ORGANISATION ET MÉCANISME DE L'ASSISTANCE
commissions , les souscripteurs trouvaient daus cette alliaucc des éléments laïque et religieux les garanties les plus précieuses de la bonne répartition des secours.
L'action de ces commissions devait se manifester régulièrement et conformément à des écritures suffisantes pour mettre à couvert la responsabilité des ordonnateurs , sans que toutefois Faridité et les exigences de la bureaucratie vinssent lui enlever ce caractère de bienveillance et de consolation qui donne tant de prix à Faumône individuelle.
Les ressources dont on disposait s'élevaient à 242,381 fr. ; créées par la charité locale , elles furent concentrées dans chaque commune, sans possibilité d'en détourner la moindre partie au profit d'une ou de plusieurs communes voisines moins bien partagées. Nous avions posé en principe, d'ailleurs, que la commune était une individualité qui représentait la famille, et qui, vis-k-vis de ses pauvres, devait accepter la charge de leur assistance.
Un recensement spécial, fait en 1854, du nombre des mendiants existants dans la Nièvre , avait donné les résultats suivants :
Nombre des mendiants valides. . . . 1,433 Nombre des mendiants invalides. . . . 2,789
Total. . . 4,222
• Dans cette dernière catégorie des mendiants invalides ne figuraient pas les pauvres honteux , les nécessiteux et les indigents si intéressants qui, reculant
RECENSEMENT DES MENDIANTS. iS
devant le recours à la meDdiclté pour obtenir le soulagement de leurs misères , acceptaient avec reconnais* sance les secours qu'une charité prévoyante mettait à leur disposition.
La première année de l'application de notre mesure coïncida avec la disette de 1856. Les partisans les plus dévoués de l'œuvre craignaient qu'elle n'échouât devant les besoins multiples nés d'une situation aussi désastreuse. Ils auraient désiré un ajournement; mais cet ajournement eût été la condamnation du système. Plus les souffrances à soulager étaient nombreuses, plus il était nécessaire de prouver que la charité telle que nous l'avions organisée pouvait largement suffire à sa mission.
Nos prévisions se sont réalisées. La mendicité disparut , et les vrais pauvres , appelés seuls au partage des secours distribués par les soins des commissions de bienfaisance dans chaque commune, en éprouvèrent d'autant plus de soulagement, que précédemment les mendiants valides et de profession arrachaient par leurs importunités , par leurs menaces et surtout par leurs violences, les secours dont l'intégralité leur était ainsi assurée à titre de monopole.
Si l'année suivante, 1857, ne fut pas une année de disette, au moins fut-elle encore signalée par une notable insuffisance dans les produits de la récolte. Cette seconde épreuve fut encore concluante et victorieuse pour notre œuvre, dont les ressources, il faut le dire, s'augmentèrent par des suppléments de sous-
ik f.P>i MENDIANTS DISPARAI.SSRM.
criptions volontaires, et par ces mille moyens si ingénieux dont la charité seule a le secret.
Ce ne fut qu'en 1858 que les circonstances générales de la production vinrent , par l'abaissement du prix des denrées alimentaires et par leur abondance, placer notre œuvre dans des conditions plus normales.
Au lieu de 10 ou 11,000 indigents et nécessiteux secourus dans les deux années précédentes, nous voyons le chiffre s'abaisser à 7,849, en 1858 ;
à 6,622, en 1859; à 6,412, en 1860.
Voici, du reste, dans quels termes nous nous exprimions devant le Conseil général, en plaçant sous ses yeux les résultats de 1859 comparés à ceux de 1858 :
c Cette diminution n'a pas été de moins de douze ^ cent vingt-sept dans la dernière année. Elle équi- » vaut au dixième du nombre des pauvres inscrits dans » l'année précédente. Du reste , je vous demanderai
* la permission de placer sous vos yeux l'extrait d'une » lettre que m'écrivait M. le maire de Clamecy (1), le » 8 février dernier. Les faits avancés par cet honorable » magistrat expliqueront plus complètement que je ne » pourrais le faire moi-même, les résultats déjà obtenus
• et ceux qu'il est permis d'espérer dans l'avenir.
« Monsieur le Préfet,
» En vous adressant l'état que vous m'avez demandé :» sur la situation de Vdssistance, je n'ai à vous dire rien
(1) U. A. Villiers.
» d« plus significatif sur la marche de l'œuvre dont vous » avez doté le pays , que le chiffre toujours diminuant des y> pauvres depuis l'installation de ce service important. En » 1856, il était de 423; en 1857, il était déjà réduit à 330; » et vous verrez , d'après le tableau que je vous adresse , » qu'il n'est plus, en 1858, que de 260. Ainsi se trouve » justifié le titre de l'œuvre qui va droit et vite à son but : » r Extinction de la mendicité.
» On ne supprimera jamais évidemment tous
» les pauvres , mais c'est faire énormément que d'en res- » treindre le chiffre et les cadres, dans les limites de la » réalité, en supprimant tout ce qui tient à la paresse ^ à ji l'oisiveté et aux plus déplorables habitudes. On peut » dire que ce résultat est déjà obtenu dans notre popula- » tion »....
> Je pourrais citer un grand nombre de lettres
> écrites toutes dans le même sens, et qui, au besoin, » seront placées sous vos yeux ; mais j'ai pensé que » les appréciations du maire de l'un des centres les
> plus populeux de la Nièvre, d'un magistrat dont
> vous connaissez tous l'intelligence et la haute capa-
> cité administrative , suffiraient pour vous édifier sur t la marche progressive de l'œuvre et sur les résultats » sérieux obtenus dans l'ensemble du département. »
Dans la ville de Nevers, qui avait le triste privilège d'attirer en outre les mendiants et les vagabonds de la banlieue , on comptait avant 1856 cent vingt mendiants pour ainsi dire accrédités et exerçant leur industrie dans les rues, aux portes des églises^ à domicile même. Ils ne laissaient ni trêve ni repos aux habitants^