DANSE OU MOUVEMENT RHYTHMIQUE
coutumes ayant force de loi. Quelques-uns même des mots qui, dans les langues anciennes, correspondent à celui de danse, impliquent une vive émotion interne, une sorte d'enthousiasme religieux. Les danses des bayadères étoient à l'origine et sont encore des danses sacrées, étroitement liées aux antiques idées tbéologiques et cosmogoniques de l'Inde. Elles expriment d'une certaine façon la nature intime de ses dogmes, Tesprit de ses croyances. Chez les Grecs, point de fêtes religieuses où la danse n'intervînt, quelquefois solennellement grave, restreinte à la marche rhythmée, quelquefois passionnée jusqu'au délire, haletante, échevelée, enivrée, comme dans les dionysiaques. Les unes se rapportoient aux conceptions élevées de la Cause suprême, de l'ordre intellectuel et moral ; les autres au sentiment des puissances aveugles, énergiques, indomptables de la Nature. La strophe et l'antistrophe des chœurs de la tragédie grecque correspondoient probablement à certaines danses déterminées. Des collèges de prêtres, les Salions, exécutoient à Rome des danses accompagnées d'hymnes consacrés au dieu de la guerre. La Bible nous peint le Roi-prophète dansant, une harpe en main, devant l'arche du Seigneur, De véritables danses ont été anciennement introduites dans le culte chrétien, et s'y conservent encore en quelques
pays^ Les rites accomplis autour de l'autel ne sont eux-mêmes au fond que des danses symboliques, non plus que les processions parmi lesquelles il en est de si touchantes. Celles qui ont lieu dans la campagne, au retour du printemps, pour appeler sur les travaux de l'homme la bénédiction de celui qui fait croître et mûrir les fruits^ rappellent les Arvalia des Romains. Quoi de plus poétique, de plus grand et de plus doux , que celle où le Christ, sortant de son sanctuaire, vient mystiquement voilé, sous les feux du soleil versant des flots de vie et de lumière, recueillir au milieu des fleurs, des feuillages, des parfums, des chants d'amour et de joie, les hommages de ses frères délivrés et sauvés par lui?
Plus ils sont rapprochés de la nature primitive, plus les hommes ont de penchant à manifester les idées qui les préoccupent, les sentiments qui les émeuvent, par des moyens propres à frapper les sens ; et, chose remarquable, aux époques de décadence et de corruption, ils se montrent également
1. «L'usage dans lequel étoient les anciens peuples de ne jamais séparer la danse de la musique se conserve encore dans les chants religieux des chrétiens d'Abyssinie, suivant ce que m'ont assuré les prêtres et le patriarche de cette Église, que j'ai eu occasion de consulter ce sujet, dans les fréquentes visites que je leur ai faites au vieux Caire, où ils ont un hospice. » Villoteau, Recherches sur l'anai.oQie de la musique avec les arts qui ont pour objet iimitotion du langage, t. I, p. 57.