AIX-LA-CHAPELLE
pas à Fentour ; il y dédia ^ sous l'invocation de saint Pierre et saint Paul y une église achevée par saint LuUe, son successeur au siège de Mayence. Mais, au dernier siècle ^ les puissants abbés de Fulde ont employé les trésors accumulés par leurs prédécesseurs à dénaturer complètement le berceau de leur fondation.
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«Yipsanius Agrippa^ gendre d'Auguste | étsilit Tenu faire la guerre en Gerdiarite, s'attacha les UbienS)t[ui habitaient au-delà du Rbin^ et bientôt^ obligé d'aller rejoindre sdh beau-père en Ëspàgiièy les transporta sur la rive gauche dd fleuve ( qu'il leili cUargea dé défendre trohtre les Suéves. Il les fortifia dans une sei*te de cainp retraltbhé qui s'àppeli
364 DB l'aAT Elf ALLEMAGNE.
d'abord la ville des Ubiens, et qui, quelques années plus tard, ayant vu naître dans ses murs Agrippine , la fille de Germanicus , reçut, avec une colonie de vétérans ^ le nom de Colonia Agrippinensis. Le lieu était bien choisi pour une station militaire : deux collines en protégeaient les extrémités; le Rhin y qui en baignait Içs pentes orientales, formait, en cet endroit même, une ile qui était comme un boulevard avancé. Sur la colline du midi, les Romains bâtirent un Capitole, sur celle du nord le temple de Mars. Plus tard, le christianisme éleva sur les débris du Capitole l'église de Sainte-Marie, qui en garda le nom; sur ceux du temple , l'église de Saint-Pierre qui a fait place à la gigantesque cathédrale ; dans l'ile , qui est aujourd'hui réunie à la ville, l'abbaye de Saint-Martin. On trouve encore des fragments du mur romain qui entourait, au couchant, la ville déterminée par ces trois points.
L'importance que Cologne prit bien vite sous les Romains, s'augmenta encore sous les Francs, qui la conquirent sur Egidius , en 464 j ^^ qui en firent le siège principal des Ripuaires. Yitellius et Trajan y avaient pris la pourpre; Clovis y fut proclamé roi. La porte des Francs, qui s'ouvre sur le Rhin , conserve le souvenir des enfants de Mérovée. C'est Plectrude , la femme de Pépin d'Héristall , la mère de Charles-Martel, qui fit détruire , en 700,
le Capitole où les rois d*Austrasie avaient leur résidence 9 et qui fonda l'égiise de Sainte-Marie avec uii chapitre de chanoinesses , dont Ide ;, sa parente^ fut la première abbesse. Si Ton ajoutait foi aux traditions vulgaires^ le chœur qu'on voit encore aujourd'hui dans cette église serait contemporain des commencements de la race carlovingienne. H me semble que cette opinion est démentie par la tombe même de Plectrude, dont l'effigie sépulcrale, sculptée dans un style étranger à tout le reste de la construction , n'a pu être encastrée qu'à une époque assez récente dans le mur extérieur de l'apside. Toutefois, dans son plan^ qui est celui de la plupart des églises de Cologne , Sainte-Marie conserve un caractère particulièrement énei^gique et simple 9 qui indique qu'elle est au nombre des plus anciennes ; il convient donc d'y étudier le principe qu'elle manifeste, et de chercher ensuite, par la comparaison des monuments avec lesquels elle Je possède en commun , à établir et la date des restaurations qu'elle a subies , et l'enchaînement des variations qu'elle a éprouvées.
Le plein cintre règne en maître, non seulement dans les arcades et dans les fenêtres, mais encore dans la disposition générale de l'édifice. Au haut de la nef, accompagnée de part et d'autre de ses bascôtés, dont les voûtes, toutes romaines, ont des arêtes sans nervures, se développent trois apsides ,
960 BB l'art n ALLEMAGNE.
ég^lf mmt arronditf * qui simulent les bras et 1^ téta 4^ U crQÎK. Les antiques thermes de Trêves contiiment 9 VQU$ le voyes, à servir de modèle à cp plan; i) ^f mble qu'iU aient naturellement formé, ^vec les ^%nif, bémÎPypl^^ extrêmes de leur grande salle, les |)ra$ 46 U croix ; avec l-héinicycle plus vaste de leur flanc, }e fsbfl^air; ai^^c leur petite salle opposée à cet t^^ipicycle, la nef- Entre la cathédrale de Trêves et l'église de CIpJQgne il y a pourtant cette grande diffi^fence qu^, dait^ la première, les deux apsides op** ppsées ^f (rouyent au cb<^ur et au frontispice, et qiie t dan» la ^ecpnd^ « elles sont placées aux deux ei^tréipités d^ la prqiaée. Il n'y a aucun doute que de c^s doux ordonnance si essentiellement dist|no* tes, la première ne soit antérieure à l'autre ( aussi caractérise ri* elle généralenjent les mqnuments du XI* siècle, taqdis que la seconde signale ceux
Op r^fP^rquQ daps Sainte- Marie même deux iqqdes de cppalriiction r^^uQis, dont l'un appartient, au sys^tèfpe dps premiers édiâces, dont l'autre ré* vêle celui des seconds. Les piliers de la nef, beau* CQup plua petits queeeux de Trêves, et mieux meçprésd^n^ leur cqurte taille, sont carrés comme eux, et reçoivent sur uqe imposte les arcades qu'ils portent ; ils indiquent Tépoque romane. Les apsides, au lieu 4e çlqn directement les bras et la tête de Ifi çfql^F 9 y Immut courir des pourloups qui
pa4fi» repogpnt ^ui? ()^9 €ft)onne«{ ç^ calanoadss çirpulaire^ dénpfsiit ^ la foi* ?jn pHnpîpe by^fitin 0t pq^ éppqi|0 trèf ayanpéff, 1^ «tifipif^^ill^ qui
Lps pïpinier^ «r^f^itpcfpa pbr^rî^n* de VQmdmtf ^q^i les ^pin9in»{iV9Î^Pt l^guél^ur» colonnes eoFiAf^i^nQ^fitfippnyèreiit îimi9édiaten|^nt}0* arcades d^s ))a^)liqD^ ^V ja WFfeeJlte d'apanlM» sapç prendre garde qqe cei» )^)as ^uillps, qi}i pouyaiw» **^«i^Ouir ^ l'siae «omq les pfiisjbles eimb|ea}pnt# (|^ l' Abfîqiiif(ft, fi'^îept pM flôiJinéps Mftiiffrirla ppnasée |le§ cossffiictîqns ^ou( (l'iin ^qp app^S«ilti^'«ur Uuir fér^. L'emploi fies çolofkn^ ^miqnps,Yimit^tifm q^'fW W feiwiî lqi»qH'qn ^e pfi^Y«it s'eiî servir dlçeçt^fI)ept, 6r«Q^ ppupt^nt c}Mrei? et prévAloir» d^ns le» paj* Istîp^ , ce^tp forme îjnprppre qw» alternait
^îm m §'upissaj|; avw les piliers carré» , parefUem&^f ^PfprMRtés à l'arjchitef^^ur^ d^s aonq^érs^nlf^
Mais lojrsqu^ les artistes de Cpostftntinpple f^re^t appelés ^ FiéglpP l'art flont les ppcifjeptamt jeqr avaient transmis les éléments , ils appprtère|[|t i^pe pipdii^palÎQP capital^ ^t salutaire daiis le^ cplpnnes. Il» ^mpl^yèrpn( le» colopne» antiques ep gpise d'priieinient dans les frontispices e| ^^n» les chœurs ^ ^HF» égli^^Y ^T^P 1^ Kckevç^p tpute Oémipin^ d#s ^ij|4qH^». Qii devait pi^r ^e partie iippprtanfte
368 DE l'art en allemagite.
et organique de l'édifice, ils placèrent des colonnes, dessinées avec un admirable sens , de manière à offrir le signe de la fonction qu'elles devaient en effet occuper. Si les Latins ont la gloire d'avoir posé les arcades sur les colonnes , les Byzantins revendiquent celle d'avoir donné aux colonnes une constitution appropriée à leur destination nouvelle. Ils les coiffèrent en effet d'un chapiteau qui, formé d'une courbe où celle des ai*cades semblait venir expirer, la répétait sur les quatre faces de son dé renversé. Aux angles que déterminait la rencontre de ces quatre faces, ils sculptèrent de bonne heure une moulure en forme de patte , qu'ils reproduisirent scrupuleusement aux quatre angles de la base; dans la courbe même, qui, nue d'abord, avait un étonnant aspect d'énergie, ils ciselèrent, k mesure sans doute que le goût s'enrichit, toutes les formes imaginables des entrelacs orientaux. Dans l'église Sainte-Marie du Capitole, les chapiteaux portent le dé vigoureux et dépouillé des cryptes de la plus ancienne époque , quoique les colonnades auxquelles ils appartiennent désignent une époque très postérieure.
Si,après avoir étudié dans Sain te-Mariele principe des églises byzantines de Cologne, on veut examiner celles où on le voit employé à une date certaine, on demeure convaincu qu'elles ont pris leur forme actuelle à la fin du xii' siècle et au commencement
ùoxjooni. 369
du xrii^, à Tépoque opulente des Hohenstaufen. Sous les empereurs saxons, sous les Saliques , les archevêques de Cologne jouent un rôle considérable ; il s'en trouva parmi eux qui furent les conseillers intimes, les tuteurs, les vicaires, les frères des princes; mais dans les premiers temps de la querelle du sacerdoce et de l'empire , ils eurent k souffrir de la difficulté de leur position et de l'inconstance des événements. Sous Frédéric Barberousse, Tarchevéque Renaud apporta de Milan , en 1 162, les reliques dans lesquelles les Italiens adoraient les restes des trois rois mages, et ajouta ainsi à toutes les dévotions de sa ville une célébrité nou« velle qui attira le concours des fidèles et leurs of* fraudes. Le successeur de Renaud, Philippe do Ileinsberg , non moins magnifique et puissant que lui, s'étant un moment mis en opposition avec Frédéric Barberousse, se vit dans la nécessité de songer à sa défense , et construisit, en 1 186 , une nouvelle enceinte qui put protéger la population établie dans les anciens faubourgs , autour des riches fondations de Saint-Séverin , de Saint-Pantaléon, de Saint-George, de Saint -Maurice, des Douze-Apôtres , de Saint-Géréon, de Sainte-Ursule et de Saint-Cunibert. A cette époque, la ville altei» gnit ses limites actuelles, et un état de prospérité dont on peut reconnaître l'effet dans la plupart des établissements qu'elle enveloppa dans sesmurailles* II. ai
3^0 DE l'art M AU^EMAGNE. ,
Je commencerai par l'abbaye Saipt-Martiii , qui fut d'abord un hospice oiivert:,au temps de Pépia d'Héristal, par l'évêque Adelwin, pour les mission* nairesqui prêchaient l'Évangile dans la Frise. Plus tard, dans cette île, à Thospice succéda un monas* tère, donl l'église, restaurée en 969 pî|r Tarcbevé^ que Bruno T', fut , en 977 , abattue et reconstruitepar larchevéque Warinus. Mais on sait positive^ ment que l'église actuelle et le couvent dont elle faisait partie ^ furent bâtis en entier par l'abbé Goitsbalk (iiôa-n73), et consacrés en 117a par l'archevêque Philippe de Heinsberg. Quoique le clocher et la voûte de cette église aient été- in? c§ndié^ en 1378, et n'aient été restaurés qu0 cenl ans ^prês ce désastre, c'est-à-dire au ipilieu d4 xYf sifçle, cependant on peut prendre la cov^ gursition de sa partie postérieure pomme un exempîe authentique de Tarchiteclure de la fin du xu* siècle. I^s trois apsides correspondantes aux trois ei^trémités supérieure^ de la croix s'y retrouvent, comme à SainterMarie; leur hauteur est mesurée par deux étages de grands cintres , figurés et percés rarement , que couronne la petite gqlerie ouverte des By^ntins. Au-dessus dès combles cot niques de ces apsides, s'élèvent, sur les trois cotés, trois frontons qui marquent le point où elles s'a* daptent au^ parties rectangulaires de la construor lieB. Encadré entre o^ trois frontons, carré comn^t
resfMuce qu'iU limitent , un énorme clocher i^ dresse au centre même de la croisée, k l'endroit où les Byzantins pratiquaient leurs dômes, dont Sainte- Marie possède une imitation encore timide. Dans les angles où Tapside postérieure rancontre les latérales, s'élancent deux tourelles, carrées jusqu'à la hauteur des galeries de Tapside, octogones audelà, qui accompagnent le clocher dans toute sop élévation. Ces formes si diverses et si énergiques, qui sortent et se détachent les unes des autres, produisent un indicible effet de puissance,
L'égltee des Douze-Apôtres fut fondée par l'archevêque Ilmhert (999-ioai), qui en forma te plan, et qui en laissa la construction inachevée à sou successeur Pellegrin (io3i-io36), Elle fut ep grande partie détruite par le feu la dernière anuéipda ce sifcle,et une seconde fois la dernière année du siècle^uivant. Il est donc à croire que les.travauiL qu'on y exécuta au commencement du xui* siècle, depuis Tan laoo jusqu'en laigi et qui furent encore dévastés par la foudre en 14^7.» '^>^ donnèrent sa forme présente, semblable à celle de Saint-Martin, et un peu plus compliquée, comme il convient pour une époque plus récente. On y retrouva en effet, aux trois extrémités supérieures de la croi^, les trois apsides, partagées en deu%. étages de cintres, ^urmonté^s par la pe ti te* galerie l^yzantine, et adossant leurs comblçs à trpis hauts frontons. I^es
deux tourelles qui s'élèvent sur les axes communs des apsides, au heu d'être carrées par le bas, sont rondes comme elles , et deviennent ainsi octogones par le haut; elles flanquent un dôme octogone, couronné d'une lanterne; de la croisée, le clocher a été transporté sur le frontispice, d'où ses frontons, percés de cintres géminés, dominent les plans étages de cette vaste construction. Pardessus les combles des apsides, et les frontons auxquels ils sont appuyés, on compte ainsi quatre sommets, ceux des deux tourelles, celui du dôme, celui du clocher. Ce luxe de pointes, auquel les partisans de l'art rigoureux et laconique trouveront sûrement à blâmer, indique l'époque suprême du principe byzantin. Peut-il servir à rien, si ce n'est à étonnerdes yeux qui veulent être à tout prix occupés? A l'intérieur, le dôme octdgone, reposant sur un plan carré , révèle la même recherche de combinaisons. Les arcades de la nef reposent, comme celles de Sainte-Marie, sur des piliers carrés qui ont le caractère de l'époque romane, et qui pourraient bien remonter à la date de la fondation. Si on se basait sur cette donnée , qui n'est point dénuée de vraisemblance, on pourrait conjecturer que le principe roman était encore généralement adopté , en Allemagne au commencement du xi' siècle; que le principe byzantin y prévalut pendant le xn*, et y eut son cfflorescence au commencement du xiit%
au moment même où le plan de toutes nos cathédrales gothiques était déjà tracé.
A Textrémité septentrionale de Cologne, sur l'ancien lit du Rhin, avaiè été construite, dans les pre* micrs temps du christianisme, Téglise de Saint- Cliimf^nt , que l'évcque Cunibert(Gaa-663) agrandit au milieu du vu. siècle. L'archevêque Conrad de Hochstadt ( i a38-i a6i)la reconstruisit entièrement et la consacra sous Tin vocation de saint Cunibert, en 1 Q i7, précisément en l'année qui précéda la fondation de la cathédrale actuelle. Au moment 011 on allait élever ce dernier monument, que les Allemands regardent comme la merveille dei'architecture gothique, on poursuivit dans l'église de Sainl-Cunibert le développement des traditions byzantines, qui s'alliaient alors à un certain goût maiu*esque; dans le plan, qui est plus simple, on plaça un énorme clocher carré sur le frontispice, agrandi par une croisée rectangulaire; on érigea, au lieu des deux apsides latérales, deux moindres clochers carrés , dont le rez-de-chaussée forme une seconde croisée parallèle à la première. L'apside unique qui contient le chociu% pareille itu-dehors à toutes celles que j'ai décrites, ressemble à l'intérieur à celle de Sainte-Marie du Capitole, si ce n'est que les arcades qui en composent le pourtour, et qui y simulent une galerie au premier étage, sont surhaussées dans la manière dont les Sarrasins ont donné
t^4 i>B l'art nr âixsmagne.
Péxemple en Sicile et en Eapeigoe. Les TÎtram de
cette galerie, qui passent pour les plus anciens qu'il y ait à Cologne, sont les derniers que Tart bjxintin j produisit; on ne peut- se lasser d'admirer la beauté de leurs couleurs encore antiques, et les oi^ fiements entrelacés dans lesquels sont inscrites leurs puissantes figures. La petite porte latérale deSainl- Cunibert offre le plus charmant mélange de Fart oriental et de la forme gothique*
Sur remf^acement où saint Géréon arait été mis à mort avec ses trois cent quatre-Tingf-quinae coiftpagnons, la tradition rapporte que Fimpératrice Hélène^ mère de* Constantin , éleva en ^ao une basilique ornée de mosaïques d'or qui représentaieét les saÎBls martyrs. De cet édifice^ que Tarchevéque Hanno il répara et consacra de nouveau en 1069, il ne reste probablement que les cryptes , etù Von trouve une base toute romaine et les ehapl^ leaux énergiques de Sainte-Marie. La construction de l'église actuelle, commencée en r^i9f a été «ebevée en ia^7^ les voûtes en ont été restaurées en 1 434t ^^ I^^ peintures refaites en 1 683. Ce momiment, l'un des plus' originaux et des plus spleodides qu'on puisse imaginer, se compose d'une grande salle décagone, d'où Ton monte, par un haut escalier , dans un choeur long et rectangulaire que termine une apside flanquée de deux tours carrées, yopposition de ces figures r les conditioR^ dms
iMquelle» elles oni été rappfocfaée», snrprefiitMit vivement les sens. On est ébloui par la somptueuse Conception de la coupole, où le byzantin, le mauresque et le gothiqi>e 9ont harmonieusement mêlé». Le pourtour du rez-de-chaussée est orné de chapelles pleinement; cintrées où le jour pénètre par deux arcs surhaussés, contenus dans un« ogive. La galerie du premier étage communique aveo Tintérieur par des ouvertures où trois arcs surhaussés» compris daus une ogive, reposent sUr une balii»trahie composée de reliquaires , et sont eilcore cou« ronnés par une demi-rose percée directement daDs le mur extérieur. Le second étage est éclairé par des fenêtres où deux arcs surhaussés | enrkhi&d'un trèfle, sont enveiopi^és par une haute ogive. Il faut voir avec quel habile partage d'ombre et de lumière, et dans quelle heureuse mesure ces formes si diverses, toutes liées à la base , effectuent le mouvement proportionnel de leur ascension. Qnaftt àrex(érieur,garni d'arcs-boutants qui atteignent le second étage , il est encore couronné par la petite galerie byzantine, dont les cintres, cette fois, commencent à tendre à l'ogive. Le plan de cet édifice est dérivé de celui de la basilique d'Âix-la- Ghapelle; j'en ai vu à Metz un autre modèle plus simple encore, dans un ancien oratoire des Templiers. Plus t£^rd aussi on rapprocha , dans les églises, les coupoles des rectangle»; maia on ea inter-*
376 DE L*AIIT EN ÂLLEUXCJSfE.
vertit Tordre pour placer Tautel où était autrefois la foule.
Après avoir pris dans Saint^-Géréon Fidée du point extrême où Tarchitecture byzantine était venue sur les bords du Rhin, dans la première partie du xni* siècle, il faut pénétrer dans la petite église de Saint-George, pour décider une question que font naître tous les monuments de cette époque. A la différence des temples gothiques, dont le portail occupe la façade et devient le motif de toute une grande page d'architecture, les édifices byzantins ne reçoivent aucun ornement sur leur frontispice , et n'ont que des portes latérales qui s'ouvrent quelquefois dans les bras de la croix, plus souvent au bas de la nef. L'église de Saint-George explique clairement cette disposition. Le frontispice , qui en est clos comme tous les autres , forme un baptistère carré, couvert par une voûte romaine, et orné de niches d'un style presque antique. Durant les siècles primitifs, où il était défendu d'introduire les néophytes dans l'église avant le baptême, on dut nécessairement affecter à cette cérémonie un lieu distinct du sanctuaire. Aussi voyons-nous qu'en Italie, à Pise, à Florence, dans toutes les villes où le principe latin dut survivre plus longtemps , on prit l'habitude de construire au-dehors de l'église, d'abord le baptistère, ensuite le campanile. A Venise, où le principe grec triomphe^ le
baptistère de Saint-Marc est compris dans la con* struction, mais non dans le vaisseau de la basilique; le campanile demeure encore extérieur et isolé. Au nord des Alpes, le rapprochement des éléments qui doivent constituer le temple chrétien devient en quelque façon plus intime. Dans la cathédrale de Trêves , à quoi pouvait servir Tapside qui occupait le milieu du frontispice, sinon au baptistère, dont la vasque antique est encore conservée en sa place? Ne vous ai-je pas montré aussi , dans le même édifice, les deux clochers naissant au-dessus des portes qui flanquent Fapside antérieure? Ces clochers vont en se multipliant en Allemagne, pays féodal qiii semble avoir jugé de Fimpoitance des églises, comme de celles des châtellenies, par le nombre des tours. Tantôt, comme à Saint-Martin, ils se dressent sur la croisée; tantôt, comme à Saint-Géréon, aux deux côtés de Tapside; tantôt, comme aux Douze-Apôtres et à Saint-Cunibert, aux deux bras de la croix et sur le frontispice tout ensemble. Ilsfont partout des saillies extérieures sur la construction, hormis en ce dernier point, où ils s'encadrent naturellement et se perdent, pour ainsi dire, dans le plan général. Pour le baptistère, en Allemagne il s'unit déjà à leglise sans se confondre entièrement avec elle; il s'empare de Tapside opposée à celle du chœur, si Téglise ressemble à Saint-Pierre de Trêves; il se ménage au même en-
$7^ I>£ l'art m ÂitBMA.GNS.
droit un emplacimiftrit {Sâi'tictiHér, di^ cômtaS k Sainte-Marie du Capîtoie et âox Doiisie-Apdf i^èè ^ léis deux tfpsidés opposées de Tan tiqué salle des thermes occupent tes deux bras de la croix. En considérant que le temple gothique a ramené définitlvénent dans l'alignement principal de la construe-^ tion les clochers et le baptistère qui s'en tenaient autrefois éloignés, on peut tout d abord se couTain* ère des progrès qu'il a fait accomplir à l'architeoture.
La cathédrale de Cologne, qui, aut yeux des voyageurs ordinaires , dérobe la vue des édifices remarquables donfe je viens de volis entretenir, offrait d'abord, comme eux, les formes que le plein cintre engendre. Commencée par Tévéque Hildebelde (785-819), qui administra ies derniers sacrements à Charlemagne, elle fut consacrée , le aj septembre 87^, par son successeur WilHbert, isious le titre de Saint-Pierre, en présence d'un concile assemblé dans la ville. On sait aussi qu'au temps de Frédéric Barberousse , elle fut considérablement enrichie, et ornée de deux grosses tours par l'arehevéque Renaud (1169-1167), qui y dér posa les reliques des Mages. Les Allemands désignent leurs cathédrales par nne dénomination qui leur est commune avec les Italiens; ils les appellent dômes , et l'aocent que ces deux nations donnent , oomme la nàtre» au même mot f indique cMrâtMbt
qu'elle» Tonl tiré^ nof> pa» di» dômus Am Létim, siaift du te|4a de» Grées* C'èsC und preuré qui n'est pas à dédaigner, de ta parlieipalion fréquente des Byalantins à Térection des monuments eoBStniits pendant le Moyen*Age ati-delà des Aipes et au-^}à du Rhin. Ce qu'on appelle aujourd'hui le dôme de Cologne ne doit aux Byzantins que son nom^ em* pruDté à l'ancien édifice qu'il a remplaeé. Seul, comme je tous l'ai dit, entre tous les monuments religieux de la ville , il a été élevé d'après lea pnn«cipes de l'art ogival^ par un artiste dont Korigine est demeurée inconntfe avec le nom. Les fbnde*ments en furent posés par l'archevêque Conrad de Hochstadty en \^\%: Après plusieurs interruptions^ que les querelles des archevétpies avec la population de }a ville fenouvelaiefit sans cesse, le ch€9ur se trouva assez avancé^ au commencement du siv* siècle, pour que l'archevêque Heni^i de Virneburg pût le consacrer le' 37 septembre i3a!i. M. Wilk^m Scblégel a eu la bonté de me montrer, dtns une ancienne chronique inUprimée à Nuremberg f tme gravure sur bois qui repréaente le chœur non encore couvert , à la fin du xv* siècle, et pointant, en signe de son inachèvement, lagrite qui couronne aujourd'hui une des deux tours du portail; De ces deux tours abandonnées au commencement du xvi' siècle, l'une sort à peine de terre, Tautrtt a'fli paa atteint le tiert dé f éiévatioU qtVon
380 DE l'art en ALtEBIAGNB.
devait lui donner. Depuis lecliœur jusqu^nux tours, 1 espace de la nef, où Ton n'a établi que la base de quelques murailles et celle des points d appui intérieurs, est couvert et à moitié revêtu de planches; eu sorte qu'entre le frontispice inaccompli et le chevet seul terminé, on aperçoit même, à plusieurs lieues de distance, un vaste hiatus que les siècles ne combleront pas. Uimmense amas de cet édifice, qui n'eût point eu d'égal pour la grandeur s'il eût été poussé à terme, le style presque vertical et tout fleuri des parties exécutées, étonnent les sens et excitent les défiances de l'esprit.
Les deux copiés du plan, qui avaient été faites par l'architecte sur des parchemins de i3 pieds de hauteur, l'une pour le chapitre, l'autre pour les ouvriers, ont été perdues. M. Sulpicefioissérée en a restitué le dessin d'après les morceaux achevés» et d'après des indications dont l'authenticité est contestable.Quand il a écrit que, dans ce monument, pour la première fois, l'art gothique se régularisa en prenant le triangle équilatéral pour la mesure des lancettes, il ne pouvait savoir, à cause de l'imperfection de nos études d'archéologie nationale , que ce qu'il donnait comme une invention du génie aU lemahd était, avant qu'on eût posé la premièi'e pierre du dôme de Cologne, le caractère général des grandes églises ogivales consacrées en France dans la première moitié duxiii^ siècle. Il a aussi» à ce qu'il
COLOGITE. 38 1
semble, attribué témérairement au premier architecte de sa cathédrale les dessins des portions qui ont été finies. La plus haute des deux tours montre clairement 9 dans sa partie inférieure , les traces d'un style auquel on n'a point été fidèle en poursuivant sa partie supérieure; et il est impossible d'admctlre que les arcs-boutants des chœurs , si riches et si compliqués qu ils offriraient au besoin un modèle de la corruption effrayante du xv* siècle, aient été dessinés par la main d'un artiste du xiii*. L'aspect intérieur du chœur lui-même soulève une question que M. Boissérée a tranchée plus que résolue; comme il est entièrement conforme à celui que présente le fameux chœur de Beauvais, con* damné aussi par ses énormes dimensions à demeurer inachevé, il faut décider lequel de ces deux monuments a été copié sur l'autre. Les essais par lesquels l'architecte de Beauvais a passé pour arriver à la disposition actuelle, et dont on voit les tâtonnements nombreux et authentiques dans les arcades entrecoupées du chevet, me forcent à conclure, contrairement à l'opinion du savant archéographe, que notre édifice a servi de modèle à celui que les Allemands ont trop vanté. Le dôme de Cologne est à l'architecture gothique ce que Saint-Pierre de Rome est à celle de la Renaissance. Célèbm aux mêmes titres que celte cathédrale du monde, il est gigantesque uniquement par sa grandeur maté*
91^ DE l'art WM ALLEMAGNE.
ridl^i au lieu d'offrir een combinaisons de formai qui révèlent un génie inventif, il tfen présente qu« le grossissement, témoignage d'une époque plus fastueuse qu'priginale.
ha, tempête de la réforniation quo Saint-Pierre avait soulevée, et qui ne Tempécha point detre mené à bout, arrêta , au xvi* siècle , l'essor du dôme de Cologne. Sans aucun doute, les Allemands qui, dans leur enthousiasme pour l'art gothique, révent aujourd'hui l'achèvement de cet îneKécutable co» losse, renonceront à un projet si ruineux, quand de plus mùresétudes leur auront appris tout cequedoit à la France non seulement le système ogival, mais encore le plan même de leur merveille demeurée imparfaite. Parmi les richesses de la cathédrale, dont je voMS ai déj^ cité les t^hleaux, ou admire la châsse byzantine des rois-mages incrusiéedediamants grecs et romains, de pierres gravées , d'intailles » d'émaux^ de mosaïques; les hauts vitraux du chœur qui af* feclent le grand style gothique du Xfv'' siècle; les cinq verrières magnifiques, quoique tout empreintes de naturalisme, dont les premières années du xyV siècle décorèrent la muraille d'une des ne& latérales; quelques restes de fresques peintes sur les piliers et sur le mur du choeur; des joailleries précieuses de la Benaissance. De tous ces ornements, ceu^ qui reposent sur le principe cintré de la pn^ mière époque, ou sur )e principe p^turati^U de li
dernièrey me paraissent indiquer , jusqu'à présent^ la direction la plus familière du génie allemand.
L'architecture civile dérivant ordinairement d^ l'architecture religieuse , il y avait naj^uère à Co* logne beaucoup plus de maisons byzantines que de nuiisons gothiques. Du premier genre ; ou en trouve encore deux fort importantes ^ l'une dans la rue du Rhin , l'autre sur la place du Vieux-Marché ; on y voit les formes simples, doubles et triples dont le plein c ntre est susceptible , se produire avec une variété ingénieuse aux divers étages des pignons taillés eu redans. La maison gothique qui s'appelle Gurzenichy du nom de son fondateur, a été construite à la fin du xv* siècle, et , dépourvue d'ogives, n'emprunte au système de la seconde époque que la proportion élevée de ses fenêtres carrées , que les filets et les écussons de ses grandes murailles, que les tourelles polygonales de ses angles. L'Hôtelde-Ville, construit sur une place dont l'enceinte fermée conserve un grand air de Moyen-Age, ne se montre point fidèle aux traditions de la cité, qu'il devrait mieuxrepresenter.il fut orné, en 1671, d'une fiiçade dont les deux portiques superposés, percés d'arcades comprises dans les ordres rectiligties , ressemblent aux ouvrages de la Renaissance française. Ce que l'on a construit, depuis lors, de plus remarquable à Cologne, ce sont toutes ces maisons ordinaires, imitées des Pays-Bas, et dans lesquelleé