PUISSANCES EXTENSIVES ET CONTRE-EXTENSIVES
Nature des Puissances . On peut quelquefois se contenter de retenir le haut du tronc, la tendance qu’ont les parties inférieures à glisser le long du plan étant susceptible d’opérer une extension suffisante.
Dans la majorité des cas, il ne suffit pas du seul effet de la pesanteur pour tenir le tronc constamment étendu, les moindres mouvements suffiraient pour déranger l’axe du corps pendant le sommeil et même pendant la veille.
Un inconvénient de l’emploi unique de la pesanteur comme force extensive, est que, quand les moyens employ es pour la contre-extension causent une gêne désagréable au malade , il cherche a se remonter sur le plan incliné, et rend nul par Fa l'effet de l’extension.
A. Tractions à V aide de manivelles oli instruments fixes, dont la puissance invariable résiste à tout effort dumalade. Appareils à tension fixe . Dans le premier lit extenseur, celui de Vend, le sujet était attaché d’une manière fixe par des liens qui, après s’être réfléchis sur des poulies, venaient aboutir au tambour a encliquetage par le moyen duquel on graduait l’extension. On peut encore rattacher aux appareils a liens fixes celui dont Langenbeck s’est servi en 1828, et dans lequel le tirage en sens opposé de la tête et du bassin est produit par une longue vis portant la mentonnière après avoir traversé une forte lame métallique transversale dont les extrémités se réunissent avec deux règles longitudinales qui descendent jusqu’à la ceinture sur les cotés de laquelle elles sont fixées. Le lit de M. Pravaz et le lit ortho-rachidique de M. Humbert, appartiennent à la même catégorie. On peut adresser aux appareils à liens fixes les reproches suivants :
Les mouvements qu’exécute le malade pendant la veille ou pendant le sommeil , peuvent amener des tiraillements dont le premier inconvénient est la gêne, mais qui peuvent même n’être pas sans danger, surtout dans le cas de mouvements brusques.
B. Tractions à T aide des Poids. Les poids sont un moyen simple et commode d’agir sur l’épine. Nous avons a considérer : i° l’espèce de poids : ce peut être le poids du corps; lorsque, sur un plan incliné, le haut du corps est fixé , le seul poids des parties inférieures de-
■vient une cause de traction sur Fépine , en raison de Finclinaison du plan sur lequel le sujet est couche» Cela permet de concevoir un genre de machines très peu compliqué et qui est susceptible cependant de produire des résultats »
2° La manière dont ils exercent leur action; 3° le degré dbntensité qu'il est permis de donner a cette action; A° la manière dont celte action peut être graduée.
Un fait a noter tout d'abord est celui-ci : le poids agissant d’une manière continue, si le malade Fait un mouvement brusque, il retombe aussi d’une manière brusque, et la secousse qui en résulte est fâcheuse. M. Martin a imaginé, pour prévenir ce résultat, un appareil très ingénieux , mais auquel , suivant M. Bouvier, on peut reprocher quelques inconvénients , notamment la lenteur avec laquelle se rétablit le degré de tension. Sous ce rapport, l'appareil de M. Maisonnabe, appareil dans lequel les poids sont supportés par de petits chariots à trois roues et reposent sur des plans inclinés qui adoucissent Feffet de la chute, suffit très bien a remplir Finclication.
Appréciation du rôle des poids. Les poids ont cela de commun avec les ressorts, qu’ils peuvent permettre au malade d^exécuter quelques mouvements ; mais ils en diffèrent en ce que leur effort est constamment le meme , ce qui exposerait Fépine a de trop grands tiraillements, pour peu que cet effort fut considérable; aussi la limite qu’il ne faut point dépasser, sous peine d^inconvénients, est, suivant M. Bouvier, dam effort de douze livres a la tète et de vingt aux pieds avec les ressorts , la tension de ceux-ci diminuant par le fait de rallongement de Fépine sous rinfluence de leur élasticité, ils sc trouvent relâchés d’autant, tandis que
rallongement de Pépin e n’influe pas sur le degré d’action du poids qui agit toujours avec la même intensité'.
C. Tractions à ï aide de ressorts . Les ressorts enX , dits ressorts de Wurzhourg sont fondes sur le principe de construction de la romaine.
On ne doit pas perdre de vue qu’abstraction Faite de l’espèce de ressorts , il convient d’en avoir de forces différentes , afin de les proportionner a Page et a la constitution du sujet. Disons quelque chose du degré de résistance qu’on doit donner à ces ressorts : on doit éviter , dans leur construction , le double inconvénient de leur donner ou trop de raideur , ou trop de souplesse ; car , dans le premier cas , ils fatigueraient presque autant que les appareils a liens fixes ; dans le second cas , ils n’offriraient qu’une résistance inefficace.
Les ressorts croisés ont l’inconvénient grave que voici : c’est la fragilité des branches , due a ce que le mouvement se trouvant concentré dans une petite partie de leur longueur, vers leurs angles , les expose à se briser facilement.
Ressorts Elliptiques . — ils se composent de deux lames recourbées , dont les extrémités se joignent à charnière. C’est , je crois , ce que , dans les arts , on appelle ressorts à pincettes . Ces ressorts sont moins fragiles que les ressorts croisés ; ils conservent de même leur élasticité.
Ressorts en Spirale . Cette forme de ressorts, qui est d’une exécution facile, et qu’il est aussi facile de graduer, a pour inconvénient d’offrir un mouvement peu étendu relativement à sa longueur , et de perdre sa solidité ,
de manière que sa force et son élasticité sont très sujettes a varier.
Le ressort, roulé sur lui-même et analogue a celui qui sert au mouvement des pendules, permet d’allier une grande étendue de mouvement a de faibles dimensions. Ce ressort donne une assez grande latitude de course , et est très doux dans son action. Les ressorts de cette forme conviennent surtout lorsqu'on est obligé d’agir avec les plus grands ménagements. Mais, précisément a cause de leur souplesse, ils ne maintiennent pas le corps d’une manière assez parfaite.
Au point de vue économique , une simple lame d’acier, fixée par l’une de ses extrémités , et recevant par Fautre le cordon de traction, a été employée avec avantage par M. Bouvier.
M. Lembert a proposé d’employer une longue barre d’acier, placée a côté du malade , recourbée au-dessus de sa tête , ainsi qu’au-dela de ses pieds , et aux deux extrémités de laquelle doivent s’attacher les cordons de tension.
Le mode oscillatoire , qui peut s’appliquer assez heureusement à certaines difformités articulaires des membres , n’est d’aucune utilité dans la déviation du rachis. L’extension alternativement plus forte et plus faible, qui est due a la rotation de la poulie elliptique qui forme la base de cet appareil , ne peut exercer sur l’épine une action plus avantageuse que celle de l’extension continue ; et l’expérience , qui , en pareille matière , est le juge le plus sûr , s’est suffisamment prononcée a cet égard.
Degré d'intensité des forces extensives . — Ce serait se faire une bien fausse idée de la résistance
des ligaments rachidiens et des muscles qui les fortifient, que d’attribuer a l’extension une puissance capable de relâcher l’union des vertèbres , et même de déchirer leurs liens articulaires. Pour donner une idée de cette résistance , je rappellerai une expérience faite par M. Bouvier, et qui a donné le résultat suivant : Le cadavre d’une jeune fille de quinze ans fut suspendu par la tête , après qu’on eut débarrassé la poitrine et le bas-ventre de leurs viscères; un cordon, qui passait sur les crêtes iiliaques , servit ensuite à faire agir des poids sur l’extrémité du rachis ; on arriva graduellement jusqu’à 240 livres, sans qu’il en résultât la moindre lésion , et Bon obtint par-là un allongement de 6 lignes. Ce ne fut que quand le poids arriva à 260 livres , que l’on vit la colonne se rompre ; du reste, ce ne furent point les ligaments qui cédèrent , mais il s’opéra une séparation d'une des épiphyses du corps de la vertèbre, entre la troisième et la quatrième dorsale. Ce Fait est propre à démontrer qu’en se tenant à une distance considérable d’une traction aussi forte , par exemple, en agissant dans la proportion d’un douzième ou d’un quinzième, on ne saurait concevoir aucune inquiétude , quand surtout on considère que l’action des muscles , qui , sur le cadavre , ne peut être comptée que pour très peu de chose , joue un très grand rôle dans la résistance qui doit exister pendant la vie.
Appréciation du lieu iï application des puissances dans les appareils , qui ont pour objet de déterminer ï extension du rachis . La tête d’un coté, le bassin de l’autre, ayant des connexions en quelque sorte stables avec la colonne vertébrale, sont, par cela même, les points qui offrent le plus d’avantages,
ce qui veut dire que les appareils dans lesquels Inapplication des puissances se fait sur ces parties, tirent de cette disposition, toutes choses étant égales d’ailleurs, un élément de supériorité. Les épaules, qui n’ont, avec la colonne vertébrale, que des connexions indirectes, sontloin d’offrir les me mes avantages; il en est de même des jambes et des cuisses sur lesquelles Yenel faisait porter les liens extenseurs. Au reste , si les principes ont une expression absolue , leur application ne Pétant pas au même degré, il est telle circonstance ou Ton entrevoit la nécessité, pour P application des forces , de recourir a des lieux que Ton serait loin d’adopter par choix.
1° La tête forme, en arrière de la région cervicale, un relief assez considérable, pour que ce relief, en s’enfonçant dans une dépression placée sur un plan incliné , puisse y être retenu de manière a empêcher le corps de descendre ; c’est ce qui a été fait dans les maisons d’éducation , en Angleterre , où l’on se sert d’un plan percé d’une ouverture ronde qui reçoit le derrière de la tête, de manière a empêcher celle-ci d’obéir au poids des parties inférieures qui alors transmettent directement leur action au rachis.
2° Les liens placés sous les aisselles ont l’inconvénient ? lorsqu’on les emploie seuls , de tirailler et de faire remonter les épaules a mesure que le corps descend, d’où résulte une position incommode que le malade cherche a éluder en se remontant. Il est impossible , avec leur secours, d’exercer une traction un peu forte sur l’épine, car l’effort se bornerait à allonger démesurément les muscles qui attachent l’omoplate au tronc, outre qu’ils causeraient une compression douloureuse sous l’aisselle. Les liens axillaires ne conviennent que dans les
déviations légères , ou chez les très jeunes enfants , et principalement pour prévenir les déplacements latéraux de la partie supérieure du tronc, effet qu'ils produisent en arrêtant les épaules et retenant le malade fixé sur le dos. On les associe avec avantage aux liens contre-extenseurs de la tête, afin qu'ils prennent une part dans l'effort contre - extensif, diminuant doutant l'effet de la pression qui s’exerce sur la base du crâne. Enfin, dans les cas où des circonstances particulières contre-indiqueraient remploi des liens de la tête, on serait heureux de trouver, dans les lacs sous-axillaires, malgré leur défectuosité, une sorte de suppléant de la contre-extension exercée sur le crâne.
3° Bassin . — C’est un des points les plus utiles en ce qu’il offre une conformation et des connexions avec la colonne vertébrale, telles qu’il permet, dans des conditions fort avantageuses , l’adaptation des moyens extensifs.
4° Thorax-— La difficulté de le saisir sans gêner plus ou moins la respiration , ne permet pas de le prendre pour l’application des moyens d’extension et de contre-extension. La tentative faite pour éviter cet inconvénient, par la construction d’un appareil triangulaire qui comprime le sternum sans appuyer sur les côtes , dénote un tel oubli du mécanisme des parois thoraciques dans Facte de la respiration , qu'il mérite la proscription qu’on lui a infligée. C’est parce que le sternum est pour les côtes une sorte de clef de voûte dont le mécanisme est essentiellement lié â celui de ces arcs osseux, qu’il est tout â fait contre-indiqué d’exercer une pression sur cette partie du thorax. On peut utiliser la pression sur certaines régions de la cavité thoracique, mais c’est â la condition
que l’ensemble des mouvements de cette cavité ne serait point menacé par cette compression, et que cette compression ne s'exercerait que sur un point très circonscrit.
MOYEN D*5 APPLICATION DES PUISSANCES. — Pour la
communication à établir entre les ressorts qui , par leur mécanisme, constituent la puissance et les moyens immédiats d'application , tels que le collier ou la ceinture , il faut une pièce intermédiaire qui puisse permettre de tendre diversement les courroies. Pour la partie supérieure , cette pièce , qu’on appelle casque, doit réunir les conditions suivantes :
1° Elle doit offrir un mouvement de pivot de sa branche transversale sur sa branche circulaire.
2° La couronne entière doit pouvoir tourner autour de la pièce qui Punit au ressort , comme autour d’un pivot , afin que le malade conserve la faculté de faire exécuter a la tète quelques mouvements de rotation .
3° Les casques métalliques non mobiles, et en forme de capuchon , ont l’inconvénient d’entretenir la tète dans une atmosphère trop chaude, et lui imposent, en outre , une immobilité gênante.
On ne peut parler que pour le condamner , de Pappareil qui consiste en un demi -cercle de bois arrondi et rembourré , dont la destination est d’embrasser le dessous du menton pour fixer la tête en s’appliquant sous la mâchoire inférieure.
On a donné au moyen à l’aide duquel on fait l’application des forces à la tête, la forme d’un collier circulaire flexible qui, recevant l’insertion des courroies sur ses parties latérales , se plie en deux par l’effet du
tirage ; cet appareil a pour inconvénient cle se coller contre les oreilles, et de les blesser pendant Fextension. Les colliers bardés de fer, et qui s'appuient sur le bord de la mâchoire inférieure, doivent être rejetés malgré le perfectionnement que M. Maisonnabe a voulu y introduire en les fermant par devant et les ouvrant derrière Focciput ; ils ont l 'inconvénient d^ètre très-douloureux dans leur application.
L’appareil qui ,sous ce rapport , est le plus convenable, consiste dans un collier qui , mesuré bien exactement sur la base de la tète , porte entre autres points culminants sur le menton, les angles maxillaireset la partie du crâneinférieureâlaprotubéranceoccipitale.Lescourroies distribuées sur le pourtour de ce collier doivent être beaucoup plus rapprochées de Fhémisphère du collier tourné vers Focciput, que de Fhémisphère antérieur. Cette espèce de collier se moule exactement sur la base du crâne et sur le contour de la mâchoire inférieure , embrasse ces parties sans risquer de remonter vers les côtés de la tète, ni de comprimer les vaisseaux du cou ou le larynx, inconvénient qu'il présenterait infailliblement s’il avait une forme différente de celle du périmètre sur lequel il doit s’appliquer.
La disposition des courroies qui agissent principalement sur Fhémisphère postérieur du collier , empêche Fhémisphère antérieur de celui-ci, d’appuyer sur la mâchoire, au-delà de ce qui est nécessaire pour empêcher le collier de remonter en arrière, ce qui amènerait inévitablement un mouvement de bascule par suite duquel la concavité de Fhémisphère antérieur viendrait comprimer la partie antérieure du cou.
Ce sont donc spécialement les apophyses mastoïdes et Focciput qui supportent la pression produite par
l’effort d’ extension Lorsque cette pièce a été bien construite , elle exerce sur la mâchoire et les dents une pression si peu prononcée , que les sujets soumis â F extension exécutent avec facilité des mouvements étendus de la mâchoire inférieure , tels que ceux de la mastication. Le docteur Leithoff de Lubeck fixe la tète au moyen d’un appareil qui porte exclusivement sur les apophyses mastoïdes.
M. Bouvier a cherché â saisir, par un demi cercle , la partie postérieure de la tète , seulement d’une apophyse mastoïde a l’autre , afin d’éviter toute pression sur la mâchoire; mais cet appareil manque de solidité, à moins quon ne complète le cercle par une courroie en mentonnière , ce qui revient â la forme d’un collier avec des inconvénients de plus et des avantages de moins.
M. Bouvier a essayé aussi de n’appuyer que sur les apophyses masloides , au moyen de deux pelottes concaves portées par des tiges élastiques qui partaient de la couronne placée au chevet du lit ; mais ici l’on retombe dans l’un ou l’autre des inconvénients inhérents aux appareils de traction qui ne s’appliquent que sur des surfaces peu étendues , ou ces appareils sont serrés modérément, et iis se déplacent avec la plus grande facilité , ou ils pressent avec une force suffisante pour tenir, et leur application devient insupportable.
Le principe est donc de répartir la pression du collier sur la plus grande étendue possible, en ayant soin d’appuyer principalement sur la partie solide de la tète.
U Aisselle. — Les courroies qui fixent les épaules doivent être disposées de manière â ne point comprimer douloureusement l’aisselle , et â ne gêner ni la circulation, ni l’innervation du membre supérieur.
Ces courroies axillaires sont fixées sur une pièce en cuir, de forme carrée, qui tient au lit par quatre courroies disposées en croix.
Le Bassin. C’est au moyen d'We ceinture qui, placée au-dessus des hanches, se trouve arretée par la saillie qu’elles forment que se fait Inapplication des forces sur le bassin. Les conditions que doit réunir cette ceinture sont, de ne pointappuyer douloureusement sur les hanches, et de ne point trop comprimer Fabdomen. Sous ce rapport , les ceintures les plus avantageuses sont celles qui s'appliquent sur les hanches par une surface large et non par un bord, résultat qui s85 obtient en plaçant le long du bord inférieur un épais coussin , ou en donnant a la ceinture la forme qu'on a désignée sous le nom de ceinture en cloche. On évite la compression du bas-ventre en serrant fort peu la ceinture, de telle sorte que le principal moyen de fixation de cette ceinture soit la saillie bilatérale du bassin , et non pas le degré de constriction circulaire qu elle exerce. Les moyens de fixation de cette ceinture, qui sont construits au point de vue de la compression du bassin, sont donc défectueux.
Pour apprécier complètement le mode duplication des pièces destinées au bassin, il faut dire que, chez les sujets qui offrent peu de saillie des trochanters , on éprouve des difficultés inhérentes au peu d^écartement des hanches. On est alors dans la nécessité de faire porter Feflfort de la ceinture sur la crête iliaque elle-même, ce qui devient, surtout chez les sujets maigres, la cause d^une difficulté d'application à laquelle on remédie en ne laissant pas porter, constamment sur le même point, Feffort principal de la pression.
Les courroies qui transmettent a la ceinture Feffort de
la puissance extensive sont fixées aux parties latérales et un peu postérieures de la ceinture , afin qu'elles n'appuient pas douloureusement sur le haut des cuisses.