AUX CHRüriEM
avec l'étude approfondie de Vit#uve, sans parler des dessins pour les gravures de Marc-Antoine, ni des portraits dynastiques, qui se succédaientsansinterruption, ni des tableaux de dévotion ou de fantaisie ou même de spéculation diplomatique , imposés de près ou de loin par d’impérieuses recommandations. Aussi, pour suppléer à l’insuffisance des rétributions pécucuniaires que répuisement du trésor pontifical rendait de plus en plus difficiles, fut-il question de lui décerner une couronne dont on n’avait jamais payé ce genre de services, et cette couronne devait être le chapeau de cardinal! Voilà dans quel dédale d’obligations dévorantes se trouvait engagé le malheureux artiste, pendant que ses premiers bienfaiteurs, auxquels il avait mandé naguère quil acquérait de f honneur, étaient expulsés par la force brutale de leur fief héréditaire et se réfugiaient dans un Etat voisin, pour y mendier un asile et presque du pain!
Malheureusement aucune lettre, écrite par Raphaël durant celte triste période, n’est venue nous révéler la mesure de ses souffrances patriotiques. Quel contraste elle aurait offert avec celle qu’il écrivait si joyeusement, en 1514, à son oncle Ciarla! car il ne pouvait ignorer ni les efforts tentés par les Urbinates pour s’affranchir , ni les répressions sanglantes qui en étaient la suite. Il y a même un document qui prouve son intervention sympathique, auprès du Président de la chancellerie, en faveur d’un condamné politique, coupable d’avoir voulu exciter un soulèvement dans la ville d’flrbin, au profit de la dynastie dé-
RAPHAEIr.
claie'. Mais rien ne put empêcher le triomphe de la force sur le droit et , après huit mois de résistance héroïque, la huile de confiscation reçut sa pleine et entière exécution. L’indignation contre l'usurpateur n’avait pas éclaté seulement en Italie; l’on avait vu des soldats français qui lui étaient envoyés comme auxiliaires, passer, sans permission, avec armes et drapeaux, du côté du duc d’Urbin*. Jamais les Médicis n’avaient été si détestés. A la détestation se joignait le mépris pour Laurent de Médicis, le nouveau duc d’Urbin, auquel l’épuisement causé par ses déhanches nepronostiquait qu’un règne de très-cou rte durée. Mais il vécut juste assez longtemps pour faire subir son patronage:! Raphaël. Car, dans cette même année 1518, ce dernier peignit non-seulement son portrait mais encore deux tableaux qui ont joui d une grande célébrité, surtout en France où ils furent envoyés par Laurent dans un but de spéculation diplomatique. C’est à ce titre que nous possédons le Saint-Mirhel ternissant le Démon, et la grande Sainte-Fcmi/le du Louvre, sur laquelle on a fabriqué de ridicules légendes, démenties par les documents. Mais il faut avoir une forte puissance d’abstraction pour s’extasier devant ces deux chefs-d’œuvre sans que cette extase soit troublée par les opérations successives qu’ils ont subies périodiquement de siècle en