‹ De l'Apyrexie dans la Tuberculose de l'EnfanceChapitre 29 sur 35 · ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET EXPÉRIMENTALE · texte numérisé non relu

ÉTUDE PATHOGÉNIQUE ET EXPÉRIMENTALE

Le fait de retrouver l’apyrexie plus fréquemment dans la tuberculose de la première enfance que dans celle de la seconde, de la retrouver surtout avec, ce caractère absolu pendant toute l’évolution de la maladie chez le nourrisson, permet de se demander quelle influence doit exercer le jeune âge ?

Nous croyons cette influence capitale.

Le tout jeune enfant fournit un terrain merveilleux au développement de toutes les maladies infectieuses et de la tuberculose en particulier. Strauss a, à diverses reprises, inoculé la tuberculose à des cobayes âgés d’un jour ou de quelques jours seulement, .et il a constaté la rapidité avec laquelle les lésions tuberculeuses évoluaient et se généralisaient dans ces cas. Quelle que soit la forme clinique, écrivait Comby, chez le nourrisson, il est à remarquer que la tuberculose

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évolue beaucoup plus vite que dans la deuxième enfance, elle fait en quelques semaines des ravages qu’elle met des années d'ordinaire à accomplir. Nous ajouterons que le seul fait de voir le jeune âge capable de réaliser la généralisation d’une tuberculose qui garde les attributs d’une tuberculose locale, prouve amplement le rôle important qu'il doit jouer.

Si le terrain infantile est une condition toute spéciale qui nous explique très bien la facilité de la généralisation tuberculeuse, il ne suffit pas à nous expliquer pourquoi cette maladie peut évoluer chez lui sans fièvre. Admettre, en effet, que le Jeune âge se prête difficilement à l'élévation de température serait contraire aux données de tous les jours, puisque la fièvre se montre chez le nourrisson à l’occasion de la broncho-pneumonie, des diarrhées infectieuses et autres intoxications plus légères, puisque, enfin, à côté de ces formes de tuberculoses apyrétiques, nous trouvons très fréquemment des formes fébriles, formes granuliques, formes broncho-pneumoniques et autres.

Il parait donc vraisemblable d'admettre que le bacille de Koch, par lui-même ou par ses poisons, doive Jouer un rôle et que l’apyrexie qui s’observe dans la tuberculose de l'enfant, qui s'observe également dans celle de l’adulte est inhérente à certaines propriétés encore mal connues du bacille, avec cette différence . que le tout jeune âge offre un terrain bien spécial. C’est cette influence des poisons tuberculeux, en général, sur la température que nous allons essayer d'aborder en nous appuyant sur les travaux parus

3 — 49 — jusqu’à ce jour et sur les quelques faits expérimentaux qui nous sont personnels.

Autrefois, la fièvre était considérée comme une condition sine qua non de la tuberculose, de même que pour la plupart des maladies infectieuses ; mais depuis les connaissances plus étendues sur les diverses toxines-microbiennes. depuis, on peut le dire, que leur rôle s’est accru de jour en jour, on est revenu de cet axiome et on s'attache à reconnaître les influences diverses que peuvent avoir les sécrétions microbiennes sur le système thermo-régulateur de l'organisme.

On sait que Bouchard a retiré des urines d’urémiques des substances, les unes hyperthermiques, les autres hypothermiques. Certaines substances organiques en dehors des bactéries provoquent, lorsqu'elles sont injectées chez l’animal, soit de l’hyperthermie, soit de l’hypothermie.

Le lait, les peptones, les extraits organiques, tels que l’albumine des œufs, la nucléine, la fibrine ferment, produisent de l’hyperthermie; d’autres substances, au contraire, comme l'urine, le venin des serpents sont hypothermisantes.

Tous ces faits prouvent comment de simples matières organiques peuvent influencer différemment les centres thermiques.

Dans le domaine de la bactériologie on sait que certains microbes ont une action hypotermisante. MM. Rodet et Courmont l’ont montré pour le staphylocoque pyogène, Boix et Gilbert pour le bacillus coli.

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Chantemesse et Vidal ont obtenu de l’hypothermie finale après inoculation de bacilles typhiques. Les mêmes résultats sont obtenus avec les toxines de ces mêmes bacilles. M. Péhu, dans sa thèse, a montré l'action hypothermisante des toxines tétaniques ; le même fait a été observé tout récemment encore pour des doses relativement fortes de toxine diphtérique.

Dans le domaine de la clinique il n’est pas rare de voir des maladies infectieuses évoluer suivant le mode apyrétique. M. le professeur Teissier en cite plusieurs exemples dans son article sur les pyrexies apyrétiques.

On a invoqué, dans ces cas, une réaction anormale des centres régulateurs thermiques. Reichert admettait une exagération d'action des centres thermolytiques sur les centres thermogéniques, mais cette réaction ne parait se produire que parce que les poisons diffèrent dans ces cas ; il semble donc bien qu’il y ait une action prépondérante des sécrétions microbiennes sur le système thermo-régulateur de l’organisme.

En matière de tuberculose on peut distinguer au bacille de Koch:

1° Les toxines retirées du corps même des bacilles ou toxines intra-protoplasmiques ;

2° Les toxines secrétées par le bacille de Koch luimême et retirées de cultures filtrées, appelées encore toxines extra-protoplasmiques. Cette distinction bien qu'un peu schématique, répond cependant à un fait assez net d’expérimentation: à savoir que les pre-

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La tuberculine, par exemple, est un produit très complexe qui contient certainement, comme le dit M. le professeur Arloing, à un degré de concentratian élevée tous les produits solubles dans l’eau glycérinée, fabriqués par le bacille, excrétés dans le milieu de culture, ou retenus dans le protoplasma ; néanmoins Koch lui-même avait constaté que le liquide des cultures des bacilles de la tuberculose débarrassé des bacilles par filtration et concentré ensuite, présentait des propriétés analogues à celles de la tuberculine, mais beaucoup moins active.

Pour la tuberculine de Koch, qui est la substance la mieux connue dans ses effets, et que nous envisageons d’abord, Riemer pense que le principe actif est une substance extraite des corps mêmes des bacilles et non comme le croyaient Hueppe et Scholl le produit soluble élaboré dans le liquide.

Cette tuberculine brute de Koch produit, comme on le sait, de l’hyperthermie à très faibles doses chez les animaux tuberculeux ; à dose égale elle est, sans effet, chez les animaux sains. Cette hyperthermie peut, cependant, comme l’a prouvé M. le professeur Arloing, être précédée ou suivie d’une hypothermie légère. Cette même hypothermie, nous l’avons obtenue chez des animaux résistants, comme le lapin, et indemnes, après l'injection de fortes doses de tuberculine, comme on le verra dans le résumé de nos expériences. Il semble donc que la tuberculine se rapproche des autres toxines microbiennes et que à dose

relativement forte, elle ait la même action que les toxines tétaniques et diphtériques, celle d’abaisser la température centrale. On ne saurait accuser, dans ce cas la tuberculine d'agir comme un poison rapidement mortel, qui abaisse la température en tuant l’animal ; c’est une hypothermie véritable, qui survient progressivement chez le lapin, une heure après l’injection, hypothermie de 1 degré à 1 degréet demi pour une dose de 1 gramme, qui dure vingt-quatre heures puis cesse, pour faire place à la température normale sans amener la mort de l'animal.

Nous n'insisterons pas sur l’action thermique des autres variétés de tuberculine. Quant à savoir quelle est dans la tuberculine, produit très complexe, comme nous l’avons dit, le poison hypothermisant, c’est là un problème impossible à résoudre actuellement.

William Hunter a montré, à la section de bactériologie du Congrès d'hygiène de Londres (1891), plusieurs substances solubles retirées de la tuberculine. Il admet trois substances actives insolubles : l’action hyperthermisante, serait l'apanage des substances non albuminoïdes, tandis que les substances curatives et inflammatoires appartiennent à certaines albumoses. |

A l’appui de ce fait expérimental, à savoir : l’action hypothermisante de la tuberculine, nous dévons encore signaler, au point de vue thermique principalement, les variétés de tuberculines isolées par Maragliano, en 1898.

Il en existe deux : la première résulte du mélange des deux extraits spéciaux que l’auteur retire des

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