Ut pictura pocsis. floral
sa langue, le second dans son style. Cette empreinte personnelle en fait le caractère, et le caractère du style révèle immédiatement celui de l'esprit. Il est à son égard ce que sont dans l'homme les traits et la physionomie. Il y a des traits communs et des traits distingués, des figures expressives et des figures muettes. Ainsi du style; et l'absence de caractère est, en ce qui touche l'Art, la plus certaine marque de médiocrité.
Il existe des ouvrages qui se composent de pensées isolées, sans liaison entre elles; quelques gnomiques chez les Grecs, chez les Romains Publius Syrus, parmi nous La Rochefoucauld, La Bruyère et d'autres. Plusieurs sont remarquables de style. Cependant les grands œuvres d'art forment un ensemble dont les parties, ordonnées dans le tout comme les organes dans le corps vivant, concourent à un but commun. Chaque phrase alors, quoique complète en soi, a d'intimes relations avec celles qui suivent et celles qui précèdent : elles sont dans le discours ce que les mots sont dans la phrase. Elles y remplissent les mêmes fonctions, s'éclairant l'une l'autre et se modifiant pour exprimer ce qui ne pourroit Têtre séparément par aucunes d'elles. Leur mouvement dessine le tableau, qu'en même temps elles colorent de leurs nuances mélangées et distribuées par l'effet total. Lerhythme aussi varie,
suivant l'impression que l'écrivain veut actuf^îenient produire. Il se hâte, il se ralentit, se brise, se transforme, tantôt se développant avec majesté comme les vastes ondes d'une mer calme , tantôt décrivant mille courbes gracieuses, comme les tiges fleuries qu'agite, en glissantsur la plaine, un souffle léger.
Le sujet détermine le ton général. S'agit-il simplement de parler à l'esprit, de le convaincre, les qualités principales et presque uniques du style sont la clarté, l'ordre, la suite, l'enchaînement logique des idées qui procèdent l'une de l'autre sans effort, sans lacune, s'éclairent et se fortifient mutuellement ^ Cette sorte de composition n'admet que peu d'ornements et que des ornements graves. Sa beauté, c'est la correction, la pureté du trait, la noblesse, l'élégance sévère et une certaine élévation constante. Parmi les philosophes, Malebranche en offre un modèle achevé.
Plus anim.é dans la passion , le style en prend tous les caractères, en exprime toutes les nuances. Une autre logique que celle de l'esprit préside au choix des mots et à leur arrangement, les détourne à des sens nouveaux, inattendus. Poussés et repoussés par le flot interne, ils se pressent, se mêlent