LATÉRALES
Comme ces pressions s'exercent , dans la plupart des cas , d'une manière particulière sur le thorax , nous devons consacrer quelques mots a Pexamen des effets produits sur cette cavité par les appareils de ce genre.
Les pressions ont une influence marquée sur la con-
formation du thorax; elles ajoutent beaucoup a Feffet produit par les appareils extenseurs, quand on emploie ce genre de moyen concurremment avec elles.
Il se passe dans le mécanisme des pressions quelque chose d^analogue a ce qui arrive quand on cherche à rendre circulaire un cerceau elliptique en pressant sur les extrémités de son grand axe. La disposition de l'appareil est telle que les parties saillantes sont seules comprimées, et que les points déprimées se développent librement, attendu qu’ils ne répondent qu'aux vides offerts par le même appareil.
Une chose cpù peut donner une idée cle F influence que Faction prolongée des appareils peut exercer sur la configuration du thorax , ce sont les traces si profondes de Finfluence mécanique exercée par les courbures du rachis sur ces os.
L'effet des appareils a pression est extrêmement prononcé sur Finclinaison inférieure dont les grandes courbures dorsales sont accompagnées. Il en est de* même du coté de la région dorsale dans sa partie la plus élevée , car on relève assez bien le haut de Fépine en repoussant horizontalement les épaules et le haut du thorax. U’ex-* tension combinée avec ce mouvement agit , en général , cFune manière suffisante sur la région cervicale lorsque celle-ci participe a Finclinaison des vertèbres dorsales. Dans quelques cas seulement , on y ajoute un effort latéral sur la tête,.
Le point le plus réfractaire a Faction des pressions latérales est le centre des courbures dorsales un peu prononcées. Les plus légères de ces courbures sont les seules qui se redressent complètement.
Les cas dans lesquels les pressions latérales ont le moins de pouvoir pour redresser Fépine , sont ceux des
courbures multiples presque égales , dans lesquelles, les inclinaisons opposées se contrebalancent , et laissent les sections principales du? tronc a peu près dans le même axe. Le centre des courbures est alors la seule partie sur laquelle on puisse agir ; quant aux extrémités des courbures, on est obligé de se borner a les maintenir immobiles. L^action même qu’on dirige sur un centre de courbure ne saurait être portée un peu loin sans entraver celle qui s’exerce sur le centre des courbures voisines.
Les pressions pourraient agir sur le centre des courbures de manière a dépasser Taxe du rachis, et a produire une courbure en sens opposé.
Un inconvénient des pressions latérales , c’est de ne pouvoir se transmettre aux courbes dorsales que d’une manière indirecte, et par Lentremise d^autres pièces du squelette , les côtes , par exemple , et les épaules : or, quand on est forcé , par le siège de la déviation , d’agir au niveau des côtes inférieures , on ne trouve pas un moyen de transmission assez ferme pour agir comme il serait nécessaire.
L’effet immédiat des pressions latérales sur les organes renfermés dans les cavités du tronc quand ces pressions sont bien dirigées , est de n’être accompagné d’aucun trouble dans leurs fonctions ; certains sujets assurent même éprouver un sentiment de bien-être pendant qu’ils sont soumis aux extensions et aux pressions, et Ton conçoit que la compression a laquelle son propre poids expose le tronc pendant la station gênant a cesser par rallongement du corps et l’élargissement du thorax , le malaise causé par la station verticale doit disparaître.
Les effets fâcheux qui pourraientrésuiter de l’appli-
cation des pressions sur la poitrine, sont les suivants : l'oppression , les douleurs dues au froissement des parties molles , les pustules et les excoriations de la peau , les palpitations du cœur, la difficulté du retour du sang provenant des parties supérieures du corps. Enfin des lésions plus profondes des organes thoraciques ou abdominaux, qui correspondent au siège de la compression, peuvent succéder à une constrictiontrop forte des pièces d'appareil, ou à une application mal faite de ces memes pièces. Il est évident que de pareils accidents doivent moins être attribués au moyen en lui-mème qu'a la manière dont on en fait usage. Dans un cas une pression inconsidérée sur la fosse iliaque gauche donna lieu à une gangrène mortelle du colon.
APPAREILS FONDÉS SEP» LE PRINCIPE DE LA FLEXION 9 OU DU RENVERSEMENT DES COURBURES.
Ainsi que nous Favons dit dans les généralités placées en tête de la partie du travail consacrée aux appareils destinés à la colonne vertébrale , l'idée qffion se fait touchant l are que décrit la courbure influe sur la construction des appareils. Voici la manière de voir qui a servi de point de départ à la construction des appareils dont nous allons parler. Chaque courbure peut être représentée par un angle dont les deux branches sont articulées a charnière ; il en résulte que chacune des deux branches de cet angle fait corps avec la brisure de Fappareil , et que le seul point mobile et libre est au sommet de Fangle ou de la courbure. — Or, il est inutile de rappeler que les vertèbres sont toutes unies entre elles par des fibro-cartilages qui leur per-
mettent, jusqu’à un certain point, d’être mobilisées les unes sur les autres ; il en résulte que toute courbure possède un point autour duquel les segments supérieur et inférieur peuvent être mis en mouvement et portés en sens contraire de la courbure.
Pour ceux qui envisagent toute courbure vertébrale sous ce point de vue, il est évident que la possibilité du renversement complet d’une courbure est un fait qui ne comporte pas le doute. Nous avons dit, dans le chapitre des généralités, les motifs qui nous empêchaient de partager la même opinion. Jetons un coup d’œil sur ce qui a été fait à cet égard.
Si l’on en juge d'après ce qu’a dit Àndry , on sera porté a penser qu’il croyait a la possibilité du renversement complet d’une courbure. Delpech, et Bampfield parlent de manière a montrer qu’ils étaient loin de croire a la possibilité de fléchir l’épine en sens inverse de cette courbure. M. May or avait eu l’intention de la réaliser par un appareil qui , malgré son imperfection , porte le cachet de l’esprit inventif et original de ce chirurgien. Dès 1829 , il avait proposé un appareil analogue a celui de Sauter pour les fractures ; il conseilla de coucher les sujets atteints de déviation sur une planche ou attelle contre laquelle doit répondre la convexité de la courbure dorsale. Cet appareil est maintenu par trois lacs appliqués l’un a la tête, l’autre aux hanches, le troisième au niveau du sommet de la courbure. On fait, de cette manière , pour l’individu tout entier , ce que l’on fait journellement pour un seul membre atteint de fracture.
L’inefficacité de ce genre d’appareils qui, dans le cas
presque constant de courbures multiples , ne peut agir en sens favorable sur l’une des courbures , sans augmenter les autres, et qui ne peut s’adapter d’une ma-
nièrc assez stable pour amener des résultats bien tranches , Fa fait rejeter presque universellement.
C’est a M. J. Guérin qu’est duc Inapplication la plus satisfaisante qui jusqu’ici ait été faite des appareils fondés sur le principe du renversement des courbures.
L’appareil employé par M. Guérin consiste dans un lit analogue à celui' de Shaw. modifié par M. Pravaz, et qui en diffère en ce que les plateaux supérieur et inférieur s’en écartent angulairement et se renversent en sens contraire , en entraînant avec eux la tête et le haut du thorax d’une part , et de l’autre le bassin , au moyen d’un casque, d’une ceinture a extension et dhine courroie passant sous Faisselle. Le but que se propose Fauteur de ces modifications, est de substituer des courbures artificielles aux courbures pathologiques directement opposées a ces dernières, de manière a donner à la colonne la forme d’une S dans un sens directement opposé a l’S qui représente la déviation pathologique. Cette méthode, il l’appelle extension sigmoïde dénomination dont l’énoncé seul indique le but qu’on se propose.
Voici quelles sont, d’après M. Guérin lui-même, les limites d’application de cei appareil :
Lorsque la déviation a quatre courbures, principalement lorsque plusieurs se suivent immédiatement dans une meme région, l’application de l’extension sigmoïde est impossible, a moins de s’exposer a l’inconvénient attaché aux autres appareils d’augmenter une courbe en cherchant a en effacer une autre. 2 e La même impossibilité se présente lorsque les deux courbures occupent la région dorsale , ou bien quand, dans tout autre région , elles sont trop rapprochées ; dans ce cas il faut se borner a l’extension parallèle» 3° Celle-ci est encore
légitimement applicable dès le début du traitement, aux cas de courbures anciennes et très prononcées , dans lesquelles , la substitution des courbures artificielles aux courbures pathologiques , serait immédiatement impossible , tant a cause des résistances directes principalement a la région dorsale , que pour ne pas exercer des tractions trop brusques ou trop violentes sur des parties réduites depuis long temps de volume, et privées de souplesse et cFélasticité comme le sont les muscles , les ligaments , les cartilages compris dans la concavité des anciennes courbures. Une extension trop directe , en pareil cas , pourrait produire Farrachement ou la rupture des parties , et il est plus rationnel , plus prudent d^y préluder par les tractions moins directes de Fextension parallèle.
Voici, d'une autre part, les avantages qui lui ont été assignés :
lo Elle emploie directement à redresser Fépine toutes les forces quelle met en oeuvre.
2° Elle agit de manière a étendre les parties comprises dans la concavité, en même temps qu'elle relâche et comprime celles qui correspondent a la convexité ; ainsi lecôté des vertèbres, qui est le plus épais, tend a s'affaisser par ^compression , tandis que le côté concave se développe et se remplit ; les muscles et les ligaments du côté convexe sont mis dans le relâchement, pendant que ceux du côté concave sont soumis â des tractions utiles qui les empêchent de reproduire la courbe qui re] tarait lorsqu'on se borne a la ramener à la ligne droite.
Cette méthode a surtout pour résultat, de combattre simultanément les phénomènes de la courbure et de la torsion de Fépine , en tendant à produire une torsion opposée a celle qui existe, comme elle produit une
courbure en sens inverse de la courbure pathologique. Enfin elle est applicable dans, des cas oii l’extension eût été nuisible , comme dans certains cas de déviations musculaires passives , ou de déviations scrofuleuses , oii les moyens d'indou de la colonne sont affaiblis et plutôt relâchés que rétractés. Quant aux résultats cliniques , M. Guérin , dans son mémoire sur T Extension sigmoïde , se borne a dire que depuis quatre ans il a toujours appliqué cette méthode avec un succès subordonné à la cause , au degré , au siège et a toutes les circonstances individuelles de la difformité.
D^un autre, coté M. Bouvier dénie a cet appareil, la faculté de produire ce résultat, en se fondant sur les faits suivants : 1° En appliquant une force de 60 livres perpendiculairement au centre et aux extrémités des deux courbes d'im rachis dévié en S , il a pu ramener la colonne a la ligne droite; mais il lui a été impossible de la plier en sens inverse : or, il pense que ce qu'il ni* pu obtenir sur le rachis de cadavres , offrant des courbures très-légères, dans lesquelles, les efforts pratiqués a quelque distance de leurs extrémités nVnt dautrç résultat que de faire naître une nouvelle inflexion audessus et au-dessous de celles qui existent déjà , ne pourrait être obtenu pendant la vie, où tant d’dbstacles empêchent d agir avec autant de puissance que sur la colonne vertébrale séparée du reste du tronc, et supposent a ce qu*W la saisisse immédiatement.
2°’ NVst-il pas impossible, sans s'exposer a des accidents, de transmettre au rachis, par l'intermédiaire des côtes, des muscles, des nerfs , des viscères qui le séparent du point d'dppui , une force capable de donner a cette tige osseuse une forme en S opposée/ à celle qui! décrit ?
3° Si , sur un sujet atteint d'une très-légère déviation simple, on plie le tronc a contre-sens de la courbure , celle-ci peut bien s’effacer et meme faire place a un état de rectitude, mais il lui est impossible de prendre part a l'incurvation générale au milieu de laquelle elle reste sous la forme d’une ligne a peu près droite.
4° Si la difformité est plus f or le , la courbure n’éprouve qu’une •diminution plus ou moins notable, et b inflexion proprement dite, se passe uniquement dans les vertèbres qui sont situées au-dessus et au-dessous d’elle.
5o S’il y a deux courbures successives , la flexion n’agit que sur l’une d’elles, tandis que l’autre s’accroît.
6° Cette attitude est contraire au but qu’on se propose dans un grand nombre de courbures en S, comme celles avec prédominance de la courbe dorsale avec inclinaison lombaire^ ou elles augmentent la saillie iliaque déjà existante.
7° Dans les courbures serpentines , elles détruisent l’égalité des hanches en plaçant le bassin de travers par rapport au reste du tronc.
• 8° .Non seulement l’extension sigmoïde ne redresse pas les courbures existantes mieux que ne le fait la pression latérale, mais encore elle conduit à y ajouter des courbures inverses au-dessus et au-dessous.
9° L’extension oblique qui s’exerce en même temps que la pression transversale dans l’appareil à extention sigmoïde , n’ajoute rien a l’efficacité des efforts de flexion pour renverser les courbures.