‹ De l'art en allemagneChapitre 5 sur 31 · XXXI. (Conclusion · texte numérisé non relu

XXXI. (Conclusion

LA GLYPTOTHiQUE 1>E MUNICH. I7

la lacune qui se trouve ici dans Thistoire de Fart moderne. Ce qui constitue le génie bavarois , ce n'est pas la passion du présent , mais la science du passé ; ce qu'il se propose généralement , c'est bien moins de rendre les idées , les sentiments et la physionomie du temps actuel , que de chercher quelle fut l'expression des siècles écoulés , et de retrouver la fleur des civilisations éteintes.

Quand même la Glyptothèque ne renfermerait que les marbres d'Égine , elle serait encore une des plus riches collections de l'Europe. Lorsque M. Pouqueville fit son voyage en Grèce , étant descendu à Athènes chez M. Fauvel, il trouva, dans la cham<bre que l'hospitalité du consul de Francelui assigna, les plâtres des statues nouvellement découvertes à Egine. Il ne leur accorda point une grande attention; il raconte que M. Fauvel lui dit: «Elles n'ont ni la grâce, ni la correction de l'école de Phidias ; c'est de l'hyper^antique , qui n'a que cela pour mérite. Nous avons donné des noms à ces différentes figures ; ainsi vous voyez Patrocle , Ajax y ou tel autre héros qu'on voudra, car la grâce de l'archéologie laisse une latitude arbitraire aux conjectures. Mais une chose incontestable, c'est que ceux qui les ont trouvées n'ont pas perdu leur temps. » Le voyageur n'a rien ajouté aux paroles de son hôte. Cependant je penserais volontiers qu'il leur a prêté un ton de légèreté qu'elles n'avaient II. a

1$ t>£ ti'AKT m ktxjsMkaim.

poipt, Il est certain que , dans uqe lettre écrite, sui? le méwie isujet , à M. Barbier du Bocage père , Mt Fawvel s'exprimait d'une manière plus sérieuse et pli^ft ejcpUcite. M. Quatr^mère de Quincy , qui eut çonnîiiasance de cette lettre , y vit la coufirma'* tionde plusieurs idéej^ fort importantes qu'il avait éiniiieç ^u aeinde TAcadéniie dès 1806, c'est-à** dire cinq ans avant la^ découverte des marbres d*É» gine, DîWl ^on Jupiter olympien^ publié en i8x6 , il leur donna, grâce à ces nouveaux renseignements, un déyelQppemQnt plus complet, et il arriva à con*çlure que plusieurs ouvrages classés par Winckel* n^nn d^us le nombre des œuvres étrusques appartenaient I en réalité , au style éginétique. Cette conjecture , qui put paraître d'abord n'être que le renouvellement de la> comparaison établie par Quin-i tilien entre les écoles antiques de la Grèce et de l'Italie', est destinée à produire, dans l'histoire de l'art des résultats au^^quel^ nilustre secrétaire de l'Académie ^^ Insqriptipns et Belles^Lettres aurait san^ doute ^^ttacbé son nom , «'il avait pu voir , à cette époque, par ses propres yeux, les marbres qui 1^ lui vivaient inspirée.

ï^ Ijouvre possède aujourd'hui une épreuve de ces statues qui doivent exciter un intérêt sana cesse croissant, jusqu'à ce que la critique ait dit son dernier mot sur elles. Malheureusemeot on interdit au puUicla galerie où oette épii'euve est placée entre les

LA GLTMOTttàQim Wt MtlflCH. tg

fameuses métopes de Sélinonteet la frise du Paithé«*

non qui complètentavec elle l'explication del'origine

et du caractère de Tart grec. Il faut observer que

les salles qui renferment les esclavesde Michel- Ange,

la Diane de Jean Goujon , les Grâces de Germain

Pilon , le Milon de Puget ^ sont également closes.

Par quelle fatalité se&it-il que, dans notre pays, où

la sculpture a toujours eu une destinée en quelque

sorte privilégiée^ on ne puisse jouir librement de la

vue des modèles de cet art ? Si on dépensait dans les

galeries sculpturales le budget assigné au mmsée

espagnol , on atteindrait^ ce me semble^ te double

but de détourner l'attention des jeimesgensde mo-

d^es grossiers et dangereux , et de la diriger vers

les véritables sources de la beauté et du goût. Je

me plais à croire que les directeurs du musée sexH

hront la nécessité de ne point céder, en si grave

matière, aux erreurs de l'opinion. L'un d^eux,

M. deiClarac , a fait graver les statues d'Égine dans

la neuvième livraison de son grand ouvrage sur

notre musée de sculpture* Le soin extrême qu'il

a apporté dans l'exécution de ce travail témoigne

de l'importance qu'il attache aux figures qui en

sont l'objet.

L'architecte de la banque de Londres , homme doué de toutes les distinctions de l'esprit , M. Cockerell , avait entrepris , en 1811, un voyage pour visiter les i9^>Y^uin«nts de la Grèce et de l'Archipel,

ÛO JDS l'art £Jf ALLEMAGNE*

de concert avec MM. le baron Haller de Hallersteini Forster et Linck. Arrivés dans l'île d'Égine, ces explorateurs se mirent en devoir de prendre l'élévation du temple de Jupiter panhellénien ; en plaçant leurs jalons , ils découvrirent , cachées à peine sous quelques pieds de terre y dix-sept figures en ronde bosse y marquées d'un cachet particulier ; ils les firent transporter à Rome , où Thorwaldsen les restaura, où le roi Louis , qui n'était encore que prince héréditaire, les acheta , dit-on , au prix de 10,000 ducats pour en faire don à la Bavière. Voilà toute la partie moderne de l'histoire des marbres d'Égine. Faire connaître l'île qu'ils ornaient , déterminer l'époque où ils furent Êiçonnés , préciser leur caractère et leur signification , c'est une tâche qui ne sera ni sans difficulté , ni sans attrait.

Htotoire d'Esliie.

Égine est la plus grande des îles de ce golfe carré qui est terminé au nord par l'isthme de Corinthe, et qui , baignant à l'orient les côtes de TAttîque , au couchant celles de l'Ârgolide, s'épanouit au midi au milieu de l'archipel des Cyclades. Elle est jetée comme un triangle lumineux au milieu de l'azur de cette mer étroite de Salamine , sur les écueils de laquelle l'Asie tout entière vint se briser. Elle n'a

2a DE l'art en ALLEMAGNE.

guère que sept lieues de tour ; son diamètre moyen est d'un peu plus de deux lieues. Sur ce petit espace se développa un des peuples les plus précoces et les plus industrieux de l'antiquité.

M. Otfried Mueller, l'auteur de l'histoire des Doriens, a débuté , en 1817, dans la carrière de l'érudition, par un petit livre où il a essayé de reconstituer l'histoire des Éginètes. Cet ouvrage , qui a pour titre JEgineticorum liber ^ et qui est excessivement rare, abonde en critiques savantes et en points de vue ingénieux ; il est écrit avec un laconisme qui décèle les secrets penchants de l'auteur pour les traditions archaïques ; mais cette qualité même et le grec dont il est hérissé en rendraient la lecture fort difficile dans notre pays. Aussi n'est-il point étonnant qu'il n'y ait pas provoqué de controverse jusqu'à ce jour. Je ne saurais entreprendre d'en faire ni l'analyse ni la critique ; mais ayant eu le bonheur d'en rencontrer un exemplaire au moment où je pensais moi-même avoir terminé l'étude de la question qu'il traite y je peux , sans m'écarter de mon but, indiquer les principales opinions de cet ouvrage et en discuter quelques unes.

C'est non seulement dans l'art , mais encore dans la marine , dans le commerce , dans la guerre, que les Éginètes ont devancé la plupart des peuplades grecques ; ainsi Sienne et Pise, dans le Moyen-Age , ont donné le signal de la civilisation de l'Italie et

de l'Europe , pouir dispataître ensuite et s'etiâevelir dans les prospérités de Florence, leur héritière. Partout l'art s'explique par Thistoire , et nous ne pouvons séparer l'un de l'autre y si nous voulons prendre une notion complète de la statuaire des

Eginètes.

Œnone était le nom primitif que les Pélasges avaient donné à Égine. M. Mueller pense que Budion, venu des côtes de l*Attiqué , fut le chef de la pre-^ mière colonie qui peupla cette île. Mais les traditions d'Égine ne présentent quelque clarté qu'au moment où elles font mention d'Éaqye. ApoUodore et le^ autres mythologues disent que ce roi était fils de Ju*piter et de la nymphe Égine, fille d'Asope. Asope était le nom de deux fleuves, dont l'uîî coulait dans la Béotie et l'autre près de Sicyone. L'antiquité ellemême nous a appris que cette filiation fabuleuse d'Éaque indique le point d'où la colonie des Eginètes était partie, et qu'elle désigne l'Achaïe comme leur patrie originaire. Il y avait aussi à Égine un torrent qui s'appelait Asope , pour perpétuer ce souvenir. C'était l'habitude des anciens de donner les noms du pays qu'ils quittaient aux lieux vers lesquels ils dirigeaient leurs mig|^ations ; la Theasalie , que les Grecs ont regardée comme leur berceau commun 9 renfermait sans doute en abrégé tous ces ty* pes et toutes ces dénominations que ses enfants al* lèrent répandre ensuite sur les rivages du Pélopo-

a4 DE l'art mf Allemagne.

nèse et de l'Attique , dans les archipels , sur les côtes de l'Asie-Mineure et sur celles de l'Italie. Quel était TAsope qui avait directement enfanté celui d'Égine ? Était-ce de Sicyone ou de Béotie que venait Eaque ? Cette question est dominée par celleci: Qu'étaient les Achéens ?

M. Mueller a singulièrement modifié cep roblème en signalant un passage de Piudare, poète aussi réfléchi qu'inspiré, et qui semblait posséder une science en quelque sorte sacerdotale sur les origines de la Grèce. Ce passage établit que le véritable époux de la nymphe Égine asopide était Actos, personnage connu dans la mythologie homérique pour être le père de Menœtius , qui était lui-même le père de Patrocle , et le frère ou l'oncle de Pelée, père d'Achille. Fils de la même mère, Menœtius et Éaque étaient donc frères , et par conséquent les Achéens de l'île d'Égine et ceux delaPhthie avaient une commune origine. En effet les Éginètes sont connus sous le nom de Myrmidous , aussi bien que les guerriers d'Achille ; ils partageaient également avec eux le nom d'Hellènes , qui , dans les premiers . temps , était particulier à ces deux peuples , sortis d'une même souche. Oi^ trouve dans Pindare la preuve que le Jupiter panhellénien , dans le temple duquel on a trouvé les marbres qui nous occupent, ne s'est long- temps appelé que Jupiter hellénien. Jupiter est le dieu des Pélasges ; la première colonie

HISTOIRE D'iGIHE. aS

qui habita Égine Ty adora ; Éaque , qui y conduisit une seconde colonie^ se plaça sous sa protection et le salua y en échange de l'adoption qu'il lui demanda, du nom d'Hellénien, qui était celui des hommes dont il était le chef. Qu'étaient donc les Hellènes ? Homère notis l'apprend dans le dénom-^ brement des forces de la Grèce :

If »

Mup/uuJovcç Sk xoXcuvTo , xat EXXyjvcç, xeà Â^^acoi.

Iliade, chant II, y. 684.

C'était un petit peuple qui occupait un espace borné dans la Phthiotide^ et qu'on appelait aussi Myrmidons. Mais pourquoi Homère leur donne-t-il encore le nom d'Âchéens? Les Achéens étaient-ils un |>euple antérieur aux Hellènes, et dont ceux-ci faisaient partie ^ ou bien, selon une tradition plus généralement reçue , i^'étaient-ils , comme les Ioniens ^ les Éoliens , les Doriens , qu'une portion de la famille hellénique? L'antiquité est à ce sujet pleine de mystère ; elle a laissé le champ libre aux systèmes. Mais ce dont on ne saurait douter, c'est qu'avant tous les autres Hellènes , les Achéens ne soient descendus des montagnes de la Thessalie pour inonder les champs possédés par les Pélasges, lesquels venaient sans doute aussi des mêmes lieux, et différaient peut-être seulement de leurs vainqueurs par une jouissance déjà ancienne des rivages du Péloponèse et de l'Attique. Ce nom d'Achéens ,

û6 DE l'aBT en ALÎiZMAGISE.

qui devait être prononcé le dernier dans l'histoire des combats de la Grèce libre ^ est donc inscrit le premier dans les annales de sa civilisation. Les Hellènes Achéens se partagèrent en deux troupes : Tune 9 sous Menœtius^ fonda le royaume de Phthie; l'autre^ sous Éaque, colonisa ^Égine, après s'être pro-* bablement arrêtée en d'autres lieux , en Béotie d'abord , à Sicyone ensuite.

Éaque était le plus pieux des princes. M. Mueller rappelle avec raison le Numa de la Grèce, Quand on avait une contestation à vider, ou une demande à adresser aux dieux par une voix propice, c'était aux pieds d'Eaque qu'on accourait de toutes les vallées et de toutes les plages. Pausanias parle d'une sécheresse, et Ovide d'une peste dont les prières de ce roi délivrèrent les Grecs. Sa mémoire fut tellement vénérée , que la religion le représenta comme un des juges de l'enfer; à lui seul était confié le jugement de tous les Européens que Caron passait dans sa barque. Pausanias, qui vivait sous Marc-Aurèle , avait encore vu à Égine un antique tombeau , renfermé dans une enceinte de marbre sur laquelle étaient représentés les députés de la Grèce délivrée des fléaux par l'intercession du fils de la nymphe Asopide.

Selon la plupart des mythographes , Éaque eut trois fils , Pelée et Télamon de la nymphe Endéis , Phocus de Psamraathée, fille d'un roi d'Argos. Il me semble que M. Mueller n'a pas tiré tout le parti

possible de cette indication. Premièrement, ayant trouvé dans Apollodore que Phérécide prétendait Télamon issu d'Acte , roi de Salamine , et de Glauca, fille dé Cychrus , il a rejeté la parenté de ce héros avec Éaque; c'est sur ce fait qu'il a principalement appuyé son explication des statues d'Égine. Puis il n'a point insisté sur la signification du double ma* riage d'Éaque. La seconde union, qui rattache ce prince aux rois d'Argos , n'est-elle point l'indice de la nouvelle colonisation d'Égine qui fut faite plus tard par les Doriens de l'Argolide?

Phocus , jouant au palet avec ses frères , fut tué par Pelée; Éaque, pour punir ce crime, chassa de son ile ses deux fils aînés, qui en furent exclus, eux et leurs descendants, à jamais. Ne faut-il point considérer cette expulsion comme l'image de la fuite des Achéens chassés par l'invasion doriennePM. Mueller ne lit dans le même mythe que le retour vers leur première patrie des Hellènes dégoûtés de leur colonie. Mais celte supposition s'accorde-t-elle avec les lois naturelles de l'histoire? Pelée passa en effet ex^ Thessalie, où il retrouva Menœtius, son oncle, et où il partagea son royaume de Phthîe ; il fit partie de l'expédition des Argonautes , combattit les Amazones, épousa Thétis et devint le père d'Achille. Le fils decelui-ci, Néoptolème, acheva, après son père, la guerre de Troie et revînt fonder le royaume d'Epire. Télamon n'alla pas aussi loin que Pelée ; il

a8 DE l'art en ALLEMAGNE.

s'arrêta à Salamine , dont il devint roi ; il fut aussi associé aux exploits «des Argonautes , il participa aux travaux d'Hercule, triompha avec lui de Laomédon, roi de Troie, épousa la fille du vaincu et en eut deux fils, Ajax et Teucer. Ajax, le cousin d'Achille , fut, après lui , le plus vaillant des Grecs ; il disputa les armes du fils de Pelée à Ulysse, qui lui fut préféré; furieux alors, il donna le premier exemple de suicide que l'histoire nous ait transmis. Teucer, qui se présenta devant son père sans avoir vengé son frère, n'en fut point reçu et alla conquérir l'île de Chypre.

Ainsi, de ce point imperceptible qui s'appelle Égine, est sortie toute la race des héros qui ont préludé aux illustrations politiques de la Grèce.Tous ces grands hommes portent le nom général d'£acides ; leurs images sont déposées dans les temples d'Égine, et ont la réputation de rendre les Éginètes indomptables. La veille delà bataille de Salamine, les Grecs envoient prendre les images des Éacides pour les porter au combat ; et les Grecs sont vainqueurs. Je répète que M. Mueller ne donne le nom d'Éacides qu'aux descendants de Pelée ; il le refuse à Télainon et à ses filsi. Philoxène le lyrique avait écrit une généalogie des Éacides qui aurait tranché tous les doutes , mais qui malheureusement est perdue. Cependant on trouve encore dans Pindare des armes pour combattre l'opinion du sa-

HISTOIEE D'éGIirE. ^9

vant professeur de Gœttingue; enfin l'antiquité tout entière s'accorda à donner le nom d'Éacide à Miltiade, qui descendait d'Ajax, et dont il faut ajouter le nom à la liste des héros éginètés.

Le nom d'Hercule, qui avait émules Grecs avant la guerre de Troie , vint encore les ' agiter après qu'ils se furent rassis à leurs foyers. Les descendants de ce héros , chassé de son pays par un sort commun à tous les bienfaiteurs de l'humanité, voulurent y reconquérir les droits de leur aïeul. Ils allèrent chercher du secours dans cette' Thessalie qu'on peut appeler la Scandinavie grecque; ils y trouvèrent une population rude et religieuse qui avait conservé , au milieu de ses montagnes , avec une austère fidélité 9 les traditions primitives du génie greb déjà altéré par les Achéens et par les Ioniens dans la vie plus aventureuse des côtes. Des colonies étaient arrivées à Thèbes, de la Phénicie; à Athènes et dans le Péloponèse, de l'Egypte. Sur leurs plateaux reculés , les Doriens n'avaient point subi l'influence de la civilisation des peuples étrangers ; ayant les Héraclides à leur tête, ils descendirent de leur solitude , renversèrent sur leur passage les puissances établies, et vinrent renouveler en Grèce l'esprit indigène qui s'y énervait : ainsi on nous peint Charlemagne arrachant la France aux torpeur» des Mérovingiens par une nouvelle infusion de sang germain.

30 Dfi l'àET £11 AIXBMÀONJË.

M, Mueller indique à peine l'origine et les développements de l'invasion dorienne; on sent qu'il réserve déjà avec soin ses richesses pour le grand ouvrage auquel sa réputation est attachée et qui restera, nous le croyons , comme un des plus beaux travaux de notre siècle. Après avoir expliqué avec un rare bonheur, d'après un texte presque insaisissable , une ligue aniphictyonique fondée dans la petite île de Calaurie par toutes les puissances insulaires contre les États intérieurs, il passe aux rap* ports nouveaux qui s'étabhrent entre Égine el le Péloponèse k l'époque de la domination des Doriens Suivant lui, Égine, abandonnée par sa colonie d'Hellènes, reçut volontairement la tutelle d'Épidaure , ville la plus proche, située sur le littoral de l'Argolide. Lorsque les Doriens se furent établis dans le Péloponèse , ils se trouvèrent naturellement les maîtres d'Égine ; ils y transportèrent ^ dit Pausanias, leur dialecte etleursmceurs. Ils n'eurent pas besoin d'y détruire les traditions locales, ils les ac* ceptèrent et les absorbèrent avec une aisance qui prouve bien la confraternité de toutes ces tribus qui à différentes époques repeuplèrent la Grèce, après l'avoir dévasiée. Si les Doriens n'avaient point quitté leurs montagnes, la civilisation dont les cotes commençaient àjouir à l'époque de la gueriT de Troie, n'eût pas tardé à porter ses fruits; mais cette civilisation , au lieu de faire jouer au génie grqc le riAe

peraonnel et émancipateur que le siècle de Périclès lui doona^sefùt développée sous Finfluence sacerdotale de rOrient , qui avait apporté tout le système de ses croyances, de sa société, de ses sciences et de ses arts sur les rivages pélasgiques. L'invasion dorienne rendit l'esprit hellénique à lui-même , en le forçante subir une seconde enfance qui dura près de six siècles , et qu'on a appelée avec raison le moyen-âge grec. Bornons^-nous à constater l'influence de ce grand événement sur les destinées d'Égine.

Parmi les successeurs des Héraclides qui avaient conquis lePéloponèse, il faut distinguer Phidon , roi d'Argos , qui vivait 896 ans avant Jésus-Christ, et qui réalisa un instant une puissante monarchie dans la Grèce, Ce chef des Poriens fut même asses6 fort pour assurer la conquête de la Macédoine à son frère Caranus , qui y fonda la dynastie d'où sortit Alexandre. Ainsi ces deux frères se par ta-» geaient du nord au midi toute l'étendue que les Pélasges et les Achéena avaient autrefois couverte. Phidon voulut affermir par les institutions ce qu'il avait gagné par la guerre. Parmi les établissements qni remontent à lui , on doit compter la monnaie dont il passe pour l'inventeur, et dont il donna le

privilège à Egine. Ceci prouve qu'Egine faisait partie de son empire, et que les arts y étaient déjà cultivés avec succès dès cette époque.

39 DE l'art es allemagbe.

Les Éginètes étaient, eii effet , un peuple natur^ement ingénieux. M, Mueiler fait observer que, ^Qsleur île, le génie dorien prit un développe- "iiiwit plus libre et plus vif que partout ailleurs. Les nécfôsités de la vie insulaire, l'exiguïté de l'esipace, l'habitude de traverser la mer pour aller à Épidaure la métrOpole, expliquent suffisamment à ses yeux cet essor particulier. Pourquoi ne rien accorder à l'influence des premières colonisations? Pourquoi ne pas mentionner la tradition poétique qui concerne les anciens Myrmidons ? Selon elle , Jupiter, à la demande d'Ëaque , avait changé les fourmis en hommes pour repeupler l'île désolée par la peste. Ailleurs on trouve que ces durs habitants avaient creusé leur sol ingrat, en avaient retiré la terre , l'avaient jetée sur les pierres qui la ent logés dans les cavernes par leur industrie. La tortue grand nombre des monnaies Wueller ]i'a point expliquée , n'est-elle pas l'image de cette vie souterraine et opiniâtre des premiers temps?

Lamernefutpas pour Ëgine une moindre source de prospérité que la terre. Tandis que les autres Grecs n'ont encore que des vaisseaux ronds, les Éginètes possèdent déjà des galères longues, dont les rames sont plus longues aussi , et dont la proue et la poupe sont bien travaillées; eux seuls savent

HISTOIRE b'KGIHE. 33

filer avec habileté parmi les récifs qui bordent leur île et qui protègent leurs trésors contre les pirates, écume nécessaire deUous ces golfes et de toutes ces plages. Ainsi cette forteresse sûre , habitée par une race laborieuse , devient bientôt un marché ouvert à tous les étrangers de l'Asie, de l'Afrique et de FEurope.

Enflés par leurs rapides accroissements et par le sentiment de leur force , lèk Eginètes rompent avec Épidaure , la saccagent, et emportent dans leur île les dieux de leur métropoles. Cependant ils restent fidèles au génie dorien ; ils' gardent les alliances de Lacédémone et de Thèbes , fout,es deux achéennes et doriennes tour à tour comme eux ; les premiers peut-être, ils engagent avec la race ionienne de l'Attique celte lutte qui résume toute l'histoire politique de la Grèce. Les Ioniens avaient paru sur le littoral grec bien avant que les Doriens n'y missent le pied , ils avaient partagé avec les Achéens les dépouilles pélasgiques ; ils subirent cojnme ceux-ci Tinvasion dorienne. Chassés, par cette catastrophe, du Péloponèsc où ils avaient leur local principal, ils émigrèrent pour la plupart, vers l'Asîe-Mineure, vers la grande Grèce, dans l'archipel de l'une et de l'autre des deux mers helléniques; quelques uns s'arrêtèrent dans l'Attique où leur race avait déjà des établissements. Sortis de la source commune des Grecs, ils n'étaient proliablemont, comme II. 3

34 DK l'art en allemagite.

les Doriens , qu'une tribu particulière des Hellènes primitifs de la Thessalie j dont rien ne les séparait originairement. Cependant il faut qu'ils aient eu un penchant natif à se détacher de leur tronc naturel , et à se revêtir des formes étrangères. Ceux qui avaient primitivement enlevé aux Pélasges la ' domination de l' Attique s'étaient si* bien modelés sur l'esprit des vaincus , sur leur religion et sur leurs usages , que les historiens , ne distinguant pas les uns des autres, appellent la race conquérante du nom de la race qui avait subi la conquête. Frères des Doriens à leur origine , les Ioniens devinrent un objet de haine et de mépris pour ces rigoureux conservateurs de l'intégrité primordiale du génie grec. La persévérance des uns , l'indépendance et la curiosité des autres, se développèrent selon leurs lois naturelles ; les querelles antiques , Ifes intérêts opposés, les circonstances , tout se réunit pour faire dégénérer cette dissemblance en une rivalité acharnée. Thèbes avant Tinvasion des Perses , Lacédémone après leur défaite , soutinrent contre Athènes de longues guerres, qui furent le résultat de la dualité profonde de la nation. Dans ces deux occasions , Egine se trouve toujours du parti opposé à celui des Athéniens ; mais avant d'embrasser des passions allumées hors de son sein, sentinelle avancée de l'esprit dorien, elle harcela la ville de Minerve au nom de la supériorité

HÏSTOIRK D*£G1NE. 35

de sa marine y de son industrie et de ses instincts La guerre des Perses eut deux phases principales. Pendant la première, Darius n'avait donné à ses lieutenants d autre commission que celle de châtier la démocratie turbulente des Ioniens. Le génie dorien, essentiellement aristocratique, faisait plus que des vœux pour le succès des ordres du grand roi. A cette époque , l'oligarchie d'Égine^ qui s'appuyait sur la double puissance des traditions et du négoce , et qui avait jusqu'alors réussi à contenir les cinq mille citoyens et les quarante mille esclaves habitués à son joug , conspira ouvertement avec les Perses. Les Athéniens cherchèrent à la vaincre en soulevant la démocratie; mais l'aristocratie disputa par la férocité le terrain qu'on lui voulait enlever par l'intrigue. On cite, au milieu des massacres qu'elle ordonna , un trait unique dans l'histoire. Un malheureux plébéien s'étant attaché à la porte d'un temple, on scia ses poings pour ne rien faire perdre au droit d'asile , ni à la vengeance de la noblesse. Sparte, où l'antique élément achéen était resté debout à côté de Lacédémone , occupée par l'élément dorien , se prêtait alors à toutes les entreprises d'Athènes contre les Doriens purs de Thèbes, d'Argos etd'Égine, qui excitaient la méfiance universelle des autres Grecs. Aussi un roi Spartiate vint-il punir les Éginètes d'avoir tendu les mains aux barbares. Plus tard , lorsque la seconde inva-

36 DK l'art en ALLEMAGNE.

sioii tnédique eut encore élevé Athènes et abaissé les autres villes , jadis ses rivales , Sparte ne se souvint plus de leu^s rancunes que pour les imiter.

En traven^^t le Bosphore, Xercès apprit aux Grecs qu'ils étaient tons frères, et qu'il allait être question de leur tie Ou de leur mort; lorsqu'il entra dans le golfe d'Égîne, il n'y ttouva qrte des ennemis ; les Doriens et les Ioniens avaien t o'ublié leurs différends , pour sauver leur patrie commune* Ce rapprochement de tous les élémeûts grecs , joint à l'activité qu'une si grande lutte développa , produisit enfin l'épanouissement complet du génie hellénique. Athènes, qni avait pris l'initiative de ia guerre, recueillit aussi lé& fruits lei plus beaux de la paix qui suivit. S'étant placée à la tête des peuples par l'élan d'un admik*able instinct , elle eiit encore, grâce à sôtt génie itnpressionnable , le bonheur de s'imprégner profondément de cette civili sation dorienne qui s'obstinait sourdement dans ses jalousies; ainsi elle devint le représentant réel des éléments divers de la nation , et en quelque sorte la lyre par laquelle la Grèce entière devait parler aux générations futures. Cependant les Éginètes avaient joué un rôle important dans la défaite de Xercès. L'immense butin de Salamine avait été transporté et vendu dans leur île. Les dépouilles de Platée , au dire d'Hérodote , les enrichirent encore. Mais l'avidité mercantile qui s'était emparée

HISTOIRE d'ÉGINE. 87

d'eux les fitbientôt déchoir de ce comble de prospérité et de gloire ; déjà leur ville n'était plus citée que comme le rendez- vous de tous les libertins de la Grèce, qui étaiçnt sûrs d'y trouver meilleure chère et une vie plus opulente que partout ailleurs.

Athènes profita de l'engourdissement de son ancienne rivale ; et, à l'occasion des premiers dissentiments qui éclatèrent entre l'Attique et le Péloponèse, elle vînt mettre le siège devant Égîne. Au bout de neuf mois de siège , Égine se rendit, et consentit à détruire ses murailles, à livrer sa marine, à payer un tribut. Vingt-sept ans après cette reddition honteuse, cgmme la guerre du Péloponèse venait d'éclater, les Eginètes parurent encore redoutables, malgré leur abaissement. Athènes les expulsa de leur île , et les remplaça par une colonie prise dans son sein. Les fugitifs furent accueillis par les Spartiates , qui leur donnèrent un refuge à Tyrée , dans le Péloponèse ; mais ils y furent poursuivis parla haine des Athéniens, qui s'emparèrent de leur nouvel asile , et qui emmenèrent en captivité tous ceux qu'ils ne laissèrent pas sur la place. Cependant, lorsque la victoire d'iEgos-Potamos eut terminé la guerre en faveur du génie dorien , le général lacédémonien Lysander voulut rétablir les Eginètes dans leur île. De ce peuple , autrefois considérable , il ne restait plus qu'un ramassis de misérables et de mendiants errant par toute la Grèce. Une pareille

3S DE L'i^T BK ALlillMAPl^E.

populatipp ne pouvait relever la fprtUfie d'Égine ; elle souilla par §qs débauçljes et par ses piraterie^ 1^ fin de Ifi puissance dorienp*^ , qvji ne semblait avoir triomphé d'Athènps q\i0 pour couronner ^vec éclat son existence qui s'éteignait. Désormais £)giqe n'eut plup d'autre gloire que d'être le refuge des grande citoyen^ d' Athènes proscrits p^r l'incpn-f séance dif peuple et par les intrigiies des Macédpr ntpiis y qui s'apprêtaient k absorber dans une derr nièpf) invasion tous les Gfeqs descendue cpmme eux d^ l'CSynxpeet du Pipde.

WiitplP^ â^ VMrt ÉfbPuIffHiii^.

Tous ce$ faits , qui jettent uu JQur jQpuvçau 3U.r l'histoire générale de la Grèce, vopt pie servir à déterminer la signification des jparbres d'Égipe, §t à définir rpriginalité de J'art auquel ih appartiennent. Atbèpes , qui eut 5ur les autres yiUes tieJîépique?

l'avantage de posséder une littérature cppiplète , et d'être, pour cette raison même, apx yeux du ropnde,

4o DE L ABT EN ALLEMAGNE.

leur représentant et leur interprète , n'a pas toujours été juste envers ses rivales, lorsqu'elle a tracé, par la main de ses écrivains , le tableau de la civilisation grecque. Ainsi , par une fiction toute pratriotique , qui est devenue un grand sujet de doute pour l'érudition moderne, elle a attribué l'invention des arts à Dédale , l'un de ses enfants , personnage à moitié mythologique ; M. Mueller a émis l'opinion que le Dédale de Crète , celui qui construisit le fameux labyrinthe , pourrait bien être tout différent du Dédale athénien , qui dès lors ne jouerait plus qu'un rôle très secondaire dans l'histoire de l'art. Smilis , fils d'Euclide, que Pausanias cite comme le chef de l'école éginète et comme le cont^porain de Dédale , a pris , au contraire , une plus grande importance depuis qu'on a pu reconnaître avec quelque certitude le caractère de ses successeurs. L'art grec, qu'on nous peint sans cesse astreint aux lois de la plus sévère unité, se produisit avec une liberté infinie. C'est ainsi que la seule statuaire prit dès l'origine , selon les lieux, les formes les plus diverses. C'est peut-être à Samos , colonie ionienne, que fut inventée la plastique , ou l'art de pétrir des images avec l'argile; c'est aussi dans cette île que Théodore et Rœchus fondirent les premières statues de bronze ; c'est en Crète , à ce qu'il paraît , que l'art de sculpter le marbre commença à se développer ; Dippœneet Scyllis, qui

HISTOIRE DE i'abt écmiriQUE. 4'

fondèrent l'école de Sicyoïie , étaient des marbriers Cretois. A Smilis et à l'école d'Egine qu'il institua , appartient l'honneur d'avoir cultivé spécialement la sculpture sur bois; et c'est de cette sorte de travail que naquit la toreutique , art essentiellement grec , qui consistait à ciseler des matières précieuses, telles que l'or et l'ivoire, primitivement employés comme ornements accessoires des statues de bois, 'et destinées à remplacer ensuite le bois luimême. Personne n'ignore que le Jupiter olympien de Phidias et la Junon de Polyclète furent les chefsd'œuvre de ce genre. Pans cet inventaire des origines de l'art hellénique , Athènes n'a rien à revendiquar, et Égine occupe au contraire une place notable.

M. Mueller suppose, d'après les habitudes de l'archéologie allemande , que le nom de Smilis est collectif, et qu'il désigne, non pas un artiste, mais une époque tout entière de l'art ; il fait remonter cette époque avant l'invasion des Doriens , c'està-dire à l'établissement des colonies achéennes et helléniques; de cette opinion i éginétique était originairement soin de le montrer exempt des de l'Egypte et de celui de la Ph de bois, ou £ôava, comme les Gi un seul mot , furent donc la pr

de l'art purepaept hellénique { il me semble important d'ajouter cette observation à celle de M. Otf. Mueller, pour faire entrevoir dès ee moment le^ rapports que je me propose d établir entre la sculpture et l'architecture, he bois est, h n'eu pai douter, la première donnée de toutes les constructions grecques» et voilà que nous le retrouvons aussi aux débuts de la statuaire. M« Otf. Mueller n'a pas aén pips feit remarquer que la matière employée par les sculpteurs Smilidiens avait imprimé un ea^actère particulier aux; traditions transmises par eux à leurs successeurs ; il a tout mis sur le compte de la religion et du génie local de ces artistes. Cependant il est bien évident qu'une écqle ^çonnée au travail du bois ne saurait avoir les procédés et les règleil dès époles habituées à opérer sur le grain

plus dur des métaux et des minéraux.

Avant la découverte des statues qui sont çon<r servées à la Glyptothèque, on savait positivement qu'il y avait dans l'art grec un style particulier ap-^ pelé éginé tique. Pline l'ancien, qui, dans son admi^ raWe encyclopédie , ft laissé les documents les plus suivis et les plus complets que nous ayoqs sur la statuaire antique , n'a , il est vrai , transmis aucun renseignement sur ce sujet. Il cite des sculpteurs que nous savons nés à Égine ; mais ce n'est pas lui qui nous apprend qu'ils en sont sortis. Winckel«

manu s'est trompé lorsqu'il f^ tr^uit }e lameu^^ pas3aga fratrem ^gimt^ fictQris , par eep mots : frère dun artiste éginèt^, \\ a prii^ , dans qe cas , ui) D^m d'individu pour up QPiu d^ race. Cicérop etQniotilien n'en sav^ieul^pas plus que Pline sur Iqs origines de J'art grep. C'e^t Pausanias qui npu» ^ conservé les seuls souvenirs iipportau^s qui fixent directement la valeur du sty)Q éginétiquc^; la mention qu'il eu fait est d'autant plus à pQnsidér^r, qu'il vivait dans un temps qù l^s livres des écrivains d'Athènes formaient le fonds de l'édupation , et où les esprits éblouis par la b^uté de l'art postérieur n'accordaient plus une attention suffisante à tout ce qui avait précédé Phidias,

Non seulem<ent Pausanias nomm 0 ph^ieurs sculpteurs éginètes , mais il parle d'une manière qui leur est propre, et dont il retrouve des modèles dans les statues répandues çè et là dans 1» Grèce. C'est ainsi que dans le temple de Pianq limpotid^ , sur les confins de l'Arcadie et de la Lacpnie , il admire une statue en bois d'ébène , ce ouvrage ^ dittil , dans le style connu sous le nom d'éginétique; » au pied du Parnasse y à Ambrysse , il. rencontre une statue en marbre noir^ encore dans le même style. Gs rapprochement est curieuK. On voit que les statuaires éginètes étaient si scrupuleux imitateurs de leurs traditions, que lorsque l'usage de sculpter en marbre fut répandu dans tout£ la Grèce , ils employèrent

44 I>E l'art en ALLEMAGNE.

l'espèce de marbre qui par sa couleur rappelait le plus leurs anciens ouvrages de bois. Du reste , le second fait noté par Pausanias est contraire à l'assertion de M. Mueller, qui présume que le style éginétique ne fut peut-être point appliqué au marbre. Mais le témoignage le plus complet que le voyageur grec nous ait donné au sujet de ce style , est une phrase qui équivaut presque à une définition. En parlant d'une statue d'Hercule qu'il a vue à Éiy thres , en lonie , il dit : « Elle ne ressemble ni aux ouvrages qui portent le nom d'Égine, ni à ceux de la plus ancienne école attique; elle est plutôt dans le style égyptien que dans tout autre ; elle fut apportée de Tyr en Phénicie sur un radeau. » Ces mots suffisent pour constater que le style éginétique a des rapports éloignés avec Tart égyptien , et des rapports plus voisins avec l'ancien art attique^ qu'il est cependant tout-à-fait indépendant du premier et distinct du second. Dans ces mots je crois lire aussi la condamnation de deux opinions avancées par M. Mueller.

Le savant professeur de Gœttingue pose comme une vérité incontestable- que le propre des ouvrages attiques de l'école de Dédale est le changement, et que le caractère de l'école éginétique de Smilis est l'identité. Si on admettait cette proposition , comment pourrait-on concevoir l'intime rapport que Pausanias établit entre la manière de l'ancienne

UISTOIBE UE l'a.UT KGIEIKTIQUt. 4^

Athènes et celle d'Ë^ne. Je me permettrai auijsi de tliscuter la glose d'Hésychius , sur laquelle M. Mue!" 1er parait avoir établi l'opinion qu'il a de l'art éginétique. ftpya ftiytvuTutà, toùî (i«[të6êïi)WTa( iwipwtvTos , telle est la formule qu'il a prise pour une définition. Comme Sauiliiâise , il la traduit ainsi : Statues éginétiques , figures dont les pieds sont im~ mobiles et parallèles ; mais il se garde bien de citer dans son entier le commentaire de Saumaise, de peur de jeter du doute sur le parti qu'il en tire , en se mettant dans la nécessité d'en mettre les erreurs au jour. Statuœ non divaricatis cruribus , quales Jaciebant antiqui scufptores ante Dcedalum , qui primus, ut ait Suidas, statuas fecit apeHis oculis et divaricatis cruribus. Smilis est-il donc antérieur à Dédale? est-il seulement un anneau plus ancien de la chaîne des traditions athéniennes ? Les passages de Pausanias que nous avons cités s'opposent à ce qu'on donne un pareil sens à la glose d'HésychIus , lexicaire suspect, dont on ne connaît pas même l'époque, et dont l'ouvrage a été défiguré par des interpolations et des interprétations de tous les genres. Aussi me rangerai-je plu de Guyet, lequel prend le toù; i même sens que toù; TuyjivTaî. C'e blable qu'Aristote a employé le revient si souvent dans le cou que les I>atins ont traduit par Contiii^ens. \a po-

48 DE l'art en ALLEMXGiSE.

Simon, Ptolichus, Theopropiis, Âristonoùs, Ehilotinius. Il est assez difficile de fixer la date précise de quelques uns de ces derniers ; les premiers paraissent être les contemporains d'Ageladas, le maître de Phidias; ils vécurent entre la guerre des Perses et celle du Péloponèse.

Tout s'accorde pour Ésiire penser que ces scul}> teurs n'imitaient point servilement la manière de Smilis, quoiqu'ils se rattachassent à sa tradition. M. Mueller a une violente suspicion contre eux ; il voit bien qu'ils sont d'Ëgine , mais il se demande si l'on peut dire que leurs ouvrages appartinssent au style éginétique. Cependant il est forcé de convenir que ses scrupules sont détruits par ce que Quintilien dit de Gallon , dont il compare la sculpture rude et archaïque k celle des Étrusques. Alors il conclut que les émules de Gallon formèrent dans l'art éginétique une seconde époque, qu'il appelle aussi dernière, parce que la plupart d'entre eux survécurent à la catastrophe de leur pays, et qu'il nomme encore grande et sublime, en l'assimilant, d'après la classification de Winckelmann , à ce que fut, pendant la génération suivante, l'époque de Phidias pour l'école attique. Je montrerai plus tard comment il me semble qu'il faut modifier ou du moins interpréter ces deux qualifications. Je me bornerai ici à constater un fait de la plus haute importance.

HISTOIBE DE l'art IgiSÉTIQUE. 49

Le plus grand nombre des artistes que je viens de citer se sont rendus célèbres en exécutant les statues des athlètes couronnés dans les:jeuic publics. Cette récompense solennelle, cléceroée par les villes aux vainqueurs , fut , comme on le sait , plus encore que la religion , qui se contenta longtemps d'idoles grossières, l'origine de la statuaire grecque et la cause de ses progrès. Nul peuple ne parait avoir été plus capable que celui d'Ëgine de fournir des triomphateurs aux jeux publics et des ir mémoire. Pindare,

qui e la race dorienne et

4es E de la moitié des odes

qu'il ! :]ueurs nés dans l'Ile

d'ï^i nté des jeux connus

sous le nom de penthatle , qui devaient ètrft particuliers aux Éginètes , et que je ne crois pas qu'il Brille confondre avec \epancrncion. Tout le monde conviendn le goût de ces exercices

en quelque x durent singulièrement

influer sur r la direction des artistes

insulaires, i k's appelle dans un de

ses dialog ^ ite qu'ils reproduisirent

très souvent d'une manière expresse la personne des lutteurs , il sera plus difficile encore de croire qu'ils aient pu être complètement fidèles aux traditions nécessairement rigides du religieux Smilis , et encore moins à cette immobilité égyp-

ttb Se l'ar¥ es ALLI»A,C1TK.

itttitie que M. Mueller hous donne , (l'aprês Hésychius, tommele type de l'art éginétique. 3e retaarque encore en passant que les Athéniens ne sont prasque jamais mentionnés parmi les vainqueuK des jeu* , qu'ils ne cultivaient pas- avec ardeur les exercices gymnasliques , et qtte \e\\ts artistes ne «e StmciAient pas de réprésenter des athlètes. Ces notions ne soilt guère propres à faire penser qu'il y eût ori^halr«taient dans leuf art plus de mouveflient et de variété qu'il n'y en avait dans le style égioétlqbè; élleâ ti un résultat

, tDut-â*ftlit contrain Jler a con-

sacré par l'autoritt s avant d«

a o Ces reçt^er-*

R d( statues dé-

ifie par M. ^ockerell , et de savoir nouveaux elles ont pu apporter n du problème qui ncrus intéresse.

llctMH|ptl0ii ^mm mmfihxem iti^mib.

Los «dëèwis 4tt teoifil^ ée fupiter panhellénien s'élèvent an ai>nQUeBt ^'Égkie , snr le sommet d'une montagoe iloBt les prelongements fendent la mer , camoie ferait im^ prpue dorée j et forment un des tnmaagles de File; ee sont ide l>eUes colonnes dorifBMtes fqai «e déèac)hent au j^his haut dn paysage j et^ikjénaàÊBÊMX ixA fel^ à'aanuAéters du rivage^

5q de l'art Elf ALLEMAGNE.

les flots au loin déroulés , les montagnes de TAttique et celles de l'Argolide étagées de chaque côté du golfe, semblent comme une couronne posée par le génie humain sur toutes ces splendeurs de la nature. M. Edgar Quinet nous a appris, dans son voyage en Grèce, qu'assis au pied du Panhellénion, il distinguait le Parthénon.à l'extrémité de la perspective ; ainsi ces deux ruines semblent encore se défier, d'un bout de l'horizon à l'autre , comme les deuxrivales dont Jupiter et Minerve étaient autrefois les divinités protectrices. On présume avec raison que les marbres trouvés sous les décombres du Panhellénion faisaient partie des deux frontons de ce temple. La date de ces statuesdépend évidemment de celle de 1 édifice auquel elles appartiennent.

Lorsque Pausanias visita Égine , on lui dit que le Panhellénion avait été fondé par Éaque. A en croire les habitants , tout ce qui existait dans leur île remontait jusqu'à ce prince ; ainsi c'était lui qui l'avait entourée d'écueils pour la préserver des pirates. Il est certain que Jupiter avait été adoré sur la colline panhellénienne dès les temps les plus reculés, probablement même, comme nous l'avons dit , à l'époque qui précéda l'arrivée de la colonie hellénique d'Éaque. Mais le temple qui s'élevait dans le même endroit au temps de Pausanias, et dont on voit encordes restes, ne saurait avoir été construit au siècle des Pélasges» ni même à celui des Achéens.

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