ANATOMIE PATHOLOGIQUE
Avant d'aborder la méthode thérapeutique des luxations non réduites du coude par la réduction à ciel ouvert, il importe de connaître les lésions qui nécessitent l’intervention sanglante. Avant tout, le chirurgien, s’il ne veut pas faire œuvre d'empirique, doit connaître les difficultés qu'il aura à vaincre ; aussi, au début de ce travail, nous devons placer un chapitre d'anatomie pathologique.
Les luxations du coude, autres que les luxations en
arrière, avec leurs variétés en dehors et en dedans sont
considérées comme rares. Aussi, nous n’aurons en vue que
les luxations en arrière, l’espèce la plus commune.
ee
D. Mollière disait même que, de toutes les luxations, ce sont les plus faciles à réduire, mais ce sont aussi celles qui deviennent le plus rapidement irréductibles. L'irréducti bilité est d'autant plus accusée et plus précoce que le traumatisme est moins considérable, parce que le malade, ne ressentant que peu de douleur, soumet hâtivement son articulation à des mouvements qui déforment les surfaces osseuses. Au bout d’un temps plus ou moins long, et par suite des modifications anatomiques survenues dans la jointure, les procédés qui ont ordinairement raison des luxations récentes restent sans effet sur la luxation devenue ancienne, et il faut avoir recours à des moyens plus chirurgicaux.
L’anatomie pathologique des luxations du coude, étudiée d’abord par Malgaigne et Asthley Cooper n’est bien connue que depuis une vingtaine d’années, depuis que l’on ouvre plus hardiment les articulations luxées et que l’on peut ainsi avoir sous les yeux et examiner sur le vivant les lésions qu’elles présentent.
Ces lésions que nous avons à étudier portent sur les ligaments, les muscles, les surfaces articulaires, le périoste, les vaisseaux et les nerfs. Nous allons examiner successivement les modifications qui surviennent dans ces différentes parties, qui composent l'articulation du coude.
Que devient la capsule ?
D'après Gh. Nélaton, si la luxation n’est pas trop ancienne, le ligament antérieur de l'articulation se transforme en une sorte de renflement fibreux, épais, très fortement adhérent à la face antérieure de l'extrémité inférieure de l’humérus et qui, plus tard, deviendra le siège d’une plaque d’ossification. Gette plaque antérieure à l'ar-
ticulation offre le caractère bien spécial de ne présenter aucun rapport de continuité avec les os voisins. D’après Delbet (Bull. Soc. anat., 14 février 1890), elle tire son origine du périoste ou d’un fragment d’os arraché du cubitus et qui, entraîné par la rétraction de la capsule déchirée, restera isolée au milieu des tissus de nouvelle formation; il y a loin entre cette capsule arrachée et son point d’insertion primitif, entre le fragment osseux détaché et l’apophyse coronoïde fortement remontée en arrière de l’humérus.
En arrière, ilest de règle de rencontrer, reliant l’épicondyle et l’épitrochlée aux bords correspondants de l’olécräne, deux plaques d’oss'fication également.
Charcot attribue cette ossification des parties antérieure et postérieure de la capsule ligamenteuse à l’hématome ossifiant, parce qu'il l’a remarquée sur des luxations parfaitement réduites.
Pierre Delbet croit, avec de plus justes raisons, au résultat de proliférations osseuses et, tandis que pour la plaque antérieure, il lui reconnaît comme point d’origine le cubitus, pour les plaques postérieures, ces deux poinis d’ossification de la capsule lui semblent être des productions de l’humérus. L’une, celle qui est située à la partie interne, naît de la partie postérieure de l’épitrochlée, et forme une sorte de plateau à direction antéro-jostérieure prenant attache sur la face interne de l’olécrâne : c’est le plateau rétro-épitrochléen. L'autre, reliant la face postérieure de l’épicondyle à la face externe de l’olécrâne, prend également une direction antéro-postérieure : c’est le plateau rétro-épicondylien. Entre ces deux plateaux l'olécrâne apparaît comme encastré (P. Delbet).
Les ligaments latéraux, qui renforcent la capsule de chaque côté, se désinsèrent toujours à leur extrémité supérieure et entraînent également avec eux des morceaux d’os ou de périoste. On rencontrera donc, d’une part, des fragments d’os ou des lambeaux de périoste arrachés ; d’autre part, des surfaces osseuses dénudées sur les points où se sont faits ces arrachements. Or, comme ces fragments enlevés ou ces points dénudés occupent exactement l’endroit où se font les productions osseuses dans les luxations anciennes, P. Delbet pense que l’on est autorisé à conclure qu'il y à bien entre ces lésions et ces néo-formations osseuses une relation de cause à effet. :
Ces ligaments latéraux se reconstituent sous l'influence du travail de réparation de l’articulation et se présentent sous forme de trousseaux fibreux, épais, solides, se portant de l’humérus aux os de l’avant-bras. Ils peuvent renfermer parfois dans leur épaisseur des nodules ostéocartilagineux provenant de parcelles d’os ou de périoste détachées au moment du traumatisme ou pendant les tentatives de réduction forcée.
La capsule ligamenteuse de la néarthrose est donc composée d’abord par du tissu connectif ambiant, par les restes de la capsule et les ligaments anciens, enfin par les expansions tendineuses périphériques. - Puis, avec le temps, et même assez rapidement dans certaines circonstances, cette capsule se rétracte fortement et forme une véritable ankylose périphérique dans laquelle se développent des plaques .osseuses. Chez les sujets jeunes, en voie de croissance, ces formations fibreuses et osseuses sont constantes. Chez l'adulte, elles sont plus rares et, lorsqu'on les rencontre, elles sont le résultat de l’irrita-