CONCLUSION
ils unirent Fart romaïque à l'art roman, me paraissent émaner de l'acte de réflexion qu'ils firent sur eux-mêmes pour réserver, au milieu de leur adhésion au principe romain, un secret sentiment de leur origine particulière.
Par leur racine, les Germains plongeaient dans rOrient; ceux de leurs enfants chez qui la langue romaine n'a pu parvenir à dompter entièrement l'idiome natal, ont souvent montré, parla tournure et par les productions de leur esprit, combien ils tenaient encore à leur souche primitive. Comme les pays situés au-delà de l'Iudus , ceux qui sont placés au-delà du Rhin semblent être devenus» dans le monde moderne , la patrie du panthéisme. La philosophie par laquelle Schelling vient de couronner toutes les spéculations métaphysiquesdeson pays, est-elle autre chose qu'mi écho lointain et naturel du brahmanisme ? La France , au contraire, comme aussi la Perse autrefois, est la contrée où germent avec plus de force les croyances spiritualistes qui poussent à la lutte active et qui recommandent la vertu. S'il m'est permis de parler ainsi, l'élément infini du monde moderne palpite sourde" ment dans les entrailles de l'Allemagne^ tandis qu'on en voit briller l'élément fini dans la raison et dans les œuvres de la France. De cette distinction , que je crois essentielle, a dû résulter une différence importante entre les monuments où les deux nations
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ont laissé la trace de leur premier épanouissement. Dans la série des développements qui leur sont communs. Tune adû incliner plus à la magnificence grave de lart cintré et du style symbolique, l'autre à la grâce vive de Tart ogival et des formes natu-^ relies qui l'accompagnent. Aussi , chercherait-on vainement en France des édifices qui, pour la majesté et la richesse , approchent des dômes de Mayence, de Worms et de Spire; et on ne saurait non plus trouver en Allemagne des édifices qui puissent lutter avec l'élégance et la mélancolie des cathédrales de Chartres ^ de Reims et d'Amiens.
Ainsi cette rivalité de 1* Allemagne et delà France, que de part et d'autre on a cherché à envenimer dans ces derniers temps, se témoigne d'une manière éclatante dès les premiers temps du Moyen- Age dans les édifices des deux nations. Les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie ont appris a l'Europe que c'est à partir de la fin du XI* siècle, pendant le cours du xii* et dans la première moitié du xui% que l'architecture ogivale s'est montrée et perfectionnée chez nous; je crois avoir solidement établi que c'est précisément pendant la même époque que l'art romaïqu^ s'est uni à l'art roman pour pousser, chez nos voisins, l'architecture cintrée près du point où Brunelleschî réleva au xv" siècle. Il faut remarquer ^ à l'éternel
cmioilUilOH» 5ft5
hoimctir dd l'esprit homâin^ que le ptiAcîpe d# Yêtt tômaïqué avait para en Allemagne s et celui de Fart ogival en France, bien avant que l'influence des Croisadeè ne put se faire sentir dans ces devLX contrées. Les visites que les deux tiatloas firent à l'Orient dans cette grande époque n^ stervirent qu'à confirmer chacune d'elles dailS son principe particulier^ et à féconder les germes dif« féi'ents que leur sein nourrissait»
Dans l'admirable fusion de toutes les races qui s'est opérée sur son territoire^ la France a apporté cette juste proportion de sang àâtique et de saiig tud^aque, qui était nécessaire poUf qu'elle fût à la fois la gardienne fidèle de l'esprit antique^ et la promotrice des libertés de l'esprit moderne^ Quelle a été» auMoyen^Àgc^ sa grandeur parmi toutes les nations occidentales^ personne ne Ta encore dignt* ment raconté» ParFép^e desMéroviDgiens, par ûelle deCharlemague^ elle entretint d'un bout de l'Europe à l'autre^ au milieu de la décadence des anciennes populatiotis qui tombaient en pourriture ^ l'unité de domination instituée par les Romains ; quand l'ère héroïque fut passée^ et que l'âge de la ré« flexion arriva^ elle devint l'école par excellence de la chrétienté, et l'institutrice de Rome même qui tirait d'elle toute sa nourriture intellectuelle pour en communiquer les bienfaits au reste du monde. C'est au milieu de cette civilisation^ déjà pleine de
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gloire €t de lumière, que l'art ogival s'est développé par un effort propre au génie moderne. De la France, qui commandait à la pensée des {peuples, il se répandit, avec les idées de nos théologiens et avec Téclat de nos armes, à rencontre de Tart cintré qu'il fit peu à peu reculer devant lui. Mais voici la merveille de notre esprit : tout en brisant le cintre romain, nos architectes déployaient, dans l'ordonnance de la ligne nouvelle qu'ils créaient, plus de régularité et de véritable goût que les artistes allemands n'en montraient dans les monuments où ils étaient encore fidèles à la ligne antique. Dans les cathédrales du Rhin , la magnificence est en effet toute voisine du désordre. Pourquoi quatre tours , quand on ne peut mettre des cloches que dans une seule ou dans deux au plus? Pourquoi deux coupoles, lorsque l'église n'a qu'un point central au milieu de la croisée? Et celle des deux apsides qui contient le baptistère n'a-t-elle point l'inconvénient de prendre la place naturelle du frontispice ? L'art ogival évita toutes ces superfluités; il réduisit les tours , supprima les couples , inventa les portails, et fit à l'intérieur mille autres réformes qui ne l'empêchaient pas d'adapter à un plan plus sévère des détails plus ornés.
L'art ogival était ainsi constitué en France, à la fin du xii^ siècle. Au xiii"*, il pénétra en Allemagne; de là au xi\^, il descendit en Italie. Dans ces deux
contréâfr) il trouva l'art du plein cintre trop solidement établi pour pouvoir jamais fournir une carrière bien brillante; n'y rencontrant presque plus de place pour ses monuments j il se témoigna surtout par l'évolution inattendue qu'il y fit subir aux arts accessoires ; il arracha la pein^ture aux mains des Byzantins , et créa ,- au nord et au midi des Alpes, les deux grandes écoles de Cologne et de Florence , d'où sont dérivées toutes celles qui ont fait la gloire des temps modernes.
La Renaissance se prop^igea en sens inverse de la direction que l'art ogival avait suivie; comme autrefois l'art roman , elle marcha du midi vers le nord. Elle parut en Italie presque au même temps où l'ogive y arrivait. Elle compte parmi ses premiers élèves, Arnolpho dili^apo et Giotto, qu'on peut aussi considérer comme ayant ouvert dans leur pays cette seconde phase de l'art moderne à laquelle nous avons restreint le nom de gothique. Malgré les efforts que firent des esprits élevés comme AlbrechtDuerer et Pierre Vischer pour la transporter directement dans leur patrie, il fallut qu'elle passât par la France avant de pouvoir s'acclimater en Allemagne. C'est seulement dans les premières années du XVII* siècle, que les Tudesques commencèrent k avoir le sentiment des ordres antiques ; et les ruines du fameux château de Heidelberg construit
ftSB DE L*AMr «8 iXUMAGlTB.
à oette époque» dirent asaea qiieUo peine il$ wrent k comprendre ei à appliquer ea nouveau fmQ<ipe. Le caractéare naliirelWment infini et indéterioû^é du génie «Uemend éuit un invincible obstacle à llntroduetioa de ees rhylbme» greca» <|ui venaÂ^nt replacer Tart «ou^ le joug d'ujae mesure finie et délenninée* Aumî fut-il néçe««aire que la France, qui aemblait laite tout exprèfs pour propager le$ rbytb^ mes, ks imposât au delà du Rhin par la voie du deir potisme^Ia Proftse, création toute française, lç&iiû( sous la garde de sa monarchie ; et, grâce au ^(^i^ ment qui les lui avait fait accueillir^ elle marcha à cette domination qu'elle est prè$ d'atteindre en AUe^ magne. Car dans toute^ Ie$ directions qu'embrasse l'esprit humain « l'infini semble avoir disparu delà terre; et» en attendant qu'il rejoigne son terme cc^ velatif , le fini est devewi l'exclusive condition dek société^ de la pensée et du goût.
Cette révolution fondandentale, accomplie au sein même dos cal^ories qui président à la marche de notre espèce^ donne seule vue explieatioa satisfaisante de la Renaissance. Que de dusses opi-» nions n'a«fc-on pas répajndues de nos ^eurs sur cette grande épox|cie? Ces erreurs, après avoir blfessé nos esprits I se traduisant en oeuvres^ ^commen- Qçpt à offusquer nos>euiL d'une manière injtoléra-r hle. Je ne sais rien de pire que le id^w goût qu'elle» propagent* Qi 4|ii'oo enibwd xulgiaijRewent j«ar
RenatêMiKse, 11/9 sert qu'à atitorisep ie eapriee et à donner carrière au désordre des imagina-» tiônt les plus triviales et les plus obscures. La Re« naissanoe, au contraire^ fut coiQme le révett de l'ordre venant verser la lumière et l'harmonie sur les éléments confus d'un art sans mesure et sans règle. Ce soleil eut son aurore ; quand sa darté eornmença à pointer au milieu d^ ténèbres , on pat jouir d'une de ces augustes sensations que donne l'aube des grandes révolutions , et qu'on ne retrouve plus à leur midi. L'esprit de 1 homme s^ plait à contempler l'enfantement des choses, à voir la vie se dégager des flancs du néant) mais, dans la SLenaissance 9 telle qu'on la comprend anjour» d'bui 9 on n'estime que le chaos , au lieu de porter 1^ yeux vers le rayon céleste qui le féconda.
Jki ni^opre point cependant quelle valeur ont tous oes retours vers l'art indéterminé du Mojen« Age ( ils peuv^t conduira à corriger une erreur grave qui s'est glisfée dans la constitution de l'art détearmiaé de la Ranaissanee. Le plein cintre et l'o* give^qui ont abrité nos pères sous leurs arcades in* àé&me» 9 ont marqué deux époques esseiHieilea de leur vie ; ces formes sont notre patrimome ; notre géoie ne sera satisfait que Ico^squ'il les aura reconquise^ Mais si elles sont; vivement réclamées par notre piété et par uos besoins, ce sentiment des rby thmet dfi&uis (luala HmaiiMoai a csnpriinté à l'Aatiqiiité
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n'est pas moins nécessaire à notre goût. Cependant comme la Renaissance a repris directement la tradition des rhythmes rectilignes , qui ne sauraient mesurer les lignes courbes de l'architecture moderne j il semble naturel de conclure que la mission de Tart contemporain est de commencer la recherche des rhythmes curvilignes. Si cette tentative, sur laquelle la critique n'a rien à préjuger, pouvait jamais réussir, le plein cintre et l'ogive, rapprochés par des rapports certains, et mesurés par des ordres qui nous demeurent inconnus, deviendraient, dans la main de nos architectes , ce que le dorique et l'ionique étaient pour les architectes de la dernière époque grecque , des modulations susceptibles d'être fondues dans une modulation complexe et suprême. Alors aussi de ces rapports nouveaux et régulièrement déterminés naîtrait forcément un style analogue , qui rendrait à la sculpture et à la peinture leur majesté perdue, et qui, de proche en proche , répandrait le sentiment de l'ordre et de la beauté dans toutes les productions de notre société, livrée à l'anarchie du mauvais goût. Voilà ce que les architectes doivent méditer, et ce qu'eux seuls peuvent accomplir.
Cependant , c'est ici le lieu de marquer quelle salutaire influence exerceront sur ces travaux et sur le développement ultérieur de l'art , les écoles de peinture qui se sont établies de nos jours en Aile-
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tnagne. En renonvelanl les peintures byzantines et les peintures ogivales, elles ont rendu le double service de restituer les deux lignes essentielles de Fart itioderné, et de montrer que le style des arts accessoires n'était autre chose que leur intime rapport avec Fart principal de Farchitecture. Ce sont des résultats d'une vnleur immense qu^on ne saurait payer par trop de respect. Après avoir tant fait , il reste , il est vrai , à ces écoles à faire plus encore. II faut qu'elles se souviennent que I âge où nous vivons occupe le troisième rang dans Févolutiou totale de l'art moderne; et que si , dans la troisième époque, on peut employer avec liberté les styles des deux époques précédentes , on doit aussi les assujettir aux formes riches et aux vivantes apparences qui la caractérisent particulièrement. La nature est l'idole de notre temps ;et les artistes condamnés par leur vocation même à diviniser les idolâtries de chaque siècle, doivent savoir se soumettre à celle du nôtre, alors même qu'ils ont la' louable ambition dé la corriger.
l.es dernières études que je viens de faire sur' Farchitecture des peuples germaniques me permettraient de donner un autre conseil aux peintres allemands. S'il faut qu'au milieu de la communauté européenne chaque peuple inscrive pourtant sur' ses œuvres lé signe particulier dé son caractèréin-dividuel, il est 'évident que les TÎidesqùés ayant j' ir. 36
^$9 DE l'aUT ?N AI'I'HMAGirE.
dans les blutes époques dç leyr développement, insisté avec plus de ténacité sur la phase cintrée de l'art niodçrne , devront en rappeler de préférence la figure dans |e stylç complexe <jui sera Texpres* sion de leur époque dernière. C'est une indication qu'il est facile de confirmer par d'illustre^ exemples. Parp[)i les peintres qui ont fait la gloire de l'Allemagne^ deux seulement ont dessiné des figures conformes à la ligne ogivale : ce sont Meister Wilhelm de Cologne , et Hans Hemling de Bruge$« Les autre& maîtres au contraire ont un penchant unanime pour les dérivés de la ligne ronde; k Cologne mémci Meister Stépb^n la reprend aux Byzantins I Jean Van Eyck Timposç à ses éfeves de Flandre <;t de Hollande ; Albrecht Durer la ravive en Fr^nçonie ^ Lucas Cranach en Saxe; Holbein la transplante d'Allemagne en Angleterre i enfin RubepS} cette personnification extrême des écoles allemandes, la fait admirer dans toutes les cours de rSurope» Si nous examinons quel est le principe secret sur lequel sont conformées les œuvres de l'École française, nous trouverons au contraire que la ligne élancée est née^ naturellement et presque à leur insu 4 sous la main <^e nos principaux maîtres. C'est elle que Jean Cousin dessinait partout ; c'çst à elle qu'Eustacbe LesMCur doit en grande partie cette suavité qui lui a valu le surnom de R^^haël français^. c'est wconç elle qui donne \mi
COIfCLUSJOV^ 5^
d'élégance aux peiniures du Pou^iu, ^oiqqe le caractère de ce grand artiste le portât plus partiçi> lièrement aux représentations graves et aux former rondes. Car ce qu'il y a cbe% pon$ de .plu§, épei> gtque et de plus pesant n^ ,s^prait être adi^bi ^uâvec quelque concession &ite à la grâce |(,($}| les beaux temples doriques de |a Qr^ce^ qui, «o^ ]es modèles delà force purci n'ppt lofirg-tço^ passé aiix yeux de nos compatriotes qu^ poi^r lo». ôuyràges barbares d'un goût nou encore foco^. Aussi ^ qui me demanderait de préciser par d^» i^M dications plus positives encore la route. 4ç8 d^m^ édotes rivales , je répondrais que ndçal ^^s P^iA*^ très allemands est dans les verrière? rondçs^ cb^u»* des y symboliques, que les Byzantins composaient au Xin* siècle^ et que l'idéal des peintres £rançiû«e^t au contraire dans les vitraux ogivaux» clairs etdtf baut style naturel , que nos grands gotbiçues desn sinaleût au xiv* siècle. Ainsi l'originalité des pfiuples modernes se marque dès le principe» et se continue à travers la série de leurs transformations» ^ans cependant déroger à l'unité sous lî^ueUa Home les a rangés. Ainsi la grande loi des Irpis époques de l'art nous sert à expliqxier npn gauler ment les évolutions générales que subit Iç gél4^ de toutes les sociétés, mais encore les difféi^Acas qui distinguent le développement de cbacum. d'elles. ,
^^ DE l'art E1!< ÀLLEMAGNe.
Cette lai /qui est là seuJe abstrâclion à laquelle j'Aie donné place au milieu clé ces études positives, t;on tient une suite d^appli cations qtii composeraient à la fois toute la théorie et toute l'histoire de l'art, lîlfe a été révélée par Denys d'Halicarbasse à Winckelmann et à M. Quatremère de Quincy, qui ont; commencé à là vérifier «ur les ouvrages de 1^ Grèce. Ce serait l'ambition de ma vie de continuer la démonstration que ces esprits élevés ont entreprise ^ et de faire voir que si les Grecs ont mérité l'admiration du monde , c'est parce qu'ils ont of« fert l'abrégé le plus^ vif et le plus parfait qu'on connaisse encore des grands principes qui, sous des formes diverses, conduisent toutes les nations séparées et l'humanité entière'. Mais pour unir autant qti'il est en moi les travaux que j'achève à ceux que je prépare, je veux fixer par quelques mois la formule qui pourra leur servir de base commune.
Soit qu'on admette, avec Platon, que l'homme trouve en lui-même les principes sur lesquels il guide sa pensée et sa vie , soit qu'on suppose , avec Gondillac , qu'il forme ses idées générales avec le secours des sens et de la nature, on est obligé de convenir que dans le développement de son intelligence et de sa volonté, il procède du simple au composé. Toute la difficulté consiste à savoir si par simple il faut entendre la qualité de la partie
coNCLtjsio;?!. j^B
ou celle du tout ^ et par composé la qualité de Tuo ou celle du multiple. Mais cette distihctioD^ qui est, en philosophie « la source de tous les partages d opinion, ne saurait provoquer la moindre indéqisioo lorsqu'il s'agit dés monuments de l'art. En eifet., Condillac a lui-même reconnu , dans un de ses mei^ leurs traités, que, dans les œuvres du génie ^ les rapports simples étaieqt ceux qui constituaient le tout, et que les rapports composés étaient çeu? qui regardaient les p;irties. On peut donc affirr mer, saips crainte fd'ètre démenti^ que l'art, coTnn>^ Tespèce humaine dont il est l'expression , procède du sentiment d^ l'ensemble au sentiment des détails. Une fois cette loi.admise , il est évident qu'il.y a lieu de marquer d'fibord dans le développepieat d^ Fart deux époques diverses , l'une qui commence , Tautre qui finit , l'une qui représente le sentiment de la totalité prise . en elje-mém^ , l'autre qui repré-i sente le sentiment des partiç^ dont cette totalité, esjt composée. Mais on ne tarde point aussi às'apercevoir qu'il y a un passage forcé entre ces deux sentiments et les deux époques qu'ils distinguent. Ce passage se fait nécessairement lorsque l'esprit, sans cesser, encore de considérer le tout dans son indivision foraiellp, y discerne cependant la forn^e de la pensée qu'elle enveloppe; dans. ce ipoment, quoique la; simplicités primitive n'ait pas encore disparu,, cette simplicité cesse d'être spontanée pour être
S6è DE l'aat fiir all&magitb,
réfléchie, et, dans le retour qui se foît sur s^ beauté, «lie devient un objet particulier d*attrait et de seilucdon. Voilà pourquoi les œuvres produites dans ée moment intermédiaire ont toujours été compa-: rées, pour leur élégance et leur goût , au principe ^mfnin avec lequel elles ont en effet dés rapport^ pMfcmds. Comme lui, elles repfésehten t pour ainsi dire le dédoublement du germe primitif, qui a été mâle tant qu'il s'est posé dans sa valeur entière^ disms son énergîecom'pléte, et qui est devenu féminin dès Titistant où il ne sVst plus consîd<^ré que comme une forme et une matrice.
Vofci doTic les trois degrés essenhels, les trois époques fondamentales qu'ejdôitparconrir 1 art humain , et, au sein de cet art universel ^ chaque art particulier qui porte en lùîune semence originale :
D'abord la donnée primitive elle-méJûe se déveh)ppe dans sa complexité, où sont confondiisle but qu'elle remplit, f idée qu'elle représente , fa forme dont cette idée s'est "enveloppée.
Ensuite la forme totale de cette donnée se sé^ pare et s'abstrait de fa totalité elle-même des idées qu'elle représente et du but qu'acné remplit
Enfin les détails de la forme se séparent à leur tdnr et s'abstraient, non seulement de la totalité de la pensée qu'elles ramènent sous des combinaisons nouvelles , mais encore dé la totalité de la
fitt^iâé ellte^niéttie qu'eRéS étendent: et qtl'élléi diversifient.
Le premier de ôe^ moments à powt principal stttrlbut la forée; le second la suavité; le trciislèmef* la richesse. Le preinîèr donne à lâ forme qu'il eh*- • faute une figdré ramassée, «conrte , trapue , angu>« lâiï^jf le second , en développait cette figtire, te rend srelte , mince, souvent fuyante ou sîriu^usé ;^' lé troisième^ en écrivant an sein de cette Gpirë^ tout ce iqû^elle portait usqu'alors d'une manièt^ invisible^ lai prête à la* ioii une stature haute et ' cambrée 9 dés contours variés, un mouvement' prononcé , uùt vie opulente; Détiys dUalicaniassb \ appéUc le carattlàre qui résulte du premier mo«^ ment , austère fO^m qui résulte du. second , agréa- ^ ^^foeluiqtdrésultedu troisième ^ m^/é^ dfejr deu^. On a dopuis lors adopté p6ar le premier le mot de ' sublinml pour le second celui de grâces pour le'* tc^Miàmb céhii de *èttàL Mais avant ^ue In rhé^- i! teurri a'élevaaieiit k ces-notions abstraites de l'krtv le peuple, grec, les avait définies par des syariboles^f^^ à la bm plui^»brilbiitts et. plus profonds, qiii en* entre tefeuûent partout le sentiiDént et qui en agran^ " disHaionit encore le sens. Les artistes qui ont répré* ' seUté les trois Grâces comme trois sœurs pareAles ^ leS"Ontiilal connues, et je^ voudrais en donner à ceiw de notre époque des images plus fidèles er pliisnobleai
&». DU l'aR^,^
< . .ly I .
Ibapreipièi^ de ces dée^es a été élevée parmi les prêtres, sur les cimes augustes où planent les dieux. Tandis qu'elle parcourt les montagnes , et qu'elle affronte les neiges et les précipices pour aller puiser Teau des fontaines sacrées ^^es membres s'endurcissent, sa taille demeure courte et forte. Cependant en avançant en âge , elle s'initie aux mystères dans l'opisthodome du temple ; la méditation empreint sur ses traits le respect des dieux; la piété y répand l'énergie q^i n'abandonne jamais les âmes justes. Dans ime attitude à^la fois grave el hardie , elle pose le pied sur le Uilloir du chapiteau dorique; elle tient à U main la cithareà trqis cordes; et»
les yeux levés au ciel j elle attend :qiie. le dieu descende en elle et. parle par sa bouche.
La seconde Grâce est née sur les rivages de la mer, où les hérbs sont descendus pour courir aux expédiflions lointaines. Pendant quelle baigne dans les flots .soa icorps souple «et effilé comisàe celui des sîrè^ nçs,J^s marchands étcanf^ers. apportent et étalent sur.la rhre les richesses des pays étrangers. A la vue deceJuxe inconnu^ te sourire iiaî£ do l'étonnement s'épanouit sur son. innocent visage. Appuyée sur les volutes du chapiteau ionien^ d'une main eUe touche, ^vec smrpriâeyla lyre à sept oordeâ; de l'atUre, presque -sans y peijser, elle ajuster dans ses cheveux: uD oollierd'ambre, ka pnpniprepàrurevDans toute sa personne élégante, élancée et flexible^ rea^ j
{^ire une aménité accessible, et.pQurl;antc^ast0^i}iii est le premier éveil de.layolMpté terrestre, et q^i Qi) laisse à peine^ pressentir. ,les orages, encore . éloff^é^^ La troisième Grâce a été (infantéq au milieu 4i$i. villes, plus près des portiqi^e^ .des |)al«M2i DMC: <kl péristyle des temples^ aux ficco^rçUdes ins^rumept^l les plus divers eX les plus.retentiss^ols; rand^Hr^jksa i^atiire s'annonce, sur sa figure. eni^fit^e, Rapp^; sourire, capricieux qui de la lèvre, des. faiwf^.antir*. que^a passé sur celle des Vierge^ 4^^ Co^rége^: ;Ak mesure. qu'elle ||randit et que son corps ^i^lj^y^^elti s'affermit tQut.]e9seifib]e^ ce sourire $'ef{a<^^p^ in peu sur s^ bouche puQur faire place à;,UDft ^K^n96^ . sion à la fois pl^s y.ç^ii)ente et plus inaign|^ui^^" Majestueuse com.me une reine, au perb/çmentp^réifiv [ foulant aux. pieds le$ acanthes cpr/.utbiennf)^),atl9T. quant avec le. plectrpn c^iyoire Uj^rp^à p^tffiqg^^l elle donne le signal dû concert impétueux des passions humaines.
Telles sont les heureuses déesses qui ont mené . en cadence le cortège des arts de la Grèce: mais elles dominent le monde entier^ et si elles ne se communiq^iMt qtt'à niV jpëHt nombre ;ell'es>ègiient sur tous, et doivent être connues par tous. L'homme ne saurait rien concevoir de si subtil , ni de si grossier qui ne tombe sous leur empire; les parfums, les sons, les couleurs , les formes, les mouvemer)ts qui l'affectent ou qu'il reproduit, ne sont que les
DE I^JLKt'ÈfX AttËHAGKB.
Méritent*» de ee^ déédses; et les lettres, Interpréter du pur esprit y leur sont soumises aussi bien que les àtts, omenieiït du tnoûde visible. Bien plus elles étendent leur domaine même sur les obuvres de Dieu. Voufc les aVez rendontrées , amis , au mi- Ueu de la nature où vous vous êtes cachés. Des siMimets Apres et glacés qui siègent daus TorgueilleuM silence de vos solitudes , des gorges étroites où le peUpKer élartté croît au bord du ' petit ruisseau, des grandes vallées où les cités liumaines bHlIettt entre la magnificence des hcs et celle des léoAtagnes , vous entendez leurs voix fraternelles sSinfr et monter vers le Créateur. Écoutez avec religion le sublime concert qu'elles continuent jusqu'au sein de Dieu lui-même! I^énétrés de leurs inef&bles mystères, pardonnéz-moî, amis, l'iiadisdrétion du cuTte que je leur rends:
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