BAMBERG
jusqu'au ciel sa vaste nef romane et ses quatre clochers aigus.
Cette église, Tune des plus importantes pour Tétudede l'ancienne architecture des Allemands, fut fondée en 1004» P^^ Henri II, le dernier empereur delà maison de Saxe. C'est ce prince qui, ayant donné la ville de Bamberg en douaire à sa femme Cunégondei y établit dans la même année unévéché et une cathédrale. En 1007, Tédifice était déjà fort avancé; il fut consacré en ioi*J, par le patriarche Jean d'Àquilée, assisté de 45 évéques. Eu, lo^o, il eut la visite du pape Benoît VIII ; en ioa49 1' reçut la dépouille mortelle de son fondateur, et en io4o, celle de l'impératrice Cunégonde; il eut pour second évéque Suidger, comte de Maresleben et de Honburg, qui peu d'années après fut élevé k la papauté sous le nom de Clément II, et qui étant mort au bout de quelques mois fut enterré dans la cathédrale , où l'on voit encore son tombeau. En 1081 , sous l'évêque Rupert, le fen prit au monument, et n'en laissa subsister que les' gros murs; l'évêque saint Othon en commença la reconstruction en 1110; mais des indulgences qui furent publiées en Allemagne prouvent qu'en 1274 il fut nécessaire de faire des réparations nouvelles et très considérables. Que reste-t-il , dans l'édifice actuel y de chacune de ces époques? à laquelle appartient sa forme dominante? C'est ce qu'il sera , je crois f
439 DE l'art Elf ^L^JOHAGITE.
^cile d'établir , grâce à nos précédentes rechçrcbe^ et à quelques indications positives. ^
Le plan actuel de la cathédrale me parait 9 xnalgré les formes postérieures auxquelles il a dcHM^ «ccès, remontei; jusqu'au temps de la foqdatîoii ef appartenir à cette architecture encore ■ foifiiuiç qu'on faisait au commencemept c^u %fi sièçley^ye^ l'aide des étqdes e% desex^mp)^ 4u x% ]^n e^ipt^ on y remarque les deux apsides ppppsé^^ I4 croisée attachée à l'apside occidentale, €|eux «otréf^ placées sous les clochers qui aqccKnps^ent F^psîd^ prientalej au-dedaos , chaque (rav/ée du yaifseaii est éclairée, comme dans les thermes antiqqf^j par une «eule fenêtre hautement percée ati«4^s$m de deux arcades qui s'ouvrent sur jes bas-coté$^,^( qui reposent sur des piliers carrés, fel devait ^trp le dessin primitif de la cathédrale de Mayepcei avant que les dernières années du xi* siècle y intrq^ duisissent les coupoles dont on ne voit ^uctf^ trace dans l'église de Bamberg.
IVIais si le plan Qrigjnairp a été pépins altéré 9 Bafpberg qu'^ IVJayenpe , les détails deç parles } quoique mieux fopdus ppift-étre, y prés^i^teiit ^^ caractère moins anciep. /L'apside prÂent^je , au }iqq de conserver la figure rond^ et l'aspect austère de; premiers temps, est polygonale, et élève au-^psfus d'un premier entablen^ent les cintres richomeaf orn^^ .par lesquels elle verse le jour à nDtéqeup; Q
BAXBBaG. 4^^
est vrai qq^ \p pentagope 4e pelte ^psid» pç>vif|rai| ^ypir été péce^ilé fm \e% «^pnditîpDafon^^inan^Ies du plai^ liH-méine, doot le» Allemands pn| fi|it oj^server que le iipml>re cinq seml^itait être |a \if^. ££feptiv«aieiil ^ op remarque que la n^ et^t Pfî|u* p^^ de trois travées, fprinant, ^yec lei 4pW P*' trémîtés, pipq vpptes cpiuplèresi et qu'aH*4^^^^ les quatre tours achevées f qui flapqiiQUt les qiiatfe angles du vaisseau , jointes à celleadopt fg place est^ «arquée sur la croisée» devr4ippt parfaire- le npmbre de cinq flèches. »
Si on pén(9tre dans ce gr^p4 temple, dont Ip p^n et tputesi les formes principales appartiennent % \'^ft rqmau , on aperçoit cependant que \^ ligue Qgivftle s'y moutre presque partpui- L'apside occidentale « qui offre au^i la figure du ppnt^gQne, et ^e^ dpphers qui laecoinpagueiit» SQpt décQrés dans le style ogir Mal ; le$ arc44^ uiéme^ 4e )a nef, quqfque repos^mt sur àQç piliers carrés, qupique cpHiïonuées par \\j^ fenptçe cintrée , offrent ]a lancette aigiip 4ei |9 p^eniièni époque, ^is i| qe saurs^it fixister aitcun^ 4outesurrépoqiie où cesformes se sont introduites à Qamberg. ^e biographe 4e saint Q|hpp ^ pri^ soin d'avertir que c'est .cet éyéque qui, ^n 1 1 10, ^ élevé dans l'apside orientale le pho^ur 4^ S^ipt- Georges. Of qe chœur, qqi a pris sapi 49Hte la pliice du baptistère primitif ,; çst tout pa^pe cojm <iam le «tylfî bjWP*'» \^ p|i« pHr; et s\ |e
4^4 ȣ L*AHT EN ALLEMAGHB.
plein cintre se conservait ainsi intact au commencement du XII* siècle , dans la seconde édification du temple y il faut affirmer hatxliment que les ogives qu'on voit aux autres parties datent de la troisième construction, c'est-à-dire de Tannée 1374; et dans cette conclusion nous trouvons une nouvelle preuve qui montre , d'une manière indubitable 1 que c'est seulement dans la seconde moitié du XIII* siècle que l'ogive se répandit en Allemagne. . L'apside du chœur deSaint-Georges, quoiquepentagone à l'extérieur, présente à l'intérieur une configuration parfaitement ronde. Le soubassement qui supporte les fenêtres est , au-dedans , orné de trèfles qui reposent sur des colonnes riches et diverses , cannelées, rubanées , contournées , coiffées d'un double chapiteau dans le style byzantin. La crypte sur laquelle le chœur est élevé offre des colonnes octogones et des nervures rondes qui me confirment dans l'idée qu'elle a été construite, comme lui, au XII* siècle sur l'emplacement de l'ancien baptistère. Les deux clochers qui flanquent la face orientale paraissent appartenir, comme toutes ses autres parties, au commencement du xii* siècle; ils sont carrés , et ornés sur chacune de leurs faces de fenêtres compren<int , sous un même cintre, tantôt deux cintres géminés, tantôt deux trèfles accouplés, quelquefois deux lancettes de la plus «intique forme, produites par la nécessité même de la construction.
BAMBBRG, 4^^
L'étage le plus élevé de ces clochers, les ogives qui le décorent, la pointe qui le surmonte, sont d'une époque postérieure.
Le chœur de Saint-Pierre, placé en face de celui de Saint-Georges, à l'extrémité occidentale de la nef , est terminé par une autre apside polygonale au-dedans comme au-dehors , percée de fenêtres ogives qui sont encadrées dans des faisceaux de colonnes ; les nervures , qui y sont multipliées , s'allient partout aux trèfles et aux autres ornements byzantins. Les deux clochers qui accompagnent ce choeur ressemblent beaucoup à ceux de la cathédrale de Reims; ils sont, comme eux, ornés, sur leurs quatre angles, de tourelles à jour, formées par trois étages de colonnades ; le trèfle et l'ogive alternent dans les ouvertures des tourelles et des clochers. Cette partie de l'église porte évidemment la date des dernières années du xiu* siècle. La croisée, dont les voûtes ogives rappellent le même siècle , appartient cependant, par la décoration romane de ses extrémités, à une époque antérieure. Tout le dehors des faces latérales , dessiné avec une élégante sobriété, parfaitement constrpit en belles pierres brunes , parait aussi remonter au temps de la première édification.
Les arts accessoires ont laissé, dans ce bel édifice , des témoignages extrêmement précieux des premiers âges. C'est seulement dans quelques
4^6 DB l'art eh AIXEKAGVl.
viDes privilégiées du midi de la France , k Arks el i Toulouse, qu'on peut voir des sculptures b^zaii^ fines capables de rivaliser avec celles de Bamberg: Toute réalise que je Tiens de* décrire edt pleine dé morèeaûx où Ton peut* suivre les Icurieul prd-^ grès 'du dsièàu chrétien. Les -figurés tjui bkneiif la ciÂture du' chœur de Saint-Georgei^ ^6lit évidénk^ metft tes fdu^ ancieimés ; 'et èniDôte ceill» ^uitRdnt placées sutrta fade méridionale sont^lles^antérieùres i celles d<fc6té oppoté. Les premières' ^oiit' corpé déMteàtsqui montrent l'art bytsmtin à M secdbdë époque^ mais même à ce point ètttreme eBés' tons^veî^ yVec une admirable fidélité ^^dkns leurs costumes orientaux , la nobfe simf^feité de rajustement 'antique t sur leur phyiiiononiie le'tyfie jvtH est fortemetilt empreint;^ leur- barbe aiffùê iitdte celle defs' statues étrii^qàes; leurs lèvres émîtes semblent laisser éclatei*"Perithousias(e parole' de lé^rs' cœuk: Les àcUl{$tùres db la face septéiîtriôtiatè trâhià^ient^ dans lèbV art, à la fois plus grossie^ et pfds compliqué', dan^ leurs draperies plus affectées \ ïion mÀins oue danis leurs types enlaidis ; ' une véritable ère de déèadeAcë. Enfin ,1ës statues sippliqàéés klix pilier^ 'auxquels s'attache la clôture du chœur , mak^ent le ^ùprênie jôiir dé cette école ; par Un effet 4ue f ai partout lobtervé et qui est dignie de la plus' sérieuse considération,' dek'niei^ «érine de la sculptufë antique, ellei^ en 'tap-
pellent Uttéral^nient ('origine. Je citerai parmi §lle| \xn aogQ qu% fi^f^Ftuqut <étegée i à &<HI i»QUrire'4Wh
«ipé, « s^ gf{ppii^^H)flééhi#V'fwpreiif|i*ai( pml^^Ift
^guf*a f gipf |9. . j .. .o
4 c^té àp ffs çcplpture» epcpre cliques 4t| XII? siècle/pn voit pa^tiitr^, fi^ps^a^ ci||Mfii1ill}4« ^aipt(erg,rlçs sciilf^Mrefr fines ' que TartogiVal fe*çonnait fd^ au t^^-^ siècleV ^^ Hiipjttticn '<)^ fo^ nâ« tl|r^ fp€|<i|erBç. GeH^s-ov^f montreptpriiiGipaleintnt I L'e^éri^rite ^4di|]Q^^) sur trQîs c|p8»nQiii))P*9tte8 pdiite^ qui y $op( pratiquées; Un^porobe oiinf^H^ sur taieicf l^téyaledu nor^v SQUienii par clescel^UMâ oafw^l^à |a panîfne d^s anoieiisl'offre > dapilMi eia^fîs cope^ntriqi^Sy des figii^res délicate» deaibliftb)^ £lAl^ pig^ b§lte>qu'îl y ait 4aps le chmw de Saint^^G^prges 9 raaii dans^respaee^quef ces dotrës eôçadrerit^aU'desswinf me de^a pârt^^cotoimbceat k se pi^uii% les bad«i!elie& dii mut sièo|!^>|ieAfiD^j endebors iteéme du'pQrcbe^ paraissent deilx gvaPdes HgnFé^ m )'art du iiyi sièdd se «oontre da^ tqute sMiélégancQf l'un^des ^euit 4 qit'i>p n^tcmveemo» ten9wt:4a piéfHi"%H frqptispieeide }a oathédrak^4e $$i««kpurg et>ap pbrt^il d4$ i-Hptre^Pame 4^ Ttèvea) est douéerd'PP^ gfrdcQ mefv^ieuse qui brille dans §eit proportiqps MJéliéesv 4aii«t sa ppst» penchée, danst se& ^l'^penes ço^^i^s^ pt méi^p^ malgré le bw? ({^ati dpnt ses yepx sptl^ popveptsv >dap& aa figuite «imitée p^r up smlîpimt tAUtre^gieui; cbsti
4^8 DE l'art £N ALLEMAGNE.
je pense ^ une figure de la Foi. Des deux portes pratiquées sous les clochers de l'apside orientale, la première est décorée de petites sculptures byzantines ; la seconde abrite, sous de riches dais, de grands personnages de l'époque ogivale , et entre autres deux statues nues d'Adam et d'Eve, qui, pour la grâce triste , approchent de ce que l'archaïsme grec a pu produire de plus délicat.
On trouve aussi dans l'intérieur de l'église de précieux restes de peintures, que M. Gœrtner a eu grand soin de conserver en restaurant cet édifice. On voit des traces de coloration dans les belles sculptures du chœur de Saint-Georges, lesquelles s'enlevaient vivement sur des fonds d'or, au milieu de leurs compartiments cintrés. I^a clôture du chœur de Saint-Pierre porte dans ses trèfles , au lieu de reliefs, des figures peintes, dont le style est si large et si antique , malgré sa rigidité , que je n'oserais décider si elles ont été exécutées au xiii<. siècle ou au xvi*. I^s voûtes du même chœur ont retenu des ornements peints, dont les tons bruns et roses, et les entfelacs moresques accusent franchement le goût oriental. L'arc qui sépare ces voûtes de celles de la nef, et qu'on ne peut faire remonter au-delà des dernières années du xm* siècle, est couvert de figures où l'antique style grec subsiste, sinon dans toute son élégance, au moins dans toute sa force; c'est le dernier terme de cette belle
peinture linéaire dont les vases étrusques passent pour offrir les plus anciens témoignages. Ce n'est pas la première fois que l'antiquité m'apparait vivante encore presque à la veille du siècle qui a prétendu la tirer, après mille ans, du tombeau. Dans toutes les directions qu'embrasse le développement de l'esprit humain, elle avait conservé son empire presque absolu jusque dans le xii* siècle; au xiii* elle fut un instant vaincue par le mouvement qui enfanta du même coup les langues modernes et lart ogival ; mais déjà au xv" elle avait repris toute son autorité en Italie , et elle était sur le point de s'imposer à l'Europe entière plus fortement que jamais» La cathédrale deBamberg, si curieuse à tant d'autres égards, si grande et si belle en elle-même, me semble se relever et s'embellir encore par cette éclatante démonstration de la solidarité ininterrompue du génie antique et du génie moderne.
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. ËiitrëFfaocfort etFuldev iùx çonfiM delà Franoonie.cA de la Wéléra^ie ^ M Toyageuni mTersent la * petite <^nUe de GelphauseniiSâns soupçonaer ^'elle poflsè^^ii^n des monumenta les pliis important de . 1! Allemagne. La Rins^ 4|ui .^a. se jeter dans le. Meinà «luel^nea lieii^ de Ji ^ . coHle au pied du coteau sur lequel l'église byzantine s'é-
4351 l>E L ART £ir ALLBllAGHE.
lève du milieu des maisons et des remparts de la cité. Dans une île de la rivière j sont entassées de vastes ruines, sur lesquelles les paysans ont bâti tout un village, et qui vont nous permettre de marquer avec une précision nouvdle le caractère de l'ancienne architecture allemande.
Ces ruines , imposantes par leur beauté autant que par leur étendue, sont les débris d'un palais que l'empereur Frédéric Barberousse avait érigé au milieu du xu* siècle, et, selon toute probabilité, dans les premières années 4^ son règne. T^e charme d*une vallée agreste , et , s'il faut en croire les traditions indigènes, l'attrait d'une dame du lieu, déterminèrent le magnifique empereur à bâtir cette demeure. Le chanoine de Freising, qui a continué la chronique commencée par l'illustre évéque Othon, nous donne d'un palais de Barberousse une. description qui ne saurait s'appliquer qu'à celui-ci. «Il l'a » fait construire , dit-il , en pierres rouges , et Ta » orné avec prodigalité. En efiet , d'une part , il l'a » environné d'un rempart très solide ; de l'autre , » dans les eaux qui l'entourent comme d'un lac, » il a ménagé un vivier qui contient toute espèce de » poissons et d'animaux , pour le plaisir de la vue » et du goût ; il y a aussi un jardin contigu qui » nourrit une foule de cerfs et de chevreuils. La » magnificence royale et l'abondance incroyable de » toutes choses disent assez ce qu'on y a dépensé.»
GELISHi^USEN. 4^3
Quoiqu'il semble qu'en donnant ces détails le chroniqueur se soit plus souvenu des repas qu'on faisait à Gelniiausen que des formes que l'art y avait prises 9 cependant on retrouve dans son récit les traits principaux du monument impérial.
La pierre rouge a servi à bâtir presque tous les édifices qui ont été élevés en Allemagne, entre le xi*^ siècle et le xiii*. Dans la cathédrale de Mavence, on la voit employée partout , excepté à l'apside du X* siècle qui est en pierre noire; elle se fait remarquer dans la plupart des cathédrales byzantines du Rhin; elle se rencontre encore dans les cathédrales deFribourg en Brisgaw et de Baie, qui sont postérieures; elle persista même dans le château que les comtes palatins érigèrent sur la montagne de Heidelberg, et dont les ruines sont le plus considérable témoignage de la Renaissance allemande. Je ne serais pas éloigné de croire qu'elle était destinée à rivaliser avec la chaude couleur de la brique dont sont formés les monuments romains. A Gelnhausen , la pierre rouge est disposée par assises énormes , avec ces bossages bruts, entourés de rainures polies, que les Toscans empruntèrent aux Latins.
Le mur d'enceinte, qui suit la forme irrégulièrement circulaire de l'île , est entièrement fermé à l'orient^ où la rivière se partage à ses pieds en deux fossés naturels qui pressent les deux flancs du château ; c'est sans doute à l'extrémité occidentale de II. a8
rile qu'avaient été pratiquées la piscine et les volières dont le biographe veut parler. Jje parc devait occuper la place des prairies qui sont au-delà du fossé méridional.
Au-dedans de l'enceinte, on distingue encore clairement, à l'angle sud-ouest, une grande tour carrée, signe de suzeraineté , lieu d'observation ; au nord de la tour , une chapelle suspendue sur une double voie, et surmontée d'un misérable toit moderne; sur le flanc septentrional de la cour que la chapelle . borne au couchant, une immense salle impériale qui, quoique toute démantelée et tout ouverte, offre encore les traces très apparentes d'une grande magnificence. Dans ces trois morceaux, qui sont peut-être les restes les plus curieux de l'architecture civile du Moyen-Age, le plein cintre règne partout sans altération, et le style byzantin, auquel il emprunte ses ornements, se déploie avec tout l'appareil de sa richesse et de sa force.
La tour et la chapelle, placées sur le même plan, marquaient sans doute, au couchant, lextrémité des constructions. Des deux voies pratiquées sous la chapelle, une seule est ouverte, et servait probablement tout à la fois de porte et de vestibule aux parties intérieures du château ; l'autre est fermée , et, comme l'indique son nom de messthor, étaitsans doute un abri réservé aux marchands qui venaient vendre à la cour. Les pilastres qui soutiennent les
GELNHAUSEir. 43^
arcs des voûtes de ces deux parties ^ romains par la base y ont de doubles chapiteaux byzantins , parfaitement appropriés au poids qu'ils supportent. La chapelle , qui est érigée au premier étage, et dont il serait difficile de restituer Tescalier, n a pas conservé sa forme première;. indépendamment de 1^ méchante couverture qui lui a été donnée dans des temps rapprochés , elle a été presque tout entière remaniée plus anciennement. On voit encore en dehors les vestiges des grands arcs de ses fenêtres primitives , qui devaient répéter, au levant et au couchant, les deux ouvertures énergiques du rez-de-chaussée. Au lieu des deux fortes fenêtres du plan originaire , chacune des deux faces porte aujourd'hiu trois petites fenêtres allongées. L'intérieur de la chapelle n'a guère été plus respecté que l'extérieur. Les murs latéraux, composés de trois compartiments cintrés que séparent des pilastres, et qui sont tout-à-fait semblables aux anciennes constructions romaines , subsistent seuls pour indiquer que les voûtes qu'ils soutenaient retombaient au milieu de cette salle, sur des colonnes qui la partageaient en deux parties égales et pareilles à celles de l'étage inférieur. Ces chapelles, partagées par un rang de colonnes , se rapportent à la plus haute antiquité chrétienne , dont les traditions subsistaient ainsi en Allemagne encore intactes au milieu du xu* siècle.
La grande salle impériale, qui occupe la face septentrionale de ia cour intérieure , est la partie la plus intéressante , et heureusement la mieux conservée du château. Élevée à une assez grande hauteur audessus du niveau de la cour, elle était sans doute ornée d'un perron dont on n'aperçoit plus la trace, mais dont la nécessité est indiquée par les vestiges incontestables du plancher; elle est tournée vers le midi , sur lequel s'ouvrent les riches arcades qui lui distribuaient la lumière, etlaporte, encore plus* magnifique, qui, placée en face du trône, devait servir aux cérémonies. Les arcades n'avaient , je le crois bien , aucune garniture propre à séparer l'air du dedans de celui du dehors ; par une conformité nouvelle avec les édifices antiques, elles laissaient le jour s'introduire librement à travers leurs colonnades; mais au lieu d'être fermées, comme chez les Latins , par un seul rang de hautes colonnes toscanes, elles offrent deux rangs de fortes colonnettes recevant les retombées des cintres romains sur leurs doubles chapiteaux, ciselés et accouplés dans le style énergique et pompeux de Byzance.La grande porte, qui divise ces colonnades orientales en deux parties égales , et qui , élevant sa tête au niveau de leurs cintres, abaisse son seuil bien au-dessous du niveau
de leurs socles, est couronnée par un superbe trèfle moresque qui met le comble à l'éclatante parure de cette face. Au-dedans , vis-à-vis de la porte^
GELIVHAUSEN. 4^7
sur le mur opposé aux colonnades , deux belles colonnes rubanées, flanquées de deux tabliers en pierre curieusement ciselés, soutiennent une console qui portait probablement le dais du trône. Le trône était placé entre les deux colonnes et adossé à une tenture ; les deux tabliers de pierre dispensaient sans doute de tendre le mur derrière les sièges des deux principaux dignitaires qui assistaient l'empereur. Cette admirable - salle nous montre, parvenu à son dernier degré de transformation , le plan des basiliques dans lesquelles les empereurs romains tenaient autrefois leurs audiences; sans s'^y altérer, le plein cintre s'y est revêtu de tout le prestige de Fornementation byzantine. L'appareil de la maçonnerie , la ligne fondamentale de la construction, appartiennent encore à la tradition latine; la disposition, les proportions, les sculptures se rattachent à l'école grecque. Deux bas-reliefs qu'on aperçoit dans la cour contrastent par leur grossièreté avec la perfection des ciselures; on y voit une main habituée à sculpter avec une merveilleuse finesse toules sortes de fantaisies architectoniques , devenir impropre à tailler une ressemblance de la figure humaine. L'un de ces deux morceaux, autant qu'on peut en juger, représente un lion mettant la patte sur uri agneau; l'autre, l'empereur qui brandit Tépée de la main droite et tient la croix de la gauche ^ tandis que
438 DE l'art en allbm agite.
deux hommes, yétus à l'orientale, se prosternent devant lui.
L'église qui s'élève au penchant de la colline de Gelnhausen ofïre un modèle curieux et authen* tique de la suprême époque de l'art byzantin. On lit sur les plus anciennes parties de ses murs, qui étaient comme les pages de la chronique de la villei cette inscription : ANNO DOMINI M.CCLXXUI FACTUS EST TERRiE MOTUS , et cette autre : ANNO DOMINI M. CGC, AUDITA SUNT TONI- TRUS ET VIS FULGURIS. Ce tremblement de terre de 1273, ces coups de tonnerre de i3oo, se rapportent sans doute au temps de la construcHoQ de l'édifice j qui serait ainsi postérieur d'un siècle au palais de Frédéric Barberousse. Le plan du monument, assez semblable à celui des Saints Apotrçs de Cologne, présente cependant , en ses détails^ deis lignes plus complexes. La tour qui est placée au bas de la nef, sur le frontispice, est carrée; mais, la flèche qui s'élève sur le dôme est octogone, et ornée, sur chacune de ses huitfaces, de trois trèfles inscrits dans un cintre; l'apside principale est pentagone, décorée, comme à Zinzig, de cinq petits frontons qui se rattachent à un comble commun; deux apsides accessoires, qui accompagnent la plus grande, et qui sont attachées aux deux travées de la croisée ^ sont surmontées de flèches très minces et.trçs aiguës , qui suivent la forme octogone de leur base.
GBLVHAITSEir. 439
L'abondance des trèfles et des rosés semés dans les parties les plus anciennes de l'extérieur , les ogives survenues dans quelques parties qui semblent avoir été ajoutées presque immédiatement aux premières , montrent assez que cette construction est une des dernières où le principe byzantin ait été appliqué.
Au-dedans on retrouve le même caractère : tandis que le plein cintre règne dans les formes originaires des apsides accessoires et de quelques fenêtres, le trèfle est employé presque partout dans les ornementations , et l'ogive dans les élancements des voûtes et des arcades. La grande apside du chœur est décorée de deux étages de trèfles j surmontés par de grandes fenêtres latines tendant à l'ogive, que couronne un diadème de roses, soutenu par de fines arcatures. Le jubé , qui peut être considéré comme le développement extrême des clôtures basses pratiquées primitivement au tour du chœur par les Byzantins , offre ici un singulier mélange de pleins cintres et d'ogives. Il y faut remarquer, ainsi que dans le chœur au milieu des ornements empruntés au genre purement symbolique y les chapiteaux des colonnes y où le feuillage itaturel de Tart ogival commence à s'épanouir. Tous ces signes autorisent à placer à la fin d^i xiii^ siècle la grande édification de ce monument byzantin.
44o DE l'auT EW ALLliMAGxNh.
Les sculptures y sont en grand nombre et y présentent le plus haut intérêt. Fidèles, pour la plus part , au style oriental, elles semblent flotter entre les souvenirs de l'art égyptien et ceux de l'art éginétique; l'énergie terrible du sentiment s'y joint à une rare finesse d'exécution ; et tandis qu'on admire le costume antique qui jette sur leurs flancs ses plis presque intacts encore , on voit leurs yeux , oublieux de toutes les proportions , s'ouvrir démesurément comme pour se mieux pénétrer de la lumière nouvelle. Les figures les plus remarquables sont celles qui sont placées au-dessus des portes latérales de la croisée. Elles représentent, d'une part, au milieu des anges et des disciples, le Christ crucifié avec la robe byzantine ; de l'autre, entourée de saintes, la Vierge assise et portant l'enfant qui tient déjà le livre et les deux doigts levés. Une porte plus vieille encore, encastrée dans un côté moderne de la nef, est ornée d'un bas-relief où l'on trouve le plus ancien style oriental , celui du fameux tryptique du baptême de Clovis, et d'un autre tryptiqi^e du musée de Berlin qui représente la résurrection de Lazare. Le Christ qui est sculpté sur cette porte, parmi les s£^ints et les évêques, est un des plus beaux modèles de la grande figure divine qni a présidé aux destinées de l'art pendant la première époque du Moyen -Age. Les sculptures qui parent k l'intérieur la galerie du
gelnhmjseut. 44 ^
jubé appartiennent au contraire, par leur air naturel, à l'école ogivale qui a déterminé la seconde époque; elles représentent d'un côté les habitants du ciel, de rautre les victimes de l'enfer, et parmi celles-ci la tête de saint Louis, soit que le hasard seul ait amené cette ressemblance, soit qu'un motif politique ait conduit le ciseau de l'artiste.
XXVIEI
lViii*eiiiber|[<
Après avoir étudié le principe de Tart tudesque dans les pays où régnaient les princes de TÉglise et ceux de la féodalité, il est temps d'examiner quelle fortune il eut dans les contrées où la bourgeoisie établit sa domination. Entre toutes les villes libres qui formaient, en Allemagne, autant de répybliques indépendantes sous la protection de Tem-*
444 ^^ l'aHT en ALLEMAGNE.
pereur, Nuremberg a toujours passé pour une des plus importantes et des plus industrieuses. De nos jours, son nom est devenu plus célèbre parmi les altistes qu'il ne Ta jamais été parmi les marchands du Moyen-Age; et en approchant de ses murs, je croyais, sur la foi commune, que j'allais pénétrer dans le sanctuaire le plus pur et le plus respecté de lart chrétien. Les brumes qui rampaient doucement entre la terre et le ciel , les plaines de la Franconie vastes , vertes , coupées de loin en loin par des collines élégantes, les tours imposantes dont on découvrait le faîte, les pointes nombreuses des flèches,les angles aigus et pressés des toits ajoutaient à l'effet des récits que j'avais entendus; et doutant déjà des conclusions que j'avais tirées jusqu'alors de l'examen des monuments de l'Allemagne , je me figurais que l'architecture ogivale allait m'offrir, dans une vieille cité germanique « ses plus anciens et ses plus beaux chefs-d'œuvre. Mais, quelque envie que j'eusse de me trouver en défaut, je me vis bientôt forcé, non sans quelque désappointement, de persévérer dans toutes les idées que je m'étais faites jusqu'alors de l'élément original de l'art allemand.
La ville entière est comme un seul monument édifié d'âge en âge, et qui, pour être bien compris, veut être étudié dans l'ordre où il a été construit Elle dut ses commencements au château qui la pro-
tège aujourd'hui du côté du nord, et qui, assis sur de hautes roches taillées à pic, fut certainement, dans le principe, une forteresse importante entre les mains des premiers gouvernements réguliers établis au milieu des forets de l'Allemagne. Au pied de ce château, quelques maisons- s'abritèrent d'abord; puis les constructions s'étendirent jusqu'au bord de la Pegnitz, tout autour de la paroisse de Saint-Sébald , centre de la vieille ville ; puis elles passèrent la rivière pour s'étaler sur le coteau voisin, et former une ville nouvelle au centre de laquelle on bâtit la paroisse de Saint-Laurent , en ■ ayant soin de répéter fidèlement les porches, la nef, le chœur, les clochers de Saint-Sébald , de manière à assimiler autant que possible les deux villes jumelles. Ce travail n'était achevé qu'au xvr siècle » qui jeta autour de* la cité une enceinte gigantesque de remparts, de tours rondes, de bastions, conservant encore, à la dernière époque, le caractère sphérique et vigoureux des constructions toutt's romaines de la première.
Le château, par où je commencerai, ne paraît pas remonter au-delà du x* siècle; il fut , à ce qu'on pense , fondé en 9 1 3 par Conrad !•', le dernier empereur du sang de Charlemagne , celui dont le règne vit la féodalité allemande s'établir définitivement, et dont la mort livra le sceptre à la maison de Saxe. Ce prince a-t-il remué les immenses assises de pierre
dont sont encore formés les gros murs du château, et qui semblent rivaliser de force et d'énormitéavec les roches vives sur lesquelles elles s*appuient? Ce sont en quelque sorte les œuvres cyclopéennes du Moyen Age ; le caractère romain qu*on y voit empreint s'est répandu de là jusque dans les constructions des derniers temps.
De l'époque même de la fondation doit dater la chapelle actuelle du château. Elle a la forme carrée des premières égHses que les Grecs construisirent sur le modèle des sanctuaires païens : quatre colonnes très hautes, placées au milieu de cette salle, la divisent en trois travées égales, et soutiennent les retombées de neuf voûtes sans nervures; le chœur y placé à l'extrémité du plan de la chapelle fait, hors de lui , une saillie carrée, égale à Tespace qui se trouve compris entre les quatre colonnes; une tribune assez irrégulière , supportée par deux énormes piliers, s'ouvre sur les appartements intérieurs , en face du chœur. On m'a assuré qu'il y avait en Allemagne une église toute semblable , située sur les frontières de Bohême, dans cette petite ville d'Egra, où Charles-Quint et plus tard Wallensteîn posèrent leur camp. A Nuremberg même on en voit ime autre dans laquelle on a adapté, à la fin du XIV* siècle, l'ogive à la forme grecque; celle-ci fut construite sous l'invocation de Notre-Dame, sur la place du Marché, en i36i , pendant le règne
de l'empereur Charles IV , par les frères Schonhofer, deux illustres artistes de la ville. A la fin du xv* siècle elle a été décorée par Adam Kraft d'une charmante petite tour sculptée, qui forme actuellement son frontispice, et de plusieurs hauts-reliefs répandus au-dedans etau-dehors. Ce monument, moitié grec et moitié gothique, est une des plus charmantes singularités d'un lieu où elles abondent.
Frédéric Barberousse donna une grande étendue à l'ancien château, qui, après avoir longtemps abrité les empereurs taxons, ne suffisait plus aux goûts fastueux d'un Hohenstaufen; mais on ne saurait distinguer dans les constructions présentes celles qui datent de ce prince. Les appartements n'offrent aucun rensefgnement curieux sur l'architecture des Siècles passés ; au-dehors ils présentent une masse irrégulière où sont it régulièrement percées des fenêtres ordinaires; au-dedans on trouve quelques vieilles peintures byzantines et gothiques. La vue qu'on a du haut de ces salles est leur plus bel ornement ; elle s'étend au midi , par-dessus les toits et les tours de la ville, sur une immense plaine semée de petits bois de pins.
En descendant de ce château, où l'art du Moyen- Age se confond avec les anciennes formes romaines et grecques, il se faut arrêter k la paroisse de Saint-Sébald. C'est une petite église dans laquelle on remarque les traces de deux époques bien di-
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verseâ de construction. Â la première époque appartiennent la nef et Tapside destinée au baptistère; toutes deux sont bâties dans le style byzantin ; maïs les archéologues du pays , qui les disent (iiles de la belle cathédrale de Bamberg, mériteraient qu'on les condamnât à porter pendant toute leur vie le poids des lourds piliers qui en soutiennent les voùtes. Etroite, courte , barbare, chargée plutôt qu'ornée de tribunes dont le cintre est grossièrement coupé en deux ogives- basses et informes, la nef semble être un vivant témoignage du peu' de succès avec lequel la bourgeoisie du Moyen-Age s'efforçait d'imiter les constructions de l'aristocratie. Cette partie de l'église , qu'on ne saurait faire remonter au-delà du xii' siècle , aboutit à un chœur qui date de la fin du xv' siècle; là on trouve l'exces contraire à celui qui déparait la nef; l'ogive ' tout-à-l'heure, opprimée par la barbarie, est, maintenant, déformée par la décadence; les tribunes, qui là-bas avaient le tort d'offrir un aspect sauvage, ont ici celui de disparaître. I^s piliers s'élèvent, isolés , du pavé au faîte , décorés seulement , sur les arêtes de leurs moulures évidées, par des nervures qui se prolongent jusque dans la voûte et qui s'y enlacent comme les mailles d'im lourd réseau de pierre; les bas-côtés deviennent aussi hauts que le sanctuaire qu'ils entourent, et une seule fenêtre ogive en mesure toute la hauteur. Cest cette extrémité de l'art
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Ogival qu'on prend en Allemagne pour sa plus pure fleur.
La décoration que les artistes du xvi* siècle ont faite h ce monument en est sans contredit la partie la plus remarquable. Les reliefs d'Adam Kraft, le fameux tontil^eau de saint Sébald par Pierre Yischer, sont des morceaux dignes d'admiration ; mais je ne m'y arrêterai point encore y et , selon ma coutume, avant d'examiner les productions des arts accessoires y je vais continuer a chercher dans les ouvrages de l'architecture le caractère du principe fondamental de l'art allemand.
Le château marque l'origine de la ville ; l'église de Saint-Sébald , le commencement* de sa liberté ; l'église de Saint-Laurent, le développement de sa richesse. A la fin du xiii' siècle , en 1 1278, lorsque la bourgeoisie de Nuremberg jetait les fondements de ce dernier édifice, elle arrivait rapicjement au comble de sa prospérité ; et comme le style ogival s'introduisait, vers le même temps, au *delà du Rhin^ elle voulut associer sa jeune fortune à cet art naissant; cependant, fidèle à ses premiers souvenirs, elle répéta, autant que possible, dans la paroisse nouvelle, le plan et les dispositions principalesde l'ancienne. I^ nef de Saint-Laurent affecta la forme ogivale; mais, par son étroitésse, par l'abaissement des bas-côtés, par la gravité des petites fenêtres qui surmontent les arcades, elle conserva if. 19
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un aspect austère qui,de Saint-Sébald, semble imiter le style pesant. Les deux flèches qui accompagnent le portail furent faites égales en hauteur et pareilles en apparence à celles de Saint-Sébald , Tune en métal vert ilsrtté d'or, l'autre en métal blanc; enfin le chœur construit 9 à la fin du xv* siècle, sans doute pour la seconde fois , fut fait , comme celui de Saint-Sébald , plus large que ia nef , aussi élevé dans les bas-côtés que dans le sanctuaire , et soutenu par des piliers isolés dont les nervures s'entrelacent dans la voûte en caissons gothiques. Le frontispice estla partie dans laquelle les deux monuments difierent le plus ; car, au lieu de l'apside close que présente Saint-Sébald , on vdit à Saint-I^aurent un beau portail dans le style ogival. Une seule entréey est percée sous ime grande ogive dont les zones supérieures sont remplies de sculptures. La rose qui surmonte la porte a des ornements composés de fenêtres ogives géminées qui se succèdent en sens inverse , et qui sont encore mêlées de petites roses. Les deux tours qui encadrent la porte sont carrées, percées de rares fenêtres, et décorées, dans leur extrémité^ d'une sorte de treillage de pierre , qu'on rencontre souvent en Allemagne, et notamment à l'église de Saint-Étienne, bâtie à Bamberg à la fin <lu Moyen- Age. La complication de ces ornements, de ceux de la rose , de ceux de la voûte du chœur, offre je ne sais quelle physionomie à la fois riche et lourde qui
HUREMBERG. 4^1
marque les derniers progrès des Allemands dans la cari'ière des arts. Je vous montrerai plus tard le même caractère dans les morceaux dont la sculpture a enrichi l'église Saint-Laurent, dans le célèbre tabernacle d'Adam Kraft , dans le pendentif de Veit Stofs, dans les figures anonymes du portail.
Les deux villes groupées autour des deux paroisses principales, sur deux collines opposées que séparent les branches divisées de la Pegnitz, durent avoir deux enceintes particulières dont on reconnaît encore la place en jetant les yeux sur une carte de la cité actuelle , et que le rempart du xvi^ siècle a toutes deux enfermées dans ses vastes flancs. Dans la première enceinte, au nord de la Pegnitz, était la ville du xii* siècle ; dans la seconde j au midi de la rivière , était la ville du xui* siècle. La première devrait présenter surtout des maisons byzantines, la seconde des habitations gothiques, si Nuremberg avait eu, comme on dit^ la fortune d*inscrire dans ses monuments les grands principes qui ont présidé au développement de l'architecture du Moyen- Age. Mais il faut singulièrement se défier des mensonges de l'admiration vulgaire. La ville a sans doute une physionomie curieuse et peut-être unique; elle semble avoir été construite au hasard par le génie peu régulier de la bourgeoisie; les maisons n'observent aucun alignement, et, outre les saillies que chacune d'eUes pro-
45â DE l'art £9 ALLEMAGI?E..
jette sur la rue , elles font toutes des saillies les unes sur les autres , de manière à se distinguer en* tre elles et à se rendre indépendantes autant qu'il est possible. La pente contimielledu terrain, rembranchement incessant des rues qui se coupent sous les angles les plus variés , les bras divers de la Pegnitz, qui vont sans cesse en se séparant et en se rejoignant d'une manière inattendue , les avances originales que les maisons font dans Teau , les pignons bizarres qu'elles élèvent à la rencontre des rues , les encoignures [ecké) qui pendent sur les façades , les immenses toits rouges, percés de plusieurs étages de lucarnes , offrent sans doute un aspect original et imprévu qui contraste fortement avec toutes les capitales de TAllemagne, tirées au cordeau par les princes du derniersiède. Mais dans tout ce désordre piquant , on ne rencontre pas une maison qui date du xiv* siècle, et à peine en trouve-t-on quelques unes qui ont gardé la façade du xv*". 11 y a certainement plus de vieilles demeuras à Metz et à Beauvais que dans la ville impériale delà Franconie. Sur tous les pignons qui la décorent je n'ai pas distingué une seule ogive; les plus anciennes habitations ont des fenêtres carrées et encadrées de filets; il n'en est guère que deux qui aient conservé des créneaux et quelques ouvertures ogivales ; l'une des deux , située en face de Saint-Laurent , est la demeure des comtes de Nas-
NUREMBEBG. 4^3
sau j et semble indiquer que les créneaux et les ogives étaient, même dans cette ville industrieuse, une sorte de marque réservée à l'aristocratie.
Si les lignes caractéristiques de l'art du Moyen- Age ont élé effacées à Nuremberg , il faut reconnaître que les habitudes générales de cette grande et curieuse époque y sont encore clairement indiquées dans les édifices. La maison du peuple s'y montre, comme dans le vieux temps, faite de bois, et portant devant chaque étage, sous la vaste protection du toit commun , ses grands balcons couverts, espèce d'avant-scène du foyer domestique. Ce sont ces commodes balcons que le riche a remplacés par les encoignures saillantes , dans lesquelles les femmes accomplissent agréablement leurs travaux, tout k la fois suspendues en dehors de la maison, et renfermées cependant en son sein. L'appareil de l'existence privée se traduit avec cette naïveté dans toutes les parties de la façade , et fournit à l'art les motifs les plus variés et lés plus charmants : au rezde-chaussée, la porte d'entrée , une fenêtre haute qui éclaire le vestibule sans le trahir, une porte basse pour le service des parties inférieures ; au premier étage, l'appartement commun, qu'on reconnaît à son encoignure saillante, ayant trois points de vue différents ; aux étages supérieurs, les pièces destinées à l'usage de chacun ; dans le toit « la lucarne maîtresse, dont la grue, curieusement sculptée, est
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le signe de la propriété agricole dont elle attend les produits: On peut juger de l'ancienne prospérité de la ville par le grand nombre des étages et des fenêtres ; on sent qu'il y a eu là autrefois , comme aujourd'hui dans nos capitales , un énorme entassement d'individus.Cependant nulle part de palais; les plus importantes habitations ne sont encore que des maisons de marchands; mais ces marchands du Moyen- Age ne devaient point ressembler à ceux de notre époque. L'absencede boutiques qu'on observe ordinairement dans leurs demeures ferait croire qu'ils n'exposaient point tantleurs marchandises aux regards ; artistes , artisans , négpciants travaillaient dans leurs encoignures , et les enseignes dont la sculpture décorait leurs portes, et qui avaient ainsi une nécessité, étaient toute la montre qu'ils faisaient De la sorte ces bourgeois élevaient leurs édifices privés, où la pierre remplaçait peu à peu le bois, où les étages s'élevaient et les toits s'agrandissaient insensiblement , mais où se témoignait un dédain à peu près égal pour le plein cintre des anciens édifices religieux , et pour Togive des bâtiments plus modernes de la f éo dalité.
Lorsque la Renaissance survint, elle ne rencontra point parmi, eux un meilleur accueil que celui qu'y avaient reçu les formes précédentes de l'art. D ne se présenta pas un homme capable de faire dans l'architecture privée la révolution qu'Albrecht Duerer
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accomplit dans la peinture 9 et Pierre Vischer dans la sculpture. Les maisons du xvi' siècle , qui sont les plus nombreuses à Nuremberg , se distinguent par le plein cintre , qui remplace le carré des anciennes fenêtres. Basse, lourde, mal formée dans la plupart des édifices, cette courbe n'atteint quelque élégance que dans certaines maisons où l'on trouve aussi par intervalles des fenêtres carrées surmontées de frontons grecs. Mais ces constructions mêmes n'ont point su s'élever jusqu'au sentiment des ordres; les plus somptueuses ont adopté la colonne , sans pouvoir lui donner ni proportions, ni chapiteaux; elles la font monter d'un seul jet du sol jusqu'au faite, et la mettent au hasard dans les pignons à la place des dentelures capricieuses de l'époque antérieure. On dirait que ce n'est qu'à la fin du XVII* siècle que les architectes nurembergeois sont * parvenus à comprendre le rhy thme des ordres antiques ;mais ils l'abordentau moment desa décadence, et font leur renaissance à l'époque du Borromini et dans son style exécrable. Alors fut élevé, avec toute la pesanteur du génie local , l'hôtel-de-ville de Nuremberg; et c'est encore plus tard, au milieu du xviii' siècle , que furent dessinées, avec toutes les rocailles du temps de la Pompadour, la plupart de ces encoignures où nous voyions tout-à-l'heure un signe des constructions sincères du Moyen- Age. Les intérieurs ne démentent en rien ce que les dehors
annoncenL Les plus Yieilles boiseries datent do XTI* siècle , et ce n'est que dans celles du xm* qu'on Toit apparaître le sentim^it des proportions et du rhy thme. Les habitants de cette ville , dont Tarchitecture toute d'aventure et de naïveté n'a pu s'assujettir à aucun des principes généraux adoptés par les artistes chrétiens , sont cependant possédés d'une manie furieuse qui leur fait regarder la ligne ogivale comme l'élément de leur art national. Depuis quelques années, ils sèment les ogives dans lear façades , et en mettent jusque dans les lucarnes de leurs toits; de telle sorte que , dans dix ans, si vous traversiez Nuremberg , vous pourriez bien y voir l'ogive partout, et m'accuser d'avoir surpris votre bonne foi.
Hais qu'ai-je besoin de m'appliquer à vous décrire cette cité? Souvent vous en avez eu sous les yeux une image fidèle dans ces jouets qu'on met entre les mains des enfants et avec lesquels ils con*^ struiserit une ville au gré de leurs caprices. Regardez, dans leurs jeux, ces maisons dont les faces sont peintes en jaune, les fenêtres en vert, le toit en ronge, dont les petites masses cubiques sont toutes indépendantes les unes des autres; déjeunes mains en tracent les alignements d'une manière assez gauche, elles entourent d'un rideau de pins à la chevelure courte et crépue. Ce sont les fabriques mêmes de Nuremberg qui répandent «n tous
lieux cette imitation de ses demeures et de sa campagne. Peut-être pourrait-on en montrer un modèle encore plus exact dans ces morceaux de bois qu'un pâtre industrieux sculpte avec un couteau grossier, tout en surveillant son troupeau , et au moyen desquels il parvient à produire quelque chef-d'œuvre où manque le sentiment de l'art, mais où l'artifice et la délicatesse sont |>oussés au suprême degré. Ainsi est façonnée sans règle, ainsi est ornée avec une subtilité ingénieuse, la perle de la Franconie.,Si le goût de l'architecture y fait défaut, la passion du relief y éclate; à tout instant le regard joue sur des profils curieux, qui semblent avoir été découpés par le ciseau ; les places, les carrefours, les ponts , les maisons , tout n reçu je ne sais quelles inflexions diverses et originales, et une multitude de statues gothiques vous salue au passage du haut des balcons.
L'orfèvrerie , et tous les arts qui consistent , comme elle , à modeler de riches saillies, ont fait au Moyen- Age la gloire de Nuremberg et lui ont donné sa parure. La belle fontaine($c'Aaî/i Brunnen) qui orne la place du Marché, construite de i356 à i36i par George Ruprecht et Sébald Schonhofer, nous donne une idée de la perfection à laquelle la joaillerie avait pu parvenir dans cetje ville au railieu du XIV* siècle. C'est une grande pointe gothique , dont les ogives sont ornées des statuettes des
sept électeurs et des héros de l'ancienne Germanie ; parmi ces figures il en est de remarquables par leur air de sombre et jeune énergie ; les légères découpures dans lesquelles elles sont encadrées sont aussi du travail le plus minutieux: seulement on ne voit pas en quoi la forme générale à laquelle tous ces détails sont assujettis convient plus à une fontaine qu'à un tombeau. Les sculptures qui ornent la façade de Téglise de Saint-Laurent ont conservé plus fidèlement encore , à ce qu'il semble , le caractère de l'école primitive de Nuremberg ; elles n'ont pas la grande élégance de nos gothiques; elles se contournent en affectant les mouvements de la nature y et offrent un aspect grave et mystérieux dont les têtes peintes par Albrecht Duerer semblent avoir atteint l'idéal.
Adam Kraft marque le second âge de la sculpture nurembergeoise; il s'approche de la nature avec plus de vérité que ses prédécesseurs, avec moins de science que ceux qui lui succéderont, en sorte que son talent est caractérisé par une espèce de grâce bourgeoise un peu épaisse , où le sentiment supplée à l'esprit. Ce bon homme, à la large figure, au front triste , commença sans doute par sculpter des triptyques de bois doré comme on en voit en grand nombre dans les églises de sa ville; on montre encore des enseignes dues à son ciseau. On remarque sur les murs extérieurs de Saint-
Sébald quelques bons ouvrages de sa main , et entre autres une grande passion de l'année i49^9 dont les 6gures heureusement groupées sont douées d'expressions touchantes. Un patricien de Nuremberg , Martin Kœtzel , ayant fait le voy.age de la Terre-Sainte pour estimer la distance qu'il y avait delà maison de Pilate au Golgotha , mesura, au retour, une distance pareille à partir de sa maison jusqu'au cimetière de Saint-Jean, et sur cette voie fit exécuter par Adam Kraft des stations dont quelques unes ont conservé un caractère particulièrement naïf et tendre. L'œuvre la plus «idmirée que cet artiste ait exécutée dans sa ville est un morceau qu'on appelle la Maison Sacramentelle ou le Tabernacle de Saint- Laurent. Déjà je vous ai décrit le tabernacle dont la même main a orné la cathédrale d'Ulm; dans celui-ci, qui me paraît plus ancien , le sculpteur est demeuré plus fidèle à la tradition des. pures lignes gothiques ; dans le monument de Nu* remberg, qui date de i5o6, il semble avoir voulu épuiser toutes les richesses que l'imitation des formes naturelles a permis d'accumuler dans les dernières productions de l'époque ogivale. En effet, adossé a un pilier du chœur, le Tabernacle de Saint- Laurent ressemble moins à une œuvre d'art qu'à une plante grimpante qui aurait sa racine dans le . parvis, et qui, rencontrant un appui, s'élancerait jusqu'à la voûte en dessinant dans son essor les
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figures les plus capricieuses. Cependant , en y re^ gardant fort attentivement, on finit par découvrir un plan fixe à travers le luxe de cette parure désordonnée; aloi-s on distingue d'abord une galerie à jour supportée par trois grosses figures agenouillées, dont Tune passe pour être le portrait de l'auteur lui-même ; au-dessus de la galerie , le tabernacle carré avec quatre saints aux angles ; au-dessus du tabernacle , qui forme comme le rezde-chaussée, une espèce d'entre- sol composé de petites sculptures disposées en trois tableaux de façon à représenter des scènes de la Passion; puis un premier étage composé de tiges végétales recourbées, embrouillées, entortillées de toutes les manières , qui supportent la foule des Juifs assemblée devant le Christ, au pied du tribunal de Pilate; puis un second étage plus simple où Jésus crucifié est entouré de la Vierge, de Madeleine et de saint Jean ; enfin un troisième étage, portant une figure seule, couverte par une pointe qui s'enroule en forme de crosse sous la nervure de la voûte. Tout ce monument est comme une grande pièce d'orfèvrerie allemande , façonnée avec un goût splendide et équivoque, et iraduite en pierre avec une admirable souplesse. C'est en effet un des carac-* tères particuliers d'Adam Kraft d'amollir en quelque sorte le grés non seulement par les expressions qu'il lui donne , mais par la facilité coulante et pourtant
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toujours un peu lourde des inflexions auxquelles il le soumet.
Pierre Vischer était un fondeur qui fit succéder aux naïves sculptures d'Adam Kraft des figures empreintes de la science et du style de la Renaissance, qu'il avait sans aucun doute étudiée en Italie. Son principal ouvrage est le beau tombeau qu'il a fondu en bronze, avec l'aide de ses cinq fils , dans les années i5o6-i5i9, et qu'il a placé au milieu du chœur de l'ancienne paroisse. Ce tombeau, de moyenne dimension , est comme une sorte de cage dont les minces et brunes colonnettes enferment et font admirablement valoir la châsse de saint Sébald, toute couverte de lames d'or et d'argent. Les pieds du monument, formés par d'énormes escargots et chargés de figures d'enfants qui jouent avec des insectes, son toit surmonté de constructions architectoniques et de blochetons byzantins, le^ colonnettes qui joignent la base au fuite , sont d'im goût tout-ài* fait allemand; on retrouve encore le même caractère dans les figures d'enfants jouant avec des chiens , qui ornent la console de la châsse , dans les bas-reliefs qui en entourent le socle et qui représentent les miracles attribués à saint Sébald , dans le portrait du saint portant son église sur sa main , dans celui que Pierre Vischer a fait de lui-même. Mais les douze statues d'apôtres qui sont adossées aux colonnes , à la hauteur de l'entablement de la châsse,
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ont des têtes et des draperies qu'on peut comparer aux plus beaux morceaux que l'imitation des anciens ait inspirés au génie moderne; les sirènes qui soutiennent les candélabres aux quatre angles affectent les formes allongées et fuyantes que, quelques années après Je Primatice n9.turalisa enFrance; les figures nues qui sont assises au pied des colonnes semblent posées par Michel-Ange , et celles qui en couronnent le faite ont lé costume et la tournure des œuvres les plus élégantes que Florence ait produites à la fin du xiv* siècle. Ce chef-d'oeuvre, qui n'a point son pareil parmi toutes les sculptures allemandes 9 ne peut être comparé qu'aux pages les plus complexes et les plus élevées d'Albrecht Duerer. L'exécution , quoique faite sur de petites proportiouSy est tout -à-fait monumentale; elle est à la vérité inégale, comme ayant été laissée à diverses mains; mais les attitudes , où Ion sent la direction suprême du maître, sont partout d'une grande beauté.
Les ouvrages de Pierre Vischer ne sont point très abondants en Allemagne. A Nuremberg même, on trouve la trace de son talent sur quelques tombes du cimetière Saint-Jean , dans une curieuse star tuette d'Apollon Sagittaire qui décore le rez-dechaussée du musée, et dans un magnifique médaillon de bronze qu'on voit derrière l'autel de l'église de Sainte-Égide; le pendant de ce dernier morceau
est enchâssé dans un pilier du cloître de Saint-£mmeran à Ratisbonne. On voit sons le porche de la cathédrale de Magdebourg un tombeau en bronze de l'archevêque Ernest de Saxe , qui est signé par Pierre Vischer , et qui est daté de l'année i49^; l'archevêque est couché , au milieu des ornements les plus fleuris que l'école gothique ait produits^sur une tombe dont les deux grandes faces portent les douze figures d'apôtres que l'auteur exécuta plus tard pour la châsse de saint Sébald,en y ajoutantdu nerf et du style. Le fondeur nurembergeoisa coulé, vers la même époque , une autre tombe pour un évêque de Mersebourg enterré dans sa cathédrale. On remarque à Berlin , dans leglise de la Cour, la tombe de l'électeur Joachiml", fondue dansle style gothique, et signée, avec la date de iô3o, par Jean Yischer^ qui était sans doute un des cinq fils de Pierre.
Parmi les élèves de Vischer se fit remarquer Paneras Labenwolf^ qui a orné la fontaine du marché aux fruits de la statuette connue sous le nom de Y Homme aux oies ^ où le caractère allemand est conservé avec goût. De la même école sortit un peu plus tard George Wurzelbauer, qui , dans l'année i58o, a coulé une jolie fontaine en bronze à côté de l'église Saint-Laurent. Dans ce monument , six femmes, représentant six vertus et versant de l'eau par les mamelles, sont debout sur une conque,
464 l)!-' l'aBT en ALLEMAGNE.
au-dessous de laquelle six enfants tiennent sur lear bouche des trompettes d'où l'eau découle égsAe^ ment. Ces figures sont de très petite dimension; les nombreux filets d'eau qu'elles jettent sont très minces , et forment un réseau de petites lignes maigres qui enveloppent comme d'un tissu gothique des figurines tourmentées par la Renaissance.
Cette Renaislsance allemande dont Pierre Vischer est le héros a encore produit Veit Stofs, qui a surtout sculpté le bois 9 qui a ciselé sur cette matière, dans une guirlande à jour suspendue à la voûte de Saint-Laurent , une belle Salutation angélique , et dont quelques médaillons ont été recueillis dans le musée par les soins de son habile directeur, M.Beindel. Parmi les joailliers qui appartiennent à la même époque et qui partagèrent le même goût, on ne peut se dispenser de citer Wenzel Jamnister, auteur d'un magnifique service de table qu'on peut admirer dans la |)récieuse collection de la famille Merkel.
Pierre Vischer, ses élèves, ses imitateurs, mêlèrent à un sentiment confus de l'ordre et de la noblesse antiques le sentiment de l'imitation naturelle qui avait été développé par l'époque ogivale; ils se distinguèrent, par une certaine énergie savante et riche , de Técole qu'Adam Kraft avait marquée par sa douceur naïve et pourtant fleurie; mais ils se tinrent étroitement unis à leurs prédécesseurs , en continuant, comme eux, à reproduire le type un
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peu obèse du marchand nurembergeois. Ces bons ciàeleurs allemands avaient beau visiter les élégantes villes de Fltalie et se repaître des immortelles figures que la pure grâce antique venait d'y produire , ils ne pouvaient effacer l'empreinte qu'avait laissée au fond de leurs âmes , en leurs premières années, le lent et épais génie de la bourgeoisie indigène. Quelques uns d'entre eux , comme Albrecht Duerer et Pierre Vischer, dans leurs meilleurs moments, parvenaient à tourner au tragique cette figure ronde et empâtée qui renaissait sans cesse et malgré eux sons leur crayon et sous leur ciseau ; alors ils lui prêtaient je ne sais quoi de sombre et de fatalement prédestiné , qu'on lit aussi sur le front douteux des créations de Shakespeare. Mais à part ces rares essors qui emportaient la tristesse germanique au-dessus des régions inférieures du monde visible j les écoles de sculpture et de peinture qui fleurirent en Franconie ne connurent point l'idéal , et elles furent condamnées à reproduire sans cesse, tantôt avec une paresseuse mollesse^ tantôt avec une vigueur affectée, l'expression commune d'une société toute mercantile. Ah, s'il est des hommes qui révent pour notre pays un gouvernement dont la bourgeoisie serait l'agent unique, puissent-ils visiter Nuremberg et comprendre les euseignements que l'art y donne !
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En Allemagne , comme dans les aurres pays de TEurope, le Moyen-Age a successivement exalté trois puissances , le clergé , la noblesse , la bourgeoisie 9 qui , après avoir marqué trois haltes distinctes dans la marche des nations , sont venus se ranger et se confondre , au seuil des temps roo* dernes , dans l'unité des monarchies. Chacune de
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ces dominations , chacune de ces époques a laissé des édifices empreints d'un caractère particulier. Nuremberg a Taspect divers, curieux , industrieu* sèment orné, que devaient lui donner le troisième pouvoir et la troisième ère. Au sein de Fantique cité de Ratisbonne, abandonnée depuis long- temps à sa solitude et à son silence , les deux premières puissances , les deux premiers âges respirent encore dans des monuments intacts et ignorés.
Bâtie sur la rive méridionale du Danube, cette ville a emprunté son nom tudesque de Regensburg à la Régenz, qui débouche^ à la vue de ses remparts , dans la rive septentrionale du fleuve. Le nom de Regina Castra , qu'elle prend dans les anciennes géogràphiesy a-t-il reproduit ou formé celui de cette rivière? Ratisbonne est, à ce qu'il parait y un mot façonné au viir siècle, par les princes carlovingiens , qui avaient donné une nouvelle existence à l'ancienne colonie romaine, et qui sans doute y avaient jeté un pont de bateaux {rates ponere) à la place où Ton construisit en 1 1 46 le seul pont de pierre que porte encore le Danube.
Les Germains , au temps où Tacite a décrit leurs mœurs, étaient contenus au-delà du Rhin et du Danube; et Rome, maîtresse absolue en-deçà de ces fleuves^ avait fait, sur leur rive, des établissements destinés à devenir , au bout de quelque
temps j les principales villes des peuples contre lesquels elle les avait fortifiés. Deux provinces gardaient la rive gauche du Rhin : la Germanie supérieure au Midi , la Germanie inférieure au Nord. Deux provinces défendaient la rive droite du Danube : la Rhétie au couchant , le Norique au levant. Comme Mayence sur le Rhin, Ratisbonne était sur le Danube le point le plus avancé que les Romains eussent muni dans la plus lointaine anse du fleuve. Mais l'importance qu'avait Mayence, vieille ville gauloise, devenue le centre de la Germanie supérieure, ne dut point échoir d'abord à Ratisbonne^ camp jeté, peut-être par Tibère, à lextrémité de cette immense province de Rhétie qui comptait dans les Grisons, dans le Tyrol , dans le pays d'Augs* bourg , tant de villes déjà anciennes et considérables. On peut se faire une idée étrange et fidèle du désordre où tout ce pays ne tarda point à tomber, par la vie de saint Séverin , Italien qui vint , au nom de la religion , s'établir médiateur et prophète entre les populations germaniques et les populations latines, et qui , lorsque celles-ci, forcées de céder , retraversèrent les monts sous la conduite d'Odoacre, fut rapporté mort en sa patrie sur les épaules de ces Romains auxquels Rome se sou* mit comme à des barbares.
Lorsque les Romains se furent repliés en Italie , Ratisbonne vit commencer sa prospérité. Elle de-
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vint la principale résidence des Bavarois qui , soue la tutelle des rois de la France austrasienne , occupèrent la Rhétie et le Norique , et qui , poursuivant une distinction continuée jusqu'à nous, y séparèrent la Bavière occidentale de l'orientale, à peu près aux lûémes lieux où sont encore marquées les limites de la Bavière et de l'Autriche. Les chefs bavarois avaient reçu le gouvernement de ces provinces pour les défendre contre lesincursions desSlaves,qui ne cessèrent de les dévaster qu'au xiii* siècle. Tandis qu'ils contenaient les barbares par leurs armes, des missions parties de France venaient soutenir leur entreprise par la propagation du christianisme, qui avait presque entièrement disparu du milieu de leurs peuples. Au commencement du vu* siècle, sous le règne de Sigebert III , roi d'Austrasie , saint Emmeran de Poitiers arriva sur les bords du Danube, et après y avoir prêché quelque temps^avec la faveur du duc Théodon , au milieu d'une foule où les idolâtres étaient en majorité , fut mis à mort en 65a pour une faute dont il est difficile de décider s'il fut l'auteur ou seulement le confident. A la fin du même siècle, sous Childebert , roi d'Austrasie, saint Rupert, noble franc, évéque de Worms, ayant été chassé de son siège par les infidèles , s'avança vers la Bavière, où presque tout était retombé dans l'idolâtrie , et avant de se fixer à Saltzbourg , il baptisa à Ratisbonne, en 697 , Théodon , dûc des
Boiares. On trouve qu'à la même date, le même duc fit rapporter dans la ville les os de sairitEuimeran, qui avait été tué à Aschaim , et les ensevelil dans Téglise de Saint-George, à laquelle il ajouta un couvent appelé du nom du nouveau martyr. Au bout de quelques années les ténèbres et la confusion avaient ressaisi ce malheureux pays. Ce fut sous le duc Odilon , en 789 , que Boniface , le véri»» table fondateur de Péglise allemande , répara ces désordres, et empêcha leur retour en établissant en Bavière quatre évêchés dans quatre villes principales. Saint Gaubald ou G:)ribauld,qui dans cette institution eut en partage Tévéché de Ratisbonne, établit son siège dans Tabbayè de Saint-Emmeran , et vit bientôt , grâce k la protection des princes, les monastères s'élever en grand nombre autour du sien. L'importance que l'avénemerit des Garlovingiens donna à TAustrasie s'étendit jusque sur la Bavière , qui , ayant d'abord été' réunie à l'empire par Charlemagne, fut érigée par Louis-le- Débonnaire en un royaume gouverné par sa race jusqu'au commencement du x* siècle. Durant cette longue période, Ratisbonne, qui était' devenue la capitale du nouveau royaume, acquit de grands développements ; et son évêque sortît de l'abbaye de Saint-Emmeran pour fixer le siégef métropolitain à Saint-Étienne, qui le conserva long-temps.
C'est le caractère singulier de C0\\e ville , qu'ayant
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été pour ainsi dire créée par les barbares, elle présente dans ses monuments des formes plus rapprochées du style romain que celles dont Rome même orna ses colonies les plus importantes; mieux qu'aucune autre ville d'Europe , elle enseigne quel fut le zèle des premiers Germains pour les arts du peuple dont ils brisèrent l'empire , et elle marque comment ils prolongèrent l'autorité du goût antique jusque sur les confins du monde moderne qui les a accusés de l'avoir anéantie.
Derrière la cathédrale actuelle , œuvre de la dernière époque du Moyen- Age, par laquelle je terminerai l'examen des constructions religieuses de Ratisbonne , s'élève une masse de bâtisses confuses où Ion peut étudier la suite des premiers temps de la ville. Les autres cités, lorsqu'elles ont voulu agrandir leurs temples, ont commencé par les détruire : celle-ci n'a rien renversé, et s'est contentée d'ériger les nouveaux monuments à côté des anciens. En scrutant avec soin, autour de la métropole , les pieux dédales qu'elle a ainsi peu à peu formés, j'ai découvert, sur les deux flancs d'un cloître du xv* siècle, deux édifices séparés, quoiqu'ils s'appellent l'un l'autre , et qu'on peut hardiment compter parmi les plus hautes antiquités du christianisme : ce sont l'église et le baptistère qui paf^sent pour avoir été construits par les premiers apôtres du pays.
L'église est mesurée et couverte par deux petites voûtes à aréles sans nervures, dont les retombées reposent sur des pilastres carrés; à la place des bascôtés , elle a des niches circulaires et élevées , qui sont accouplées deux par deux , sur chacun des côtés des deux voûtes; à la place de l'apside, une autre niche un peu plus grande dans laquelle l'autel est placé; en face de l'autel, une tribune qui occupe la moitié de la première voûte , et sous laquelle la porte est percée latéralement. Le jour n'est distribué à l'intéritur que par trois petites ouvertures en plein cintre, pratiquées au haut des niches de la face méridionale. Ces voûtes et ces niches appartiennent essentiellement au plan des salles des thermes; la manière dont elles sont ajustées rappelltî la forme réduilr, oblongue des sanctuaires païens, et, comme on peut s'en convaincre en considérant le temple de Diane à Nîmes, leur décoration même. La tribune marque les premiers temps du christianisme, où les .femmes étaient, dans l'église, séparées des hommes. Les fenêtres, ouvertes dans un seul côté , sont encore un signe d'antiquité, quoiqu'elles aient été reproduites avec cette dispo-* sition dans la plupart des monuments lombards jusqu'au xi* et même au xiii* siècle , ainsi qu'on en juge par Notre-Dame de Digne.
Si l'ancienneté de cette église pouvait être douteuse, elle serait confirmée par l'âge moins équi-
474 ^s l'art kh allemagve.
Yoque encore du baptistère, construit avec le même appareil et dans les circonscriptions d^un même plan. Ce petit monument, Tun des plus curieux qui aient survécu aux dévastations des premiers siècles du Moyen- Age, a la forme d'une croix grecque; trois grandes niches, percées de petites fenêtres, et se rattachant les unes aux autres par une singulière découpure d'angles intérieurs, forment les trois extrémités supérieures de la croix , dont Textrémité inférieure plus simple et aujourd'hui carrée est occupée par la porte. Un petit dôme octogone , reposant sur un plan carré , couvre tout l'espace qui sépare les niches. Dans la niche qui se présente en face de la porte est une table de marbre vert antique, supportée par deux petits piliers chaussés et coiffés dans un goût sauvage et primitif. Le baptistère de Constantin à Rome, celui de Saint-Sauveur à Aix, celui de Riez, dans lequel les habiles du lieu ont voulu voir un panthéon, offrent la première forme du plan qui atteint dans le baptistère de Ratisbonne son second développement. Une cuve octogone, répétée par une enceinte octogone de colonnes romaines, laquelle est elle-même répétée par une dernière clôture octogone , telle est la figure des baptistères du iv* siècle , lesquels ne diffèrent essentiellement des purs monuments antiques que par l'innovation des arcades jetées, au mépris de l'architrave , sur le chapiteau même de la colonne
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corinthienne. Des niches pratiquées de tonte antiquité dans les huit parois intérieures du monument d*Aix et decehii de Riez, y ont été ornées d'aiitelà dés l'origine, si on peut se fier aux analogies que présente le baptistère de Ratisbonne. Dans les premiers temps du christianisme, Tédifice où l'initiation religieuse se consommait par le baptême, devait avoir une importance qu'il put perdre lorsqu'on reçut avec la vie même le signe presque héréditaire de la foi; aussi voyons-nous qu'au commencement c'était un temple distinct et complet à côté du temple lui-même. Il reçut d'abord des mains de Constantin une configuration empruntée à celle des salles romaines; puis, transporté à Constantinopleen cette forme, il y prit , au milieu des Grecs chargés d'achever le règlement de l'art chrétien, celle que je lui trouve sur les bords du Danube, et qui n'est en germe que le plan des cathédrales byzantines construites plus tard sur les bords du Rhin. Si le baptistère de Riez, purement latin, date du iv« siède, celui de Ratisbonne , déjà grec, doit dater du vii«; et ainsi l'étude coniparative des monuments se joint à la tradition locale pour nous autoriser à reconnaître dans ce dernier édifice un vestige précieux de l'époque mérovingienne. C'est probablement là que saint Rupert baptisa le duc Théodon y au temps de Childeberl , roi d'Austrasie.
L'abbaye de Saint-Emmeran, fondée par le duc
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Théodon, en l'année de son baptême, présente aujourd'hui un immense amas d'églises et de cloîtres, où l'on voit quel magnifique accroissement elle prit de siècle en siècle. Une entrée gothique, façonnée au xv« siècle, dans un goût élégant, conduit à une sorte d'avant-cloîlre byzantin du xi' siècle, qui vous jette lui-même sous un grand porche romain , dont les voûtes et les niches datent peut-être de la fondation, et dont les sculptures peintes appartiennent aux premiers âges de l'art néogrec. On pénètre enfin dans une suite d'églises liées les unes aux autres, comme les salles d'un palais. Saint Rupert a une église au nord ; au midi, dans une autre église, saint Emmeran est couché sur sa tombe, sous une grande table de marbre rouge, que supportent de petites colonnes byzantines ; entre les deux églises s'élève une église plus vasie, où, comme dans celles-là, les riches formes byzantines ont été dissimulées sous le détestable costume du temps de Louis XV. Ces trois églises sont ensemble comme une grande nef accompagnée de ses deux bas-côtés ; mais Téglise du milieu a sa nef et ses bas-côtés particuliers. A son extrémité occidentale , laquelle est aujourd'hui opposée au chœur, se présente une construction plus grandiose que toutes les autres, plus ancienne sans aucun doute , et qui devait contenir le chœur dans les temps primitifs; c'est le fragment colossal d'une
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basilique qui ne saurait avoir été édifiée qu'à une époque encore pleine de la grandeur romaine. On y retrouve deux salies carrées se coupant en croix, et présentant dans leurs proportions gigantesques, dans leurs vastes plafonds droits » dans leurs pilastres élevés , tous les caractères de cette haute antiquité chrétienne qu'on a appelée l'époque latine , et qui précède Tépoque romane. Une crypte byzantine, placée sous cet ancien choeur , ne permet d'y monter que par de grandes rampes, qui ajoutent encore à sa majesté. Âu-dehors ces trois extrémités de la croix se traduisent par trois pignons ornés de leurs oculus. L'ancien couvent de Saint-Emmeran sert aujourd'hui de palais aux comtes de la Tour-et-Taxis. Ces maîtres de poste , qui tiennent de Charles-Quint l'entreprise des transports de l'Allemagne* se sont fait bâtir une église sépulcrale au milieu du cloître abandonné.
Cette forme latine des basiliques plafonnées est le trait général et essentiel de toutes les constructions religieuses de Ratisbonne; jusqu'à quelle époque elle s'y perpétua, c'est ce qu'd est curieux d'étudier. Je ne serais pas éloigné de penser qu'elle date, dans l'ancien choeur de Saint-Emmeran, du temps de la fondation même, c'est-à-dire de la fin du vii^ siècle. Elle se retrouve dans deux autres églises, Ohermunster et Niedermunster (monastère supérieur et monastère inférieur), qu'on
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sait avoir été deux abbayes de religieuses dès la fin du x' siècle , sous Tépiscopat de saint Wolfgang, qui les réforma. I^ grande nef plafonnée de ces deux édifices est soutenue par des arcades qui reposent sur des piliers carrés; les bas-cotés ont des voûtes à arêtes sans nervures. Dans Obermunster on trouve un vieux clocher carré qui semble remonter aux premiers temps , et une ancienne apside en face du chœur actuel ; dans Niedermunster, le porche et le chœur portent les traces de l'invasion des arts byzantins. L'église , qu*on appelle Vancienne chapelle^ érigée au commencement du XI* siècle par l'empereur Henri II, le fondateur de la cathédrale de Bamberg^ a été primitivement bâtie sur le même plan^ autant qu'on en peut juger à travers les incroyables restaurations que le dernier siècle lui a fait subir; le plafond romain a été barbouillé par je ne sais quel contemporain des Yanloo; deux curieuses figures sculptées sur la porte, vêtues de la jupe orientale et offrant dans les yeux et dans la barbe des analogies frappantes avec les morceaux éginétiques» un vieux baptistère byzantin orné d'arcades dorées et peintes, une apside latine» ont seuls conservé intact l'ancien caractère de cette construction.
L'église de Saint-Jacques , qui est sans contredit Tun des derniers édifices où le plan des basiliques latines ait été maintenu , en offre pourtant le plus
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pur modèle qu'il y ait de ce côté des Alpes. Ce monument, attenant à un couvent habité par une congrégation d'Ecossais^ a été élevé sur des fondations qu'on a fait remonter à l'époque carlovingienne. Cependant les incursions des Huns ayant détruit le premier établissement , ce ne fut qu'en 1074 que de nouveaux moines écossais commencèrent à en relever les ruines ; et Ton sait , à n en pas douter, par une charte de l'empereur Henri Y, que l'église actuelle a été construite en 1 1 1 1 . Il faut en conclure qu'au commencement du xn* siècle se conservait encore jusqu'au centre de l'Allemagne la tradition de l'architecture des Romains. Entre Saint-Paul-hors-les-Murs, qui marque à Rome le commencement de la période latine de l'art chrétien , et Saint Jacques- des-Ecossais, qui en indique la fin à Ratisbonne, il n'y a pas de différence essentielle; dans les deux constructions, la nef, couverte d'un plafond , est formée de hauts murs, percés à leur faite de petites fenêtres en plein cintre, et supportés à leur base par des arcades qui reposent sur des colonnes. A Saint-Jacques, les colonnes, au lieu d'être corinthiennes et purement antiques, comme à Saint-Paul, portent dans leurs chapiteaux, taillés dans le style dorique, des ornements orientaux; les bas-côtés, au lieu d'être doubles, sont simples et voûtés sans nervures; trois apsides rondes terminent à l'orient les trois divisions prin-
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cipales du plan; deux clochers bas, ornés de deux étages de fenêtres géminées, couverts d'un toit pyramidal, s'élèvent en avaut des deux apsides accessoires. Une sorte de croisée, placée à l'occident, et ornée de croix grecques sur ses trois faces extérieures, contient le baptistère. Tout le monument, construit en belles pierres grises , est au-dehors chaussé, coiffé, décoré d'arcatures et de montants, où le goût de la période latine et celui de la byzantine sont mêlés.
Mais dans ce monument si curieux s'en trouve un autre presque de la même époque , à ce qu'il paraît, d'un style tout-à-fait différent et d'un non moindre intérêt : c'est une grande page de sculpture, qui compose le portail de la face septentrionale. Il est, je pense, impossible de rien voir de plus étrange que ce morceau, où l'art symbolique des Indous et des Égyptiens semble être venu en aide au catho* licisme. Dire que toutes les chimériques figures qui y sont sculptées sont des œuvres de la barbarie , ce serait en donner une idée insuffisante et peut-étra fausse. Au lieu de signaler la décadence, elles semblent, au contraire, contenir le germe informe de tout un art destiné à se développer; et cependant elles sont disposées avec une symétrie si étonnante, et conçues dans un style tellement complet malgré sa grossièreté , qu'elles ne peuvent être que le produit d'un ordre de civilisation arrivé , dès TeofEince
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tnéme^ à des. raffijpieineiits inouïs., L^ rudesse de ces figtires a porté quelques ancl^éoiogues à penser que le portail qu'elles décorent fut exécuté au vil* siècle pour l'abbaye de Saiitf-Emnieran , d'où il aurait été transporte à Saint Jacques, au XII' siècle. Mais, à ce qu'il' me semble, il n'est pas nécessaire de révoquer en douté les témoigQages authentiques qui font dater sa construction de l'année iqoo; en effet,' les personnages qu'on y voit ^ont (out-à-fait semblables aux deux bas>reliefs que j'ai remarqués dans les ruines de Gelnhausen , et dont l'exécution a été certainement faite au milieu du xu"* siècle. D'ailleurs, les ornements architectoniques qui les entourent affectent, comme ceux du palais de^arberousse , les formes les plus prononcées du goût orieulal. Les colonnes rubanées qui y sont en abondance, les arabesques qui les' enveloppent , les sphynx qu'elles portent , les encadrements qu'elles forment , les centres concen* triques auxquels elles donnent naissance, la grande figure du Christ byzantin taillée au-dessus de l'entrée , les monstres qui , de chaque côté du portail , remplissent presque en entier l'étage inférieur de la décoration , les espèces de cariatides égyptiennes employées au second étage , les petites arcades qui forment le troisième, les ajustements asiatiques des personnages, leurs désinences animales, le symbolisme effréné de l'ensemble et de toutes les u. 3i
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parties marquent assez que c'est une œuvre des écoles cle Constantinople. L'art latin qui s'était montré dans l'architecture du monument au xii^ siècle , céda la place dans là» sculptures du portail, vers le commencement du xiii^ siècle , à l'art byzantin. Sur les bords du Rhin, l'art roman s'était placé entre cesrdeux arts qui n'admirent point d'intermédiaire sur les bords du Danube. En sorte que la conclusion que nous tirons du portait de Saint- Jacques confirme d'une manière inattendue , bien qu'en les amendant , les idées que nous nous sommes faitesjusqu'à présent du développement de l'art germanique*
Je ne serais pas étonné que les artistes grecs , en arrivant à Ratisbonne au xjii' siècle , eussent mis la main à l'église qu'on appelle V ancien dôme , et qui s'élève entre la cathédrale actuelle et la chapelle primitive du duc Théodon , sans doute sur les fondements de l'église de Saint-Ëtienae , choisie au temps de Charlemagne pour être le siège de la métropole. Dans cette cathédrale de l'âge intermédiaire se conservent les traces mêlées de tous les styles. Le plan est carré comme celui de la plupart des églises grecques ; les vastes tribunes qui s'y développent jusque dans le chœur rappellent aussi les constructions de l'école orientale; le plafond qui couvre la partie centrale du monument est un reste de la tradition latine ; les ogives qui se mé-
lent aux pleins cintres dans les ruches arcades des bas côtés annoncent Faurore d'uâ nouvtil art. Le porche et les fenêtres qui gardent la ]igne ronde attestent les plus anciennes prédilections du génie local.
La cathédrale actuelle , monument ogival dont on fait grand bruit en Bavière, fut fondée à la fin da XIII® siècle entre Tannée.! 263 et l'année 1 280 ; mais on sait 9 à n'en pas douter, qu'elle prit sa forme présente dans le cours du xv* siècle j et que c'est seiilementen 1488 que le portail fitt érigé. C'est un de ces édifices du dernier âge, où l'on ne saurait trouver aucune indication marquée, ni du goût originaire de la nation qui les a élevés , ni même des éléments constitutifs du systèhie auquel ils appartiennent : ainsi sonf chez nous la cathédrale d'Orléans et le chœur de Saint-Just à Narbonne , agréable sujet de conversation pour des gens qui ignorent les plus simples notions de l'art. Ce qu'il y a de plus remarquable dans la cathédrale de Ratisbonne , ce sont les trois chevets gothiques qui s'élèvent à Fextrémité des trois nefs, àla place où l'on voit dans les anciennes églises allemandes les trois apsides romanes; on aime à suivre ainsMa tradition d'un peuple, et à la trouver fidèle dans ses métamorphoses. Le reste des constructions intérieures n'offre rien d'intéressant. Le portail, qui se distingue par la curiosité de son porche
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triangulaire , est , au surplus , un témoignage évi« dent de ta décadence de l'architecture religieuse; car loin dej^évéler aux yeux le» mystères d'un temple chrétien , il présente la façade d*un hôtel-deville^ornée au premier étage de son^balcon sur lequel s'ouvrent deux grandes fenêtres, et surmontée d'un pignon aigu, dont le milieu est marqué par une tourelle féodale. Les deux grandes tours qui accompagnentce frontispice profane n'ont point été achevées ; les sculptures qui y sont répandues sont de l'ordre le plus commun. Les monuments gothiques sont si rares en Allemagne qu'on ne doit point s'étonner que celui-ci , malgré son peu d'importance, ait attiré, dans ces dernières années, l'admiration des artistes bavarois. Les peintres, les statuaires et les verriers*dips nouvelles écoles de • Munich ont été chargés de lui rendre la parure des siècles passés ; mais ces modernes ouvrages , exécutés dans l'ignorance des véritables principes de l'ancien art germanique , s'ajustent mal avec l'édifice qu'ils décorent, et dont tantôt ils exagèreqt et tantôt ils méconnaissent entièrement le principe ogival.
Tandis que le clergé , cet instituteur des peuples tudesques, conservait dans les monuments chrétiens de Katisbonne la tradition de l'art antique des Latins , la fédoalité, qui , dans ce pays si longtemps exposé aux incursions des Slaves, éprouvait
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le besoin de se réunir et de se rallier en un poiDt commun de défense, élevait dans la même ville des constructions toutes particulières qui peuvent servir à expliquer fe caractère de quelques cités demeurées jusqu'ici incomprises. Oui, dans les siècles reculés , les barons n'ont pas toujours habité ies cimes désertes d'où ils dominaient la tourbe ^es serfs et des vassaux ; ils ont eu aussi des villes , comme les bourgeois avaient les leurs ; mais ayant commencé sans doute par s'établir dans les donjons riistique.s, et en ayant peu à peu identifié la forme avec l'idée même de leur pouvoir, ils la transportèrent fidèlement j^us leurs habitations urbaines. La tour, qui avait été au milieu des montagnes leur premier refuge, et qui n'y était plus dans les derniers temps que le signe de leur noblessé ; le manoir plus bas que la tour , et qui , ayant commencé par loger le domestique, avait fini par paraître un séjour plus commode au maître lui-même ; les tourelles qui flanquaient le manoir, et les créneaux qui le couronnaient, descendirent, pour ainsi dire, entiers de leurs sommets escarpés, et se vinrent assembler tout armés dans certaines cités du Moyen-Age. J'avais déjà remarqué qu'à Metz, ville de noblesse, les habitations des anciens Paraiges présentaient encore , çà et là, de hautes tours carrées accompagnées d'une maison plus basse; à la forme de leurs fené-
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très f j'avais reconnu que la tradition ii'|é|a|t point en défaut en faisant remonter ces édifices au xu^, au XII* , et même au xi* siècle. J'ai vu aussi à Tout louse, autre cité ^aristocratique , des vestiges nqpibreux de vieilles demeures auxquelles adfièrent de grandes tours octogones , reproduites , comme ou en peut juger par un bel hôtel du quartier de la Daurade , jusque dans les constructions leç plus élégantes de la Renaissance. Mais nulle part ces châteaux de ville ne sont en aussi grande qijaixtité qu'à Ratisbonne , qui en est pour ainsi dire tùate peuplée.
C'est le long du Danube qu'ils s'élèvent , et ^ à ce qu'oi^ raconte , sur les basfs mêmes dos anciens rer tranchements romains; ils forment ainsi comme une sorte de rempart derrière lequel les couvents ont pu mettre leurs richesses à l'abri. Us attirent d'abord l'attention par leurs immenses tours carrées y qui n'offrent dans leur partie inférieure aucune ouverture , et qui, sur ce rez-de-chaussée haut et fermé , entassent jusqu'à sept et huit grands étages j caarqués sur chaque feice par une seule fe* nétre : on distingue ordinairement^ à l'ampleur particulière de sa fenêtre , un étage consacré à la grande salle des solennités féodales. La maison qui est annexée à cette tour présente toujours une forme basse et longue, où les ouvertures sont pratiquées en grand nombre, et quelquefois plus im-
portantes dan9 le yoî^inage de la tour, demeure du seigneur qui empiéta peuè peu mv le logement de ;ses domestiques. C'e$t par la maison qu'on entre dan^ la! tour; dans cçUe-ci, comma je l'ai remar* que à propos des cbâteaut du Bhin y il n'y a ordinairement qu'une seule salle k chaque étage i et poiQt d'autre escalier qu'une échellq d^ bois montait à découvert de pièce en pièce , et pouvant être rompue en cas d'assaut. Des créneaux couronnent assez souvent la tour» plus rarement la maison» La date de ces édifices çurieu:^ est écrite asses; clairement dans I4 configuration d^ leurs fenêtres { l'o* giye qtii s'y présente sous la forme simple', double et quelquefois triple ^ indique assez que la plupart d'entre eux ont été construits au xiii* siècle , c'està-dire au tepips où r^vèpemept dçs Wittelsbacb en Bavière , et celui des Habsbourg en Autriche , durent communiquer un n^ouvement sensible à l'Allemagne méridionale. M^is les constructions qui furent faites alors n'étaient qu'une reproduction légèrement altérée de celles qu'on a\^ait érigées dans les siècles précédents. On trouve les fenêtres i^o* mânes de l'époque antérieure dans la plus célèbre de ces demeures aristocratiques , dans celle qui a pris le nom de Goliath ^ et qui l'a donné à sa rue , parce que sa façade est ornée d'une ancienne peinture à fresque y où le géant terrassé par la fronde de David est représenté h^ut de troi^ étapes. Dans
une des rues qui sont perpendiculaires à la place de THôtel-de-Ville , on trouve réunies sous les mêmes créneaux , non seulement le doojon et le manoir des premiers temps , mais encore , d'un côté la chapelle qui suspend sur la rue son apside polygonale, et de Tautre l'habitation moderne où les héritiers dégénérés du noble seigneur se sont plu à imiter l'encoignure saillante des maisons bourgeoises.
L'hôtel-de-ville est composé de deux parties distinctes qui se rapportent aux deux hai]|es époques du Moyen-Age, et qui paraissent indiquer deux constitutions politiques très diverses, La plus ancienne partie ressemble par le plan , sinon par les dehors revêtus d'un costume moderne, à la maison noble; sa tour de neuf étages et son grand logis rectangulaire annoncent la commune aristocratique , et durent être , sons leur première forme, fidèles à la ^igne romane dont ils offrent encore des traces à l'intérieur. Au xv* siècle, on ajouta à cet édifice insuffisant au gré de la démocratie qui sans doute avait débordé, une vaste salle destinée à contenir les représentants plus nombreux de la commune populaire. Cette construction , ne tenant à l'ancienne que par un de ses moindres côtés^ fut ornée dans le goût gothique, décorée d'un balcon qui imite l'encoignure bourgeoise, et dolée de son escalier particulier , qui fait une saillie extérieure , et sur la
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porte duquel deux hourgeois , naïvement sculptés , tiennent des pavés suspendus comme pqur menacer qui attenterait à leurs droits. Cest là qu'après la signature du traité de Westphalie , les diètes de l'empire germanique furent régulièrement convoquées. L'immense plafond de bois qui couvre la salle et la tribune qui occupe l'un de ses angles datent sans doute des premières séances de ces assemblées A toutes ces curiosités l'hôtel-de-ville joint encore d'affreux appareils de torture qui marquent, dans l'obscurité de ses fondements, la dureté jd'une institution aristocratique, etime vieille fresque qui représente, au-dehors, un combat singlulier où la boui^toisie gagna en quelque sorte ses éperons en défendant la cité contre les dernières incursions des Slaves.
Ainsi dans une ville que personne n'a encore recommandée à l'attention du public, on trouve plus sûrement qu'à Nuremberg, si vantée par les ordinaires admirateurs du Moyen-Age, des traces vives, authentiques, imprévues de cette grande époque. Pour moi, j'ai été si frappé de tous les exemples fournis parRatisbonne, que j'ai cru pouvoir me dispenser de citer d'autres indices du caractère de l'architecture des anciens cercles du Danube. Dans les États situés sur la rive méridionale de ce fleuve , les premiers siècles du christianisme ont vu élever , soit par la main des Romains eux-mêmes, soit par
4gO DE l'aAt pir ALIL^MAGNE.
celle 4es Q^^ains^ des monuments qui ont à jamais gravé sur le sq\ Tindélébile empreinte de Rome. Augsbourg , où le mouverpent non interrompu du commeiH^e a singulièrement effacé la physionomie primitiyp, cpnserve epcore dans Jes deux apsides opposées de sa cathédrale et dans quelques UAes de ses grandes demeures patriciennes le$ vestiges de l'époque romane. Sans qu'il soit besoin de ^'avancer jusque dans le Tyrol, où presque tout est soumis aux formes italiennes , on reconnaît les traces ^e l'^rt cintré des nations latines dans toutes les villes de la Bavière , qui , comme Munich et Landshut, ont encore leurs antiques places entourées d'arcades. A iS^Izbourg , avant que 1^ cathédrale de Palladio vînt renouveler, aux a^plaudissements de TEurope, la domination et la gloire des formes antiques , oq en reconnaissait partout la tradition dans les lignes rondes des églises et 4^$ cloîtres du premier âge. A Lorch, qui était autrefois la capitale du Norique, et qui n'est plus aujourd'hui qu'un pauvre village autrichien^ à Passaw, que le bonheur d'une situation magnifique a mieux entretenu dans son ancienne splendeur, l'art a gardé fidèlement l'austère profil de la grandeur romaine. Vienne , dernière station que les maîtres du mpnde antique possédèrent sur le Danube oriental, ne vit commencer sa prospérité qu'après l'ayènpine])!; de la maison de Habsbourg ;
aussi n'est-il point surprenant que dans cette ville du XIII* siècle^ l'art ogival ait produit deux monuments, dont le plus renommé, l^ cathédrale de Saint-Étienne , porte tous les caractères de la dernière époque. C'est aussi 1:ï marque du xv« siècle qu'on reconnut dans la c<uhédrale de Prague en Bohême , où l'ogive , avant de tomber en désuétude dans l'Occident , fit en quelque sorte une apparition au milieu de populations que leur origine slave rendait naturellement * tributaires de l'art byzantin.
Màm ▼ieiUe ##xe*
Instruits du principe que les Tudesques ont développé dans leurs monuments sur la rive gauche du Rhin et sur la rive droite du Danube, au milieu des villes fondées par les Romains, il nous reste à étudier celui qu'ils ont appliqué dans les lieux où Tantique génie germanique n'a point subi la domination des armes romaines. Au-delà des limites
4g4 ^B l'art en allemaone.
qui contenaient toute la Germanie au temps de Tacite, le Weser à Toccident et le Mein au midi , tous deux accompagnés de montagnes parallèles à leur cours, formaient comme uoe seconde barrière pardelà laquelle la vieille race allemande a dû se conserver toujours avec plus d'indépendance et d'intégrité. Entre le Rhin et le Weser habitaient les Tenctères, les Usipiens, les Bructères, les Frisons, lesGauques, les CatteSy qui, au second siècle de notre ère, avaient déjà une soâété fixe et suffisamment ordonnée, et qui, au commencemélÉt du m'' siècle, formaient, sous le nom de Francs , une confédération destinée à succéder dans l'Occident à la puissance romaine. De l'autre côté du Weser, Tacite nous montre deux agrégations politiques , celle des Chérusques , qui tombe en décadencf/ sâin» do«le par suite de la scission de tous les peuples qui vont bientôt s'appeler Francs , et celle des Suèves , la plus barbare de toutes, presque nomade encore, mais qui s'élève, se fortifie, s'étend chaque jour, et va repré^ senter, avec des alternatives de succès et de revers, le puv élément germanique , en £sice de la confédération franque, gagnée aux mœurs et aux lois de Rome. Au nombre des Suèves on. compte , rangés sur la rive gauche du Danube, les Nori&^ttes, les Marcomans , les Quades ; sur le Mein , les Hermundures; sur la Saale, les Semnons; entre l'Elbe et la Yistiale^ parmi une infinité de peupladei^ ààiwgses^
les Lombards j les Bourguignons qui s'en sont dis> tingué^; au nord de TËlbe^ dans la Chersonèse Cimbriqûe,* entre autres races, celle des Saxons el celle des Angles qui ont aussi illustré leur nom^ Les plus policés des Suèyes, les Heriiiundures , eurent avec les Cattes, les plus braves de ceux qui habitaient entre le Rhin el le Weser^ une guerre terrible aux bords de la Saale au sujet des salines qui font encoi« aujourd'hui la prospérité de la ville de Halle. C'est dans ce pays^ Fun des plus mystérieux et des plus sacrée de l'ancienne Germanie , sur la frontière des vieilles confédérations teuton niques, au cœur même des États de rAllemagne actuelle que je me propose de chercher quelle fut la forme qu'imprimèrentà leurs édifices les premières populations qui y formèrent une société^ autonome et régulière.
Tandis que la confédération des Francs se for- . mait sur le Bas-Rhin » les peuf^es suèues y qui s'étaient répandus du nord au midi ^ formaient sur le Hauf-Bhin une confédération qui prit le nom ^Âllmânnerj et qui fit plus tard reparaître le nom originaire dans celui de Souabe conservé jusqu'à nos jours. Cette confédération des Allemands exerça contre celle des Francs l'ancienne rivalité des Suèves ; mais elle reçut à Tolbiac un coup fatal qui ouvrit aux successeurs de Clovis tout le pays du Haut«-Rhm, et leur permit d'éteindre jas<|ae
496 DE l'art EIV ALpEMAGlfE.
sur le Danube 9 parmi les Boiens, sortis de Tan* cienne souche celtique , leur domination dès lors reconnue dans tous les pays entre latîaronne et le Weser.
Au même temps , au centre des contrées qu'occupait autrefois la confédération suévique^ avait paru un royaume, le premier sans doute qui ait été régulièrement établi au sein même de la Germanie. Sous le nom de Hiuringe^ que les anciens historiens ont tourmenté en cent façons diverses, et qui est réellement formç de la racine thur ou thor, avec la désinence ingy particulière au dialecte francique, il ne fut que la partie avancée, le seuil, la porte de l'empire franc, et, si on peut parler ainsi, son Austrasie à l'époque 011 sa !Neustrie était encore sursles bords du Rhin. Les rois qui sont cités comme ayant gouverné ce royaume ne sont autres que nos Mérovingiens, à quelques intercalations près, qui constituent des différences semblables à celles qu'on trouve entre la liste des rois de Neustrie et celle des rois d'Austrasie. Merovée laissa des traces particulières de son règne, à Erfurt, ancienne capitale de là Thuringe, à Mersebourg, qui devint plus tard la ville principale de la contrée, et qu'on fait assez ordinairement dériver de Merswisburg. Irmenfried fut le dernier roi de Thuringe; le fils de Clovis, Thierri, qui était son beau-frère, le dépouilla de
LA VtfilLIiË SAtEa 49'if
son royaume en 53oy avec l'aide des Saxons qui remontaient le cours de FElbe à la même époque, et auxquels il céda , pour leur récompense , tout le nord du pays conquis. Le Wéser au couchant', TUnstrut au midi furent alors les barrières qui séparèrent l'empire des Francs de celui de ces Saxons qui allaient reproduire, sous une ferme nouvelle/ l'ancienne confédération suévique un instant anéantie, et qui étaient destinés à en élever les débris à la hauteur des autres sociétés européennes. Ije nom de Thuringe a subsisté jusqu'à nos jours; seulement , après avoir désigné un royaume qui , au rapport de la chronique de Misnie, s'étendait du Mein à la mer du Nord , et du Rhin à l'Elbe , il a été appliqué successivement à un duché, à un comté, à un landgraviat dont les frontières ont varié , mais dont le centre a toujours été compris entre la Saale et ces prolongements du Hartz, qu'on appelle encore le Thuringerwald.
Les Saxons , qui nous apparaissent ainsi sous les Mérovingiens, comme les derniers héritiers et les restaurateurs de la confédération suévique , avaient eu leurs premières demeures dans cette presqu'île cimbrique qui , fermée du côté de la Scandinavie , ouverte du côté de la Germanie, semblait faite poui garder intacte la semence des populations purement tudesques. Depuis que les Cimbres avaient quitté II. 3a
49^ BB L'AAai B» Él^TtimiHMrB.
ces lieux où ilsne vivaienLplua^que <laii8tle sonvip^ nir des habitants , rien de grande n'y parut) avonti ravénement des Saxons quiymcoiinu& à 'Eaoile^, fi«^ nirent, au bout de quelque temps „ par ooavsirde? leur nom, probablement inventé oomme celui des^ Francs et des Thuringes, les anciennes* peuplades* suéviques dénombrées par L'historien< romaini Ce^ nouveaux conqpérants étaient déjà' descendus^ 2Ri^' dessous du Holstein ,. dans la principauté de-Lanen]^ bourg, à J'époq^e où leursxîhefs oommenoèrentià se' faire connaître; en ce même temps les Afigles>*qm: faisaient partie de leur aggrégation, occupaied&le? Sleswig, au. nord du Holstein ,>qpi- était sans^doute* habité par les Cauqpes,. entrés dans>la 'même ligoiC. La tradition qui* rapporte que les Saxons> ftinsittt d'abord, gouvernés par trois* che&>> et ensuite^ par douze „indiqpe probablement le nombre dei^ peuples qui composèrent:successivem0nt:leur oon^ fédération. Au milieu des affmix> beulec^ensenieiit»^ qui accompagnèrent leur apparition sur la scène del'histoire, est^il possible.de disceriuer.jusqu^quel point ils se laissèrent pénétrer par^ des *tribiis> de.' race étrangère?
Durant l'époque à laquelle les-ranseigneHients^ de l'antiquité classique nous permettenttd'atteÎDdre,'* l'expansion de la race Tudesque etï celle, de la tracer Scandinave s'opérèrent du ^ nord au midi;Je8 TécH»* tons descendirent directement- de. lai Chcrseatserr
Ole. VISIUQE «AKBI '4fi9
«cindnnqiie sur ia 'Germanie^, J'italie^ îla «Gaiile ;
4es «Gdtbs de 'la Scandinavie «ur tk Savmatie,, Ja
ODacie y *la Grèoe. La «Baltique , >qui «épara icesideuac
gsondes voies des migrations, qui jeta îles iFeutons
BUT rOcoident,'qui poussâtes GothswersllOrient^
«divisait-elle deux races essentiellement distinctes?
^J^endant'l époque antérieure et inaertaine aùi!ex-
ipansion de ' ces races : s'était .faite .de d'.Orient ;vers ^le
Septentrion, y avait^il eu entre elles des différences
•fondanfentdles qui durent se marquer ensuite xdans
^ toute (la 'série de leurs développements? JLes .nou-
weaux mouvements qui se firentien Orientdans.les
*pre|nierssièdes'de motre<ère ayant. précipité vers
• POccideiit des hordes dont l'élan^ était .irrésistible •
liesScandinav^ descendus dâns>laSavmatie(furent
^entraînés >par elles ^ refoulés ^ dans k (Germanie .sur
<les rPeutons, méiés à ceuoc-ci de .mille manières .et
tprécipitésaveo eux dans un tourbillon qui comporta
ainsi,. presque d'un trait, à travers.toute , l'Europe,
-jusque ^sur la terre d'Afrique;, 'des membres con-
•fondus de toutes les familles humaines établies de-
)|iuîsitesimontsOuFalsijusqu'aux Pyrénées. Distin-
*guer'd?unei manière générale dans l'histoire de la
^Barbarie * ce I qu'y ^apportèrent de particulier les
trois races diverses des Skves , des Scandinaves et
kles( Germains , c'est une question encore neuve,
difficile autant qu'intéressante, et, placée hors de
'Mon-sujct.
ÔdO D£ I^'aHT Eir ALLEMAGNE.
L'histoire particulière des Saxons, auxquels je m'attache , sufBt pour montrer clairement qu'ils conservèrent le caractère germanique dans son intégrité. On les voit, en effet , dans deux époques successives, trancher violemment, d'abord avec la race occidentale des Francs, ensuite |
avec la race orientale des Slaves , prouvant ainsi leur originalité par une longue ^effusion de leur sang. Lorsqu'ils eurent partagé avec les Francs d'Austrasie la dépouille des Francs de Thuringe, ils n'observèrent point les limites qui leur avaient été tracées au milieu ménie de ce royaume : après en avoir occupé la partie orientale avec l'assentiment des Austrasiens, ils en envahirent la partie occidentale malgré leurs prétentions. C'est à cette 1
époque que leur empire, parvenu à sa plus grande '■
extension , se divisa en deux portions , et prit , à l'ouest du Wéser, le nom de Westphalie , et celui d'Ostphalie à l'est du même fleuve. Ces deux contrées furent pour les premiers temps de la confédération saxDnne ce que la Visigothie et l'Ostrogothie avaient été auparavant pour les Scandinaves descendus sur les bords du Dniester , ce que la îïeustrieetl'Austrasie étaient en même temps pour les Francs , ce que la Bavière neustrienne et l'austrienne (d'où est venue l'Autriche) , étaient aussi à la même époque pour les Boïares.
Cependant si on devait suivre la lettre des lé-
5oi
gendes et des chroniques qui racontent la mission de saint Boniface, il faudrait croire qu'au temps où lapôtre des , Germains s'avança vers le cœur de l'Allemagne^ c'est-à-dire au milieu du viii« siècle, les Saxons respectaient encore les frontières que les fils de Clovis leur avaient marquées deux cents ans auparavant ; car Boniface ne rencontra point ce peuple ni dans le pays des Hesses (anciens Cattes), ni dans la Westphalie, ni dans la Thuringe, qu'il parcourut; pour le trouver, il fallut qu'il passât le Wéser et l'Unstrnt et qu'il entrât dans rOstphalie(i). Mais sans doute la Westphalie était alors occupée par ceux des peuples saxons qui ne portaient pas habituellement le nom générique de leur ligue : le nom d'Anglia ou d'Angria, qui est indistinctement donné dans les chroniques à une partie de la Westphalie, me suggère cette opinion qui permet de conjprendre comment la peuplade dominante des Saxes avait ses demeures entre le Wéser et l'Elbe, et comment toutefois Charlemagne, en déclarant la guerre, quelques années après la mort de Boniface, à la confédération saxonne, se vit contraint à la déraciner d'abord de la Westphalie.
En occupant la Westphalie , le grand empereur
(1) Ostphalos, Id est Saxones adit.— ChroniconecclesieHamelnensù,
apud Mencken.
5oa DE l'art en Allemagne.
en fit refluer les anciens possesseurs dans TOstphalie , qui , après avoir été l'effroi de Toccident , ne tarda pas à en devenir le rempart. Cet apôtre des Saxons, comme Fappelle la chronique de Quedlinbourg, leur conféra dans leur propre sang le double baptême de la religion du Christ et de la civilisation de Rome.. La situation des huit évéchés qu'il fonda parmi eux , et qui furent Forigine de leurs premières villes , indique suffisamment dans quelles limites ces peuples étaient resserrés lorsqu'il marcha contre eux. On compte en effet endeçà du Wéser, qui séparait la Westphalie de rOstphalie , les évéchés de Paderborn , de Munster et d'Osnabruck ; sur le Wéser même , ceux de Minden et de Brème ; au-delà du Wéser, mais sur ses affluents , ceux de Hildesheim et de Werden ; enfin , au-delà du Hartz, mais à une distance encore assez considérable de l'Unstrut, de la Saale et de FElbe, le seul évêché de Halberstadt. Par la disposition de ces établissements destinés à entretenir la civilisation des principaux foyers de la confédération saxonne, on peut se convaincre que les peuplades dont elle était formée , venues du Nord , et répandues sur Tune et l'autre rives du Wéser, n'avaient, au temps de Charlemagne, franchi qu'au couchant, où elles étaient naturellement entraînées jusqu'alors, la limite tracée par les princes austra-
X4 yiXIIiU 6AXS.
siens^ et qu'elles n'avaififiJ; poiot ^enoore ooui^eit si au midi la Thurioge au-dessojus de J'UDsttwt , ni à Forient^ entre la JSaale et l'Elbe, les ^detix «psiovinoefi qui leur durent Jbientôt les mxoàs de Vioiliatscl d'Osterland. Ce fut en effet dMirieuagoequi gea la direction qu'dûe» avaient priseau nord-omet contre les Francs ^ pour les pousser au «ud-est contre les Slaves.
Lorsque les Saxons , introduits par 1 empereur dans la société des oations rangées sous la loi rotnaine , eurent déposé leur aotiique rivalité contre le peuple qui éiait devenu le représentant le plus éminent de cette loi, ib marquèrent, par leuiv guerres contre les Slaves , qu'ils ne tranchaient pas moins avec cette race qu'ils ne s'étaient d'abord distingués de la race desJFrancs. Indépendamment des chefs teoiporaires et révocables que Chai4emagne avait donnés à la Saxe et à la Thurioge, il avait institué , entre la Saale et la Pleisse^ sur la frontière orientale de ces deux provinces,, un chef militaire qui s'appelait Burggranus zorôecan* nus, et qui était le commandant d'un château avancé au milieu des terres abandonnées aux hordes slaves. I^e pays compris entre la Saale et l'Elbe y outre qu'il était exposé aux incursions de tous les WendeSi Hénètes^ Huns et Hongrois, qui avaient leur demeure sur l'Oder et au-delà, était alors occupé par une autre tribu slave, qui est
5o4 DE l'aIIT en kttEUJLGrVK»
nommée diversement Sorabes^ Sorbes, Serbes, et qui a laissé assez long-temps à cette contrée la dénomination de Zirbie ouSorabie. C'est pour défendre la frontière contre ces Asiatiques que Charlemagne établit le Burggrai^ius zorbecannusj et qu'il conféra j à ce qu'il parait , cette dignité au redoutable Witikind. L'esprit qui l'avait dirigé dans cette institution anima bientôt la Saxe , transformée par lui, et Tinclina si fortement vers les points menacés par les Barbares de l'Orient , qu'elle finit, par être entraînée tout entière dans cette région par la masse de son propre poidfs. Elle rendit alors de tels services à l'Occident qu'elle mérita d'être choisie , à sou tour , pour la protectrice suprême de la civilisation dont, la veille même, elle n'était encore que l'élève insoumise.
Parmi lés chefs auxquels les héritiers du pouvoir de Charlemagne confiaient l'administration de la Saxe^ il se trouva , dans le siècle même où le grand homme était mort, un prince assez éclairé et assez puissant pour se rendre digne de gouverner ce pays à titre absolu et héréditaire. Il s'appelait Othon , et fut la souche d'où procédèrent directement les empereurs saxons qui commandèrent à l'Allemagne et àritalie{duranttout le cours du x* siècle et pendant une notable partie du xi«. Le fils d'Othon, Henri l'Oiseleur, le premier de sa maison qui porta le titre de roi de Germanie, commença
LA VltVLLÊ SAXE, Ôû5
à exécuter avec grandeur les pleins civilisateurs de son père; ayant battu à Mersebourg les Hongrois qui étaient venus dévaster tout le pays, il fortifia cette ville , occupa peu à peu toute la Sorabie. qu'il divisa en occidentale et orientale {Voitland et Osterland ), agrandit l'institution des chefs des frontières {marchiones , markgrafs) , qui remontait à Charlemagne, porta' d'abord ces officiers de la Saale sur. la Pleîsse, de la Pleisse sur la Mulde, et de la Mulde sur l'Elbe , défendit^ sur ce point extrême, la position de Meissen où s'éleva bientôt une ville qui communiqua le nom de Misnie à tout rOstcrland; il appliqua partout où il passa ce système des établissements urbains , emprunté à la civilisation des nations romaines. Outre le margraviat d'Osterland ou de Misnie , établi au sud-est , il en fonda d autres, à l'ouest dans l'Angrie contre les Frisons, au nord dans le Holstein contre les Danois, au nord-est dans le Brandebourg contre les Wendes; tout en entourant ainsi la Saxe de fortes barrières, il construisit au centre du pays, au nord du Hartz, non loin de l'évéché de Halberstadt, la ville de Gozlar , qui devint sa résidence habituelle; Mathilde , sa veuve, bâtit après sa mort (936), dans les mêmes lieux , la célèbre abbaye de Quedlinbourg, pour un chapitre des filles nobles.
Othon-le-Grand , le fils de Henri I*', poussa encore plus loin l'exécution de ces grands desseins.
SéXQ DE lVjKP? 1^ .4«a.EMAGirE.
Qù sp;p ftèise avaÂt Mti 4e^ yiUes^ Âl iwtMwt« i Texcimpl? de Charlem^^e^ des .qgUsi^ .et «de? éviêqb^é$..JE)D 96.8.9 il érigqa J'évédbé de MeUseo^ vcdiu de Mersejbo.urg p eX ,ceiui de Zeits ,<jui fut j^ieatot trîuifij)cxrté à NîiinwboMrg. La même ajcuaée^ il ocwr ronç^ son œuyre eo .créwJt l'archevêché de JDdEfaig* dehp.urg^ auquel il fit donner h suçréjmiie sur toutes les éiglises jondjées en -deçà et ^ju-^ delà de FElbe y et -qui devii;Lt au nord un ijistruin^J: tout puissant dans la main de ses smeoesseurs , comme S^ayeQce avait été au midi dans ceïh des Garlpywgiçns. Pour mettre aussi sous ^ dépeodaïuse » jutant qu'il était possible , i'in^lueiïce de cette derhière métropple , il en fit investir $0» Gh Guillaume, en lui copférant le duché de Thuringe et de Hesse, qui, par^uite de cette donation « demeura peqdapt près de soixanteH^ix an$ la propriété des archevêques delVJlayence. En mém!9 temps, il ^emporta un triompha signalé sur la race slavf; , en soumettant la Bohême aux Lois de l'empire et à la religion du Christ; et bientôt il alla restaurer dans l'Italie t divisée depuis UP demi-siècle par les dissensions de ses chefs particuliers , l'autorité et le nom des em^ pereurs. Ce Charlemagne saxon laissa uu héritage politique qu'OthoQ II soutint malgré sa cruauté, Othon III , malgré sa jeunesse ^ Henri II , malgré ses inclinations tput^^ monastiques* Sous la dpminatiipn de cq§ princes 9 la race saxonne parvint à la
LA VIEILLE SIXE. Sft'Jf
fois à se placer parmi les nations civilisées et à kur. commander ; et c'est dans ces gloirieu\ commepr* céments de sa vie régulière qu'il faut étudier le, principe qu^elie. appliqua aux monuments , témoirv gnage de sa plus grande splendeur et ensemUl^ de. la pure nationalité germanique^
Je ne dois point omettre de signaler^ dans les monuments des pays que cette race occupe autour-, dhuiy la trace de celles qui l'y précédèrept. Je commence par l'ancien royaume de Thurin^e. Erfurt, qui passe pour en avoir été la capitale ^ porta d'abord, s'il en faut croire la tradition, le nom de Mérovée , qui se bâtit un château ( castrum ) sur la colline 9 dont le pied est baigné par lai Grér^. Sous le règne de Dagobert II , un archev^qye de ReimSy Rigiberti dépouillé par Charles Martel, s^'en vint faire des missions dans le diocèse de Mayepce^ parut à Ascha£Fenbourg, et fonda en 'jo'j à Erfurt^ sur l'emplacement du château mérovingien^ un couvent dédié à saint Pierre. Cinquante ans après, en 'y5i, saint Boniface étant presque à la fin dç s% carrière, institua à Erfurt le monastère et i'égUsô de Notre-Dame, et, dans ce monastère, un évêché qu'il conféra à saint Adélar. Ce prélat ayant reçu le martyre en 7 55 au milieu des Frisons, avec saint Boniface, ne fut point remplacé sur son $iég(e, dont il fut le premier et le dernier titulaire , et qui de*
5o8 DE l'aKI' CH AJLLCMACire*
meura ainsi réuni à l'archevêché de Mayence. L'é^ loignement de l'archevêque , l'intérêt qu'il avait à tenir aussi à l'écart les souverains temporels de la Thuringe, conspirèrent en faveur de la liberté de la ville 9 qui prit, dès le xiii' siècle, une constitution consulaire y fit, au xiv%'grâceà son énergique démocratie, des conquêtes en règle dans les pays voisins, et devint , au xv* et au xvi% une des places les plus commerçantes et les plus riches de l'Europe. Y reste- t-il aujourd'hui quelques vestiges des premières constructions fondées par les propagateurs du christianisme? Il suffit de jeter les yeux sur les chroniques de cette cité, lesquelles sont des plus minutieuses et, des plus intéressantes, pour s'éclairer sur le sort de ses antiquités. On y lit qu'en 10^9 Erfurt ayant été incendié par l'armée de l'empereur Henri IV, le feu détruisit le monastère de Saint-Pierre et celui de Saiat-Sévère, avec le peuple qui s'y était réfugié; — qu'en iio3 on recommença à bâtir la basilique de Saint-Pierre,
consacrée en ii^'j^ après quarante-quatre ans de travaux; — qu'en 11 53 l'église de Notre-Dame s^écroula; — qu'en 1176 le tonnerre mit le feu à la ville, et y brûla le pont et plusieurs églises; — qu'en 1 198 des brigands dévastèrent Saint-Pierre; — qu'en i ao4 le dortoir du couvent de Notre- Dame s'écroula ; — qu'en it2i3, iq46, 1^91, 1296, des incendies brûlèrent la ville, les ponts, les mar-
La. TIEtLLE SAXE. ÔÔ9
chés f les églises ; — qu'en 1 35o on posa la pre-* mière pierre du nouveau chœur de l'église de Notre-Dame; — qu'en i354 on dédia la crypte de l'église de Saint-Pierre ; — qu'en 1 472 un effroyable incendie prit en même temps en douze endroits différents de la ville, et notamment au pont et aux églises de Saint-Pierre, de Notre*Dame et de Saint- Sévère. Le dénombrement de ces dévastations nous dispense de chercher quelles furent les formes que donnèrent à l'église de Saint-Pierre et à celle de Notre-Dame les contemporains de Dagobert et de Pépin-le-Bref. La basilique de Saint-Pierre, qui élève sa masse imposante et ses clochers vigoureux sur la colline de Mérovée, offre aujourd'hui, à travers les altérations postérieures, la forme des cathédrales romano-byzantines élevées sur les bords du Rhin pendant le xii* siècle.
Je ne veux pas non plus m'appesantir sur les constructions que Charlemagne érigea dans les parties de la Saxe, où il porta la civilisation. La rotonde de Notre-Dame à Aix-la-Chapelle, celle de Saint-Michel à Fulde, disent assez que les monuments carlovingiens n'étaient qu'un renouvelle* ment des constructions érigées par les Romains au temps de Constantin. Aussi ; alors même que le temps et les fléaux qu'il amène auraient épargné les édifices que les Francs avaient consacrés dans
l66 évéohée de Ja Westphalie et de d'Ostphali^ *et ^ui otit étéipresque tous >rebflitis dans le «^Ie>n>- ^tnancHbyzantiti du su* âiècle^âlest évident qu^iln^ ^faudrait ipas*ohercher les tracesdu principede l'art tgeFOianique. Je ne veux cependant pas me «dispenser d'examiner si àHalberstadt^quiest, de tous les évéchés carlovingiensi, le plus avaneé irel^ 'lest d<^ meures actuelles de la race* saxonne, 'ilne lirchiteetureiparticulière^uxTudesques ne se serait pas^filit ijouF. On trouve encore à iHalberstadt, comme à Halle 9 comme autrefois aussi à Freybesg'et^^dans une foule' d'autres villes saxonnes., ilne^tatuenA>lossale de ^Roland, nommée Rolandsaule^^àenAet ^débris de l'art de ces peuples grôtoiers, qui dV valent qu'un mém^mo^ j saule , pour^ désigner* uue statue et une colonne, et qui, aprèsa^oir emprunté à l'ancienne confédération chérusque leur première figure héroïque , Hermann ( Hermansaule, Irminrsul)^ enipruhtèren t. plus tard y une^eeondefoisy (aux Francs, enfants de cette* confédération, Vimage héréditaire de la bravoure. Il est sans doute inutile d\EH ajouter qa^\^Rolaruisaule d&Halbersradt a étérefett .plusieurs foi&dans le cours des^sièdes. L'égliseyconstruite dans la même ville sousChariemagne,'n'eut pas uouiplus une longue durée ;^oartje trouve dans la chronique de Quedlinbourg qu'elle fut^rebatie à la fin du X* siècle, et dédiéef en gg^à^Christ, protomartyr» -en présence de l'em^reur Othon\IIly «de
LA vmLLB saxb; &it
son aïeule Mathilde, et- d'une quantité de- princes italiens, par son évéque Hildeward> assisté des plu» grands prélats et des plus puissants abbés de l'Italie et de r Allemagne. Mais à la fin du xii-* siècle, «eh* 1 1 7,9, Henri le Lion, duc de Saxe et de Bavière, qui avait jusqu'alors été un des plus grands bien£siiteurs' de r Allemagne,, ayant rompu l'amitié qui le- liait» à l'empereur Frédéric Barberousse, et déclaré une* guerre impitoyable à tous les^ amis de ce prince^; et entre autres à Udalric, évéque de Halberstadt ^t assiégea cette ville» la prit, et y alluma un incendie qui consuma la cathédrale , les quatre monastèresde Notre-Dame, de Saint-Etienne, de Saint- Jean-' Baptiste, de Saint-Paul, et toutes les autres églises,^ avec les prêtres, les écoliers et la foule des fidèles** La cathédrale offre aujourd'hui un curieux mélange de tous les styles qui ont eu cours en Allemagne depuis le xiii'' jusqu'au xvi* siècle; l'église^ de Notre-Dame,! qui fut rebâtie avec plus d'empressement et d'unité, est un des exemples les • mieux conservés de la haute époque bjrzantine.
Il est temps d'arriver aux constructions élevées' par les empereurs saxons eux-mêmes, suprêmes représentants de l'avénèment politique des races de' pure origine germaine. Les monuments de l'époque de Henri l'Oiseleur sont concentrés au nord"* du Hartz, Gozlar.qui est le princinal étaUisse*
Ôld bt L'AftT EN ÀLLËMA6N£.
ment de ce prince , le père des villes saionnes , ne présente aucun édifice qu'on puisse faire remonter jusqu'au temps de la première fondation. L'église principale , qui a été démolie en 1820, avait été bâtie par l'empereur Conrad-le-Salique , consacrée en présence de son fils, l'empereur Henri III, en 1 049 , par le pape Léon IX , et affectée à un chapitre royal. Une petite chapelle, respectée par les démolisseurs , suffit pour donner une idée de toute la construction, où le plein cintre régnait dnns son austérité latine. De l'ancien palais des empereurs, auquel il serait difficile d'assigner une date précise» il reste aussi une chapelle qui a été convertie en magasin, et qui est une œuvre de l'art roman.
TSotï loin de Goziar, Quediinbourg, bâti, à ce qu'on a conjecturé d'après son nom , sur un ancien établissement des Cattes , est dominé par un rocher qui porte une construction tout à la fois féodale et religieuse. C'est un château qui contient l'abbaye royale fondée par la veuve d'Henri-l'Oiseleur , la reine Mathilde, qui s'y retira auprès de la sépulture de son époux. Ce monastère fut, ace qu'il parait, édifié lentement; commencé en 987 , aussitôt après la mort d'Henri I", il ne fut achevé et dédié qu'eu lOQi , en présence de l'empereur Henri II et de l'impératrice Cunégonde. L'acte de cette cérémonie contient des renseignements précieux : la basilique
LA VIEILLE SAXE. 5l3
et le grand autel {supremum) furent consacrés par Tévêque de Halbersiadt; l'autel du milieu de 1 église ( in medio ecclesiœ ) , par l'archevêque de Magdebourg; celui du midi [australe)^ par Tévêque de Paderborn ; celui du nord {aquilonarè)^ par l'évêique de Misnie. La manière dont les deux derniers autels sont désignés et le nom de basilique décèlent suffisamment que Téglise primitive , dotée d'un transeps y avait la forme léguée aux anciens temples du christianisme par les édifices civils des Romains. Mais comment entendre la disposition du grand autel et de l'autel du milieu de 1 église? Ne faut-il pas comprendre que le premier était au fond de Tapside , et que le second était à la rencontre du transeps et de la nef ^ à la place où les coupoles s'élevèrent plus tard? Voilà l'image complète d'une basilique latine.
Autour du confluent de l'Unstrut et de la Saale , viennent aboutir et se rencontrer les trois provinces auxquelles nous avons limité nos recherches : au midi, la Thuringe des Mérovingiens ; au nord y la Saxe de Charlemagne ; à l'est , la .Sorabie des Slaves. C'est sur cette frontière que semble avoir été fixé le centre des établissements d'Othon I*'; c'est là aussi que nous allons étudier avec plus de détails le principe architectural des fondations de II. 33
6l4 DE L^AAT en ALLEMAGNE.
Ce grand empereur , qui fut la personnification la plus élevée de la race saxonne.
Mersebourg est situé sur la rive gauche de la Saaie; une colline qui, à l'orient, plonge pefpendîculairenaent dans la rivière, et qui couvre au couchant la ville assise à ses pieds, porte, sur remplacement occupé autrefois par un temple de Mars {Marttà burgum) ou par un catnp de Mérovée {Mermsburffim\ la cathédrale et lé château, intimement unis depuis Tépoque de leur fondation. La manière dont ces deuit constructions sont posées, celle dont elles sont demeurées liées malgré les nombreuses révolutions des âges, font merveilleusement comprendre l'esprit des premiers établissements sà^otis. Comme à Quedlinbourg , à Meissen et en plusieurs autres endrqits, on voit ici la religion devenir, sur la frontière de la barbarie , le signe de la civilisation j et tout à la fois se placer sous la garde de la puissance politique et lui donner la consécration. Il me semble que le regard de Thomme ne peut contempler un plus auguste spectacle. Qui ne serait ému en pensant qu'au pied de ces hautes murailles est venue expirer l'écume de l'Orient, et que les princes qui , au sein de ces constructions défendaient l'Occident tout entier, s'y ageuouil* iaient aussi devant le Dieu d'amour et d'humilité, égaux i sous sa loi y au plus faible des hommes
LA VIEILLE SAXB. Ôlft
qu'ils protégeaient par leur génie et par leur courage?
Mais si l'antique figure de ces fondations religieuses et militaires de la Saxe subsiste encore à Mersebourgi elle y a été singulièrement altérée paf le temps ; nous sommes venus trois 'siècles trop tard pour la contempler dans sa primitive et aus-i tère grandeur : aussi l'histoire nous fournit-elle des indications auxquelles rien ne répond plus dans les édifices qui ont remplacé ces premières citadelles chrétiennes. La légende de saint Boni&ce dit que l'apôtre s'avança jusqu'à Martisburgum ^ et que ^ sur les débris d'un temple de Mars (Odin)» il J érigea une chapelle , sans doute petite et faite de bois comme celles qu'on le voit élever partout ail" leurs. D'après l'ordre que cette fondation occupe dans la vie du saint , je penserais qu'elle doit être placée à Marbourg dans la Hesse ^ plutôt qu'à Mersebourgy ainsi que le veulent les annalistes saxons. Charlemagne passe pour avoir étabU à Merwisburg tme église collégiale^ au chapitre de laquelle il ajouta un comte palatin ^ chargé de l'ad^ ministration séculière de la province. L'esprit général des institutions carlovingiennes se décèle tout entier dans cette subordination du pouvoir temporel au pouvoir ecclésiastique. Henri-l'Oiseleur fit de riches dons à la collégiale de Mers^ bourg } son fils Othon •> le * Grand , qui avait cou-
5i6 DK l'aut en allumage:.
tume de tenir sa cour dans le château, érigea la collégiale en évêché en 968, et lui prodigua les revenus et les titres féodaux, qui étaient dès lors inséparables. Cependant Giselaire, chancelier de l'empereur Othon II, nommé évêque de Mersebourg d'abord, et ensuite archevêque de Magdebourg, ayant voulu, soit agrandir l'autorité impériale aux dépens des fiefs, soit payer les complices de son ambition , fit réduire son premier siège en abbaye, et en aliéna en grande partie les propriétés. L'empereur Henri II, dont nous avons déjà trouvé à Bamberg, à Ratisbonne et à Quedlinbourg des fondations pieuses, récompensées, après sa mort, par la canonisation, donna à l'évéché de Mersebourg une large réparation, qui lui fut, dit-on, inspirée par une dévotion particulière pour saint Laurent. En ioo5, après la mort de Giselaire, ce prince réunit sur la tête de son chapelain Gilbert le titre d'évêque et celui de comte, y ajoutant, entre autres largesses, la possession de la ville de Leipzig, dont il venait de jeter les commencements. Regardé comme le second instituteur de la cathédrale, ce fut lui qui la fit consacrer en loâi avec des solennités magnifiques. Depuis lors cette église fut gouvernée par tout ce que l'Empire produisit de plus noble, sans qu'on cite d'autre particularité importante de leur administration qu'une diète assemblée en 11 35 dans leur ville par l'empereur
Lothaire, et où ]es princes se rendirent de toutes les extrémités de l'Europe.
La cathédrale actuelle renferme-t-elle des parties
qu'on puisse authênliquement rapporter même à cette dernière époque ? L'incendie qui Va ravagée à plusieurs reprises, une terrible tempête qui en iq^S précipita dans la Saale le sommet de ses deux tours postérieures , l'avaient réduite à un état misérable, lorsque , à l'heure même où la réformation allait s'en emparer , les deux évêques Thilo de Trotha ( i468-i5i4) et Adolphe, prince de Anhalt ( i5i4i5a6 ) lui donnèrent sa forme présente. En la faisant reconsfruire, ils conservèrent, au chœur et à l'entrée, des fragments de plusieurs réédifications antérieures, dont on ne peut fixer la date que d'une manière approximçitive. Le chœur, carré, est terminé par une apside ronde, dans laquelle s'ouvrent cinq longues fenêtres latines , dont il semble que le cintre ait été grossièrement entaillé après coup pour imiter faiblement la ligne ogivale ; la clôture de ce chœur, néo-grecque par sa forme originaire, est taillée en ogives qui reposent sur des colonnettes encore byzantines, et qui contiennent les images peintes des anciens évêques. Ainsi on voit dans cette partie le gothique greffé sur le byzantin , et le byzantin sur le roman, comme dans tous les monu-< ments de l'Allemagne que nous avons étudiés jusqu'à présent. A l'entrée, on trouve deux chapelles
6lB DE l'art iSir AlitEHAC^NE.
latérale» j 4ont l'une contient )e baptistère , ouvrage curieux et respecte iie l'art byzantin* Cent un TOse de cette pierre rouge si fort usitée sops le règne de Frédéric Barberousse ; il est supporté par des animaux qui alternent avec des hommes assis ; U ^9t décoré d'arcades dont les pleins caintre^ par- Cûta reposent sur des colonnettes longues et encadrent des figures tout orientales , accouplées deu^ à deux , l'une sur les épaules de l'autre , ayant eucore I à la façon antique , les jambes séparées sous le OQstume , et portant des légendes écrites 9ur la bordure de leurs manteaux. Quant k la nef, ^e ressemble à toute» les construction» gt)thiques que l'Allemagne fît au vvi* siècle, et qu'il n'est point temps de définir.
A l'extérieur, l'église présente quatre toura, comme tous les monuments tudesques postérieurs au xi^ siècle , deux en arrière de la cro isée ^ rondes , érigées en l'honneur de» deux patron» de l'égliae »aint Jean-Baptiste et saint Laurent , et appartenant sans doute aiuc plus anciennes édification»; deux sur la façade^ consacrées aux cloobe», et qui, par leur partie supérieure^ formée en octor gone, tiennent à la dernière époque byzantine. Celles-ci reposent sur un ancien frontispice roman du genre le plus sévère, qui a été affublé, san» doute au xvi* siècle , d'un fronton gothique , et en outre masqué en partie , au même temp» , par
un second frontispice , destiné à enfermer dan^ I* nouvelle enceinte le baptistère^ demeuré jusqu'alors hprs de l'églisç. Cette dernière particularité , qui me paraît très importante, montre asse» avec quelle e^taçtitude les fondateurs des églises saxonnes , quç je considère comme les véritables instituteurs de l'art allemand , se sont astreints à reproduire tpute^ les formes de l'architecture latine.
Au midi de l'église s'élève un vieux cloître dont les lancettes étroites et courtes , reposant sur de» piliers dépouryu§ d'ornements, remontent h là première introduction de l'ogive en Allemagne, J)e ce coté était l'établissement religieux de la foi^ teresse de Mersebourg; du côté du nord était l'état bliôsement politique } mais là tout a été refait au xvi' siècle. C'est woe cour royale , entourée , sur les trois feee» que l'église laisse libres , d'un logis ira* mensc I défendu par un large fossé , orné de ton*
relies , de porches sculptés , et , jusque par-dessus
Ii3S toits, de ces nombreux pignons historiés qui couronnent la plupart des édifices de la Renais^ ^ance allemande. Ce diadème qu'on aperçoit de loin f au-dessus des hautes terrasses qui dominent le cours de la Saale , rappelle^ avec je ne sais quel feste grossier^ l'antique puipsance du lieu.
I^a citadelle de Meissen garde moins de traces
encore de sa forme primitive. Fondée en 930 par
5aO DE l'art en ALLEMAGNE.
Henri-I'Oiseleur, au confluent de la Meisse et de l'Elbe, dans une position stratégique dont ce prince s'était servi pour repousser les Hongrois , elle reçut son institution définitive d'Othon-le-Grand , qui y établit en 968 un évéque à côté d'un margrave et d'un burgrave. Le margrave administrait toute la province et était chargé de la garantir Contre les Slaves; le burgrave veillait à la défense particulière de la place , et gouvernait quelques autres forts; l'évéque joignait à plusieurs titres féodaux le privilège de relever directement du pape. Ces trois hauts dignitaires demeuraient ensemble .
dans le château , autour de l'église qui en occupait le centre , au-dessus de la ville qui était étendue à \
ses pieds. Du milieu de Tenceinte, armée de ses puissants contre-forts qui rappellent les premiers temps, s'élèvent aujourd'hui une nef et de grandes habitations qui appartiennent à des époques plus récentes.
Un incendie, que la chronique du Mont- Serein place à la veille de la Saint-Barthélémy, Fan 1222 , détruisit Meissen complètement; et le biographe de Saint-Bennon , l'un des évêques de cette ville , nous apprend que le temple fut rebâti deux fois plus grand qu'il n'avait été dans l'origine. A cette époque , les margraves d'Osterland ou de Misnie étaient devenus les plus puissants princes de l'Allemagne , grâce aux mines d'argent qui avaient été
LA VIEILLE SAXS. 5a t
découvertes dans leur ville de Freyberg en 1 1 72, du vivant d'Othon-le-Riche. Le petit-fils de ce prince , Henri-l'Illustre, qui gpuverna depuis i igS jusqu'en 1205 , au temps de la reconstruction de l'église de Meissen, avait, disent les chroniques , des tours pleines d'argent. Dans un tournois qu'il donna à Freyberg, il fit apparaître , au milieu d'une forêt, à la grande admiration des conviés, un arbre d'argent ciselé avec un art infini, et tout chargé de feuilles d'argent et d'or. Les chevaliers qui rompaient ui)e lance sur le corps de leur adversaire obtenaient la feuille d'argent ; ceux qui faisaient vider les étriers, la feuille d'or. Il acheta à prix d'argent le landgraviat de Thuringe , auquel il avait des droits par sa mère, fille du landgrave Herrnann et belle-sœur de sainte Elisabeth ; il aurait pu acquérir de la même manière le duché de Bohême , si une réserve naturelle n'avait mis des bornes volontaires à sa puissance. Ce fut lui qui commença à bâtir la citadelle de Dresde et à y tenir sa cour, sans doute après que la flamme eut dévoré l'antique demeure de Meissen. La prospérité qui l'accompagnait, et dont il a laissé la preuve dans une foule de monastères fondés et dotés par lui , dut amener une ère de renouvellement dans la vie des peuples saxons, et par conséquent dans leur art. Aussi voyons-nous que la cathédrale qu'il releva à Meissen vers le milieu du XIII* siècle fut dessinée dans le style ogival , qui était
alors une mode toute neuve en AUemagnQ. Ij'é|[li«e construite à peu près ver^ la même époque h Marbourg , dans la Hesse , en l'honneur de sainte Elisabeth, qui y était morte en laS^* après avoir donné les plus beaux exemples de la charité çbré» tienne t emprunta aussi toutes ses formes h l'art nouveau de l'ogive. |1 est à remarquer toutefoii que ces deu^ monuments où la ligne ascendante est employée avec une rare élégance demeurèrent en quelque sorte exceptionnels dans les limite^ de l'ancienne Germanie, et n'y produisirent aucun autre édifice digne de leur être comparé ; en sprt^ qu'il est facile de reconnaître qu'ils furent en&nté$ par l'heureuse /fantaisie d'un prince opuleqt et ami \
des arts , qui ne parvint point cependant à détQur* ner le goût naturel de son pays.
I^ cathédrale de Mejssen fut rebâtie dans la fgrme austère et simple de toutes nos constructions religieuses du fJit siècle ; la nef rappelle celle de Metz; la flèche, toute en pierres artificieusement percées, ressemble au?t tours qui surmontent en Normandie les édiQces des siècles antérieurs, et \fim partie çulièrement à celle de la curieuse cathédrale de Senlis , dont la date n'est poi^t douteuse. J'en augurerais volontiers que les artistes qui érigèrent le monument.de Meissen avaient été appelés directement de France par Henri-l'Illustre, et que c'est en
jse repliaut vers leur pays qu'ils bâiirewt à J^fer-
bourg Téglisa de Sainte-Élisabetbr X^ géttie attemand a pourtant fait act(î de présence dans la çatbédrale de Meisseu, A la fin du ^y' siècle , les deux frères £rpcst et Albert, dont les descendants ont fprn^è les deux branches, long-temps rivale} de Ig famille actuelle de Saxe^ montrèrent une grande dévotion pour cette église : ils y établirent une lirturgie particulière et un nombre suffisant de clercs pour qu^ le cbant divin (chose unique dans toute la chrétienté) y fut continué sans interruption 1^ nuit et le jour. C'est sans aucun doute dans ce temp^ qu'un artiste tudesque, et probablement Adapi Kraft lui-même^ y sculpta une de ces maisons sacramentelles dont je vpus aî^ montré le mpdèle à IJIm et à Nuremberg. Lucas Chranach ne tarda point d'y pein4re un rétable, et Albrecht Duerer, à ce qu'on rapporte, d'y dessinep des verrières. Quant au palais où l'évêque, le margrave et le burgrave de Misnie habitaient ensemble ^ reconstruit dans les derniers siècle^p il a été affecté par celui qui a précédé le nôtre k cette belle manufacture de porcelaini^ qui a répandu dans )es salons de l'Europe les noms de Saxe et de Meis^çn ^ antique terreur des tribus de rAsie«
Le troisième évéché, qu'Othon T' avait fondé k Zeits^ fut bientôt transporté à Naumbourg, au confluent de la Saale et de l'Unstrut^ par Eckard Vf
5l24 DE l'art en ALLEMAGNE. I
seigneur de Thuringe, qui obtint d'Othon III, en 985, le margraviat d'Osterland ou de Misnie, et qui se préparait à prendre après lui le titre d'empereur, lorsqu'il fut tué en iooq. Sa femme Swanehild, fille d'Hermann Billiing, duc de Saxe, donna au nouvel évêcbé presque toute la marche d'Osterland et la meilleure partie du comté de Pleissen. La cathédrale ne fut pourtant fondée qu'en 1029 par les deux fils d'Eckard I", les deux margraves Hermann et Eckard II, assistés de leurs femmes' Regchinde et Ute. Parmi les réparations ultérieures qu'elle reçut, les chroniques, insuffisantes sur ce point, ne parlent que de celles qui furent faites vers le milieu du xii« siècle, en ii5i, sous Tau- 1
torité de l'évêque Wichman et du margrave Conrad, avec l'aide de Sizzo, comte de Keffernbefg, qui est cité parmi les bienfaiteurs de l'ÉgUse. Quant aux désastres qui altérèrent successivement les premières constructions, on ne les a point enregistrés, hormis celui qui, en lôSa, réduisit en cendres la maison des chanoines, le toit de la cathédrale, et une des tours, laquelle croula avec ses cloches.
L'édifice lui-même parle plus nettement que les chroniques des transformations qu'il a subies. Le plan actuel présente le dessin d'une basilique ornée de deux chœurs opposés, d'une croisée et de quatre clochers , comme la plupart de celles qu'on a bâties en Allemagne au xi' siècle; mais il suffit de
considérer.les murs extérieurs pour se convaincre que la forme qtii leur a été donnée se rapproche beaucoup plus de l'art roman tel qu'il a été pratiqué dans les provinces méridionales de la France, que de Fart néo-grec usité à la même époque sur les bords du Rhin. La simplicité, là gravité des Romains, respirent encore dans ces murailles érigées par les premiers gouvernements réguliers de la Saxe. Les faces latérales qui, dans toute leur longueur^ paraissent appartenir à lepoque primitive, construites en belles pierres, et couronnées par des arcatures élégantes, sont percées de petites et hautes fenêtres latines qui s'arrondissent en plein cintre; les frontispices qui terminent les deux travées du transeps , affectent aussi les formes les plus sobres qui puissent résulter de la combinaison des rectangles et des cintres ; eu arrière de ces travées s'élèvent , dans ce style toujours simple , les deux bases carrées des deux clochers postérieurs ; à ces tours elles-mêmes sont adossées , de part et d'autre, les petites apsides qui terminent les bascôtés, et qui, rondes, bien fermées, ornées de leurs filets et de leurs arcatures , prennent leur place parmi les plus anciens et les plus beaux travaux de l'art roman.
Le sommet des deux clochers qui ornent cette extrémité révèle , au contraire, par sa forme octogone et par les grands cintres géminés qui y sont
da6 DE L'Attt E^ ALtfilCAGNB.
inscrits , qu'il appartient à la période intermédiaire deâ Byzantins; enfin la grande apside, qui terminait là grande nef, a été remplacée par une sorte de cbeyet que ses grandes ogives et ses contre-forts assimilent au chœur de Saint*Laurent de Nuremberg ei placent comme lui dans Tépoque suprême^ et, pro^ bablement même, au tvt^ siècle. Le chevet de Textrémité occidentale est d'un gothique plus ancien ; d'après la forme de celui de ses deux clochera qui est encore debout, et qui, comme ceux du chœur de Saint-Pierre à Bamberg , ressemble aux tours de la cathédrale de Reims, on peut fixer avec vraisemblance la construction de cette partie à la fin dii xiîi* siècle ou au commencement du xiv*.
Ces indications précises fournies par l'extérieur même du monument, nous guideront sûrement au milieu des nombreuses réparations faites à Finté^ rieur. Ici on peut faire remonter à l'époque de la fondation les fenêtres supérieures de la nef, courbées en plein cintre, le premier pilier, carré, et orné sur ses quatre angles d'ime grossière moulure en fornfti de colonnette; la base des bas^ôtés chaussée à la manière antique et offrant encore les traces du cintre primitif dans la naissance des voûtes; les travées du transeps décorées de portes et de fenêtres cintrées, peut-être même une partie du jubé oriental dont les petites ouvertures sont toutes latines. A là pure époque byzantine appar-
LA VISILlC 9A£B« 697
tiennent la clôture du chœur olientàl , et la plupart des piliers de la nef; on trouve le byzantin et te gothique mêlés dans le chœur occidental et dand son jubé, où les figures qui naissent di- ' rectementdu plein cintre s'associent aux ogives, où les ornements purement architectoniques et les feuilles de la végétation naturelle s'unissent pour envelopper des images bysantined peintes dan6 les 'reliefs de la pierre, et des statues gothi*ques érigées aux fondateurs de Téglise.
Les vitraux de ce chœur méritent une attenticm particulière! Inscrits dans des fenêtres ogives , ils conservent pourtant, comme ceux de Saint^Cunibert à Cologne, toutes les traces de l'art neo^grec. Ils portent en efiet « dans des encadrements découpés en festons à l'imitation des dernières fenêtres by- Eantines de Bonn et de Neuss , des personnages montés, à l'orientale, sur les épaules les uns des autres) dans leurs couleurs, qui se bornent au rouge, au jaune , au vert et ati bleu , et qui sont opposées airec an goût hardi , on voit la dernière tradition des vieilles écoles grecques. Â ces vitraux, que j'appellerais volontiers helléniques, tant ils donnent une idée encore sensible de la peinture des anciens, succédèrent les vitraux plus clairs , plus pâles ^ mais plus fièrement dessinés dans lesquels nos grands gothiques découpèrent une seule et large silhouette humaine. Ceux<»ci s'altérèrent peu à peu ^ et, au
xve siècle, le stylo flamboyant passant deTarchitecture aux autres arts, ils furent remplacés à leur tour par ces resplendissantes verrières, qui firent au jour la part la plus large , et qui présentèrent, comme dans une image abrégée du paradis , les saints errant à travers les dédales d'une architecture fantastique toute inondée par la lumière du ciel. Le xvi* , ramenant partout le goût des choses naturelles, supprima ces représfentatious idéales , et réduisit les vitraux à ne plus être qu'une imitation de la peinture ordinaire et de ses effets réels. On peut admirer dans la cathédrale de Metz, aux deux extrémités opposées de la croisée, deux magnifiques pages de verre qui font ressortir avec un grand bonheur le contraste de ces deux derniers styles. Les artistes modernes qui ont essayé, à Munich comme en France, de rajeunir ce genre long-temps délaissé, out adopté la manière du xvi* siècle, en exagérant encore le naturalisme dont elle est entachée. Les vitraux byzantins deCologne et de Naumbourg ont l'avantage d'unir à toute la fantaisie des verrières du xv*" siècle, des tons plus chauds encore que ceux du xvi% et une coloration non moins continue.
La cathédrale de Naumbourg était autrefois entourée de deux cloîtres. Celui qui couvrait sa face septentrionale , et dont on ne voit plus que de légères traces , était cintré ; celui qui existe encore
LA VIEILLI 8AXX. S^Q
sur la face méridionale a des ogives énergiques et barbares de la première époque. Cette grande église en a produit une autre qui est , pour ainsi parler, sa miniature. En remontant le cours de FUnstnit, après avoir longé de hautes roches sur lesquelles la légende entière de la vigne a été sculptée en bas-reliefs par les artistes naïfs di; Moyen-Age, on trouve, au milieu des montagnes, au pied d'un vaste château, Ja ville de Freybourg, fondée, en 1076, par Louis II, landgrave de Thuringe. Là s'élève une petite église en pierre dont l'intérieur a été renouvelé en i499; niais, à l'extérieur, elle offre dans la partie postérieure deux charmants abrégés d'apsides latines; à chaque extrémité de la croisée, deux frontispices romans; au milieu même de la croisée, une tour toute byzantine; enfin, un curieux péristyle roman couvert par une sorte de tribune, et surmonté par deux tours de la dernière époque byzantine. Le château suspendu entre deux précipices est Tune des plus anciennes résidences des landgraves de Thuringe , et présente un amas énorme de constructions que protègent de vastes tours rondes : dans cette enceinte , partout empreinte du caractère roman , on trouve, comme dans le château de Nuremberg , deux chapelles carrées, posées l'une sur l'autre; mais elles n'offrent plus , comme à Nuremberg , une imitation exacte du plan des premières églises grecques, qui étaient II. 34
â3o DE l'art en àliLEHAGNE.
divisées en trois travées et en neuf voûtes par quatre colonnes séparées. Elles s'éloignent de cette don* née primitive , en ce que la chapelle inférieure est divisée en deux parties par une arcade énergique ^ et que la supérieure appuie sur quatre colonnes byzantines, réunies en un seul pilier au milieu de la salle y quatre voûtes dont les nervures sont décou** pées en dentelures moresques. A ce signe ^ qui s'accorde avec les chroniques « on reconnaît une construction de la première partie du xui*^ sièda
A quelle époque la forme romane, que je trouve dans les commencements de tous ces édifices , fut*elle altérée d'abord et ensuite remplacée en Saxe par la forme byzantine ? C'est une question importante que l'on peut résoudre avec assez de précision par des monuments authentiques. Non loin des frontières de la Thuringe auxquelles nous tou« chons y et sur celles de l'Osterland et du Yoitland f sur la rive droite de la Mulde , presque en face de Rochlitz, se dresse une citadelle qui était, dès le temps des Garlovingiens, une des places confiées au JBuqfgm^ius zorbecannus; érigée en comté soiis lenom de Zschillenbourg par l'empereur Henri II , elle fut donnée par lui à la famille de Wettin » qui prétend avoir sa souche dans le célèbre Wittikind ; on connaît par des témoignages indubitables que l'un des memï)res de cette Ëunille • Dedo • dit le Gros .
LA VIfiILLB SAXS. 63 1
comte de Rochlitz , changea , dans l'année 1 1 74 > la forteresse en un monastère affecté à un chapitré aristocratique. Les chanoines nobles ayant pendu leur prévôt pour se livrer à toutes sortes de dé^ bauches , leur couvent fut livrée en laSo^ à Tordre des chevaliers Teutoniques. Au xvi* siècle, par suite de la sécularisation des chevaUers , il était tombé dans les mains des électeurs de Saxe , lorsqu'on 1646 le duc Maurice le céda , pour la citadelle de HohetiBtein y située au-dessus de Dresde > aui ba» rôns de Schonbourg , qui y vq tlant perpétuer le soti** venir de V échangé ^ lui donnèrent le nom actuel de Wechselbourg. Sur sa cime déserte , l'église de 06 monastère a conservé, en toute sa pureté ^ la forme qu'elle a prise en 1174- On y voit l'art roman , quoique modifié par quelques concessions faites à l'art byzantin, prolonger son empire bien au-delà du terme qui lui avait été assigné sur les bords du Rhin. La nef est séparée des bas-côtés par des arcades cintrées, reposant sur des piliers carrés dont les quatre angles sont ornés de la moulure circulaire que nous avons observée au plus ancien pilier de la cathédrale de Naumbourg. Cette moulure, qui, par sa forme et par sa position, rappelle l'habitude que les artistes de . Constantinople avaient de figurer des colonnes dans tous les angles de leurs constructions , est la marque d'une école byzantine toute particulière à la Saxe« L'ap-
53â DE i/aRT en ALLEMAGNE.
side ronde et la croisée appartiennent à Fart latin ; la tour octogone qui s'élève au milieu du transeps, à l'art néo-grec. I^s colonnes , qui y sont rares , ont des chapiteaux ciselés dansle goût oriental. L'autel, contemporain de l'église , est rattaché de part et d'ai^tre à l'apside par des arcades cintrées, couronnées par un second étage de décoration qui forme un grand rétable de pierre du plus curieux effet. La chaire affecte , comme l'autel , une forme carrée dont on ne peut se défendre d'admirer la simplicité sauvage. Elle est du reste ornée , comme lui , de sculptures qui ont singulièrement ému les artistes et les archéologues de TAllemagne. U suffit d'apporter à leur examen un esprit dégagé de toute prévention, pour y reconnaître le travail d'un artiste venu d'Italie au commencement du xv* siècle, et qui s'est plu à reproduire, au milieu de la nature rigide du Nord , les belles formes, les attitudes libres, les costumes gracieux qu'il avait appris à ciseler dans les. écoles de Florence.
Cette église montre clairement qu'à la fin du xn« siècle , l'art roman se perpétuait en Saxe avec une force qu'il n'avait plus à cette époque en aucun autre lieu.. On peut se convaincre qu'à Magdebourg, capitale religieuse de la Saxe impériale , ville plus exposée que le château agreste de Wechselbourg aux envahissements ou aux inno-
valions de la mode , les artistes byzantins n'avaient non plus exercé qu'une influence médiocre , vers le milieu du mêmesiècle.Cetle cité renferme aujourd'hui un seul temple catholique , celui dont la première pierre fut posée , en 1 1 3 1 , par l'archevêque Nortbert, et qui fut élevé , sous l'invocation de la Vierge, aux frais d'Othon, comte de Crudorp, institué lui-même, avec l'ordre de diacre, chanoine de sa collégiale. On voit dans la façade de cet édifice , laquelle est toute empreinte du goût austère de la première époque du Moyen- Age , deux portions différentes qu'on distingue non seulement aUx formes qui leur ont été données , mais encore à l'appareil de leur construction. La porte unique, cintrée ,' sans aucun ornement , l'entablement qui la surmonte , les deux petits oculus qui s'ouvrent dans une vaste surface pleine , couronnée ellemême par une seconde corniche, composent une première partie , je ne dirai pas romane, mais presque toute romaine. Au-dessus de ces deux étages ont été élevés , avec une autre pierre , deux étages postérieurs , dont le premier, orné de trois pleins cintres géminés aux colonnettes énergiques , et le second composé d'un fronton peu aigu où s'ouvrent trois autres cintres géminés inégaux , indiquent une tepdance naissante au byzantinisme. Les deux tours rondes, qui sont placées en arrière de cette façade, portent, dans leur sommet, deux éta^'
534 ^^ T^\^T BIT Ail'VMAGNB.
ges de çiptres géminés , parés de trèfles qui signa^ lent Tinvasion complète du génie orieptal Elles sont si différentes de la base du frontispice luirm éme qu'on peut hardiment les croire postérieures d'un siècle, A l'entrée de cette église , on . trouve , en guise de vestibule, une salle carrée dont \s^ ypûte dessiqé^ par de fortes nervures cintrées et les pilastres by« :^ntins me paraissent* appartenir à l'époqye de^ toyr^, l.a nef, malgré le revêtement gothique qui
a été mis, au xv* siècle , sur sa parUe supérieun? i
laisse voir clairement la forme primitive de ^^s ^r-^ cades cintrées qui reposent sur des pilier^ carrés, et qui sgnt séparées par une frise, à petits eptre^ lacs, des fenêtres cintrées et allongées §elQn le rbythwe latin. Ce n'est plus qu'à Textérieur qu'on peut reconnaître l'ancienne figure ronde des trois apsides romanes qui termipaient la iief et le^ deux bas-cQtés. J'ai retrouvé des aualogie^ surprei)antea entre cette église saxonne du xii? siècje e% uue église construite au xi% dans une yiUe provençale, k Saint-Remy, sous l'invocation de saint Paul, Cette ressemblance peut feire juger à qwçl point le style roman §'était uaturalisé au centre de Vafltiquç Ger? manie,
La cathédrale de Magdebourg présente , dans sa forme actuelle , un exemple du passage de la pér riode by^aqtine à la période gothique. L'antique édifice , qui avait été construit dans cettç ville par
LA •VYBIJAJÈ SAXE. ÔSS-
Othon-*Je<^rand , périt en 1228, sous Tépiscopat d'Albert XVIII. La clATonique de Georges Torquat raconte qu'en cette année , oc un feu terrible, qui 1» avait pris sur la grande place , jeta des brandons » sur la cathédrale , et que tout le monastère y le » réfectoire , le dortoir, les tours , l'église et toutes > ses cloches , dont les semblables n'existaient pas ji dans la Saxe entière , croulèrent et furent ré- » duits en cendres. Sainte Elisabeth eut , dit-on , à » Marbourg une vision qui lui révéla les désastres a de cette église , et elle la raconta , la nuit même , D au landgrave son mari. » Si ce dernier trait mar<que la gravité de la catastrophe, ceux qui précèdent font vivement regretter que l'incendie ait détruit un exemplaire si complet des premières fondations du Moyent-Agei où la cité des prêtres était entière* ment distincte de celle des laïques. La cathédrale , reconstruite sur les ruines de Fancienne, ne fqt •ebevée qu'au xiv* siècle , et consacrée seulement en 1 363 par l'archevêque Thierry. Trois âges suco^saifa et fort divers de construction y sont parfaifv temept marqués dans les arcades du chœur, dans pelles de la nef, dans les fenêtres de Tétage supérieur. Les arcades du chœur ont des ogives très aiguës , qui indiquent évidemment qu'à l'époque de kur édification , le règlement définitif de l'art ogi«val n'était point connu en Saxe ; les arcades de la nef, destinées à être cintrées, et réduites après coup
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en ogives, présentent des écartements excessifs non moins contraires aux lois de Togive équilatérale , ou du tiers'point. Les fenêtres qui éclairent le vaisseau ont seules la mesure consacrée par les artistes français qui ont déterminé^ au xni' siècle^ les conditions fondamentales du système ogival ; mais les archéologues nationaux savent bien que ces fenêtres datent du xive siècle, et Ton en peut conclure avec justesse que les Saxons qui ne pratiquèrent l'ogive qu'un siècle après qu elle avait été répandue en France , n'en connurent encore le vrai système qu'un siècle après qu'il avait été composé chez nous.
Le chœur veut être examiné séparément II est entouré d'un pourtour, dans lequel sont pratiquées de petites chapelles qui , rondes dans leur base^ deviennent polygonales en s'éle^ant. A Tintérieur, il présente le singulier entassement de quatre étages entièrement divers ; les ogives aiguës qui forment le plus bas viennent se perdre dans un second étage dont les compartiments sont séparés par quatre magnifiques colonnes romaines 9 la première. de granit gris, la seconde de porphyre rouge, la troisième de vert antique, la quatrième de porphyre rose, toutes quatre aux chapiteaux corinthiens , supportées comme des objets précieux sur des consoles formées par des faisceaux de colonnettes. La Germanie se parait ainsi des dépouilles de la Grèce et de FI-
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talie. Ces quatre colonnes encadrent de petites tribunes carrées , accompagnées à droite et à gauche de niches rondes où des sculptures byzantines étalent leurs costumes encore antiques. Le troisième étage est formé par de grandes tribunes dont Togive varie , dans des rapports toujours voisins de ceux qui mesurent le plein cintre ; dans les intervalles de ces tribunes , ornées de colonnettes byzantines, apparaissent des statues où Ton reconnaît le même style ; les pieds appuyés sur d'autres figures , à la mode orientale, la tête couverte de clochetons grecs, elles représentent deux Othons, le Christ, et trois apôtres encore drapés dans le goût des anciens. Enfin le quatrième étage est rempli par de grandes fenêtres de diverse largeur, où le trèfle se double et se triple^ et dont Tare à peine aigu semble être une des premières déformations du cintre byzantin. A l'extérieur ces quatre étages n'en forment que trois, celui des chapelles polygonales , celui des grandes tribunes enveloppant les tribunes inférieures, celui des fenê très; alicun d'eux, chose remarquable, n'est appuyé de contreforts; le plus haut est couronné par une petite galerie imitée des galeries byzantines qui surmontent toutes les apsides des bords du Rhin. Le style néo-grec qui éclate dans les arcatures des frises, dans les ornements des colonnettes , y enveloppe partout l'ogive naissante;
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La nef est souteouç sur des piliers qui ^rdenf asse?; (opg- temps le caractère byzantin ; son étrpite3se çoqtrastç avec )a largeur de ses arcade^. A la paissgpce de la çploqnette qui soutient les nervures de la preinière voûte , on voit une figure sculptée sous laquelle oq a écrit Bonenam , et qu'on r^arde con^ipe le portrait de Tarchitecte qui a construit le mouumout- H serait insensé de penser qu'un seul l^>nime a fait le plan de touteç les maçonneries si différentes que je vî^qs d'indiquer; le costume d^ pette figurine , qui est pelui du xjv siècle , ne peut convenir qu'à l'artiste qui a conduit 1^ derniers travau:}^ tracés au tiers -poipt j le no» qu'elle porte , et qui w saurait appartenir à aucune dçs époques de la langue allemande , me ferait incliner à pepser que ce fut un ai^cbitepte finançais qui viqt achever la cathédrale de Magdebourg selou lç$ règles du système équilatéral.
Uu cloître contemporain desarcades de la nef, formé, çpmme ell§s , d'pgives énergiques qu'açqompagneqt toutes les figures directement issues du plein ciulre, couvre le flanc méridiopal de l'église* Sur 1^ flanc septentriPwM r f ^ remarqué^ en arrière du frontispice de la croisée , la base d'une tour qui n'a point été conduite à SOU terme, et qui m'a aidé à retrouver un semblable commencement sur fe facç
opposée; ces dewp tours projetées, réunies aui deu»
clochers qui ornent le portail autériçur, aUFÛent
aasiwilé la cathédrale de Magdebourg à tous les édifices byzantins de FAUemagne, qui portaient or-^ dipairemeqt quatre poiptest Mais durant la çon-: struction^ c'est-à-dire asses^ avant daps le xui* ^ièql^^ les plans gothiques ayant prévalu, les deu? tonr^ postérieures furent délaissées , et Fedort principal des architectes se porta sur les d6ux tours antérieures, Celles-ci cependant» par leur forme rude et austère , rappellent encore la première époque j elles sont carrées , sévèrement fermées , très hautes et peu liées au frontispice , sur lequel elles tranchent vivement. Ce frontispice , percé dan^ la partie inférieure d'une seule porte couverte par 3Qn porche et par son pignon , est orné , dans la partie supérieure^ de fenêtres très étroites et de filets nombreux, où la ligne -verticale domine et annonce le caractère particulier que l'architecture ogivale ne tardera point à prendre en Allemagne. Le jubé dont on décora le chœur de cette église au commencement du xvi' siècle, et qui affecte les formes les plus complexes du style flamboyant; la chaire , où à la fin de la même époque un artiste indigène ^ Sébastien Ertler» a prodigué les richesses classiques \]e la Renaissance, n'ont rien à nous apprendre sur le principe de l'art germanique.
Il me semble que ces exemple? sufipsent pour déterminer avec rigueur la série et la date des diverses époques de l'architecture allemande. Si l'on soubair
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tait de plus amples informations ^ on ne pourrait les chercher que dans les contrées septentrionales où les Teutons d'abord , et en dernier lieu les Saxons, leurs suprêmes héritiers, ont eu leurs premières demeures. Mais dans ces pays, qui ne sont arrivés que plus tard à la civilisation, on trouverait que les édifices originaires , au lieu d*étre latins ou romans, sont presque tous construits dans le style byzantin. Les anciens monuments qu'on rencontre, de Lubeck à Brème , sont en effet des produitsde l'art oriental qui régnait sur l'Allemagne au moment où ces cités sont entrées dans le congrès de la société européenne.
L'intéressant ouvrage que M. Dahl a récemment publié à Dresde*, sur l'architecture norwégienne, et que j'ai déjà cité, me permet de reconnaître jusqu'aux extrémités de l'Europe, aux rivages glacés d'où la race Scandinave est descendue , une confirmation des grandes lois que j'ai établies. Sur les côtes les plus lointaines de la mer du Nord , les églises ont conservé la forme des basiliques de Constantinople ; on doit d'autant plus s'étonner de voir le plein cintre y dominer et l'ogive en être entièrement exclue, que le bois dont elles sont construites se prête fort difficilement à la première de ces deux formes, et s'accommode, au contraire, merveilleusement de la seconde» Mais la prédilection des races sep-^
tentrionales pour le demi-cercle romain est si naturelle, qu'à Bergen , et dans toutes les villes voisines, les charpentiers, tout en étant forcés, par les matériaux qu ils employaient , à donner aux édifices religieux des pignons très aigus, n'ont jamais songé à y inscrire l'ogive, qui en est deve* nue chez nous l'accompagnement inévitable. Ces « architectes du Nord ont dressé leurs monuments sur un plan presque exactement carré , où la nef prend place entre ses deux bas-côtés, et au-dehors duquel se prolonge un chœur étroit. Les fanétres^ les portes, les arcades , sont parfaitement cintrées, et ornées de ciselures byzantines , qui représen-
tent des monstres et des arabesques. Les colonnes ont des chapiteaux où Ton peut étudier toute la suite des révolutions de Tart néo-grec; couronnées , tantôt par le dé énergique de la première époque , tantôt par les riches moulures qui l'ont remplacé dans les derniers temps; elles supportent souvent des voûtes cintrées, quelquefois des plafonds : dans ce dernier cas, l'église prend l'aspect d'un temple égyptien. Au-dehors cependant les coupoles s'élèvent , soit sur la porte , soit sur le sanctuaire ; ordinairement leurs formes rondes sont décomposées en formes rectangulaires; plus rarement elles conservent la figure du pavillon primitif. Tout autour de l'enceinte règne, en guise de péristyle, une petite galerie byzantine, qui préserve à la fois Tédifice et les
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fidèles qui ne peuvent pas trouver place dans TiiitérieUi*. .
Les Allemands^ qui développèrent Tart du plein eintre avec un zèle si vif et si continu, finirent aussi, je ne le cacherai point , par s'approprier Tart ogival , et par lui imprimer, à la dernière époque, un caractère particulier. Je ne veux pas quitter la Saxe, d'où fai jeté ce dernier coup d'œil sur leur architecture, sans vous signaler la configuration générale des églises dont elle s'est couverte à la fin du XV* siècle et au commencement du xvi* siècle. Imaginez un vaisseau partagé en trois nefii presque égales par des piliers octogones qui montent jusque dans la voûte, et qui y déploient les extrémités de leurs nervures sous les formes les plus compliquées ; de grandes fenêtres ogives élevées, comme les piliers, de la base au soqamet, percent tout à jour les murailles latérales , où est quelquefois appendue à l'intérieur une tribune continue et étroite. C'est le plan des chceurs de Saint-Sébald et de Saint^Laurent de Nuremberg, développé sur une plus grande échelle. Ainsi sont construits, pour ne citer que quelques exemples , en Franconie l'église d'Atnberg , en Saxe toutes celles de Weimar Freyberg, de Halle, de Leipsick , de Wittembei^; à Dresde et à Berlin, les chapelles qui sont antérieures au xvit* siècle. S'il y a un style d'architecture qu'on puisse appeler gothique aUemand c'est certaine-
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ment celui qu'on trouve dans ces monuments. Simple jusqu'à la nudité et à la monotonie , il contraste fortement avec le luxe du style flamboyant où la France se précipitait alors ; il semblait prédestiné à s'accorder entièrement avec le protestantisme , qui ne tarda point, en effet , à s'emparer des temples où il était empreint.
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Cl«nclii«loii«
Ija moindre conséquence que je puisse tirer tout d'abord des précédentes recherches, c'est que l'art ogival , loin de naître avec la société allemande 9 ne s'est établi au milieu d'elle que lorsque deux autres arts, le Roman et le Byzantin, y ont eu épuisé leur développement* La ligne sur laquelle II. 35
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cet art est fondé n'a donc rien de primordial en Allemagne, non plus'qu'en France , où elle avait paru plus tôt; et ainsi j'arrive à vérifier par l'étude positive des faits, une opinion que j'avais déjà déduite de la considération absolue des principes.
Je n'ai pas craint de me placer au cœur même des peuplades à demi sauvages qui ont renouvelé la face du monde, et j'y ai recueilli la conviction consolante de l'invincible force de la civilisation. Les hommes se §ont presque toujours fait de fausses idées de la barbarie; tantôt ils ont cru qu'elle mettait fin à tout j tantôt qu'elle rénovait tout ; elle n'est ni si cruelle, ni si féconde. Lorsqu'elle déborde sur les sociétés régulièrement constituées y elle ne se propose ni de les détruire ni de les changer; elle \eut s'aocMiIre elle-même, en prenant part au bonheur et à l'ordre qu'elle y trouve établis; elle veut faire non pas des ruines, mais des conquêtes; et si elle sème le désordre autour d'elle, c'est que Dieu a permis que le monde fût une arène où il ne saurait y avoir de triomphe qui ne coûte du sang et des larmes. Le lendemain du jour où les Germains ont renversé l'empire roinain , ils sont devenus Romains euvmémes, et ont donné ce nom à leur propre empire /après avoir adopté la langue, les mœurs, les établissen^ents^ les arts du peuple universel qu'ils venaient de foulsr au:^^ picdiu
jgn faim^t ftiooif Us obéissaieiiit à «110 loi qtâ etclîée HUH côfui&tiam physiologique» de BOtrt Arc^^ qui #IA la pUls solide ganintie /du progrès coniîiiu dès choses buimi«(es. Pradamons donc hautotuent «p néwltgt ; )a barbarie s'est parlo«il aûcommodéc dm, ^in çiutfQ romaiiii «l c'est la rOsviUfiatîon qvi^ en s'ayaAV^)jk viers ao» but ^ a ealaiité l'ogiYe.
iCejt etnppre roiMto ^ dans lequel ks baiiiajtds A iSOl^t vioWfOlaaeiit introduits ^ ft n^sinAtou y mMHè t(wi^ les nati^os qu'ils 419 1 plus sard foraiéts, IIAÇ s^idaryibi in4sslrutf ible; ^ €hmlîainaDS#^.qu» ^çcmspiiViajt .a^e« leurs Keturtjb înatincts fiour ptfrpé^ Mif r ^ ciyibaaiÎMk de Rome^ a aputé pams eux è cette .uiM(é des Aicsurs 43elle des iCi^anes») cti sorte que^ l^raqu'oo vau£ coittsidère» d'un^ fxsis baut TEurope moderne, et vqm^ ice qik'ft y -m de riéet ^pp& les n^valit^és apl^ronteis qui l'oolt d^v«aée.^ il i(aiAt ri^çounaitre qfi'^iMe ;^ompi)#4 uoê itaele ao* (çi^té i^ .tout est tsu çQiumwi depMÎs pnès de dia^ biùt ^èçUs^t^c^i Mat^che i travws- ueie a&iâe4e tr^s/orçia^ops hariDca;iiei>^s tcKs tine aséne fiii# A;lt9^i iQe ^n^bient^l d^rja^aifll démo«Aré q«e ^ paur praculr^ une juste idée de ce gpwnd corps^tt faut biejp mQiM ^n examiner k^ <iiai«b^rqs ^psi;^ mePt^ qu étudia ks ^some^s dîMev^r ds sa croiçh s^Vice <sjt 1^ âgqs successifs de sa ]^ie4 €'est c^oeore Ul»e dQS l^oires.dii m>^^ i^g4eri^<qu*^ iWil ph^
648 t>E l'aJKT EK AliLSMÀGBrfi.
tions dans le temps que leur développement dans Fespaoe. Par leChrist, l'esprit humain a été af&anchi de la matière; indépendant des variationsdece globe particulier, il tend vers la vie céleste par une suite d'évolutions dont il porte le principe en lui-même. Au moment où l'autorité impériale et la foi chrétienne se rencontrèrent réunies dans la personne de Constantin , commence véritablement l'ère moderne. Alors , quoique ni ces Goths dont on a tant employé le nom , ni les autres barbares n'eussent encore couvert l'empire , la civilisation et les arts qui forment son cortège, prirent ce caractère infini qui a duré pendant tout le cours du Moyen-Age. Les rhy thities que le polythéisme avait déduits de la con- \
sidération de la beauté matérielle, tombèrent. L'architecture s'affranchit des ordres ; la musique , des mesures ; la versification , de la cadence. L'architecture brisa l'harmonie des rectangles consacrés , posa sur la colonne l'arcade libre du joug de Tarchitrave, et entra dans la voie de son développement indéterminé. La musique , réduite peu à peu au système des valeurs égales et des séries indéfinies, produisit le plain--chant ; la versification, mettant aussi partout l'unité à la place de la diversité , substitua le compte des syllabes à celui des mètres , et enfenta ces proses de l'Église d'où devaient naître nos vers , si long-temps dénués de nombre. Cependant l'art nouveau, qui a cessé d'être
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antique en brisant Fordonnance des rhythmes du pc^y théisme , continue à être romain , en conservant tout ce qui était propre â Rome , la ligne ronde, le ton grave, le style simple et austère.
Le nouvel art romain , qui se constitue à l'époque de Constantin, produit bientôt deux rejetons, un particulier aux Européens occidentaux , qu'on appelle Latin; un particulier aux Européens orientaux , qu'on nomme ordinairement Byzantin.
L'architecture latine n'est que l'architecture romaine elle-même affranchie des rhythmes ; elle emploie 9 dans les monuments religieux^ les nefs allongées des basiliques , leurs bas-côtés très larges, leurs plafonds en charpente ; elle ne fait usage des coupoles que dans les édifices que cette forme peut couvrir tout entiers, par exemple, dans les baptistères et les rotondes. Elle n'a réellement de nouveau que le parti de jeter l'arcade sur la colonne. Elle a eu un développement très lifiiité; car elle ne s'est enracinée que dans les provinces occupées depuis long-temps par les Romains , et elle n'a pu s'y maintenir que pendant le ive siècle, les barbares qui remplirent le v* siècle de leurs invasions , et le VI* de leurs premiers établissements , ayant •mis obstacle à. ce qu'elle se propageât davantagedans sa pureté première.
Pour mieux indiquer les rapports intimes de l'architecture des Byzantins avec celle des Rommns, je
56^ DE l'art W MfMVAGinB.
9i«^,qui a été ix>ns^vé à Ja lapguadefi mène» peu* pl^« LVchitecture romaïquo emprunte à blatfoe le principe fondaiDaBtal de aocu pktii ciotre, dé^gé du Ihu d06 rby tbmea^Qtiquçs« Au lieu de l'appliquer a\kjk longues ba^iliquea^ elle l'ajuste au< petit» sanctuaires greca ^qui sont presque carré», et dont les Ims-côtéa ne sont que de courtes avanoe» faitte par les colonne» de la décoration intérieure) «Ile peut plus familièrement adapter la coupole à oes enceinte» plu» resserrées) plus tard» dans Sainte^Sophie, aux dimensions étendues des basilique» occident»* le» , elle osera « en raison de cette habitude f mariai* le» coupoles multipliées* Telle elle se nlotitre à nous dans le» primitives église! d'Athène» et de Mistbra, sur lesquelles se porte aujourd'hui Fat** tention de» ar^biologUes ^ et dont un jeune archi^* teqte lyonnflis^M.Couobaudy publie en oe moment le^ plans et les perspective». Elle se constitua f^t parut avec tout» sa gloire depuis le v^ jusqu'au viii^ siècle, dans cet empire d'Orient qui fut, peiH dant tout ce temps d'sgilatioh et d'obscurité^ comme un refuge où led ti^adlUons du monde antique pu«* rent être plus partioulièrement conservées ) mai» dans 1» voisinagfi de l'Asie, elle prit ce goût de» foi^ mes symboliques, qui devint un de» trait» esseaticb de son çararctère*
l/ai«iùr9 flt l'iu't des tLQuuàaa so rdevèrent an
Oâcid^t dvéd Châriôikiagilé , qui seitobla imiter dûM ses ïHôAuménts le faste ûHental de Cdtistàtltinj âpfè^ lui , le^ populations bài'bàreâ , définitivement conquises à la civilisation deltotne, cokilttien-
cèr^m k pi^odaife, datis lefc dîfiérents Héut où elles s*étai6fit aS^seé, de^ouvfàgés dans lesquels elles se ralliaient deleurmieu^, etavecles différences de leur géfiie pai^tiCûliér, aux traditions antiques. Le grand raélftrige des fftces modernes était accompli. Avant Châflemagne, il y avait encore dans l'Occident des Romains qui pratiquaient un art latiu) après lui, il n'yetttplusqué des peuples romans, cultivant un art romciOi L« gôUVérnémetlt avait passé du Contre à k cin^ônférence; établis dans les provinces de l'empire, lii nouveaux souverains n y trouvaient pas partout des palais dont ils pussent copier lés basiliques; partout Us avalent iousli^s yeut des salles dé Thèr^mes qui servirent dé modèle à leurs architectes; de là vient que l'art roman substitua généralement les piliers carrés aux colonnes et les voûtes aux pla^ fonds , qu'il multiplia les apsides , peut-être même qu'il consadra h forme de la croisée. Il eut dés foyers distincts d'où procédèrent quelques diversités partielles. Au ;&* siècle, il se développait simultanément dans la Lombardie , sur les bords du Rhin, dans la âake.Mals^ dans les limiles qui contiennent aujourd'hui la France^ maîtresse autrefois dé tous CM paya ^ c'est seulement lorsque les Normands se
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furent fixés j au xi« siècle, qu'il éclate à la fois au nord , où il produit l'abbaye des Hommes deCaen; au midi, où il enfante Saint-Sernin de Toulouse» et Saint-Trophime d'Arles.
Pendant ce même temps, l'art romaique s'avance de l'est à l'ouest , avec ses nefs courtes , toutes chargées de coupoles et accompagnées de leurs bascôtés étroits; il s'installe à Venise comme dans une succursale d'où il pénètre jusqu'au milieu de l'Auvergne et du Limousin. Tandis qu'il exclut l'art roman dans quelques contrées , en d'autres il s'unit avec lui. Il accomplit sa plus riche alliance sur les bords du Rhin. J'ai décrit ces cathédrales, dont le dôme de Mayence est l'exemplaire, et qui, dans leur longue nef, dans leurs apsides nombreuses et ornées, dans leurs deux coupoles opposées, dans leurs quatre tours, dans leur transeps, dans leurs porches ouverts de toutes parts , offrent une des créations les plus magnifiques et les plus complexes du génie chrétien. Il me semble qu'elles présentent aussi le plus haut idéal de l'architecture religieuse des Allemands. Dans l'église latine, telle qu'ils la construisirentà Ratisbonne,dans l'église romane comme ils l'érigèrent à Naumbourg et à Wechselbourgj ils prirent en quelque sorte possession du plein cintre, et signalèrent leur initiation à la civilisation de Rome, mère commune des nations modernes. Mais ces cathédrales du Rhin, dans lesquelles