‹ De l'assistance en provinceChapitre 35 sur 83 · INFLUENCE OU TRAVAIL DANS LES DÉPÔTS · texte numérisé non relu

INFLUENCE OU TRAVAIL DANS LES DÉPÔTS

été possible de leur procurer jusqu'à ce jour des travaux appropriés à leurs forces et à leurs habitudes antérieures.

Le but essentiel de l'internement des mendiants au dépôt étant de les moraliser par la discipline et par le travail , nous avons constamment recherché les moyens de les occuper utilement. C'est ainsi qu'en vertu d'un traité passé entre la municipalité de Nevers et l'administration du dépôt, des escouades de reclm sont chargées chaque matin d'opérer le balayage des divers quartiers de la ville. Après ce travail, qui ne dure que quelques heures, et auquel un certain nombre de femmes peuvent être employées, d'autres escouades sont formées parmi les hommes et dirigées sur des ateliers de cassage de cailloux destinés à l'entretien des parties de routes macadamisées qui traversent la ville et les faubourgs/ La surveillance en est confiée à un gardien et , au besoin , à un reclus qui présente cer-. taines garanties. Une légère gratification est accordée à ce dernier suivant l'exactitude avec laquelle il s'acquitte de cette mission de confiance.

Dans la belle saison, les reclus les plus valides sont rais à la disposition des cultivateurs voisins, qui les emploient aux travaux de la fenaison et quelquefois à des terrassements faciles.

Si le mauvais temps oblige de les tenir renfermés

au dépôt, la prévoyance de l'administration a ménagé,

dans l'intérieur de l'établissement , des ateliers pour

le tressage du jonc , la confection des paillassons et le

9H INrLLKNCK DU TIIAVAIL DANA U» DÉPÔTS.

cardage du cri». Ce travail est d'un apprentissage facile , et au bout de quelques jours , il n'est pas un reclus qui ne puisse s'y livrer avec succès.

L'industrie du jonc a pris surtout des proportions importantes , et le bénéfice qu'elle procure est d'autant plus appréciable que la matière première est récoltée dans la belle saison , par les reclus eux-mêmes , sur les lieux de la production , et qu'au moyen d'une dépense de iOO ou i20fr., pour l'achat et l'exploitation du jonc , on est parvenu à réaliser par la maind'œuvre un bénéfice net de 4,000 k 1,200 fr.

Lorsque parmi les reclus, il en est qui ont l'habitude de certains travaux professionnels , on se hâte de \eoT fournir les moyens de s'y livrer. A cet effet, des outils de charron et de menuisier sont mis à leur disposition, et ils exécutent pour l'établissement des travaux dont il leur est tenu compte.

Certaines infirmités ne sont même pas acceptées comme le prétexte et l'excuse d'une oisiveté qoe repoussent et condamnent les règlements du dépôt. Ainsi, les reclus aveugles peuvent facilement s'occuper dans une imprimerie ou chez des couteliers , à la mise en mouvement de presses mécaniques ou de meules à repasser. Leur travail est payé à tant par heure et devient la base d'un pécule.

Ceux qui n'ont ni la force ni l'adresse nécessaires, trouvent , dans le cardage du crin toujours fourni en abondance par les tapissiers , un moyen plus facile encore de s'occuper.

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Quant aux femmes, elles filent, cousent et tricol^t^

A moins de maladie ou d'impossibilité physique, tous les redus travaillent , car le tratail est la règle absolue de rétablissement > afin de prouver à ceux qui s'y livrent , qu'il dépend d'eux le plus souvent, à leur sortie du dépôt, de se créer des moyens d'existence, en continuant la pratique de ces habitudes laborieuses.

La discipline du dépôt est paternelle, mais sévère. Elle implique l'observation de la règle et de l'obéissance , et constitue le seul moyen de dompter certaines natures qui , jusque-là, n'ont connu ni frein ni lois.

La religion vient enfin , par ses conseils , par ses instructions et par la douce influence de ses pratiques, achever cette œuvre de régénération. Deux fois par jour, les sœurs récitent les prières, en apprennent la lettre et en expliquent l'esprit à ces êtres déshérités, que la longue habitude de la fainéantise et du vagabondage avait éloignés de ces pieux enseignements. L'aumônier les visite à son tour, les exhorte , les encourage , et, avec l'autorité de son ministère, complète les leçons quotidiennes des sœurs. Ses efforts ont été souvent couronnés d'un véritable succès , et nous avons vu des reclus y répondre spontanément, en demandant à faire leur première communion.

En 4860, une cérémonie touchante s'est accomplie dans la chapelle du dépôt. Elle a eu pour objet la bénédiction du mariage de deux anciens mendiants.

100 I>IR£E du SÊJOIR AL DÉPÔT.

(|iii vivaicMit depuis loDg-temps dans un triste état de concubinage , en dehors des prescriptions de \\ loi civile et de la loi religieuse.

De tels exemples suffisent pour donner une idée de la direction morale du dépôt et des bons effets qu'elle produit.

Avec le travail et la religion , la discipline , ainsi ([ue nous Tavons déjà dit, est l'un des grands leviers de la moralisation et de Tamendement des reclus. Ils s\v soumettent généralement.

Cependant , il est encore certaines natures \is-à-vi$ desquelles des moyens rigoureux doivent être employés. La moyenne des jours de punition est de vingt- cinq par année. Cette proportion n'a rien d'exagéré, eu égard au nombre des quatre-vingts ou quatre-vingt-dix reclus, qui constituent l'ensemble du roulement de la population du dépôt.

La durée du séjour, dans cet établissement, n'a pas de régies fixes. Les mendiants condamnés sont mis, on le sait, par le tribunal, à la disposition de Tautorilé administrative, pour être, à l'expiration de leur peine , conduits et maintenus au dépôt. Le but de cette séquestration étant de moraliser et d'amender les individus qui y sont soumis, leur élargissement est subordonné : i"* à la régularité de leur conduite; 2° à la réunion, au moyen du produit de leur travail, d'un pécule suffisant , pour qu'à la sortie du dépôt, ils puissent, sans être obligés de recourir à l'aumône, pourvoir à leurs premiers besoins.

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