‹ De l'arthrite aiguë d'origine blennorrhagiqueChapitre 4 sur 26 · DIAGNOSTIC — PRONOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC — PRONOSTIC

Lorsqu’on a eu l'occasion d’observer même un petit nombre de malades atteints d 'arthrite aiguë blennorrhagique , le diagnostic dans tous les cas se fait avec la facilité la plus grande, à distance pour ainsi dire tant sont identiques toujours les manifestations symptomatiques qui la caractérisent Mais le développement rapide et l’intensité de ces manifestations a souvent aussi fait commettre des erreurs aux praticiens non prévenus, et cela relativement à l’existence même de l’arthrite ou à la désignation de sa nature; ce sont là deux points que nous allons passer successivement en revue.

Dans un certain nombre de cas, la douleur excessive, la tuméfaction œdémateuse, accompagnée de rougeur de la peau, d’élévation de la température locale et d’une fluctuation vague, ont au premier abord donné l’idée d’un phlegmon diffus, d’une angioleucite grave. L’examen soigneux du segment de membre atteint et la localisation exacte du maximum de la douleur suffisent pour attirer rapidement l’attention du côté de la jointure et pour faire reconnaître l’arthrite.

Une autre erreur possible est celle qui consiste à rap-

porter tous les symptômes que l’on observe à uno inflammation dos gaines synoviales entourant l’articulation atteinte. Dans les cas de synovites blcnnorrhagiques qui ont été publiés par Mauriac, Maymou, Fournier, etc., les manifestations locales diffèrent pou en effet de celles que nous avons signalées comme appartenant à l’arthrite, mais la constatation de la douleur à la pression en un point qui correspond uniquement à l’interligne articulaire, et la possibilité de développer cette même douleur par des mouvements articulaires et non tendineux, sont des renseignements faciles à percevoir et de nature à faire reconnaître le siège exact de la maladie.

Lorsque l’arthrite en elle-même a été diagnostiquée, est-il toujours possible de la rattacher facilement à sa véritable cause, de reconnaître d’emblée sa nature blennorrhagique? Evidemment non, et c’est une des raisons pour lesquelles, ainsi que nous avons eu l’occasion de le faire remarquer ailleurs, cette forme des complications articulaires de la chaude-pisse est considérée comme exceptionnelle. Lorsqu’à ce point de vue spécial une erreur est commise, c’est uno arthrite traumatique qui est généralement diagnostiquée, soit que, considérant comme suffisante la cause invoquée par le malade, le chirurgien néglige de pratiquer un examen des organes génitaux, soit qu’un premier examen do ces organes ne donne aucun renseignement bien net, ce qui est loin d’être rare chez la femme. 11 est, indépendamment des résultats que peuvent fournir les commémoratifs et les explorations répétées de l’urèthre, un certain nombre de faits particuliers dont la constatation peut empêcher de commettre une semblable erreur : ce sont principalement

l’intensité même des phénomènes symptomatiques et la rapidité de leur développement. En dehors des arthrites qui succèdent aux plaies pénétrantes des jointures, il n’en est aucune, en efl'ot, qui, à la suite d’un traumatisme même très violent, s'accompagne à si courte échéanco de ce gonflement œdémateux énorme, et de cette réaction inflammatoire considérable qui so montrent dès les premières heures du développement de l’arthrite aiguë bleiviorrhagique. L’acuité de ces manifestations symptomatiques et leur localisation sur une seulo jointure sont encore les caractères sur lesquels il faut se baser pour distinguer de la forme arthritique du rhumatisme blennorrhagique décrite par les auteurs, l’arthrite que nous avons eue uniquement en vue dans notre description.

Si l’on veut bien se rappeler les différents modes de terminaison que l’arthrite blennorrhagique est susceptible de présenter, il sera facile de se rendre compte de ce fait que son pronostic, tout en étant susceptible de subir des modifications notables suivant les cas, présente toujours cependant une gravité assez sérieuse. Mais dans les symptômes observés pendant la période d’état de la maladie, en est-il dont la constatation peut faire prévoir telle ou telle issue ? c’est là une question à laquelle nous ne pouvons malheureusement pas répondre d’une façon absolument catégorique. Ce que nous pouvons faire remarquer seulement, avec M. le professeur Gosselin, c’est que la terminaison par ankylosé paraît être surtout fréquente lorsque les symptômes articulaires s’accompagnent d’un gonflement notable des extrémités osseuses. C est donc dans les cas où ce gonflement pourra être perçu que le pronostic devra surtout être considéré

comme fâcheux. Hâtons-nous d’ajouter, du reste, que sa gravité devra toujours être proportionnée à l'ancienneté plus ou moins grande de l’arthrite, une intervention rapide pouvant être bien souvent d’une grande utilité, ainsi que nous allons le dire dans le chapitre suivant.

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