APPAREILS EMPLOYÉS CONTRE LA LUXATION CONGÉNI- TALE DU FÉMUR
L’application d’agents mécaniques est subordonnée à cette question : La luxation est-elle guérissable ou ne l’est-elle pas ? Dans ce dernier cas , il serait inutile de s’occuper des machines.
Tout ce qui a trait à la question de curabilité a été exposé de la manière la plus approfondie par M. le professeur Gerdy , dans un rapport lu a PÀcadémie de Médecine, en 1839. C’est dans cette source que l’on peut chercher les bases d’une opinion sur la curabilité de ce genre de déformation , curabilité au sujet de laquelle le rapporteur s’exprime ainsi : « Il faut conve- « nir que , dans un certain nombre de sujets , nombre « qu’il n’est pas 7 au reste , possible de déterminer dans « l’état actuel de la science , l’état anatomique des « luxations congéniales n’implique pas toujours imposte sibilité d’une coaptation entre les parties séparées. » Pour nous , pensant qu’il est impossible de reconnaître pendant la vie si 1 individu sur lequel on voudrait employer les appareils est ou n’est pas dans les conditions qui peuvent faire espérer un succès par l’emploi de ce genre de moyens , et le traitement , par conséquent , ne pouvant être employé que d’une manière , en quelque sorte , explorative , nous pensons que , eu égard à la durée de ce traitement, en regard avec son peu de chances de succès , on ne doit , jusqu’à nouveaux faits, l’employer qu’a titre de méthode d’essai pour chercher a fixer sur ce point l’état de la science , mais qu’on ne peut pas en faire l’objet d’une prescription de la thérapeutique usuelle. Ce que nous venons de dire n’implique, du reste, aucun doute sur l’authenticité de l’observation due à M. Pravaz.
Les appareils propres aux luxations congénitales du fémur diffèrent entre eux, suivant qu’on s’attache au traitement palliatif ou curatif de cette maladie.
Appareils fondés sur le principe de la simple pression sur les trochanters. Dans le premier cas, Ton prescrit au malade Fusage constant, du moins pendant le jour , d’une ceinture qui embrasse le bassin , emboîte les grands trochanters et les maintient a une hauteur constante; cette ceinture a pour objet de faire de ces parties mal affermies, un tout plus solide, et qui empêche la vacillation continuelle du corps sur des articulations sans cavités.
Pour remplir ces indications, la ceinture dont M. Bouvier conseille Fusage , est construite d’après les règles suivantes : elle doit être placée sur la partie rétrécie du bassin qui existe entre la crête de Fos des îles et les trochanters; elle doit occuper toute la hauteur de cet espace , et pour cela elle ne doit pas avoir moins de trois ou quatre travers de doigts de largeur, suivant Page et la taille des individus; cette ceinture doit, du reste, être construite d’après les principes prescrits pour les autres machines en général, c’est- a -dire qu’elle doit être bien rembourrée de crin ou de laine , afin de ne pas blesser les tégumens pendant un contact long - temps prolongé ; des goussets étroits et trèssuperficiels doivent être creusés sur la face interne de son bord inférieur, de chaque coté, pour recevoir et retenir les trochanters sans les loger en entier; les sous-cuisses , qu’on joint a cette ceinture , seront larges , et un peu creusés vis-à-vis des tubérosités de l’ischion ; ils doivent maintenir cette ceinture à une hauteur constante, et l’empêcher d’abandonner l’espace précis sur lequel elle doit se trouver toujours appliquée.
Talons . — Faut-il des talons élèves? On les blâme comme augmentant l’ascension du fémur. Ils n’ont pas de grands inconvénients quand la tète du fémur est solidement fixée; ils en auraient si la tète était très mobile. Cependant, quand le raccourcissement est très grand , il est difficile de s’en passer, et ils ont l’avantage de prévenir les déviations de l’épine. Dans les cas de grands raccourcissements, la chiite du corps â chaque pas aurait plus d’inconvénients pour l’ascension du fémur que n’en a le talon élevé.
Appareils fondés sur le principe de la pression sur le trochanter combinée avec V extension sur le membre inférieur * Appareil de MM. La fond et Du val. Il est dit â l’égard de cet appareil, Clinique de Dupuylren , tome III : a Une ceinture placée sur les hanches , poussait en bas l’extrémité supérieure des fémurs, tandis qu’une traction exercée sur les pieds concourait au même but, en même temps que le tronc était fixé à la partie supérieure du lit extenseur. Dans la station et la marche le corps était soutenu par des béquilles. i» Plus bas, on ajoute : « que l’amélioration qu’on obtint dans une luxation congénitale devait être rapportée aux exercices gymnastiques, et surtout a l’action de la mécanique â extension oscillatoire. »
M. Humbert a publié, en 1835, des observations de luxations congéniales doubles et simples dont il a obtenu, dit-il, la réduction. Son traitement se compose de trois temps :
1° Extension préparatoire continue , plus ou moins prolongée ;
2° Réduction ;
3° Extension consécutive.
Il paraît attacher peu d’importance a l’extension
préparatoire, car il est des cas où il ne Fa pas employée. Le temps de réduction se compose : I o d’un mouvement d’extension; 2° d’un mouvement d’abduction; 3° d’une coaptation , ou réduction proprement dite , le membre étant dans un appareil particulier et assez complique'. Les tentatives de réduction durent quatre ou cinq heures; elles sont répétées tous les deux jours et plus; il renouvelle ces mouvements et ces efforts jusqu’à ce que l’os ait repris sa place , ee dont il juge uniquement par la longueur du membre mesuré a son extrémité inférieure,
Un lit mécanique applicable à toute maladie qui exige un repos absolu et long-temps continué, est la première partie a remarquer dans les appareils de M. Humbert.
Il se compose d’une partie fixe et d’une partie mobile : cette dernière peut être placée dans diverses directions , de sorte qu’on peut donner au malade toutes les positions qu’il désire.
L’appareil extenseur comprend : 1° des brassières passant sous les aisselles, qui sont tendues par des cordeaux se rendant a des leviers à. l’extrémité desquels sont fixés des poids ; elles servent a empêcher le malade de glisser au pied du lit, et à pratiquer la contre-extension.
2° Une ceinture de forte toile qui entoure le bassin, et se trouve serrée par des sangles qui , réunies à une certaine distance de l’abdomen , vont se rendre au levier, a l’aide duquel on peut régler sa constriction ;
3° une sangle qui a pour usage de soutenir le genou et le membre fléchi.
4° L’appareiFnécessaire pour l’extension proprement dite, qui se compose d’un coussin rembourré embrassant la partie inférieure de la jambe, autour de laquelle il est maintenu par de larges rubans ; des sangles sont
fixées a la partie inférieure de ce coussin ; elles se trouvent au niveau des malléoles , et sont tendues par des cordons qui passent dans différentes poulies pour aller se rendre perpendiculairement au levier principal , sous la puissance duquel se trouve tout Fappareil extenseur.
Pour effectuer la rentrée de la tête du fémur dans la cavité cotyloide, M. Humbert décrit un appareil qui a, dit-il, deux fonctions bien distinctes : la première est de continuer Pextension , d^augmenter P élongation du membre, et de changer la position de la tête de Pos ; la deuxième est de conduire lentement la tête du fémur dans sa cavité.
Après la réduction il continue Fextension, dans le but d^empêcher la forte pression que la tète du fémur, attirée en haut par les muscles , exercerait sur le fond de la cavité cotyloide , et de conserver au membre sa longueur naturelle.
Les autres appareils que M. Humbert préconise sont: un brancard, un lit mobile articulé , des béquilles a roulettes , des béquilles simples.
Pour les luxations des deux côtés , il y a un appareil de contre-extension qui agit sur le bassin, et qu’on n^a pas jugé nécessaire pour les luxations simples.
Dans Fappareil de M. Humbert, la contre-extension ne se faisant que par les aisselles, elle bassin n’étant ni appuyé , ni retenu, nous devons dire que ces moyens ne sont pas suffisants pour les tractions quon doit opérer sur la cuisse dans la réduction d'We luxation congéniale.
M. Pravaz a lu , le 7 mars 1834 , a FÂcadémie royale de médecine , une note dans laquelle il annonçait un cas de cure radicale d’une luxation congénitale du fémur.
Pour cela, il employa l’extension préparatoire pendant trois mois, et eut ensuite recours a deux tentatives de réduction. Après avoir obtenu la réduction , en ayant soin de joindre un fort mouvement d abduction au mouvement d*’ extension , on se borna au repos sur le lit orthopédique , sans extension continue, et, à l’application d’un bandage autour du bassin , pendant vingtquatre heures. Trois mois après la réduction, la jeune malade retourna auprès de ses parens pour continuer le traitement; M. Pravaz assure qu’elle était presque guérie. Une autre observation a été présentée par M. Pravaz, en 1839.
Dans Pappareil de M. Pravaz, le bassin était maintenu par une sorte d’enveloppe solide composée de deux pièces séparables a volonté par Faction d’une vis de rappel. Les tubérosités sciatiques étaient embrassées par des souscuisses larges et épais. L’extension était pratiquée à Faide d’un cordon mu a Fune de ses extrémités par un levier sur lequel agissait un poids , et attaché par Fautre a la partie inférieure d’une gouttière en tôle qui embrassait le membre. —Pour la réduction , on se servit d’un moufle fixé sur une traverse inamovible et atta ché a la gouttière qui recevait le membre, que Fon pouvait , en outre , porter dans Fabduction au moyen d’une autre traverse mobile. Pour maintenir la réduction oninterposa un coussin épais entre la hanche et Fappareil d’encastrement , et Fon embrassa par une ceinture le bassin et la partie supérieure des cuisses. Plus tard, on ajouta au lit orthopédique un mécanisme par lequel Fenfant couché pouvait imprimer aux membres des mouvements analogues à ceux de la marche.
Enfin, M. Breschet a conseillé à son tour l’emploi d’une manivelle et d’un engrenage angulaire pour faire exécu-
ter aux membres des mouvements de circumduction.
De son côté , M. Bouvier a proposé un nouvel appareil pour cette même affection : Les pièces nécessaires a l'extension et a la contre-extension sont : l°Un oreiller mobile se levant et s’abaissant au moyen d’une crémaillère entaillée dans la planche , et fixée solidement au bord supérieur de l’oreiller. 2° Au-delà de l'oreiller se trouve un coussin de la forme de la partie postérieure du bassin , afin de le retenir plus facilement.
La ceinture qui enveloppe le bassin est composée de deux plaques cintrées.
Ces différentes pièces ont pour usage de retenir, de fixer le tronc , en un mot , de faire la contre-extension.
L’extension se fait : 1° à l’aide d’un petit plateau ou chariot monté à l’extrémité inférieure du lit , dans l’endroit où doit reposer le pied. Il sert à fixer l’extrémité du membre inférieur, et c'est surlui.qu’on opère des tractions. 2° L’extension se fait encore à Laide d’une genouillère lacée embrassant le genou et la partie inférieure de la cuisse , et soulage d’autant les articulations qui seraient trop fortement tirées si on n’appliquait pas les puissances en deux points du membre inférieur.
L’appareil de M. Bouvier nous parait remplir les indications essentielles. Le bassin est fixé parla contreextension ; l’extension , partagée entre le pied et Ja cuisse, est moins pénible que si elle agissait sur une seule de ses parties.
M. Bouvier dit n’avoir pas obtenu jusqu’à ce jour de replacement de la tête du fémur dans la cavité cotyloide, quand il a eu à traiter des luxations congénitales du fémur.
Les appareils employés dans le dernier cas rapporté par M. Pravaz sont ; un appareil extensif, un appareil
latéral de contention, et, pins tard, au bout de trois mois ou plus, l’usage de l’appareil au moyen duquel il se propose de tarauder en quelque sorte , pour me servir de ses expressions, la cavité cotyloïde. C’est un cîiar où le sujet se place a demi-couché , et qu’il met en mouvement avec ses pieds , en faisant exécuter a la cuisse des mouvements de flexion et d’extension alternatifs, pendant que le trochanter est fixé par une ceinture à pelote concave.
Dans le sujet qui nous occupe, la question des appareils s’efface en quelque sorte devant la question pathologique ; nous avons cru cependant devoir parier avec quelques détails des appareils eux-mémes , bien que , vu le petit nombre des faits authentiques jusqu’ici rapportés, il nous fût impossible d’apprécier la valeur clinique de ces moyens de traitement.