OBSERVATIONS
V. — CIRCULAIRE AUX MAIRES POUR LEUR ANNONCER LA NOMINA- TION DES DiLÉGUéS ET LES INVITER A FACILITER LEUR MISSION.
Tons avez déjà reçu le n* 16 du Recueil administratif, contenant mes instructions relatives à Textinction de la mendfdté.
Elles vous ont fait connaître que je me proposs^is de confier une mission spéciale à des délégués cantonaux, mission qui doit consister à vous seconder de leur action et de leurs efforts permanents.
J*ai rhonneur de vous informer que M. a été
délégué pour la commune que vous administrez.
Je viens vous prier. Monsieur le Maire, de vous concerter avec M. , pour lui faciliter Taccomplissement de son mandat et assurer l'exécution pleine et entière de mes Instructions.
Une œuvre telle que celle de Tassistance , fondée avec le concours de la charité privée, ne pouvait présenter quelque chance de succès qu'autant que le concojirs de l'autorité diocésaine lui serait acquis. La bienveillance avec laquelle M*' l'Évèque de Nevers avait accueilli la première communication de nos projets se manifesta publiquement peu de temps après par la publication de la lettre pastorale qui accompagnait l'envoi de nos instructions à MM. les Curés et Desservants, Ainsi que nous avons eu l'occasion de le faire remarquer plus haut, chapitre I", page 4, le témoignage éclatant d'approbation donné à notre entreprise
par l'un des représentants les plus éminents du clergé , est l'arçument le plus irréfutable que nous puissions opposer aux personnes qui persistent à voir dans le fait de Textinction de la mendicité une atteinte portée aux lois divines,
V|. — LETTBE-GIRGULAIRE DE V^ L'ÉVÊQUE DE NEVEE9 , ▲ SON GLEhGÉ, SUR LA CHARITÉ, ET POUR ENGAGER HH. LES GUR^IB ET DESSERVANTS A PRÊTER LEUR œNGOURS LE PLUS ACTIF A l'œuvre ADMINISTRATIVE DE l'ASSISTANCE.
5 février 1854.
Nous ne voulons pas oublier qu'un évêque^ pour répondre à sa vocation , doit s'hooorer de porter le titre de père des pauvres ; et que rçxercice de la charité est une des plus chères et des plus glorieuses prérogatives de Tépiscopat
De votre côté^ vous aimez à vous rappeler ce que vous dit le saint concUe de Trente : « Que tous ceux, auxquels 9 l'Église a cohfié la charge des âmes, sont obligés, par » un précepte divin , de prendre un soin paternel 4es 9 pauvres et des malheureux. »
La Providence nous q)énage une occasion favorable de remplir ce devoir sacré et de manifester la charité qui a été répandue dans nos cœurs.
L'autorité civile, justement alarmée du nombre toiijoiin croissant de pauvres qui peuplent nos villes et parcoureot nos campagnes^ a le projet d'établir des bureaux de charité, autour desquels se rallieront les âmes généreuses^ et qui deviendront des centres actifs pour la recette et la distribution des aumônes.
M. le Préfet, sous l'inspiration des sentiments les plus chrétiens, vient d'adresser à tous les Maires du département la circulaire €i-jointe, dont je vous invite à prendre
connaissance , pour bien vous pénétrer des avantages qae peot oflùrir l'exécution des mesures qu'elle prescrit
Un bureau ou comité de bienfaisance sera formé dans chaque commune pour recueillir les fonds votés par le conseil municipal^ ou obtenus à Taide des quêtes^ souscriptions, etc. MM. les Curés seront membres de ce bureau^ ob leur influence pourra contribuer puissamment à accrol-* tre les ressources de la diarité et à en assurer une sage répartition.
Dans les paroisses où se trouvent des associations religieuses, des sœurs chargées de la distribution des secours charitables 9 le bureau sera invité à recourir de préférence à leur ministère.
Ces mesures sont sages, nos chers Goopérateurs, et nous d&irons que vous leur accordiez votre actif concours , en pressant vos paroissiens de s'unir à cette œuvre de zèle et de charité.
Nous n'avons pas besoin de vous dire que ces aumônes, qui «iront toujours une certaine publicité , ne contrarieront en rien les aumônes secrètes que vous êtes dans fhàUtude de faire aux pauvres honteux. Vous continuerez dans vos visites charitables de soulager, selon vos moyens, les indigents, de quelque état qu'ils soient, et d'obvier, autant qu'il vous sera possible , aux maux qu'entraîne la misère , lorsqu'elle est abandonnée à elle-même ; vous prodigoerez surtout les consolations et les secours de la diarité aux malades et aux infirmes , victimes tout à la fois des rigueurs delà souffirance et de la pauvreté.
Pour entrer pleinement dans les vues si bienfaisantes de M. le Prtf et , vous imiterez tous vos paroissiens à souscrire à rœuvre de l'extinction de la mendicité , pour une somme quelconque, proportionnée à leurs moyens et à leurs charges. Vous leur direz que les sommes les plus légères seront acceptées avec reconnaissance , et que le denier de la veuve est aussi agréable à Dieu que l'offirande du riche.
Tous ne serez pas hamiliés des refus que ¥oas poorriez quelquefois éprouver^ parce qu'un pasteur qui parle en faveur des pauvres est toujours sûr d'être à sa véritable place.
Devenus ^ par votre vocation , les économes et les tuteurs des pauvres^ nous avons la confiance que vous exercerez^ avec zèle et selon Dieu, le sacerdoce que vous confèrent^ comme le dit saint Jean-Chrysostôme, la bontés l'humanité, la charité de Jésus-Christ : Ordinatus dispensator pauperum^ benignitas, humanitas, caritas Ghristi , dat tibi hoc sacerdotium.
f Dominique-Augustin.
Vn. — MANDEMENT DE M^'' l'ÉVÉQUE DE NEVERS , A L^OCCASION DU CARÊME DE L^ANNEE 4854. — LES PROJETS DE l' ADMINIS- TRATION SONT DE NOUVEAU RECOMMANDES A LA SOLLICITUDE DU CLERGÉ ET DES FIDELES DU DIOCÈSE.
L'Église ouvrira bientôt la sainte carrière de la pénitence ; bientôt elle réunira tous ses enfants au pied de la croix de son divin époux, pour les purifier par les moyens de salut qui leur seront offerts dans ces jours de grâce et de propitlation. Nous ne vous rappellerons point, N. T.-C. F. , à la sévérité de son ancienne discipline. L'esprit d'indulgence et de miséricorde de cette mère compatissante nous autorise à en modifier les rigueurs; mais nous recommanderons à votre zèle une vertu chère aux âmes chrétiennes, et bien propre à assurer votre sanctification ; c'est la charité.
Hélas I N. T. -G. F. , les gémissements de l'indigence se font entendre plus que jamais dans les villes et les campagnes. Les faibles produits du travail et des économies de tant de pauvres sont presque épuisés par la cherté excessive des subsistances.
Mais^ au milieu des calamités que nous déplorons^ la
reUgion peat encore créer des ressources inespérées ; les vertus qu'elle inspire ne sont pas éteintes parmi nous ; la diarité pour les malheureux fera circuler dans tous les états et dans toutes les conditions une nouvelle émulation de Irienfoisance. Cette sainte émulation sera guidée et sooteiuie par les exemples de tos pasteurs; ils se montreront 5 avec un surcroît de zèle, les pères de leurs troupeaux , et ils sauront faire naître les moyens d'oflMr aux membres souffrants de J.-G. Taliment du pain matériel 5 ai même temps que les consolations et les espérances delafoL
Nom n'avons pas besoin, N. T. -G. F. , d'insister beau-* coup pour vous démontrer la divine origine de la cliarité. Qui ne sait que toute la doctrine chrétienne aboutit à cette sainte et céleste vertu : à la charité aboutissent les dogmes de notre religion ; à la charité , ses préceptes ; à la charité , Textérieur qui nous assemble dans une même maison, comme les membres d'une même famille, qui nous fait manger à la même table, comme les enfants d'm même père.
Et» quand nous parlons de la charité, nous n'entendons pas cet amour banal de l'humanité qu'on appelle philanthropie , qui ôte à la charité son caractère surnaturel et divin , pour la réduire aux proportions étroites d'un sentiment vulgaire. Non : nous entendons cette vertu sublime qui a sa source en Dieu même et qui n'attend que de lui seul sa récompense. Car, remarquez bien la différence, N. T.-C F. : la philanthropie est orgueilleuse et superbe, elle enregistre avec soin ses actes de bienfaisance, elle emprunte aux journaux leurs colonnes, à la renommée ses trompettes; la charité est humble et désintéressée, elle ftiit l'éclat et dédaigne les louanges. La philanthropie est défiante, cauteleuse , elle jette avec regret au mendiant l'or que réclame sa faim ; la cliarité ne s* irrite jamais, elle témoigne aux pauvres une douceur toujours bienveillante
et sincère. La philanthropie se refroidit on s'incUgne , elle taxe aisément les malheureux de fiaméantise , d'hypocrisie ou d'inconduite ; la charité , toujours miséricordieuse et patiente, excuse et plaint ceux qu'elle voit dans la souffrance et le malheur. C'est que la religion nous montre J.-G. même dans la personne des pauvres; c'est qu'elle nous apprend que ce divin Sauveur regarde comme. fiit pour lui-môme tout ce qu'on aura fait pour ceux qu'il, a adoptés.
Elle ne cesse de nous rappeler que les pauvres sont les amis , les favoris du Seigneur ; qu'ils ont entre les mains la bénédiction ou la malédiction ^ la vie ou la mort ; qu'à leur prière les cieux s'ouvrent ou se ferment , les grâces coulent avec abondance ou sont subitement taries.
Sans doute ^ N. T. -G. F., et nous ne voulons pas le taire , il y a de mauvais pauvres qui semblent indignes de toute compassion ; et si quelques-uns , vraiment mattieiireux^ se montrent, comme Lazare^ humbles, patients^ soumis aux ordres de la Providence , dignes d'être placés un jour avec honneur dans le sein d'Abraham ; plusieurs autres simulent la pauvreté, commercent de la misdre^ vivent dans une lâche et paresseuse indolence , ou même se livrent à des joies grossières et brutales* Nous n'avons pas besoin d'insister sur ce point : l'égolsme n'est que trop disposé à faire valoir ce prétexte pour autoriser sou insensibilité.
Toutefois^ nous sommes loin de vouloir exposer votre charité aux artifices et aux surprises d'une odieuse cupidité. Nous désirons bien plutôt que vous appreniez À discerner la lèpre d'avec la lèpre, les plaies A^briaèl des blessures de Babylone, et les besoins réels des besoins affectés ou grossis ; et voilà pourquoi nous vous pressons d'étudier le pauvre et l'indigent, de ne pas suivre aveuglément les mouvements de votre cœur, de ne pas vous laisser trop facilement attendrir par les cris plaintifis et les
récits toachanU d'une désolation mensongère; car, si raamtee est toi^ours méritoire , si le caractère du pauvre est toujours respectable i nous avouons qu'il est fâcheux A'étre trompé ; plus fâcheux d'entretenir par des aumônes irréfléchies la paresse et le libertinage ; infiniment fâcheux de- laisser périr, par défont de discernement, celui qui est çhuBS une véritable indigence. Aussi, nous ne saurions trq» vous recommander de ne point donner au hasard , de ne point obéir à vos propres inspirations dans l'exercice de la charité, mais de préférer toiyours l'aumône générale au libéralités privées.
D^ institutions charitables, des associations pieuses vont être organisées maintenant sur tous les points de notre diocèse : c'est là qu'il faut porter vos largesses» Dans ces couvres générales, la surprise est comme impos- Éfiûe, en même temps que le caprice et la fausse com«« passioa ne trouvent plus leur place. Tout s'y passe avec ordre et sagesse : on examine , on mesure soigneusement les différents besoins; on s'assure de l'état des familles; m discerne le vrai pauvre de celui qui n'est que pauvre app^ent ; celui qui n'est qu'indigent d'avec celui qui joint les infirndtés à l'indigence ; celui qui est dans l'impuissance de s'aider lui-même d'avec celui à qui il reste quelques ressources dans son travalL On proportionne les secours aux nécessités ; on les étend ou on les restreint , suivant les circonstances; on tâche de se faire tout à tous pour rendre la charité plus efficace et plus sûre.
Qne produisent, au contraire, vos charités privées? qufî peuvent ces timides libéralités, ces aumônes légères qui distillent lentement sur de vastes misères ? Elles ne tardent pas à se dissiper en vapeurs infructueuses. Quel effet attendre de ces faibles ruisseaux qui coulent isolément ? Hélas ! ils ne servent trop souvent qu'à rendre la terre plus altérée. Mais, que ces ruisseaux dispersés soient rtcudUis et rassemblés dans un seul réservoir, ils se
prêtent une force mutaell& Des mains prudentes ménagent ces eaox précieuses , les partagent , sans en rien perdre , avec nne sage économie; les conduisent par de secrets canaux dans les lieux où elles sont plus nécessaires et qu'elles ne tardent pas à vivifier par leur influence.
Ce n'est pas5 N. T.-CL F., que nom condamnions toute aumône secrète. A Dieu ne plaise que nous donidms jamais attdnte à la charité ; il est beau de s^exercer chaque jour à cette divine vertu que l'on ne saurait trop cultiver. Mais nous préférons les aumônes qu'on recueille p&ur tes saints à celles qui sont de votre ch<^x ; mais nous dédrODS que VOUS donniez plus laidement à ces établissements de malades^ de vieillards, d'on^eUns, oh l'on distribue le pain matériel et spirituel ; oh V Évangile est annoncé aux pauvres; oh Ton a la consolation de voir des chrétiens ^ qui vivaient dans une ignorance grossière et dans une oisiveté criminelle^ renaître peu à peu à la foi, et profiter de leur misère pour assurer leur salut
Ajoutons que le grand principe de notre religion est l'unité; que Dieu n'accorde rien qu'à l'unité , et que les aumônes comme les prières ne lui sont jamais plus agréables que lorsqu'elles se font dans cet esprit d'unité.
Les iustructioAS qui précédât sont la reproduction presque textuelle de celles que nous av(ms publiées en 1850 dans le département du Gers, et où elles ont pféparé les bases d'une mesure aujourd'hui consacrée par rexpérience. Un digne et honorable prélat, dont nous ne prononçons jamais le nom qu'avec la phis grande vénération , M^' de Lacroix d' Azolette , archevêque d'Auch, daigna nous encour^^er dans nos efforts.
Nous ne pouvons résister au désir de rapporter également ici la lettre - circulaire quMl publia dans son diocèse à cette occasion :
YOL — • LSITM-CIRGULAIBB OE Ht' L'ARCHBVâQUB D'aUGH , A SON GLnfiS» BUE LE MÊME OBJET ET DANS LE MÊME BUT, A L'OO GASHMf DE LA MISE EN PBATIQUE , DANS LE dApAETEMENT OU âBBS, DES HÊMES LNST^UGTIONS.
Vous n'Ignorez pas^ Nos Très-Chers Frères , combien est grande dans ce moment-ci la détresse qui frappe^ dans presque tontes les communes ^ un certain nombre de personnes. Dans quelques locaUtés , ce nombre est considérable ; U n'en est point qui soit assez privilégiée pour ne piésenter aucun pauvre. Ainsi ^ plus que jamais, se vérifie cette parole de Notre Seigneur : Il y aura toujours des pauvres parmi vous.
: Cette inégaUté de condiUons , dont peu de gens se rendent compte , tient à une multitude de causes que nous n'aTons pas à examiner maintenant Vouloir les imputer k la Profidence ou à une aveugle fataUté , comme ne craignent pas de le faire ces esprits irréfléchis que n'éclairent point les doctrines du dirisUanisme , c'est un blasphème. Pour peu que l'on médite les divins oracles , on se persuade làcUement que cette inégalité tient à l'essence même de la nature humaine. EUe est une suite de la dégradation opérée dans l'homme par la faute de notre premier père.
n y aura donc toi]gours des pauvres parmi nous. En vain essai^ait-on , en passant le niveau, d'amener l'égalité parfaite dans les fortunes. Cette égalité n'est pas plus possible que ceUe des qualités du corps , de l'esprit ou du cœur.
filais cette même Providence . qui permet cette dififérence dans les rangs, dans les conditions, a pourvu, dans sa
miflérieorde , aux oioyens d'adondr ce qa*èlle peat avoir d'amer. SI les effets ne sont pas ce que nous désirerions les voir» ce n'est pas Dieu qui en est responsable ^ mais bien plutôt rhomme , qui oublie ce qu'il doit à ses frères , et refuse de seconder les vues de cette Providence. Le Christianisme est là, en efifet, avec sa charité , avec ses préceptes , et au besoin avec ses n^enaces , pour obliger celui qui possède à donner à celui qui ne possède pas; et Dieu sait si Téglise a cessé un seul instant de recommander aux fidèles l'accomplissement de ce devoir : la diarlté pour les pauvres, le soulagement de tontes les Infortunes. '
C'est dans] le Christianisme , et ce n'est même qne dans le Christianisme que nous trouvons la loi de la charité pour les pauvres , du moins dans toute l'étendue qu'elle doit avoir. Quel est, en effet, le genre de misère ou physique ou morale auquel l'Église n'ait pas apporté son assistance et ses consolations ? A ses yeux , pas de distinction. Par là même qu'on est souff^rant ou malheureux , on acquiert un droit sacré. Le pauvre et l'affligé sont pour elle dignes de tout respect, nous dirons plus, comme l'objet d'nn culte particulier. Cette doctrine n'a rien d'exagéré puisqu'elle est celle de celui qui a dit : Tout ce que vous ferez à un pauvre en mon nom , vous le ferez à moi-même. C'est de cet admirable principe , qui ne peut venir que du ciel , que sont sorties toutes ces inventions charitables auxquelles la philosophie , laissée à ses propres forces , n'aurait Jamais songé. '
Les gouvernements, en invoquant le concours de l'Église dans l'accomplissement de quelques œuvres de charité , se sont donc comme assuré le succès de leurs entreprises. Nous ne saurions trop louer de pareilles dispositions. Il est de notre devoir, N. T. -G. F., de correspondre de toutes nos forces aux vues généreuses des magistrats, toutes les fois qu'ils nous proposant dVntrpr en ^oop^^ra^on nvor onx
dans rétablissenient de qaelqaes œuvres qni ont pour objet le soulagement des misères humaines , quelle qu'en soit la nature.
De ee nombre est sans doute celle dont on parie depuis long-temps 9 et qui ^ de même que toutes les autres, ne peut arriver tout de suite à un résultat complet Quand on a parlé de l'extinction de la mendicité, quelques personnes se soM Imaginé, mal à propos, qu'on voulait faire dispa* raftre toute misère , et par conséquent tout malheureux, oequi serait une entreprise ridicule , puisque nous savons, GOitanie Fa dit Notre Seigneur, que nous aurons toujours des pauvres parmi nous.
L'extbiction de la mendicité ne consiste donc pas à faire dbpamltre dans la société cette distinction inévitable de pauvres et de riches , encore mohis à tarir ou à faire diminuer lies aumônes et les secours nécessaires que réclament la paiuvTeté et les autres misères humaines. Mais elle a pour but de régler l'exercice de la charité privée , de sôfilager les besoins avec plus d'intelligence , et enfin , en poitrvoyant ainsi aux nécessités des véritables malheureux, te ftire di^araitre du milieu de nous ces vagabonds, ces personnes sans aveu qui font vraiment un métier de leur infortune.
Dbtribuer avec plus de discernement des secours aux véritables pauvres, malades, invalides ou malheureux, foumhr un asile à ceux qui n'en ont point, sustenter des penonnes et même des familles sans ressources, tout cela fait par le concours d'hommes charitables et bien inten* tlonnés , avec vigilance pour l'exécution des sages dispo* sitions prises par l'autorité administrative , tel est le but qu'on s'est proposé depuis long-temps, comme vous le savez, N. T. -G. F. Déjà, dans quelques villes notables du département , cette entreprise a obtenu certains succès , et tout donne lieu de croire que , soutenue par des personnes honorables et par la charité des pieux fidèles, elle acquerra
de plus grands développements et deviendra une enivre permanente.
BL le Préfet da Gers, dans nne circulaire du 10 Janvier demi^^ avait commencé à jeter les bases de l'organisation de cette cenvre dans toutes les communes du département Dans nne nouvelle circulaire , du 25 du nuÀs dernier, et dont il a Inen voulu nous donner connaissance , ce magistrat ûxe des règles plus positives et fait un appel à tons les citoyens , en particulier aux ecclésiastiques , comme étant par leur position plus capables d'apprécier les nécessités des pauvres 5 de dcmner les renseignements nécessaires pour procurer ou augmenter les ressources et éclairer radministration sur la répartition qu'elle doit en faire^
C'est donc à vous tous , N. T. -CL F., et particulièremoit à vos vénérables pasteurs , que nous venons recommander l'oeuvre en question. Qu'il s'établisse an milieu de vous nne parfaite concorde et une action commune. Gomme le demande M. le Préfet, les autorités locales se concerteront avec MIML les Curés et autres Ecclésiastiques des paroisses afin de faciliter le succès de cette oravre. Sans doute, nons ne saurions nous dissimuler qu'elle peut présenter d'abord des difficultés. Quelle est Tœuvre, surtout l'œuvre chrétienne , qui se soit jamais faite sans obstacle ? Mais ces difficultés, quelles qu'elles soient, disparaîtront par le concours unanime et persévérant de votre zèle , de votre charité.
Contribuez-y donc , N. T. -G. F. , non pas sans doute par un principe purement humain , mais plus particulièrement et surtout par un principe religieux. L'œuvre entreprise et soutenue par vous, avec de pareilles dispositions ^ prendra alors un caractère élevé et divio, et que le ciel ne peut manquer de favoriser.
Donné à Auch , le 5 mars 1850.
JL
Nicolas-Augustin.
IX. — INSTEUGTIONS SUPPLiMENTAIRES. — SOUSCRIPTIONS DES rONCTIONNAIBBS PUBLICS ET DES FERMIERS. — RÉPONSES AUX («ISCnONS CONTRE L'BNGAGEMENT QUINQUENNAL. — CIRCULAIRE A MM. LES SOUS-PRÉFETS , MAIRES ET DÉLÉGUÉS GANTONJtÙX.
M février 1854.
Qoinie Jours à peine se sont écoulés depuis la publicatton de mes instructions sur Forganisation de Fassistance publique dans le département^ et de tous les côtés Je reçois les promesses les plus sérieuses de concours et de 8]rmpathie en faveur de cette œuvre importante.
Personne ne doute du succès; cliacun à Tenvi veut s'y associer. Aussi n'ai-je pas voulu attendre plus long-temps pour répondre par mes remerctments les plus empressés à ces témoignages si précieux pour moi.
Je saisis également cette occasion de compléter mes premières instructions en entrant dans quelques détails , qui détruiront facilement Je Fespère^ certaines objections dont plusieurs d'entre vous m'ont entretenu.
Elles sont spécialement relatives à Vengagement futnquentud à prendre^ soit par les fonctionnaires publics , soit par les fermiers.
En ce qui concerne les fonctionnaires , dont la résidence dans le département ou dans telle ou telle commune est subordonnée à Fexercice de leurs fonctions , il est évident que Fengagement pris par eux ne saurait les lier en deliors du département ou de la commune que les ordres de leur administration peuvent d'un moment à Fautre les mettre dans le cas de quitter. D'ailleurs^ Fintitulé de la matrice de souscriptions est suffisamment explicatif, puisqu'il y est
dit : « Les soussignés, habitants de la commune de, ,
I voulant assurer à leurs concitoyens pauvres les moyens » de subsistance qui leur manquent, et désireux de faciliter » h Fautorité supérieure l'expulsion des mendiants étran-
» gers et vagabonds, qui smt un véritable fléaa pour le » département, s'engagent, etc. »
En fait comme en droit, il est donc suffisamment établi que la souscription n'est obligatoire pour celui qnl s'est engagé à la payer qu'autant qu'il est habitant de la commune, qu'autant qu'il lait encore partie de la famille communale.
Quant aux fermiers qui n'habitent également une commune qu'à raison de leur exploitation , il doit encore être entendu que ceux d'entre eux dont le bail expire avant la période quinquennale ne peuvent être liés par leur souscription en dehors de la durée de ce même bail H suffira d'indiquer en regard de leurs noms cette simple observation : c Pour deux, trois on quatre ans, période corres- » pondante à la durée de leur baiL »
Vengagement pris par eux dans ces conditions ne saurait leur être opposé en dehors de la période hidiquée , et il ne crée tout au plus qu'un lien moral pour leurs succèsseurs.
En effet, si l'extinction de la mendicité doit produire des effets précieux pour l'ensemble des habitants et des propriétaires , il faut reconnaître que la classe d'individus sur lesquels pèse aujourd'hui le plus cette lourde charge du vagabondage et de la mendicité , c'est sans contredit celle des fermiers. Non-seulement ils sont exposés à donner toute la journée à leur porte, soit du pain, soit de l'argent, mais le soir leurs fermes sont littéralement encombrées par des troupes de mendiants qui viennent, comme s'ils réclamaient l'exercice d'un droit , demander l'hospitalité la plus complète. Dans chaque ferme, une grange, un feoil sont destinés à cet usage , et le fermier n'y établit ses hôtes qu'après leur avoir au préalable donné une soupe fortifiante et copieuse.
Le lendemain, un morceau de pain leur est encore distribué au moment du départ, et ils continuent ainsi
leur coitne vagabonde et producttre I5 s^arrangeant pour arriver vers le soir dans une autre ferme Inscrite par la tradition sur l'itinéraire de tons les vagabonds.
Je ne veox pas ici rappeler tons les inconvénients et même les dangers qui se rattaciient à la présence de ces hOtes incommodes. Non contents de profiter de la généreuse hospitalité dont ils sont l'objet , tantôt ils dérobent tbiit ce qni leur tombe sous la main ; tantôt ils pervertissent et débauchent y par leurs conseils ou leurs exemples , les domestiques et les enfants de la maison. Que de fois enfin, par malveillance ou par imprudence 5 quelques-uns d'entre eux ne laissent-ils pas derrière eux des matières inflammables qui allument Tincendle sous le toit où ils ont été hébergés !
Je crois. Messieurs ; que ce tableau est loin d'être exagéré, et si chacun de vous, si les parties intéressées surtout veulent bien se rendre compte des sacrifices que lés exigences si lourdes de la mendicité leur imposent , tous vous reconnaîtrez que les engagements qui sont demandés aux habitants propriétaires ou fermiers de nos communes, doivent représenter à peine la moitié des sommes ou des valeurs en nature que la contribution du vagabondage prélève journellement sur leur libéralité.
1! engagement quinquennal a soulevé quelques objections : les uns l'ont trouvé trop long, les antres craignent, en cas de mort, de léguer une charge trop onéreuse à leurs héritiers. A ces derniers , il est facile de répondre par les
I Productive f car ceux de ces mendiants qui ne dissipent pas dans les orgies do cabaret le montant quotidien de leur collecte , gagnent plus avec cette coupable industrie que tel père do famille honnête et laborieux a\'eo son travail do chaque jour. Certains mendiants sont devenus de vrais capitalistes, et on peut on citer qui sont morts en laissant après eux des sommes considérables prélevées ainsi sou par sou sur le salaire d'artisans ou de onltivatcurs souvent moins aisés qu'ils no pouvaient l'être euxmêmes. — Tels sont les abus scandaleux auxquels il s'agit aujourd'hui de mettre un ferme.
412 i\PP£NDIGE,
arguments qui précèdent Geloi-là seul est lié qui aura souscrit; et en cas de décès ^ sa famille sera libre de continuer ou non la souscription.
Quant à la période quinquennale , dont la durée ettcêle quelques personnes Je la maintiens comme base essentielle de notre système d'assistance > car le caractère de perma* nence constitue seul sa force et son efficacité. En dehors de ces conditions^ le gouvernement et le conseil générale qui ne pourraient y voir qu'une institution éphémère, hésiteraient, et avec raison, à Fencourager de leurs subventions.
D'autres objections ont encore été faites , mais elles ne peuvent supporter l'épreuve d'un examen sérieux et Je m'abstiendrai d*y répondre. C'est ainsi que certaines personnes ont exprimé leur préférence en faveur d'un système qui substituerait Y impôt aux ressources de la charité.
J'ai eu l'honneur de vous le fahre remarquer dans mt première circulahre, et je m'empresse de le proclamer hautement : l'assistance publique ne peut être sérieuse et efficace qu'autant qu'elle repose sur la charité^ et sur la charité exerçant librement son action privée. £n dehors de ce moyen , tout impôt qui frapperait d'ailleurs sur le malheureux comme sur le riche, c'est la taxe des pauvres avec ses exigences et les droits qu'elle crée h une fainéantise plus dangereuse peut-être que celle qui est encouragée et provoquée par la mendicité.
Veuillez , Messieurs , pénétrés que vous êtes déjà , je le sais, des différentes dispositions de ma circulaire du 30 janvier, en expliquer le système et en développer le mécanisme au moyen des observations interprétatives qui précèdent J'espère qu'elles suffiront pour détruire les objections des plus incrédules , et que , grâce à votre concours dévoué, grâce surtout aux sentiments de charité chrétienne qui vous animent, l'œuvre de Fassistince publi-
qae, largement organisée et régularisée par vos soins sar des bases stables et solides , me fournira prochainement les moyens de détruire à jamais dans la Nièvre ce fléau hideux de la mendicité.