‹ De l'art en allemagneChapitre 22 sur 31 · TRÊVES · texte numérisé non relu

TRÊVES

Saint-Pierre, et avant d'ériger celle de Saint-Siinéon , Poppo fit en Orient un voyage qui put apporter des changements considérables dans son goût.

Une autre apside ^ opposée à celle de la façade y comme dans ]es constructions romaines dont je parlais tout-à-l'heure , s'arrondit derrière le chœur; gâtée au dernier siècle par un archevêque qui en a profondément altéré les belles fenêtres y et qui Ta masquée en partie par un vaste tabernacle de marbre noir, elle conserve néanmoins des traces de sa primitive ordonnance. Au dedans, elle offre les caractères de la grandeur simple ; au de* hors , ceux d'une ingénieuse magnificence ; les fondements romains qu'on aperçoit à l'extérieur autorisent à penser que l'intérieur de cette apside appartient à la plus haute antiquité. Quant au riche vêtement qui l'enveloppe , il est postérieur , non seulement à l'époque de Constantin , mais encore à celle de Poppo. En effet , la galerie dont il est couronné ne se contente plus , comme celle de 1 apside antérieure, de, faire reposer les pleins-cintres sur les colonne ttes mêmes, ni, comme celle de Saint- Siméon , de substituer aux chapiteaux romans les chapiteaux byzantins |; elle est toute ornée de trèfles , qui y naissent directement de la combinaison des cintres , et dont, pour la première fois, j'ai constaté, en ce lieu, l'origine orientale.

346 I>£ l'art SK ALLEMAGlfE.

Cette apside postérieure e&t, à ce qu'on qrpit généralement , l'œuyre de Tarchevéque Jean 1% qui gpuverna l'église de Trêves depuis l'an u8^ jusqu'à l'an 121a; elle peut donc être considérée comme un modèle de )a dernière époque de V^rt grec, laquelle jurait pqur signes le trèfle et les autres feuilles compliquées que la ligne ronde peut produire sans se briser.

Le chœur ^ placé en avant de la dernière apsi4e , sous une voûte tl'aréte , s'éten^ encof^e jusque dans la croisée , dont il domine le u^veau , et de laquelle il est séparé , sur ses deux faces , par d^ petits mufs à compartiments ca^rés^, décorés de colonnett^, comme on en trouve aussi k U clôture de la basilique de Saint-M^rc et de la plupart des temples biyzantins. l^a forme des tribunes et des portes latér£^les du choeur ^ est d'un goût énergique et pur , qui répond mieux au stylé de la première apside qu'à celui de \^ seconde.

L^ arcades et les tribupes de la nef q|^t été > à ce qu'on croit y reÊiitçs au xiii' siècle , peut-être sous l'épiscopat de Jean V\ qui, d'humeur pacifique çt intéressée, fît tourner au profit de sou église toutes les querelles politiques de sou temps fiuxquelles. il prit une part ambiguë. Par je ne sais quel accident du plan primitif ou 4u temps , les espaces s'étant trouvés inégaux entre les piliers , on a été conduit à faire alteruçr^dans cçtte jpartie,les^pleius-ciatreaet

les ogiiF^^ ; m^is si ^ forme tpute rudiimantfiire «( ma) artici^l^ 4e C€^ ogives laisse leur 4Hte fort i^r certaiueile caractère des cplonn^s qui dé^rent las tribunes et qui sont plus nfiinces j plus nombreuses et plus ornées que c^les qu'on voit dans le c^ç^ur^ indique évideiiinient une époque très siva^cée. ]e pense donc que la nef peut être hardiment attribuée au temps de la transi^on qui eut lieu pour F AUem^? gne au commencement du xm* siècle. Il n'y a rien à dire sur la croisée, quia été refaite» il ; a cent ans à peine, d'une maiûère à peu près qqmplète^etdanc) laquelle <^ trouve pourtant les fenêtres allongées qu) marquent l'arcbitectvire rqmape dn ix* sipcle.

Au bas de l'église, à droite eu eutrapt, oq remarque sous la nef latérale, daqs le plein-cintre qu\CQuronne une ancienne porte , trois figures e:(écqtées en bas-relief, qui représentent le Christ entre deux saintSy et qu'à cause de leur tournure presque étrusque, on fait remonter vulgairement au |ii* siècle- Il est Ëicile de fixer la date de ces sculptqres par opWe d'un morceau tout semblable , et pl^s digif e ençqre d'attention , qui orne la porte Qcdd^n^le de la ville. Dans celui-ci on voit le Christ by^^Ptip en* touré de la même façon par saint Pierre et par saint Euchaire , tous trois offrant daqs leur ajustement et dans leurs airs de tête les ve^tige^ de l'art antique revenant sur la fin au principe de soq origine. On sait positivement que cette porte fut cot)str^i(e

348 DE l'art EîT AtLEMAGlTE.

par l'archevêque Jean I", qui fit une enceinte entièrement nouvelle à sa ville , dont les murs étaient depuis long-temps ruinés. Ainsi , au commencement du XIII* siècle y des artistes byzantins exécutaient encore à Trêves des sculptures dont la pratique se rattachait directement à l'Antiquité.

C'est précisément vers la même époque , sous l'archevêque Thierry II [\i\^'\^t^*i) ^ successeur immédiat de Jean P', que l'architecture ogivale apparut dans un monument qui passe pour être l'un des plus anciens qu'elle érigea sur le sol de l'Allemagne. A côté de cette cathédrale romanebyzantine , dont je vous paHais tout-à-l'heure , sur l'emplacement même du palais dont elle faisait autrefois partie , s'élève une église gothique dédiée à Notre-Dame. Elle fut commencée en 1227 et achevée en 1 ^43 9 par un artiste dont on ignore le nom , et qu'on croit être aussi l'auteur de la cathédrale de Metz. Si l'on adoptait cette tradition^ il faudrait penser que cet homme, après avoir construit , à Metz , un des édifices les plus aigus et les plus sauvages de l'époque ogivale , a plié les mêmes formes à une des modulations les plus harmonieuses et les plus graves dont elles soient susceptibles. Peut-être unique entre toutes les églises gothiques , Notre-Dame est bâtie sur le plan d'une croix grecque, dont tous les angles se subdivisent en polygones pour loger des chapelles accessoires ;

TRÊVES. 34g

un dôme carré s'élève au centre du plan de la croix hors duquel le inaitre-autel est placé dans un chœur carré aussi. Quand on a passé la porte, on aperçoit d'un seul regard , dispersés aux quatre points cardinaux y douze élégants piliers , annelés , couronnés de chêne 9 qui supportent toute la construction et qui sont consacrés aux douze apôtres. Jusqu'à pr^ sent je vous avais montré à Trèves'des édifices dessinés par les Romains et décorés dans le goût des Grecs; voilà un monument dont le dessin est emprunté aux Byzantins, et dont la décoration appartient au style ogival. Ainsi dans cette ville curieuse est écrite l'histoire des deux transitions capitales de l'art du Moyen-Age.

A coté du portail de Saint-Pierre , auquel son apside close et ses grandes murailles latérales donnent un air si mystérieux et si énergique, le portail de Notre-Dame offre l'élégant contraste de son porche tout ouvert et tout sculpté, dont les ogives sont enfermées dans des pleins-cintres, et que surmonte une fenêtre ogivale couronnée elle-même par un oculus. Les statues qui ornent cette façade surpassent tout le reste ; les proportions en sont élancées, les formes onduleuses, les physionomies réelles; les expressions, fortes dans les types judaïques des patriarches, suaves dans les figures des saints et des vertus du christianisme. Ces sculpteurs conservent , malgré leur nouveauté, un pria-

d50 DE l'art BS ALLEMAGNE.

cipç antique , non paB d'énergie , comme dans les bas^reliefs byzantins exécutés sous l'archevêque Jean I^% mais d'élégance cultivée et d'exquise dou* oeur, qu'il est rare de trouver même dans des monuments beaucoup plus récents du génie chrétiené Derrière Notre-Dame » un cloître construit sur des ruines précieuses offre le principe cintré de la métropole mêlé au principe ogival de sa suceur* sale; dans une petite chapelle de ce cloître intéressant, on remarque des fresques du xiv* siècle ^ bien conservées ^ et qui représentent avec les coupleurs vives et tranchées des Byzantins^ un Jugement Dernier où figurent le Christ miséricordieux et les anges sveltes de la seconde époque.

. Les seuls édifices de la ville où l'on puisse encore apercevoir l'influence de l'architecture ogivale^ sont quelques habitations privées, les unes datant du XIV' siècle, qui ont de grandes rangées de fenêtres rectangulaires surmontées d'un chaperon aigu , les autres du xv" et du xv!"* siècle ^ qui sont couronnées de créneaux ^ flanquées de tourelles et décorées de statues. Ces maisons ne sont pas très nombreuses, comme si , dans la cité, le pouvoir et la richesse avaient été habituellement concentrées en peu de mains. En effet , le sénat puissant que les Romains avaient institué k Trêves ^ y continua pendant le Moyen-Âge son autorité aristocratique ; il gouverna long-temps ^ous le nom d'un maître des

TwknB. 36i

échevinsy qu'il élisait lui-même ^ et auquel il sub« stitua deux bourgmestres au commencement du XY« siècle* Le patriciat faisait même la loi au sein de l'Eglise , et le chapitre de S^nt-^Pierre avait la jprétention de ne se recruter que parmi les nobles» A la fin du xiii* siècle t le pape Nicolas lY, que sa naissance en aurait exclus » ayant voulu y nommer deux plébéiens aux places de prévôt et de chantre^ éprouva une résistance absolue, et n'eut d'autre ressource que de pourvoir de sièges épiscopaux ceux qu'on n'avait pas jugés dignes d'être chanoines* Les archevêques de Trêves , soumis dès Tannée 9 1 3 à l'élection du clergé et de la noblesse ^ devinrent de grands princes, électeurs de l'em** pire, archi<<:hancelier$ pour les provinces de l'an* den royaume d'Austrasie , conseillers intimes des empereurs, quelquefois leurs rivaux. Depuis qu'ils ont fait une si magnifique figure dans l'histoire, ils ont érigé dans la ville bien peu de roonu« ments de leur grandeur. Ce n'est qu'au dernier siècle que , chargés du poids inutile de leurs ri» chessesy ils ont voulu occuper les derniers instants de leur autorité devenue impuissante^ à construire des palais et des églises où éclatent les plus extravagantes débauches que le goût de nos boudoirs ait enfantées. Près des ruines géantes de la demeure des empereurs romains , s'élève un palais électoral dont le fronton o£Fre la figure de la Religion dans

35a D£ l'aet £ir allemagitb.

le déshabillé galant de la Camargo, et dont l'esca* lier, sculpté en rocaille , jetait sur les pas de monseigneur un essaim de naïades sortant toutes poudrées du sein de leurs grottes et de leurs roseaux. Hors de la ville , au milieu d'une prairie où a coulé le sang de trois cents martyrs^ l'église de Saint-Paulin étale ses murs marquetés comme une ébénisterie précieuse , ses pilastres coiffés , en guise de chapiteaux y de buissons de roses , où viennent folâtrer de petits amours suspendus à la corniche; son chœur enfin, tout resplendissant de mille filets d'or enroulés sur des fonds bleus et roses , et qui laisse voir, au milieu de grandes colonnes torses, un groupe de biscuit représentant l'archange Michel vainqueur de Satan , avec le geste ^ l'armure et les brodequins que les peintres de la même époque prêtaient à Persée délivrant Andromède. C'est ainsi que, dans cette ville extraordinaire, on est exposé à rencontrer, à chaque carrefour, Constantin et Louis XV se donnant fraternellement la main.

Âix«lii«di»|iella.

Dans une plaine que les soulèvements d'un sol volcanique ont agitée et enrichie, s'élève ce bain romain , où Charlemagne naquit et mourut. Résidence préférée du grand empereur, la ville qu'il créa en cet endroit n'a servi de capitale qu'à lui seul, n'a gardé d'autre souvenir que le sien. Sur la pierre qui y cachait ses restes, ses successeurs sont

354 DE l'art eu ALLEMAGNE.

venus pendant des siècles chercher les insignes d'un pouvoir qui semblait attaché tout entier à sa personne ; lorsqu'ils allaient l'exercer dans leurs provinces, seul du fond de sa froide tombe et de sa cité déserte, il projetait sur le monde un éclat qui éclipsait toute la magnificence des vivants.

Le palais que Charlemagne habita a été défiguré sans pitié par les siècles modernes , devenus indifférents aux glorieux témoignages du passé. Sur ses fondements on a érigé un hôtel-de-ville , dont la façade appartient à la même époque que Trianon; car d'un bout de l'Europe à l'autre, il n'est pas aujourd'hui d'auguste mémoire que ne tache ainsi celle de Louis XV. Une tour carrée , quelques pans de muraille, gardent seuls la trace du rhythme puissant de l'antique édifice ; ces débris attestent que, pendant la période carlovingienne, le principe des constructions romaines était encore fidèlement conservé.

La basilique que le fondateur du saint-empire romain bâtit pour sa sépulture n'a pas été plus respectée que sa demeure; les profanations du dernier âge l'ont plus altérée que tous les fléaux des temps antérieurs n'avaient pu faire. Une rotonde octogone, ornée d'une galerie au rez-dechaussée et d'une tribuneau premier étage, formait tout le bâtiment primitif, aujourd'hui augmenté J

d'un grand nombre de superfétations qui en al-

tpfpol; Ip ligure et l'effet. Cp«t ep 794, qm Te»- Pppe4r qrdqqpîf la cpnî^tructjpn de c^ temple. Il Fcrigea , au rapport de son secrétaire , aVec }^ pjerres t^\\\ép$ qq'il eq}^v4 apx ruines de la yille 4^ Yerdun, avec les roarbresy les coloDpefl

précieuste^i le^ mosaïques Aout il dépouilla les ^

f^opuments de Trêves, de ^opoe, de Bavenne. ^ p^pe liéoq III le çoqsaqra eu 8o4 y sous )'invo« ç^^on dd h n^ère de Pieu. Au-debors , à travers Tempreip^ de tpu» le» temps , on aperçoit encore de# pi)^^tre# aux proBU sa van b» et des fenêtres cintrées »ap$ mqulure» qui appartiennent à la prêt inière iq^çonnerie, et qui portent entièrement, ÇPfpnie )e^ reste» de Tancie q palais, le caractère ro* n^îiip. Estrce p^reillep^ent à Tari; des latins qu'il fs^^t rapppftep le plaq de Tédifice? L'usage familier qu'ils faisfiiept du pleip-ciqtre le^ conduisit i mult |ip)jerle$ rqtppde^y que le» Grecs avaient epiployées rarement fivgnt eux. ]\Iai» la mpdification que ip^itl^ 6gure de ce^i monumeqt^ lorsque Ion compepçf^ k appuyer leur coqpple »ur uq pUn octor gope, ne doit-elle être attribujée à l'influence que le goût de I Asie eq( sur le génie de Rame? L'église 4e Saint-Vital, àl^avenne, nous mpntre cette disr ppsitipp relpvée par (Jeij cqjonqes de marbre grec,

pur 4^» pQrpfori^^j par ^^^ mosaïques et des basfeliefequi trahi^sept I4 maip des Orientaux. L'églisp Ap S^ip^-Yf^d, k rqm»de 4e SiHnterftl4rie,.qui,

dans la même ville , servait de tombeau à Théodoric , donnèrent à Cbarlemagne Tidée et le modèle de sa basilique.

Les colonnes et les marbres qui décoraient Téglise impériale lui ont été enlevés pour orner d'autres monuments. Les mosaïques ont été recouvertes , au commencement du dernier siècle ^ par le badigeon et les peintures d'un Italien , qui se réjouissait sans doute de substituer son bel art à la barbarie des fonds d'or de Byzance. Néanmoins, grâce à la beauté même de l'ordonnance, l'intérieur de ce dôme produit encore un merveilleux effet. Au-dessus des arcades sombres et simples du rez-de-chaussée, celles de la tribunejettent un jour plus abondant y mais encore voilé, à travers leurs ouvertures triparties ; tandis que les fenêtres qui les surmontent , plus petites d'un tiers, agrandissent les hauteurs de la coupole par la pleine lumière qu'elles y versent et par l'amoindrissement de leurs proportions.

L'enveloppe extérieure du dôme a subi pendant le Moyen-Age, sans doute après quelque incendie, une altération , qui a induit M. Cordero di san Quintino dans une erreur singulière. Elle présente, au-dessus des fenêtres les plus élevées , une sorte d'attique orné de petites arcades byzantines, et couronné, sur ses huit faces , par des frontons aigus qui accompagnent le revêtement polygonal de la coupole ; dans chacun des huit frontons sont inscrites

AIX-Là-CHAF£LLE. 367

triangulairement trois fenêtres géminées, où l'on aperçoit clairement la naissance de Togive. En attribuant ces fenêtr^ à l'époque de Cbarlemagne, et en insistant sur les relations de ce prince avec Haroun-al-Raschid , on comprend ce que l'auteur du mémoire sur l'architecture lombarde a pu dire en faveur de l'ancien système qui fait dériver l'ogive de l'Arabie. Mais il suffit de comparer cet attique et ces frontons aux murailles romaines qui les supportent , pour se convaincre qu'ils ne sauraient être delà même époque qu'elles ; ils ressemblent à toutes les constructions byzantines qui furent élevées en Allemagne à la fin du xii* siècle , sous le règne de Frédéric Barberousse.

On a fait grand bruit de la simplicité du tom* beau de Charlemagne, qui consiste aujourd'hui en une grande dalle de marbre noir, placée au centre du dôme, avec ces seuls mots : Carolo magno. Cette inscription trahirait, seule, la dédicace de quelque admirateur moderne du vieil empereur, alors même qu'on ne saurait pas que c'est le nom de Napoléon qu'elle sous-entend et qu'elle appelle. On trouve dans une des chroniques publiées par Menckenius : « On ne savait pas avec certitude dans 9 quel endroit les restes de Cbarlemagne avaient 3» été déposés à Aix-la-Chapelle. Othon III désirait 9 vivement en être assuré. Mais en ce temps on ne 9 connaissait pas le luxe des monuments , les

358 DB l'art eh iLLSMAtirB.

» hommes ayant coutume de s'en élerer pdr leuM » moeurs et par leur vertu, et non pas àrec la pierr« » et le marbre. Aussi l'empereur^ pour connaîtra » ce qu'il souhaitait, ordonna de creuser le pavé » jusqu'à ce qu'on trouvât les ossements dans leur » cercueil royal. Il garda pour lui la croix d'or que » Chariemagne avait portée au C0U4 et ceux des véte- » meuts qui n'étaieût pas encore gâtés j il fit feplâ- » oer tout le reste au même lieu. Il fut blâmé par » les gens sages, qui savaient qu'on expie toujours » la violation des tombeaux. Il est écrit que Charles » lui apparut en songe avec un air qui prédisait sa 9 vengeance, menaçant de la mort celui qiii n'avait » pas craint de troubler un mort dans Sdn l*e[k>s( 1 ).» Cest en Fati ioo0| célèbre par les terreurs de la chrétienté entière ^ que cette profanation fut accomplie, au milieu d'une diète, à qui elle dut sûrement présager la fin prochaine du monde. Elle est excusable dans un prince qui n'avait que vingt anS} et qui| soutenant déjà la rivalité de la race saxonne contre la race franque , allait partir pour chasser d'Italie les Sarrasins que Charlemslgne âtait combattus en Espagne. Othon III mourut deux ans après , à la fleur de Fâge. Cependant au bout dis deux siècles , en 1 165, Frédéric Barberousse fit renouveler^ devant toute sa cour, Texhumation de

(1) Apud Menck^D. Toni. II / psg: 840,

réiïi|>éi'étir. Renaud, archevêque fle Colôgtie, letrd de tèri*è ces bâtemënts précieux , leâ plaça dahs tiné * cb&sse d'àrgeiit, et mit Charlëmague àh Nombre ^es sâinb , conforUiément au décret de canonisation qtie Fanti-pape Pascal venait de rendre poiir témoigrier de sa dévotion au pouvoir séculier.

Sût le flanc oriental de la couj^ole de ChaHetaàgtie dn â éHgé, auxiV siècle , un chœur plus vaste qu'elle, VivetUeilt éfclairé par dè^ ogives étroites qui eu mestit-ènt toute l'élévation j fet qui sont dépourvues d'ailleurs des ca^âcté^e^ dé la belle éjpoqUe gothique. Une sacristie annexée à ce chœui* contieUt les reliques et les joailleries dont les empereurs couronnés ont fait présent à l'église. Là on itibhtrëla robe de la Vierge, là ceinture duChHst, et d'autres dons pieut qu'en attribue à la géhéro^ site du khalife Harouh-al-Rasthid. Le braS de celui qui a fondé l'Empire, son crâtle, que tout le inonde peut toucher,' y sont aussi conservés dans l'or. La chaise de tnarbre blaiic^ sut* laquelle bn à trouvé, dit-oti ^ Ghârletnagne assis dafas son câveau , a été plaéée dans la tribune dé la rotohdë , bù elle servait au sacre de ses successeurs; oti les y faisait hiontëfr par un escalier dont la premièt'e tnarche s'appuyait sut* la sépulture impériale, pour qu'ils connussent en même temps la splendeur et le ttéarit de cette grandeur. Les plaques d'br dont là chaise âVâit été Recouverte febht déposées dans le

360 DE l'aJIT en ALLEMAGNE.

trésor de la sacristie; les figures qui y sont ciselées, précieux débris de l'époque carlovingienne ^ offrent les traces de l'art latin altéré et animé tout ensemble par l'énergique sentiment de la race franque. Les magnifiques châsses dont les empereurs de la maison de Hohenstaufen ont fait présent, portent au contraire, jusqu'au milieu du XIII* siècle, le caractère de l'art oriental. Des peintures attribuées tantôt à Israël van Meckeuen, tiiDtôtà Hugo van der Goes, couvrent les panneaux intérieurs des armoires qui renferment ces riches* ses; la réalité des gothiques n'y a point encore beaucoup modifié la pesanteur hiératique des Byzantins.

On peut conclure de l'étude des monuments d'Aix-la-Chapelle, qu^au temps de Charlemagne l'art occidental n'avait point encore abandonné le principe latin , quoiqu'il y mêlât déjà le goût des Orientaux et le sentiment des nouvelles populations qui s'étaient assises sur les ruines de l'empire romain. D'autres constructions exécutées en Allemagne à la même- époque devraient fournir sur ce point important des indications décisives. Dans la forêt de Buchaw , sur les bords de la Fulde , en un lieu autrefois nommé Grapfeld , Boniface, l'apôtre des Germains, bâtit en 778, avec la permission de Carloman , le frère aîné de Pepin-le-Bref , un monastère qui possédait toutes les terres à trois mille

Page 1