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moins qu'à transmettre à la postérité le souvenir du martyr Dominicain (i), et cette âme privilégiée, plus ambitieuse pour son héros que pour elle-même, était la propre sœur de Plautilla Nelli, cette même Petronilla, qui l'avait précédée de quelques mois seulement dans ce pieux asile. A quoi il faut ajouter que ce fut dans cet essai de biographie, que Fra Serafino Razzi, l'historiographe de son ordre, puisa ses plus précieux matériaux, pour en composer une plus complète, quelques années plus tard.
Tout ceci se passait vers la fin du xvie siècle, près de cent ans après le supplice de Savonarole, et l'enthousiasme pour lui était toujours le même, et c'était avec son nom dans la bouche et avec son image dans le cœur, que les âmes d'élite, artificiellement isolées de la décadence universelle, poursuivaient, en serrant leurs rangs, la réalisation de leur double idéal ; car Plautilla Nelli n'était pas seule à suivre l'impulsion donnée par le grand prédicateur. Il y avait d'autres soeurs qui cultivaient, sous sa direction, la peinture et la miniature, et qui les cultivaient avec assez de succès pour mériter les éloges du P. Serafino Razzi. Lui-même avait, dans ce même couvent, une sœur, nommée Angelica Razzi,
«} Cet opuscule, dont le manuscrit se conserve n Florence, se compose, en grande partie, d'extraits de Burlamacchi, auxquels Petronilla a ajoute les récita et les traditions qui avaient cours de son temps. On lit a la Bn ces paroles : Finitce al libro délia vita àel Beato Jeronimo e suai compagni, scritto per me peecatrice Suor Petronilla Nelli; priegovi, leltori devoli , orale permt.
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qui faisait des madones, des anges et des saints en terre cuite, et tous. ces ouvrages, .ainsi que ceux du même .genre, exécutés par la sœur Dionisia Niccolôii, étaient appréciés parleur possesseurs, non .pas comme des chefs-d'œuvre, mais comme des c«- Uques.gui.ntliiaient curies familles les bénédictions du ciel.
.La même croyance prévalait à Florence et ,»»ème hors de la Toscane, à l'égard de certaines images peintes par les religieuses du, monastère de Saipt- Yincent-jFerrier, à Prato. CeUes-,là se moutcaéent encore pins exclusives.; .leur occupation favorite était de peindre des.anges., el^e P. .Serafino Razzi nous .dit que ,çes.hu.nibJes, produits de leurs pinceaux .vraiment mystiques., du moins dans leurs tendances,- étaient colportés d'un bout .à l'autre de l'Italie, et recherchés surtout à cause de la sainteté du lieu où ils étaient .éclos. En effet, ce lieu était alors privilégié par-dessus tous les autres. Ce n'était pas seulement le souvenir et l'esprit de Savonarole .qui s'y .perpétuaient de génération .en génération, an y possédait son image, tracée par la main d'un .disciple chéri, et on la confondait, dans un même amour et dans. un même culte, avec quelques débris de son corps, échappés à la fureur de ses bourreaux. La prétresse de ce culte était la sœur Caterina deî Ricci, l'amie et la correspondante de Fra Paolino da .Pistoia et de .plusieurs autres qui trouvèrent, dans ce commerce épistolaire, une source intarissable de lumières et de soulagements spirituels.
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L'histoire de ses rapports avec quelques âmes en qui la foi à l'idéal n'était pas encore éteinte, offre un des plus consolants spectacles au milieu de la dégradation croissante dont elle était témoin- Sa mission, la plus belle et la, pi us sainte qu'il fût possible de remplir dans un siècle comme le sien, était de culliver les jeunes cœurs confiés à sa direction, de manière à y faire germer les vertus dont la génération naissante se souciait le moins, et il fallait que les saines traditions ne fussent pas encore éteintes dans les grandes familles, puisque sœur Catherine ne comptait pas moins de i5o filles nobles réunies, sous sou intelligente direction, dans cette maison privilégiée dont elle était abbesse; ce qui -suppose, dans ces mêmes familles, un respect traditionnel et non déguisé pour la mémoire de Savonarole, mémoire importune et odieuse au maître absolu qui gouvernait alors Florence.
C'était surtout le couvent de Saint-Marc qui lui faisait ombrage, à cause des souvenirs qui s'y rattachaient, à cause du respect qu'on y professait pour les résistances patriotiques, à cause des prédications hardies et des .prières séditieuses. Tous ces griefs réunis firent éclaler, en i545, la foudre qui grondait depuis longtemps, et les Dominicains chassés à la fois de ce couvent et de celui de Fiesole, n'auraient eu aucun recours contre cet acte de brutale violence, si l'énergique intervention de Paul III qui occupait alors le Siège pontifical, n'avait contraint le persécuteur à fléchir devant une puissance que
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l'opinion publique mettait encore alors au-dessus delà sienne.
Mats les sourdes persécutions n'en continuèrent pas moins, et les courtisans du prince, habiles aie flatter dans ses haines les plus tenaces, lui firent espérer, à l'avènement de Paul IV, qu'on pourrait obtenir une condamnation formelle des doctrines de Savonarole el, par conséquent, de sa mémoire. Des négociations insidieuses furent entamées à cet effet; mais elles furent déjouées par la fermeté du Pontife et par les écrits apologétiques de quelques moines Dominicains, entre autres par celui de Fra TomasoNeri, qui fut publié, à Florence inéine, en i56/|. De toutes ces manifestations et des mesures odieuses qu'on employa pour les réprimer, il résulta précisément le contraire de ce qu'on avait attendu, et l'archevêque, qui était un Médicis et qui fut plus tard Léon XI, consigna ses inquiétudes pastorales dans un document curieux qui avait pour but de dénoncer la portion la plus récalcitrante et la moins servile de son troupeau. Selon lui, on recommençait (c'était en i5o3) à semer les folies de Savonarole parmi les moines, les religieuses, les séculiers et surtout parmi la jeunesse. Non seulement on l'honorait comme martyr, mais on faisait des reliques avec le bois et les clous de son gibet, avec les débris de ses vêtements et de ses membres, avec les parcelles de son cilice, et l'on gardait, avec un soin scrupuleux, le vin béni par lui, pour l'administrer aux malades, en guise de
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panacée miraculeuse. On reproduisait son image sous toutes les formes, du moins sous toutes celles qui étaient compatibles avec la circulation clandestine; on en faisait des camées et des cachets, des médailles en or et en bronze; et, pour donner aux pauvres la même satisfaction qu'aux riches, on en multipliait tes copies par la gravure, ce qui semble avoir constitué, aux yeux du prélat, un délit trèsgrave; car non content de faire briser les planches, il fit enlever le graveur qui était un moine du couvent de Saint-Marc, et qui fut enfermé à Viterbe, où il mourut. En même temps, il arrêtait la réimpression des ouvrages écrits à la louange du séditieux prédicateur, il portait la terreur dans les couvents suspects, et il ne se lassait pas de les dénoncer, eux et leurs complices du dehors, à la sévérité des lois et au tribunal de l'inquisition romaine qui, du reste, ne tint aucun compte de ses dénonciations (i). Parmi les preuves de zèle dont il se targue auprès de son ombrageux souverain, qui dépassa de beaucoup Machiavel, il en est une dont on ne peut s'empêcher de sourire. Il se vante d'avoir empêché qu'on ne peignît le portrait de Savonarole, avec ceux des illustres Dominicains, dans le cloître de Santa-Maria-Novella; et l'on peut y voir encore aujourd'hui ce même portrait, tel qu'il fut alors tracé par le pinceau de Poccetti, le peintre le plus digne d'être choisi pour interprète de cette protestation
(<) Galluzzi, Storia di Toscana, lib. IV, cap. 9.
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muette, à cette époque de décadence et dé terreur. Il fit plus encore. Dans le premier cloître de Saint- Marc, c'est-à-dire dans la partie du couvent la plus accessible aux regards des curieux, il osa peindre l'image dé celui dont le souvenir était là plus vivant que (wtrtout ailleurs, et les spectateurs hostiles ou bienveillants purent reconnaître le profil de Savonarole dans la figure de saint Antonio, dont l'histoire y est tracée avec assez de verve pour accuser la double inspiration' du sujet et du lieu. On s'étonne qu'une' tel le audace de l'artiste ou des moines soit restée impunie et qu'un pouvoir habitué à violer tous les asiles, et particulièrement celui-là, se laissât ainsi braver par une peinture murale. Quoi qu'il en soit, ce mode de consécration a échappé plush'eureusement que les autres à toutes les mesures inquisitoriales, et il y a bientôt trois siècles que cet hommage d'un pieux pinceau continue de produire son-effet sur tous ceux qui en connaissent l'origine et la signification. Et il ne faut pas croire que ce nom ou ce souvenir ait fini par mourir, comme un écho lointain, en s'affaiblissant d'âge en âge. Non, le culte du martyr dominicain se perpétuaj dé génération- en génération, non-seulement parmi les moines qui ; respiraient 'lé même air ets'agenottrHaient sur lès mêmes dalles, mais aussi dans les' familles florentines, qui avaient l'intelligence dès véritables gloires nationales. Cette fidélité se conserva jusque sous la domination étrangère, et nous savons que, dans lès premières années du
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