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FORMATION DU PÉCULE DES REGLUS

Généralement^ ce double résultat n'est obtenu qu'après un séjour do trois ou quatre mois. Dès qu'un reclus annonce de bonnes dispositions et a pu réunir un pécule de 25 à 30 fr,, un arrêté préfectoral ordonne sa sortie. Avis en est donné au maire de sa commune, et l'on y joint toujours l'envoi d'un mandat des deux tiers ou des quatre cinquièmes du montant du pécule. La différence est donnée directement au mendiant élargi, au moment même de sa sortie. La somme ainsi laissée à sa disposition est calculée sur la dépense que doivent entraîner les frais de son voyage. Il serait à craindre , en effet, que si la totalité lui était remise , elle ne devint entre ses mains l'occasion d'excès ou la cause de. folles dissipations ( l'expérience nous Ta d'ailleurs démontré).

A son arrivée au lieu de sa destination, le mendiant élargi touche des mains du maire le reste de la somme qui lui est acquise , et encore ce magistrat est-il invité à ne la lui remettre qu'au fur et à mesure de ses besoins, et seulement après la justification des efforts qu'il aura faits pour se placer ou se créer, au moyen d'un travail régulier , des moyens permanents d'existence.

Cependant, le retour de certains mendiants sortis du dépôt a souvent causé dans leur commune une véritable sensation. Quelques personnes, et MM. les Maires eux-mêmes , heureux tout d'abord d'avoir été débarrassés de la présence de ces individus qui, jusquelà , avaient été une charge pour la population ^ se sont

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demandé si cette mesure répondait complètement à la promesse faite par rautorité d'éteindre la mendi* cité. Ils s'étaient imaginé que le dépôt devenait désormais l'asile de tous ceux qui y avaient été admis ; aussi , au nombre des arguments mis en avant po^ certains souscripteurs hésitant à renouveler leurs engagements, nous avons remarqué celui-là. Mais it nous a été facile d'y répondre.

Sans doute, la mendicité est un délit que la loi punit : mais la société peut-dle être plus rigoureuse vis-à-vis de ceux qui s'en rendent coupables , que visà-vis des criminels? A l'exception de qudques cas gra-. ves seulement , pour lesquels la loi pénale prévoit (tes peines perpétuelles , pour le plus grand nombre des délits, ces peines sont temporaires et graduées. Pourrait-il donc en être autrement à l'égard des mendiants?

Sans doute » quelques-uns d'entre eux sont endurcis dans le mal, et leur présence dans la société est souvent une cause permanente de danger ou de trouble pour la sûreté publique. Mais, souvent aussi, il faut admettre que le délit qui leur est reproché peut avoir son excuse et profiter ainsi du bénéfice de ces circonstances atténuantes que le législateur ne refuse pas aux plus criminels.

D'ailleurs , la peine répressive qui leur est infligée doit être préalablement subie dans la maison d'arrêt. L'internement au dépôt, à l'expiration de cette peine, est moins un complément de pénalité qu'un moyeu de moralisation.

1>£8 MEIlDUliTS RÉCIUYISTES. 103

C'est ici que commence le rôle du dépôt y établissement créé^ suivant Tarticle 274 du Ck)de pénal , pour obvier à la mendicité. N'est-ce pas, en effet, répondre à ce but que de s'emparer de ces individus , afin de les instruire dans la pratique de leurs devoirs par la discipline , de leur enseigner les principes de la morale et de la religion, et de leur prouver, en leur faisant prendre l'habitude du travail , qu'ils peuvent , comme tant d'honnêtes citojrens , gagner leur vie honorablement, et ne devoir leurs moyens d'existence qu'à une coaduite laborieuse et régulière ?

Poser cette question, c'est la résoudre, et la réflexion indique suffisamment que l'internement au dépôt ne peut être que momentané.

Les cas de récidive seuls, peuvent motiver une prolongation vis-à-vis de ceux qui s'en rendent coupables ; car il en est du délit de mendicité comme de tant d'autres, dont la répression la plus sévère ne parvient pas à prévenir le retour.

Dans l'espace de cinq années , sur 420 condamnations pour délits de mendicité, on compte 75 récidives, SAYom :

En 1856 15

En 1857 13

En 1858.- .... 13 i 75

En 1859 19

En 1860 15

Sur ce nombre , l'arrondissement de Nevers en

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compte 22

Celui de Clamecy. . . 14

Celui de Château-ChinoD. 7

Celui de Cosoe. ... 32

75, nombre égal.

L'examen de ceschiflfres présente un certain intérêt, car, si la moyenne est stationnaire, la proportion afférente à chaque arrondissement varie suivant les éléments de sa population spéciale.

Les arrondissements de Cosne et de Nevers sont les les plus peuplés et les plus industriels, tandis que ceux de Clamecy et de Château-Chinon , qui sont spécialement agricoles, fournissent une part moins importante aux habitudes invétérées de mendicité. Nous aurons l'occasion de trouver dans ces chiffres des arguments à l'appui de l'étude spéciale à laquelle nous comptons nous livrer des causes habituelles de la misère. Disons cependant , dès à présent , que relativement aux autres délits, cette proportion de 75 récidivistes sur 420 condamnés est inférieure à celle que constatent ordinairement les rapports officiels sur la statistique criminelle, les récidivistes figurant habituellement pour un quart dans le nombre des individus condamnés annuellement (i), et le chiffre ci-dessus équivalant à 5,45 7,.

Il n'est pas inutile de faire remarquer que les mendiants qui ont été soumis pendant 'plusieurs mois

MonUexir des 7 et 13 septembre 1858, et des 4, 9 et 10 octobre 1869.

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au régime du dépôt , évitent autant que possible de commettre de nouveau le délit dont la constatation pourrait leur valoir une semblable séquestration. Cette crainte salutaire est le plus bel éloge qu'on puisse faire du soin avec lequel on exécute le programme tracé par le règlement.

Nous ne terminerons pas cet examen rapide du rôle qui appartient au dépôt de mendicité, dans l'œuvre de moralisation des mendiants qui y sont internés , sans rappeler qu'en dehors de l'action permanente d'une administration intelligente , cet établissement est placé spécialement sous la direction d'une commission de surveillance composée des hommes les plus honorables. Leur mission spéciale est de s'assurer de l'observation matérielle de la règle , de proposer toutes les améliorations commandées par le bien-être des reclus , de prévenir les abus, d'entendre les plaintes, de régulariser la comptabilité^ enfin de rattacher, au but moral de l'institution , l'organisation du travail et la pratique des différents exercices. La commission du dépôt de mendicité de Nevers est pénétrée de l'importance de son mandat, elle en remplit consciencieusement tous les devoirs, et l'influence de son patronage éclairé n'est pas étrangère aux résultats obtenus dans cet établissement.

Sous le rapport hygiénique et médical, rien n'est négUgé pour que les reclus atteints de maladies ou d'infirmités soient l'objet des soins les plus attentifs. Un médecin dévoué les visite chaque jour. L'exécution

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de ses prescripUoQS est confiée à des soeurs de la Charité, qai ont la surveillance et la direction spéciale de Tinfirmerie.

Les dépenses générales du dépôt sont assurées au moyeu d'une dotation annuelle de 12,000 fr. inscrite à la deuxième section du budget départemental.

Cette somme, à laquelle viennent s'ajouter les produits du travail pour la part afférente aa département (moitié), a largement sufiQ jusqu'à ce jour à l'entretien des douze ou treize mille journées de présence qu'entraîne le séjour d'une population raoyeiiBe de trente-cinq à quarante reclus.

Dans ces conditions, la dépense matérielle de chaque individu ne dépasse pas 54 à 55 centimes , et les frais généraux , dans lesquels se trouvent compris les traitements des fonctionnaires, employés, gardiens, et l'entretien du vestiaire et des bâtiments, s'élèvent à 35 centimes.

Le prix de revient de chaque journée est donc de 80 centimes environ . Ce chiffre peut paraître élevé , et cependant il n'a rien d'exagéré si l'on se rend compte des éléments multiples dont il se compose. Il ne pourrait s'abaisser qu'autant que la population du dépét venant à s'augmenter, les frais généraux pourraient ainsi se répartir sur un plus grand nombre de journées de présence. Mais ce résultat n'est pas désirable, puisque le fait contraire implique un nombre moins ooDsidérable de délits et de condamnations.

A la différence de ce qui se passe dans quelques

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départements, où les commones sont appelées à fournir un contingent destiné à Teotretien du dépôt de mendicité, le conseil général de la Nièvre, prenant en c(Hisidération les sacrifices faits dans chaque commune pour assurer le soulagement des misères locales, a voulu que le budget départemental supportât exclusi* veinent la charge de Tentretien de cet établissement.

La somme de 13,000 fr., montant de la dotation spéciale du dépôt, ne forme pas à elle seule moins du tiers des crédits affectés par le conseil général aux différentes œuvres de bienfaisance. C'est ainsi que le département est aujourd'hui associé à l'œuvre générale de l'assistance , qu'une solidarité intime existe entre ses efforts et ceux de la charité privée, et que le haut patronage qu'il accorde au dépôt de mendicité assure tout à la fois , et les conditions d'existence de cet établissement , et le succès de l'œuvre dont il est la raison d'être et le complément.

En terminant, il nous est impossible de ne pas faire remarquer que si , contrairement à une pensée qui semble avoir prévalu dans quelques départements, le dépôt de mendicité de la Nièvre n'a pas un caractëre agricole , c'est que des circonstances impérieuses, ainsi que nous l'avons établi , nous ont imposé l'obligation d'utiliser des bâtiments existants au chef-lieu. Enfin , qu'on nous permette d'invoquer, les résultats obtenus , pour affirmer qu'en définitive le dépôt de Nevers répond largement à son but, celui d'amender et de moraliser, par la triple influence de l^ disci-

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