‹ De l'assistance et de l'extinction de la mendicitéChapitre 45 sur 159 · ASSISTANCE MÉDICALE DANS LES GAMFAQNES · texte numérisé non relu

ASSISTANCE MÉDICALE DANS LES GAMFAQNES

et aux malades des soins intelligents ^ qu'elles seules savent si bien donner, a été, le plus souvent, une des causes déterminantes de leurs choix. En ce qui nous concerne , nous sommes heureux de constater et défavoriser de pareilles tendances. ELes ont produit les meilleurs résultats.

Il s'écoule peu de temps avant que les sœurs n'aient constitué une petite pharmacie près de l'école confiée à leurs soins intelligents. Si la commune ou le bureau de bienfaisance n'a pas de ressources sufiisantes pour faire les premiers frais, assez peu flevés du reste, de son établissement, elles trouvent toujours le moyen de les couvrir par des quêtes et des souscriptions. Quel est donc le propriétaire aisé demeurant dans une commune qui ne s'empresse , en pareil cas , d'ouvrir sa bourse ? peut-on refuser à une sœur de charité qui demande pour ses pauvres ?

Mais les mêmes avantages n'existent pas partout, et généralement Vassistance médicale des indigents et même de certains habitants aisés des campagnes, présente une lacune vraiment effrayante. Outre qu'il ne connaît et qu'il ne pratique^ aucuqe des règles de l'hygiène la plus simple, l'homme des champs, dont la santé robuste explique jusqu'à un certain point l'imprévoyance , manque complètement de secours quand il est malad^ Il n'hésite pas à faire soigner sa vache , son bœuf ou son cheval , il s'impose même au besoin des sacrifices dans ce but, car la prolongation de leur maladie est une perte réelle pour

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loi, et la mort de ces animaux peat deTenir une canse de gêoe et quelquefois de ruine pour sa ùmiUe; mais quand il s'agit de sa personne, ilyr^arde, il calcule la dépense du médecin, et croit pouvoir Tajoumer en comptant sur la force de sa constitution. Ce n'est qu'à la d^niére extrémité qu'il mande l'honmie de l'art , mais souvent celui-ci n^arrive que pour constater l'a^ravation d'un mal devenu incurable par l'effet de ce retard. Encore, entre le médecin habile, instruit, dévoué, et le charlatan grossier, l'empyrique et le rebouteur du voisinage , c'est toujours à ces derniers qu'il donne la préférence. Il croit aux secrets, aux sorts, aux paroles, et pour peu que les soins qu'on lui dcnne soient entourés d'un appareil mystérieux, il leur accorde d'autant plus de conjSance.

Cette répugnance du paysan à se faire traiter est plus remarquable encore, nous devons le dire à la honte de certaines natures, quand la maladie atteint le vieillard. Relégué dans un coin de la chaumière dépendante du domaine qu'il a partagé par avance à ses enfants, sous la condition du service d'une pension viagère ou de la gratuité de son entretien alimentaire, le pauvre homme se voit bientôt dépourvu des soins qu'on lui avait promis. Sa vieillesse, loin d'être entourée d'égards et de prévenances, est abreuvée chaque jour de déboires et d'humiliations. Aussi le jour où il tombe malade, l'abandon le plus complet devient son partage, jusqu'à ce que la mort soit venue mettre un terme à ses maux.

En admettant, et nous le désirons, que ces cas

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soient exceptionnels, l'obligation de payer la visite du* médecin n'est pas toujours le seul obstacle qui s'oppose à ce qu'elle soit provoquée par les familles. Le désin-* téressement des membres du corps médical ne se manifeste- 1- il pas dans toutes les circonstances qui le réclament , et leur zèle , on le sait » fait-il jamais défaut? Mais pour exécuter les prescriptions, pour se procurer les médicaments nécessaires contre de l'argent comptant , souvent les ressources manquent , et c'est la perspective de tous ces embarras , éludés peut-être le premier jour au moyen de quelques sacrifices impossibles à renouveler le lendemain , qui empêche , le plus souvent , les malades de la campagne de recourir au médecin. Pour eux donc, aucun de ces soins, aucun de ces soulagements qui pourraient adoucir de cruelles souffrances et prévenir ou retarder leur fatale issue.

Cependant, une institution nouvelle, et dont l'honneur, sinon l'idée, revient à quelques administrateurs éclairés * , semble devoir répondre aux besoins d'une situation aussi regrettable. Dans plusieurs départements, des médecins cantonaux ont été créés*.

Cette dénomination , qui ne donne qu'une idée imparfaite d'un service d'assistance médicale gratuite, destiné à être généralisé, a soulevé tout d'abord des objections assez vives contre l'institution en elle-même. Aux yeux de certaines personnes , le titre de médecins

I MM. Vest, préfet du Bas-Rhin; Tonnet, préfet de la Moselle, 1840; Dabessey, préfet du Loiret, 1850, etc.

a La Constituante essaya d'établir, le service des médecins cantonaux on faveur des indigents , mais elle ne put réussir, attendu que ce se^^'ice avait été mis à la charge de l'État, et qu'à cette époque le trésor était vide.

cantonaux impliquait la nomination d'un seul médecin, et Ton disait : Quoi t de tous les médecins d'un canton un seul aura-t-il le droit de soigner les pauvres d'après un tarif fixé ? Tous les autres devront-ils renoncer an privilège d'exercer avec lui un ministère de charité? Comment admettre, d'ailleurs, qu'un seul médecin puisse sufiQre à toutes les exigences d'un canton? c Enfin , en supposant qu'il ait le don de se multiplier,

> il faudra donc que le malade pauvnB reçoive son

> médecin de l'administration, non de son propre » choix et de sa confiance personnelle ; et s'il vient à » mourir, voyez jusqu'où la responsabilité remonte! » On l'a mal soigné, dira-t-on; cela n'est pas surpre- » nant, il était pauvre '. »

La première de ces objections disparait devant le fait en lui-même ; car, si, tout d'abord, dans le Loiret, où l'institution est complète aujourd'hui, le nombre des médecins cantonaux a été dans le principe de 40 seulement pour 31 cantons, il n'a pas tardé à être élevé à 60 et à 64. Les circonscriptions ont été formées, autant que possible, des communes où la clientelle des divers praticiens investis de ce titre de médecins cantonatujo les appelle le plus habituellement. Leurs honoraires, qui n'avaient d'abord été que de 150 fr., s'élèvent aujourd'hui à 220 et à 250 fr. On a pensé , et avec raison , que les médecins trouveraient dans le témoignage de la confiance de l'administration une compensation suffisante aux charges

I Baron de Montreuii , député , Annales de la Charité, juin 1855 , p. 894.

de leur nouvelle mission, et que, d'ailleurs, celle-ci ne serait pas sans influence sur l'accroissement de leur cli«itelle privée.

Nous pourrons même, à ce point de vue, citer le département de la Nièvre, où la seule annonce du projet que nous avions d'oi^niser l'assistance médicale, a fait surgir une foule de demandes de la part des médecins les plus honorables, tous jaloux de concourir au succès d'une œuvre aussi éminemment utile.

Les frais qu'elle entraîne sont supportés , en partie par le département, en partie par les communes. L'application prochaine de la loi sur la taxe des chiens, au profit de ces dernières, permettra de trouver de nouvelles ressources, et M. le Ministre de Fintérieur, par sa circulaire en date du 22 août 1855, indique lui-même que le meilleur emploi qui pourra être fait de ces fonds , sera de les affecter à la rétribution de .l'assistance médicale gratuite dans les communes privées d'établissements hospitaliers.

L'organisation du service doit être complétée par l'achat d'un mobilier, composé , par commune , d'un lit de fer, de plusieurs paires de draps, d'une baignoire, de linges, de bandages, de charpie, etc. Aux médecins cantonaux on adjoint les pharmaciens les plus rapprochés, qui, en échange du cons^tement qu'ils ont donné de céder les médicament» à prix réduit, c'est-à-dire à 50 ou 60 7o au-dessous du taux du commerce, reçoivent le titre de pharmaciens de bienfaisance. Dans le cas où ils seraient trop éloignés ,

les médecins se chargent (conformément à la loi du 27 germinal an XI, art. 27) de faire la fournitm^ des médicaments aux mêmes conditions. Enfin, partout où il existe un établissement de sœurs , on peut organiser une petite pharmacie. Les médicaments sont achetés sur le produit des fonds centralisés de la circonscription médicale , composée d'un groupe de trois ou quatre communes (c'est le chiffre de la Nièvre), et la représentation de l'ordonnance du médecin suffit pour obtenir la délivrance gratuite des remèdes qu'elle indique. Une somme de 50 ou de 100 fr. peut, en outre, être mise chaque année, sur les mêmes fonds, à la disposition du médecin , afin qu'il soit à même , dans certaines circonstances , de distribuer des aliments aux convalescents.

Les soins qu'il donne aux malades ne s'étendent qu'à ceux qui ont été portés , chaque^ année , sur une Uste spéciale, dressée par le maire, le curé et les autres membres du bureau de bienfaisance ou de la commission charitable.

Il est entendu que les vaccinations gratuites, la visite des enfants trouvés, la surveillance de toutes les mesures d'hygiène et de salubrité publiques , rentrent dans les attributions des médecins cantonaux.

Dans ce but , et afin de rattacher un effet permanent à l'action des médecins cantonaux, il est important que l'ariêté qui règle le service de l'assistance médicale leur impose l'obligation : l"" de se rendre au moins une fois par mois, à un jour et à une heure déterminés h l'avance, dans chacune des communes de leur cir-

conscription ; 2° de donner chez eux des consultations gratuites, également à jour fixe; 3*" enfin de venir visiter à domicile les malades alités , pour lesquels tout déplacement est devenu impossible.

Ces détails, qui indiquent le mécanisme du service, répondent d'eux-mêmes aux objections que nous avons rapportées plus haut. La mesure est essentiellement pratique, et les résultats qu'elle a déjà procurés dans certains départements font justement pressentir tout ce qu'il est permis d'en attendre. Le gouvernement attache à la propagation de l'assistance médicale une véritable importance , et nul doute que , fécondée par son patronage et sa protection , elle ne réponde généralement bientôt à ces témoignages de haute sollicitude.

Du reste, si l'assistance à domicile que facilitent les institutions qui précèdent est, nous l'avons vu, le moyen le plus sûr, le plus économique et le plus chrétien de soulager les besoins des indigents valides, elle ne doit être , dans tous les cas , et nous insistons sur ce point, que le supplément à r insuffisance du travail , sans quoi , au lieu de moraliser les personnes désignées pour en profiter, elle ne tendrait à rien moins qu'à faire contracter de fatales habitudes de paresse et de fainéantise. L'expérience a prouvé , en effet , que la multiplicité des secours n'est souvent qu'une excitation au paupérisme, et M. de Watteville attribue ce résultat à l'insuffisance des secours accordés, dont la moyenne est de 10 fr. par individu, déduction faite des frais généraux, .qui s'élèvent à 2 fr. 28 c. Il fait remarquer que depuis soixante ans que l'admi-

ûistration de l'assistance publique exerce son initiative, € on n'a jamais vu un seul indigent retiré de la misère » et pouvant subvenir à ses besoins par les efforts et à » l'aide de ce mode de charité. Au contraire, elle » constitue souvent le paupérisme à l'état héréditaire. » Dans quelques villes , on voit les petits-lils des mêmes individus qui figuraient en 1802 sur les listes des indigents, inscrits eux-mêmes cinquante ans après sur les contrôles des pauvres de leurs communes. L'honorable auteur de la Statistiqtie de la bienfaisance publique en déduit cette conséquence que, d'une part, l'allocation régulière de ces secours perpétue dans beaucoup de familles des habitudes regrettables d'imprévoyance, et que, d'autre part, la modicité des subventions qui leur sont accordées est impuissante à les soustraire à la cruelle position où des circonstances quelquefois indépendantes de leur volonté ont pu les placer. Nous voyons nous-mêmes ces exemples se reproduire dans la plupart des communes où des moyens d'assistance sont organisés. Les pauvres ou les vagabonds des localités voisines y affluent et viennent y prendre leur domicile, afin de participer aux secours que la prévoyance de l'administration ou que la libéralité de quelques fondateurs ont créés. Ainsi que nous l'avons dit, M. de Watteville trouve la cause de ces résultats dans l'insuffisance des ressources mises ainsi à la disposition des indigents, et il se demande s'il ne serait pas préférable de donner à una famille indigente une somme .assez forte pour la tirer à tout jamais de la misère , et même pour lui procurer

la possibilité de venir à son tour en aide à de plus malheureux.

Nous sommes loin de partager cette opinion, et nous doutons de l'efficacité d'un pareil système , qui n'aurait généralement que peu de chances de succès» La moralité du secours consiste moins dans son importance que dans l'intelligence qui préside à sa distribution. Il doit avoir pour but d'atténuer les souffrances et surtout de développer les habitudes laborieuses, car le travail, qui est la source du véritaUe bien-être , peut seul parvenir à faire disparaître les causes de la misère. Ces principes , dont l'application est recommandée par toutes les instructions ministérielles, doivent servir de base à l'emploi des moyens de soulagement dont l'administration dispose. Aussi faut-il aviser autant que possible à ce que les secours soient tout d'abord la rémunération du travail. S'il en était autrement , celui qui sait que l'assistance dont il vient d'être l'objet lui est assurée pour le lendemain, ne fera aucun effort pour subvenir par luimême à ses besoins. C'est ainsi que l'indigence et que la misère se perpétuent. L'autorité doit avant tout se préoccuper de la possibilité de procurer du travail pendant la saison où le chômage des ateliers et des exploitations condamne certains ouvriers à l'inaction.

Les ateliers de charité ont été souvent indiqués

jfcnnme devant être adoptés de préférence, car, affectés

Wl travaux de terrassements, ils occupent plus de

bras à peu de frais , et l'on peut même y admettre les

vieillards, les femmes et les enfants. Ne travailleraientr

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