‹ De l'art en allemagneChapitre 6 sur 31 · DESCRIPTION DES MARBRES D^IÊGINE · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES MARBRES D^IÊGINE

L'architecture en est doriqufc et fort éloignée de ce dorique primitif dont on a trouvé des exemples à Corinthè et à Sicyone. Xes proportions élégantes y les colonnes plus élancées , reposant sur un stylobate plus haut, indiquent une époque d'un goût avancé qui vise déjà plus à la beauté qu'à la force. La construction duPanhellénion a dû précéder de peu d'années celle du Parihénon ; toutes les convenances de l'art et de l'histoire s'accordent pour la placer immédiatement après la guerre des Perses. Le colosse d'or et d'ivoire qui ornait l'intérieur du sanctuaire avait probablement été fait avec le butin de âalamine et de Platée. Le temple, ainsi rebâti sur les fondements pélasgiques de l'ancien

édifice d'Éaque , avait alors changé , selon la con-

jecture fort admissible de M. Mueller, son nom d'Hellénien pour celui de Panhellénien , qui était , pour ainsi dire, un hommage rendu à la fraternité et à la délivrance de tous les Grecs.

Sur l'objet représenté par les statues qui ornaient les frontons de ce temple , M. Mueller repousse complètement l'opinion des archéologues bavarois. Il voit dans les marbres d'Égine la représentation pure et simple des combats récents des Grecs avec les Perses; les autres y reconnaissent, au contraire, comme M. Fauvel l'avait déjà dit à M. Pouqueville, des événements de l'époque héroïque , relatifs aux Éàcides, et particulièrement le combat qui eut lieu autour du corps de Patrocle^ dans lequel Âjax fut

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v^iinqueur, el où Mmenre ^qourut 1^ Grecs. J'écarte tout d'abord la conjeoti^ra de M* Muellçr par une raison qui me parait pérfmptoire« Les Qreôs ont^^ili jamais représenté un fait contemporain au front d'un monumentreligieux? Une teUesupposition n'e^t«elle pas contradictoire non seulement ayeo leur esprit ^f mais avec l'essence même de toute religion ? Les autres objections que j'ai à préftentet contre l'hypo» tbèse de M. Mueller ne saurdieitt être comprise^ que lorsque j'aurai donné la de^ription des mar« bres d'Égine.

Examinées dans leur ensemble § ces statues of«* frent d'abord aux yeux un mouvemerit extraordi* naire d'inflexionset d'attitudes. Wiritkelmann» qui a appelé angulaire l'école de Phidias ^ àUrait r6^ serve ce nom pour celle d'Égine, s'il avait connu les morceaux qui nous occupent $ il l'aurait doiiùé (^'autant plus justement à cette éc-ole^ que l'agita^* tion des figures qu'elle a produites n'exclut pas une certaine roideur causée précisément paf la brttsque section de leurs lignes. Quant Aux personnes qui pourraient penser que l'art grec n'est qu'une dérivation de l'art oriental^ elles auraient de lon«« gués réflexions à faire sur ces fragments* Quoique par leur archaïsme ils se rapprochent des époques auxquelles on a quelquefois fixé une inta^îon pré^ sumée des formes immobiles de l'Egypte^ ils pressentent effectivement plus de turbulence et dK

DESCRIPTION D¥3 M;A3BI^^8 D BGINE, ^^

vie que les ouvrages qui seipbient; s'élQJgper davantage du temps où les lype^v étrangers onÇ pu servir de modèle aux artistes grecs. Le second caractère distinctif de ces morceaux , c'est )ç contraste surprenant de TimbécilUlé des têtes avec le beau travail des corps i le vîsage semble; être la partie traditionnelle» hiératique, inaltérablemeni reproduite par l'art éginétique. La figure que Smi* lis et ses successeurs inconnus avaient donnéç à leurs statues de bois, leurs descendants paraissent la donner encore au^ marbres deParos } c'était sur-» tout dans une meilleure imitation des cgrpç que ceux-ci se permettaient de dévier des anciens exemples et de témoigner de leur propre supériorité. Ils étaient bien obligés, pour accorder l'oxpressipn antique des figures avec la nouveauté des corps 9 d'adoucir un peu les angles des premières ^ et d'atténuer les arêtes aiguës qui en]marquaientle« traits et les contours j mais pour que la beauté des corps fit aussi la moitié des conce^sious pécess^^rffi à l'harmonie de l'epsemble , ils leur ^vaien): cgn^ serve une maigreur qui les rapprochait de 1^ ^chi^' resse du visage; L'espèce d'animalité quVffrçnt Iç^ airs de tête vient-elle de ce que |e3 a^t^staes pnmi^i^ i avaient eu l'intention de copier la nati^ye, ^t p'y, avaient que grossièrement réussi avec de$ ipoy^i^ grossiers , ou bien de oe qu'ils s'étaient forgé un Idéal particulier^ eu rapport avec leurs croyances $

et religieusement transmis à leurs héritiers coqime un dépôt sacré? Cest une grave question que je ne saurais encore résoudre. Quant à la parfaite exécution des corps, il est évident qu'elle est due à un naturalisme prononcé , dont le scrupule va jusqu'à copipr les rugosités de la peau. Ainsi le naturalisme de Van-Eyck et d'Hemling s*allie avec une certaine maigreur de formes et avec la sécheresse des contours.

Passons de l'examen général à une analyse plus détaillée. Nous commencerons par le fronton postérieur ou oriental, qui est complet, et nous admettrons, ne fût-ce que pour être plus clair, l'hypothèse des archéographes de Munich.

Au centre du fronton, dans un reculement dont les règles de l'architecture et celles de la sculpture s'accordent à proclamer la nécessité, s'élève Minerve tenant le bouclier d'une main, la lance de l'autre. La tête de la déesse est couverte d'un casque qui repose sur une chevelure dont les petites boucles sont rangées par étages ; sa robe à longs plis droits et symétriques rappelle le travail antérieur des statues de bois; ses yeux sont fendus en amande, légèrement relevés par les coins : comme ceux des autres statues, on les dirait empruntés à l'art chinois ; sur les lèvres, dont les segments sont minces et durs, et dont les extrémités sont également tirées en haut , s'épanouit un sourire qui erre aussi sur toutes les

DEScniPTion DES Marbres D'ÉcmE. 57

autres figures; enfin, comme dans celles-ci, le menton est étroit et aigu. AinsiqueM.Quatremère de Quincy l'avait pressenti, c'est, de la tête aux pieds, une figure semblable à celles qu'on avait jusqu'à ce jour classées parmi les productions de l'art étrusque, et que Winckelmann le premier avait soupçonné pouvoir tout aussi bien appartenir à l'ancien st}'le grec.

Aux pieds de Minerve , et devant elle , sont deux guerriers nus : l'un tombe mourant en arrière , l'autre s'élance et se penche vers lui pour le secourir; c'est au-dessus et au-delà d'eux qu'apparaît la déesse. Le premier de ces guerriers a reçu le nom dePatrocle; son casque, quia quitté sa tête à moitié , laisse voir une grande partie de sa chevelure , pareille à la perruque dont Minerve est affublée; ses lèvres sourient en rendant l'âme , comme celles des guerriers qui l'entourent. Celui qui le secourt sur sa tète bouclée f en tnu. L'absence de toute ipêché qu'on ne lui donon l'a tout simplement

A gauche, derrière Patrocle, on voit Hector qui vient de le frapper. Il est debout , nu , et porte le bouclier d'une main; de l'autre, qu'il tient haute, il brandissait sans doulele fer quia tué son ennemi. Sa tête, plus belle que celle des autres, semble in-

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diquer sa supériorité. Son casque laisse aussi voir la partie antérieure de la chevelure bouclée qui lui cache le front. La barbe de son menton lui donno un air plus mâle; mais comme elle est sensiblement pointue , et qu'à la forme pointue de la barbe Winckelmann a attaché le seul indice à peu près certain qui pût faire distinguer les œuvres du style étru8<« que de celles de l'ancien style grec , il s'ensuit qu'il est désonnais difficile d'établir une différence es- •sentielle entre l'un et l'autre de ce» deux arts. Pour faire pendant à Hector, et à droite du héros qui vient au secours de Patrocle , se trouve un autr^ guerrier, debout commelefils de Priam, nu comme lui y et comme lui portant la barbe au menton y 1q casque en tête , le bouclier au bras. C'est ce personnage qui a reçu le nomd'Ajax, fils deTélamou* La manière dont il est opposé à Hector rend cette ' désignation très vraisemblable.

La dénomination des autres chefs représentés derrière ceux-ci n'est pas aussi facile à justifier. Les deux héros qui suivent immédiatement d'un côté Hector, de l'autre Ajax, sont à genoux ; les carquois suspendus à leur flanc, et une de leurs mains levée à la hauteur de l'œil ne permettent pas de douter que leur autre main ne tînt un arc. A la différence des guerriers précédents, qui sont nus, ceuxci sont vêtus; leur poitrine est prise dans une casaque collante , leurs jambes sont enfermée» dans

DESCRIPTION PE3 MARBRES d'^GIICC. Ôg

une sortede pantalon qui adhère compléteinent k U peau f et qui descend jusqu'à ]a cheville. On ne saurait ipéconnaitre à ces traits des archers d'O-* rient , et c'est là yne des raisons sur lesquelles M. Mueller se fonde pour rapporter à la guerre des Perses le sujet de ce fronton. Le vêtement de ces sagittaires est , il est vrai, plutôt phrygien que perse; mais, Winckelmann l'a dit, les artistes grecs employaient le costume de Phrygie indifféremment à la place de tous les autres costumes étrangers. Les casques de ces deux guerriers ne ressemblent point à ceux des autres ; celui du guerrier qui est placé à droite derrière Ajax , offre surtout une forme bis^arre que sa pointe brisée a permis de prendre pour un bonnet phrygien, et c'est aussi sans doute ce qui a déterminé les antiquaires bavarois à appeler du nom de Paris l'archer qui en est coiffé. Le guerrier qui lui sert de pendant , et qui est placé derrière Hector, a reçu le nom de Teucer , frère d'Ajax , quoique son costume ne diffère guère de celui de Paris. Comment expliquer son vêtement ? Est-ce parce que Teucer était roi de Chypre , qu'on le considère comme un oriental, ou bien tous les sa* gittaires étaient-ils nécessairementvétus? Mais alors ne vaudrait-il pas mieux supposer qu'en cette place déjà inférieure, les statuaires n'ont voulu représenter que de simples archers ? On pourrait encore faire une 'autre objection à l'hypothèse des anti-

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qiiaires de Munich. Homère nous peint Teucer combattant derrière le bouclier de son frère Ajax. Pourquoi donc les sculpteurs auraient-»iis placé Paris derrière celui-ci, et Teucer derrière Hector? Serait-ce pour mieux exprimer le pêle-mêle de la bataille qui a précipité Hector parmi les Grecs , Ajax parmi les Troyens ?

Teucer et Paris sont appuyés des deux côtés par deux autres guerriers plus inclinés qu'eux , et qui, aussi à genoux , mais pliant l'épaule^ au lieu de la renverser en arrière pour tirer la flèche, secondent leur attaque la lance à la main. C'est une rame que M. Mueiler aurait voulu qu'on leur donnât, pour rappeler la victoire navale de Salamine; mais, outre qu'on accorderait peut-être difficilement leur casque avec cette rame , semble-t-il bien naturel de mêler ainsi dans un fronton des rameurs et des archers? A Munich , on a, donné le nom d'Ajax , fils d'Oïlée , au guerrier qui accompagne Teucer ; celui d'Énée au guerrier qui suit Paris. Viennent enfin , aux deux angles extrêmes du fronton , deux guerriers renversés en arrière; blessés mortellement, ils sont tombés, mais ils ne cessent pas de sourire; leurs casques s'échappant de leur tète, dansla chute, ont laissé leur chevelure bouclée se déployer en larges nattes jusque sur le milieu de leurs épaules. Ces deux figures, dont la maigreur a quelque chose de plus doux et de plus féminin que cellesdes autres

DESCRIPTION DES MA.RBRES d'eCINE. ÔI

personnages , n'ont pas reçu de nom particulier. Celle qui est à l'angle gauche est simplement désignée comme un héros blessé; celle qui est à l'angle opposé, comme un Troyen expirant. Quoique ces deux statues puissent avoir, auprès de certains esprits, le tort d'être profondément marquées d'une lÉianière particulière , elles sont entre les plus admirables morceaux qu'on puisse voir; elles réunissent la grâce à l'austérité, l'harmonie au mouvement ; elles sont le type de celte beauté qui résulte d'une grande quantité de nombres différents ramenés à l'unité par un rapport simple et mystérieux.

Du fronton antérieur ou occidental , il ne reste que quatre figures; elles sont légèrement plus fortes que celles que je viens de décrire ; elles sont néanmoins encore inférieures à la taille ordinaire de l'homme. C'est à l'inclinaison extrême de.s frontons doriens, dont l'angle est plus obtus que celui des autres ordres d'architecture , qu'il faut surtout attribuer cette proportion des statues. Les conjectures faites pour désigner ces quatre figures me paraissent excessivement arbitraires; qu'elles représentent la victoire de Télamon sur Laomédon, c'est ce qu'il n'est ifi facile ni , heureusement, important de prouver. Un guerrier nu , debout, portant le casque, le bouclier et probablement la lance, ayant de la barbe au menton . et sur sa figure , in-

6^ D£ L>'a|IT Eir ALLEMAGNE.

dépendamment de la rudesse que lui donnent les arêtes saillantes du style éginétique, une expression indubitable de vieillesse, â pris ie i^onideTélamon. Un autre guerrier, étendu , penché sur son bouclier, coiffé de son casque, nu aussi, portant la barbe et souriant en tombant, a reçu celui du roi troyen Laomédon. Cest Hercule qu*on a vu dans un sagittaire, agenouiHé, bandant son arc comme faisaient les archers du fronton précédent, portant sur sa liête un casque qui a la forme -d'une tête de loup asseï semblable à celle da Penseroso de Michel* Ange , et qui i^ppelle les dépouilies sauvages dont le héros thébain avait coutume de se parer. La quatrième figure , qui est de toutes la plus digne d'admiration, est connue sous le nom de héros blessé; elle est reïi versée sur le dos, -couchée dans son bouclier où elle s'agite encore pour combattre, et où sa main élevée en l'air brandissait sans doute une arme inutile. L*unité qui règne dans la divergence multipliée de ses Kgnes etîtarmonic qui naît sans efforts de l'agitation même de «es membres , devraient être longiiewent méditées parles artistes qui accusent, de nos jours, le repos absolu de l'art antique, et qui, en cherchant le mtjuvement, oublient de poursuivre la grâce et ïa beauté.

îndépendanrmentde ces statues, et avec elles, an a trouvé à Égine deux statuettes qui donnent lieu aux plus tïurieuses disststations; celles sont en lo«t

DE&CIUPTtOH DES HABBSKS d'^ÉGIITE. 63

semblables l'un« à l'autre, si ce n'est qxie leurs drapenes sont combinées de manière à ce qu'elles se servent ttnituelleraent de pendant. Toutes deux relèvent de la main leurs longues robes à plis symétriques et verticaux. M. Cockerell, qui a dessiné «ne restauration du templede Jupiter Panbellénien, les a placées au sommet de l'angle extérieur du fronton , et it a supposé qu'elles y servaient d'accompagnement à l'û-n^ qui couronnait tous les ornements du temple. Les savants allemands ont salué ces deux déesses du nom de Damia et d'Auxhesia. Voili des divinités qu'oa ne trouve guère dans les livres de mythologie répandus dans le public. Ces deux déesses dont Hérodote raconte lliistoire fort au long , avec une naïveté charmante , dans son oirajuième livre, sont celles qu'f^ne enleva àEpidaupe,lorsqu'd4e se révolta contre sa mé- ' tpopole. Ëpidaure les avait consacrées pour obtenir la fin d'ude sécheresse -qui désolait son territoire. L'oraèle «9nsulté avait répondu que, pour fléchir la colère des dieux , i\ iallait façonner deux statues de bois d'olivier. Par une raison qu'il n'est pas facile àe démêler, Ëpidaur aux Atbénienti le bois de ne le lui accordèrent qu' ^verrait cbaqtte année c daure eut été <dépmiillée etie cessa dé pàt^er tetriti

Athènes réclama ; Épidaure invoqua -la force majeure , et Athènes résolut de reprendre sur les Éginètes les deux statues qu'elle regardait désormais comme son bien. Elle arma donc une petite flotte quiarrivadenuitsouslesrochersd'Égine. La troupe qui descendit des vaisseaux athéniens arriva sans encombre jusqu'au temple où les deux statues avaient été placées; lorsqu'elle voulut tes arracher de leur base, elle éprouva une résistance insurmontable ; elle les attacha avec des câbles et essaya de les renverser. Mais le ciel se mit à lancer la foudre ; au milieu des éclairs , les deux statues tombèrent à genoux, comme pour supplier leurs ravisseurs. Ces prodiges anéantirent les sacrilèges. Un seul homme survécut , monta dans une barque et regagna Athènes; lorsqu'il arriva au port de Phalère, il y trouva rassemblée une foule de femmes qui lui demandèrent compte de leurs maris; comme il ne pouvait les leur rendre, elles le tuèrent avec les agrafes de leurs robes. Gela fut cause, ajoute Hérodote,que, depuis ce temps, le vêtement dorien , qui s'attachait sur l'épaule et au côté par des agrafes, fut remplacé, d'après un ordre formel, par le costum nanches rendaient les

agrafes

Jja d des textes qui parlent

de Dan t cause que M. Mueller

n'a pu e voile qui couvre ces

DESCniPTlON DE!) MABBKES DÉGISE. '6Ô

deux déesses. Hérodote a écrit leur histoire, selon sou habitude, sans cherchera l'approfondir. L'idée qui peut lierlechangementdu costume desfètnBies athéoienues au culte des déesses d'Épidaure et d'Ëgine, semble lui avoir complètement échappé. Fautil ne voir dans Damia et dans Auxbesia que deux vierges de Crète dont les Trézéniena durent expier le meurtre? Tout porte, au contraire, à Étire croire que c'étaient deuxdivinités propres au Péloponése, ' et qui correspondaient à la Cérès et à la Froserpine del'i ]ue la distinction du génie

dori' le poursuivait même par-

mi l 'pothèse des savants qui

dont ia et d'Auxhesia aux deux

stati , ; débris du Panhellénion,

onvoitquelananation d'Hérodote ne la contredit point. Il faut seulement admettre que ces statuettes ne sontque des réductions des deux images dont nous venons de raconter Ip légende.

Pouvons-nous maintenait préciser la date de tous . ces beaux mprceanx? M. Si:belling nous parait avoir émis une opinion inadmissible lorsqu'il a voulu la 6xer à des temps plus voisins de la guerre df Troie . que de celle des Perses. L'architecture du temple et l'histoire entièrede l'art grec nous semblent pi\3-' tester contre celte assertion , qui ne conduirait à rien moins qu'à &ire penser que le travail du marbre était poussé à la perfection lorsque celui du

B6 DE l'art bit allbmagke.

bois devait étte encore à ises commencetiieillss L'ëruditioti baTdfoisë a adopté 5 en définitive ^ la dans •pmposée par M. Mu^lét*^ qui est lèdïe de la guetta ittédique.

L'ërudition fratii^aise a eti peu d'occasions jusqu'à ce jour de se prononcer sur les marbres d'É- Ifihet Mi de Ciarac^ dans une note d'un livre inédit dont je dois la communication à sa cordiale obligeance^ exprime l'opinion que ces mordeaûx dcMTent être considérés comnie contemporains pour le moins des couvres de Phidias^ s'ilb fie leur sont pas postérieurs! C'est à propos de Gallon d'Égme , auquel il semble rapporter les statues du Panhellé"nîon, qu'il est conduit à agiter ce problème; il pense que leur perfection est l'indice d'une époque très avancée de l'art^ et que ce qu'il y a d'antique dans leur style est la marque, non pas d'une épo>quë^ mais d'une école particulière. Il cite à l'appm de cette opinion la plupart des maîtres allemands qui^ vivant du temps de Raphaël, ne continuaient pas moins la vieille chaîhe de leurs ti:adltîons na^ tionàles^ de façon à paraître précéder d'un sîèdte leur iiyistre contemporain. Il aurait pu trouver att aéîu même de l'Italie^ dans les écoles archaïques de . Bologne efc de Venise, des exemples plus concluante encore. Tout en admettant une plirtie de cette ar** gumentation^ tiobs ne crojrons pas que l'histoii^ d'Egine permetle de sUpptaer que Tari ait pu élevef*

DESCRIPTIOV DSS MARBRCè l)'lSOlI«E. 67

le PanhellénioQ ou le décorer après la guerre du Péloponèse. On ne fiatiraîl prêter au ramas de mal* heureux qui repeuplèrent cette ile la pensée d'avdif iroiilu éterniser teur propre souvenir* Les marbrée découverts pat Mi CjookereU appartiennent doue à Tépoqub Tiue M. Musller a appelée là sétdtide pé^ riode de l'art éginétique^ et dont il a établi i'tatréme limite à la ruine de l'île^ survenue âu Commence*ment de U guerre du Péloponèse»

Une remarque qui ki*a point été faite \Aé patait mettre cette date hof* de doutât Si Minerve est là déesse particulière d'Athènes ^ et si Âtbènès fut k rivale d'Égine, en quel tempe suppoi^era^tM^n qu*É^ gine aura mêlé l'image de Âf ihisf ve à t^éltes des éaeides? Elle ne pourra avoir donné ce témoignage d'amitfé envers Athèhes ni avant Vsl gliërré des Perses^ lorsque la lutte des deux cttéâ était flà^ grante^ ni aprèB l'époque de Gimon^ lorsque la hain^ kvait dû is'envenimer i^co^e par le sentiment d^ là défaite* Âi6si) c'est dAUë ht témpë restreint qui â*est écoulé entré la batàilte dig Salamis «t la soumission d'Égine à Athènes qu'il faut placer non seulement la réédification du temple de Jupiter ]Banhel* lénien, mais encore l'exécution des statues de son fix>nton.La Minerve quidéttiontre^ à mes yeux^ l'évidence de cette conjecture , me sert en même temps à repousser celle en vertu de laquelle M. Mueller prétend reconnaître dans ces fragments la repré-

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seiitatioli de la bataille de Salamine. Si bien réconciliés que les £ginètes fussent alors avec les Athé-. niens, peut-on penser qu'ayant été proclamés par la Grèce entière comme les plus braves et les' plus influents dans cette glorieuse journée , ils aient poussé la modestie jusqu'à rapporter sur le front de leur temple tout l'hommage de la victoire à Minerve» le vivant symbole de leurs rivaux naturels? Qu'ils aient trouvé un moyen d'en rendre honneur à la fois à Minerve et aux Éacides» c'est ce qui se comprend, et ce que l'hypothèse des savants de Munich explique; mais qu'ils aient oublié les Éacîdes, qui avaient pourtant décidé du sort de la bar taille aux yeux de tous les Hellènes, et qu'ils ne se soient souvenus que de Minerve , c'est ce qu'on ne fera croire à personne. M. Mueller était parti de ce point que Télamon . et Ajax n'étaient pas des descendants d'Éaque; ainsi il a été conduit à nier, contre la similitude de tous les monuments de l'art grec, que le fronton du Panhellénion représentât le combat d*Ajax sur le corps de Patrocle.

iVouvelle tlkémwî» ém Vmwt fgrmm*

Est-ce à dire que Tart éginétiqne n'ait pas survécu à la raine d'Égine , qu'il n'ait eu aucune influence sur le développement ultérieur de l'art grec , et qu'il soit demeuré comme une semence originale étouffée dans son germe? Nous ne le pensons pas. Ij'opinion s'est répandue parmi les savants d'Angleterre que le nom d'éginétique s'appliquait non

70 DE LART Eir ALLEMÀGrCB.

seulement aux œuvres de l'école d'Égine^ mais encore à celles de l'école de Sicyone et de l'école de Corinthe. Si on se rangeait à cet avis, on reconnaîtrait une postérité féconde et sans doute assez illustre à l'art né dans les ateliers de la petite île grecque. Mais cet art a eu des conséquences encore plus importantes dont il me semble que quelques unes sont restées ignorées jusqu'à ce jour. J'essaierai de les exposer^ pour montrer comment les marbres de la Glyptothèque ont renouvelé la théorie et l'histoire de l'art grec.

M. Otfrièd Mueller a publié trois dissertations remarquables sur Phidias. La première, qui est relative à la biographie du sculpteur athénien , la troisième y qui fixe d'une manière ingénieuse et définitive 1q gîgnifiçaiioi} du fronton postérieur du Parthénon, lie m'occuperont point ici. La seconde a pour objet de déterminer la valeur de l'œuvre de Phidias; il y a lieu , je pense , de revenir sur cette partie du travail de l'illustre critique pour la contredire sur quelques points, pour essayer de la çQinp|ét:«f %^v qu^que^ autres, . M. Qtfried Mueller A^oaet dans cçtt^ diswHf^^PQ plusieurs fait^ qui me paraissent en cOfitrf^diçtipQ ayec antiques uqes des conclusions de çqn ]ivr# ^ur j^in^, Ain^i, par exemple, il affirme que le génie

d§lPMî^s ^ f^ii^ fraqpbir d'vm seul bond unint^rt vca)l^ îmm^sf. k l'art atbénient et l'« àéAvrré da 1«

NOUV|;tL^ TViiQHlf Df ;.\rT GREC. ^ 1 '

^qîdemr çt dp l'jiqmobilité qyi T^vaien^ jusqu'^JQf^ ^ffj|v^, ppHf lui donner ime vie Douvelle pqr I'It mita^qA àç k ïiftf^*'^? I^e savant profe^sp^r d^ Goel tiîlgï»'B»W«^n»U-^ çopçilier cette ppin.iop ftyec çeïlf gil'i| ^ pmiftç Iprsqu'j} ^ dit que , pontraireRnem |i l'art ^6iRPtic[Wô| l'ftrt af^fé^^en ay^il pppr pripçjpf ijnp CTtîèye Ijhçrté? ï^'iqfluepce incontestée dp )'E;jprpts s^r |a prîwilivç pivilî^atipp d'AtWpe? paV yaitpar^ jeter quglqu^ d^pHfp sur la y^rité de qettç )iYDothèse, Les prepves qpp M. Mueller apporfç pqwp a^tri^uer à Phidias l'introduction înst^ntanép ^ij inppypntppt flan§ la sqjjpture fttl^érnenne fp^ cpn^rinent dans mon premief sentiment. Le |nqi:^7 vement e^ Timitatiop n'étaient points naturels à l'^rf attique ; )ls lui pnt été apportés par des §^at(|^i(*|3|^ d'une autre rfice. Seûleu^ent il me seinblp diffir çile de penser, pomme M. |tfqeller jtepdrajt 4 ]ç faire crpiçe, que Phidias ^it été , parmi ^^^ Athéifiens, Ip premier élève de ces artistp^ étrangef^ à l'Attique; les sculpteurs incopnus qui ont tr^r yajlléy sous Cipion^au tefnple de Thésée, ayaipp): introduit* avant lui, à Athènes, la discipline e^pr tiq^B, ef, cpux-pi cjpivenl êfrp cpippfés co^me Ibrmapt les anneaiu infer¥f}pdi9|f*es ^|e la ch^inp qui lie l'apçienne école attiqpe ^ l^ nppyelle pcolp athépienne, destinéje ^ dirjger désprmai§ le gpùt de )^

^, Millier en cppvij^pt, Ajhènps yj'a j^fl[)gj^ fij^

•ya DE i/aRT en ALLEMAGlfK.

Tinitiative des grandes inventions de l'esprit grec ; mais elle les a toutes poussées à leur plus haut point dç perfection. Ainsi les tréteaux sur lesquels la Ira* gédie a pris naissance» s'étaient long-temps promenés dans le Péloppnèse avant d'arriver dans TAttique; mais lorsqu'ils curent touché ce sol où tout prenait une forme naturelle de majesté et d'élégance, ils se changèrent en théâtres sur lesquels Eschyle fit bientôt entendre des accents que ne connut aucune autre littérature de la Grèce. Il faut appliquer à Phidias ce que nous disons d'Eschyle. . Sans doute le ciseau de cet artiste immortel fit des emprunts considérables à la peinture que Polygnote avait naturalisée à Athènes sous Cimon^ et qui, au dire d'Aristote, avait plus d'expression et de vie que la sculpture du même temps. Phidias, qui commença par être peintre, ou plutôt qui était peintre et sculpteur, comme Onatas d'Égine et comme plusieurs autres de ses contemporains, put bien animer ses statues en leur appliquant les procédés familiers à la peinture; mais il eut d'autres maîtres que Polygnote.

Phidias reçut les leçons de deux artistes différents, d'Hagias d abord, disciple de l'ancienne école attique, caractérisée bien plus par Timmobilité que par la roideur, ensuite d'Ageladas, qui suivait d'putres traditions. Il y a de nombreuses versions sur le nom de ce second maître de Phidias; Pline

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