PARIS BORDONE
une certaine aptitude à peindre les nudités mythologiques, et les succès obtenus par Titien et par d'autres dans Texploitation de cette mine inépuisable, ouvraient à ses imitateurs une séduisante perspective de gloire et de profit, surtout s'ils se conformaient à la maxime fondamentale qui, dans les œuvres d'art, faisait la part aussi égale que possible à la dévotion et à la volupté. Paris Bordone, trouvant sans doute trop peu de débouché à cette marchandise dans les familles patriciennes, chercha fortune dans les pays étrangers où l'influence de l'Arétin, renforcée par celle de ses complices, dont plusieurs étaient couronnés, avait propagé ce goût comme un signe non. équivoque d'émancipation intellectuelle. Une de ses premières stations dut être à Augsbourg, chez le banquier Fugger, qui aurait cru manquer à plusieurs devoirs à la fois, en n'obéissant pas à l'impulsion que donnait à l'art contemporain le chef même de l'Empire. Il faut que l'artiste ait répondu dignement à l'attente de son patron, d'abord parce qu'il en reçut une gratification de 3000 écus d'or, ensuite parce que l'Arétin, après avoir vu. les pein* tures si généreusement rétribuées, adressait à leur auteur, en 1 548, dans une lettre destinée à devenir publique, des éloges qui le mettaient sur la même ligne que Raphaël, éloges qu'il ne lui aurait certainement pas décernés s'il n'avait pas trouvé, dans l'ouvrage en question, le triple mérite qu'il désigne vaguement par trois mots dont l'acception, bien qu'indéterminée, se laisse facilement entrevoir {yag-
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hezza^ariay noi^îtade) *. Ce fut probablement d'Augsbourg que fut envoyé au roi de Pologne le tableau tant admiré dont parle Vasari et qui représentait les amours de Jupiter avec une Nymphe.
De là, le missionnaire se rendit à la cour de France où il était déjà connu comme gracieux peintre de portraits et comme peintre plus gracieux encore des aventures amoureuses des dieux et des déesses. Les dames n'employèrent son pinceau que pour }e premier de ces deux genres d'ouvrages; mais le duc de Guise, appliquant, pour son propre compte, le principe d'équilibre dont Titien avait été le premier apôtre, se fit peindre un très-beau tableau d'église (un quadro da chiesa bellissimo) auquel servait de pendant une attrayante nudité mythologique représentant Vénus avec Cupidon. Celle qu'il peignit pour le cardinal de Lorraine, était plus attrayante encore, plus conforme au goût et à la formule de l'Arétin ; elle représentait les amours de Jupiter et d'Io, et elle avait pour pendant l'image du Christ avec sa couronne d'épines! Il est probable que la jeune reine, qui était Marie Stuart, n'avait pas fait les progrès nécessaires pour goûter ce genre de profanation ; car l'artiste ne reçut (|'elle aucun encouragement direct; mais elle avait un médecin Milanais, nommé Candiano, qui eut l'idée ingénieuse de faire peindre pour e||e une Madeleine pénitente, avec un cortège d'anges légèrement vêtues, et une Diane chasseresse, avec