‹ De l'art et du beauChapitre 17 sur 30 · I. Page · texte numérisé non relu

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attentivement à ce qu'ils ne reçussent aucune altération, non-seulement quant aux paroles qui gravoient les enseignements dans l'esprit, mais encore quant aux modes et à la tonalité, dont l'effet étoit d'exciter, par l'action physio ogique du son, les sentiments que dévoient réveiller ces paroles. Le bon ordre de la société, la révérence universelle pour les choses consacrées, la sainteté des mœurs, en dépendoiens évidemment. Un changement apporté à la tonalité, l'introduction d'un nouveau mode, pouvoient avoir, suivant la nature des impressions qui s'y rattachoient, les plus graves conséquences pour la morale publique, et tendre à ébranler les institutions établies. Certains sons, certains rhythmes, contribuoient puissamment à entretenir l'esprit religieux, le courage guerrier, le dévouement à la patrie, toutes les mâles et austères vertus. D'autres rhythmes, d'autres sons provoquoient, au contraire, à la mollesse, à la volupté, et, par leur influence énervante, engendroient ces habitudes lâches, efféminées, cette corruption profonde, si funestes à quelques nations de l'Asie, d'où avec leur musique elles pénètrent chez d'autres peuples S que leui

4. C'est ce qui arriva en Egypte, pendant la domination de..; Perses, après l'invasion de Cambyse. Lorsque ensuite elle eut secoué le joug, l'ordre sacerdotal tenta vainement de remettre eu vigueur les règles et les coutumes antiques.

simplicité primitive ou la sage rigueur de leurs lois en avoieiit préservés jusque-là.

Ajouter une corde à ia ly-'e, c'étoit, parmi les Grecs et les Égyptiens, préparer une révolution politique et religieuse, car c'étoit en faire une dans la musique conservatrice des bases de l'État, dans le caractère du discours, dans la poésie, dans la langue même. Les premiers instruments, comme nous l'avons déjà remarqué, servoient, en effet, seulement à donner le ton à la voix, à l'y maintenir, à lui fournir des points d'appui pom* les diverses inflexions des accents, et à déterminer les limites où elle devoit se renfermer; enfin, à marquer le rhythme et la cadence du vers, du chant ou de la danse. Les mêmes sons dont se composoit la tonalité génératrice des modes légalement admis étoient aussi ceux sur lesquels les anciens avoient fondé les principes et les règles de leur prosodie et de leurs modulations oratoires. La mélodie du discours embrassoit, suivant Denys d'Halicarnasse, un intervalle de quinte ; elle ne s'élevoit pas au delà de trois tons et demi vers l'aigu, et ne s'abaissoit pas vers le grave au delà de cet intervalle : « Mais, » ajoute \illoteau, « ces principes fondés sur le sys- (( tème de l'accord de la lyre à quatre cordes des (( Grecs étoient une extension de ceux que les ance ciens Égyptiens avoient déterminés dans l'accord

« de leur lyre à trois cordes. Dans l'accord de la u lyre à trois cordes, le son du milieu formoit la « quarte avec le grave et avec l'aigu, et les deux (i sons extrêmes rendoient l'octave : c'étoit la plus (( grande étendue que la voix devoit parcourir dans « le discours ordinaire ^ »

On voit quels liens étroits unissoient dans l'antiquité la musique et la parole, ou plutôt comment la musique n'étoit que la parole même soumise à des lois dérivées de la nature du son et de la natuie de l'homme, afin d'en augmenter la puissance et d'en diriger l'action à certaines fins d'ordre et de perfectionnement; d'où il suit que l'expression morale en formoit la partie la plus importante. En répétant leurs chants religieux, les peuples, élevés au-dessus du monde des corps et de ses phénomènes, reportoient leur pensée vers la source infinie de tout ce qui est; ils s'exerçoient à l'adoration, à la prière, aux contemplations qui détachent des choses infimes et passagères. D'autres chants leur rappeloient les enseignements du devoir, réveilloient, nourrissoient en eux les affections légitimes et pures, affermissoient au fond des cœurs les saintes relations sur lesquelles reposent et la famille et la cité. Car, nous ne saurions trop le

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