer dans beaucoup de circonstances, et notamment dans les déviations légères.

Les inconvénients de la position horizontale sont,, 1° l’inaction qui , par la langueur qu’elle entraîne dans le mouvement nutritif, prive du plus puissant auxiliaire de tout moyen orthopédique ? je parle de Faction organique.

2° Le relâchement des ligaments rachidiens.

3° La tendance congestive vers la partie supérieure de l’individu. Ces reproches s'adressent surtout à la position horizontale continue.

Lits extenseurs .

Le sujet que nous venons d’examiner nous conduit tout naturellement à l’appréciation des lits extenseurs , et d’abord de cette partie fondamentale qu’on appelle le plan de support.

Le plan de support peut être continu dans toute sa longueur ou entrecoupé.G’est à Shawquest due la di-

vision en deux et meme trois compartiments dont le supérieur et l'inferieur peuvent s'écarter du moyen en roulant sur un support auquel celui-ci reste fixe.

C’est surtout dans le but d’éviter la résistance qu’oppose le frottement du corps sur le plan, à l'allongement du racliis, que cette modification a été imaginée ; mais si l’on fait attention que les intersections de l’appareil correspondent à des parties excavées qui n’exercent pas de frottement, savoir: la région cervicale et la région lombaire qui ne portent que très-faiblement sur la surface du plan, il semblera, comme le pense M. Bouvier, que la modification n’a pas toute l’utilité que Sliaw lui avait supposée.

Voudrait-on tirer des intersections du lit de Shaw les avantages que ce praticien en attendait sous le rapport de la diminution du frottement, en transportant ces intersections au niveau des points qui frottent avec le plus de force sur le plan de support, et notamment * au niveau des omoplates? Comme ces os, qui reposent avec force sur les plateaux, ne pourraient se séparer en deux dans le sens de leur longueur, ils rendraient illusoire tout effort d’allongement dans ce point.

11 nVst pas exact de dire que les malades se trouvent plus à l’aise sur les lits brisés que sur les autres, si les liens extenseurs sont disposés de la meme manière.

Le pian de support qui peut être considéré comme le plus avantageux, est celui qui réunit les conditions suivantes :

1° Il doit être d’une résistance telle qu’il ne puisse être déprimé d’une manière permanente par le poids du corps, et qu’il ne puisse se creuser d’un enfoncement permanent vis-a-vis de la partie proéminente.

Et d’un autre coté , comme des substances rigides ,

en offrant un avantage réel sous le rapport delà résistance , pourraient agir trop douloureusement , il faut que le plan soit doué d'une élasticité qui prévienne ce dernier effet.

2° Il doit être suspendu dans un bois dédit assez long pour que les sujets ne puissent toucher ni aux deux extrémités du lit, ni aux machines qu’elles portent, et assez étroit pour permettre de manœuvrer facilement a l’entour.

3° Il doit être disposé de manière que Ton puisse lui donner le degré d’inclinaison qu’on jugera couvenable. Cette condition est d’autant plus nécessaire qu’elle permet de donner une pente tantôt plus forte et tantôt plus faible , dans le but de prévenir, par ces alternatives dans le degré d’inclinaison , les inconvénients attachés a la trop longue durée de telle ou telle inclinaison.

De V inclinaison du plan. — 1° Elle doit être telle que l’extrémité supérieure soit élevée de 6 a 8 pouces. L’inclinaison a F avantage de s’opposer a l’afflux du sang vers les parties supérieures du corps.

Elle a pour effet de faire concourir le poids des parties inférieures du corps a Faction extensive , le malade ayant toujours de la tendance a glisser vers la partie déclive.

On doit prendre pour mesure dans la limite de l’inclinaison ce qui est nécessaire pour prévenir les congestions vers la tête. En allant au-delà de ce qui est exigé par cette condition, et en rendant l’inclinaison plus prononcée , on rend trop pénible le tiraillement du cou ou des épaules.

Relativement aux divers degrés d’inclinaison du plan, on peut mentionner la modification imaginée par

M. Mitchell , modification qui consiste en ce que le plan incliné est traversé par un axe qui permet de ramener graduellement a la situation verticale, de manière à rendre la suspension du malade de plus en plus complète, et à le replacer ensuite dans la position horizontale par un mouvement de bascule qui se répète à * volonté. Ce procédé a tous les inconvénients de la suspension verticale par la tête , et ne présente aucun avantage particulier.

C’est à la même catégorie d’appareils , plans a inclinaisons variables T qu’il faut rapporter celui de M. Pravaz. Cet appareil a ceci de particulier que , dans son mécanisme , c’est le sujet lui-même qui , en tirant sur des cordes réfléchies par des poulies fixées au plafond , peut a volonté augmenter l’inclinaison du plan et le faire retomber dans sa position première. La complication de cet appareil l’empêche d’offrir, dans l’application pratique , les avantages inhérents au principe en vue duquel il a été imaginé.

11 ne saurait entrer dans l’esprit de ce travail, de donner la description détaillée des appareils mécaniques de l’orthopédie , et l’on ne devra considérer que comme presque indispensable pour l’appréciation, les détails très-sommaires qui pourraient se glisser touchant la construction des appareils.

Lit de Venel (1785). Dans cet appareil, la traction s’exerce sur la tête , sur les aisselles pour la contre-extension , sur les jambes et les cuisses pour l’extension. Les liens extenseurs et contre-extenseurs sont enroulés sur un tambour placé sous le lit du malade.

Les liens sous -axillaires de Venel jouent un rôle accessoire qui n’est pas sans importance; car, en fixant les épaules , d’un côté ils disséminent la pression qui ,

sans eux , s'exercerait exclusivement sur la tête, et d’un autre côté ils retiennent le corps en position.

Venel Rappliquait F appareil que pendant la nuit, ainsi que Schreger ; Darwin est le premier qui ait conseillé l’extension hors le temps du sommeil.

Le plan incliné de Darwin présente une obliquité de douze a seize pouces. La tête est fixée par un arc d’acier, et c’est au poids du corps que se trouve ainsi confié le rôle de l’extension. L’appareil de Darwin a, sur celui de Venel, l’avantage de permettre des mouvements, et ne retient pas le malade dans une complète immobilité par des agents incapables de céder.

Schreger (1810) apporte dans F extension , cette modification qu’il se sert, pour retenir la tête, d’une espèce de collier embrassant la base du crâne.

Heine de Wurzbourg donna de la souplesse aux moyens extensifs et contre-extensifs, en ajoutant a l’extrémité des courroies de la tête et du bassin , des ressorts croisés en X qui laissent au malade la liberté d’exécuter quelques mouvements et de changer de position.

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