CHAPITRE V
TRAÎTEMENT
Le traitement de ce syndrome de gastroparésie, nous y avons fait allusion déjà plusieurs fois. Le moment est venu d’exposer quelles médications furent employées, pour queiles raisons elles le furent et quels résultats elles donnèrent.
Certes, ce problème thérapeutique apparaissait, initialement surtout, hérissé de difficulté. A l'entrée à lhôpital, l’anémie est évidemment au premier plan ; elle prime l’hypotrophie et c’est contre elle que le traitement est d’abord dirigé. Les résultats, on les a vus. En quinze jours, en associant protoxalate de fer et frictions hydrargvniques, survient la guérison de ce symptôme.
Mais l’anorexie persiste invinciblement. Or nous avons la chance d’en connaître la cause, c’est la stase gastrique. Le problème qui se pose c’est donc d’essayer de trouver la thérapeutique, étiologique si possible, de cette stase gastrique.
Celle que préconisent les auteurs allemands, en cas d’atonie, confirmée d’ailleurs, est des plus simples. On supprime d’abord toute alimentation ; diète hydrique pendant vingt-quatre heures. En suite on procède à une réalimentation lente et très progressive. On peut adjoindre des lavages d'estomac ; ils sont d’une utilité certaine. Cela revient à soulager le muscle gastrique atône en supprimant dans la mesure du possible la plus grande partie de la tâche qui lui incombe. Cette thérapeutique, la seule peut-être qui
soit applicable quand il existe une importante dilatation gastrique, nous apparaissait bien médiocre. Voici un bébé à peine convalescent d’une forte anémie et hypotrophique du premier degré ; il faudrait lui supprimer la majeure partie de cette ration qu’il ingère déjà si incomplètement ? Il fallait chercher autre chose.
LA DIETETIQUE
Comme toujours en thérapeutique infantile, nous avons essayé d’agir d’abord par la diététique.
Il était nécessaire de fournir une alimentation équilibrée afin de supprimer toutes les carences que pouvait présenter le bébé. On avait déjà essayé de lui faire prendre un peu de bouillie; il l'avait refusée et on n’avait plus insisté. Nous nous trouvions donc devant un bébé anorectique dont le seul aliment restait le laït.
Nous avons d’abord prescrit le régime suivant, qui est celui d’un enfant de un an, sensiblement :
2 biberons de lait de 175 cc. ;
2 bouillies contenant :
farine une cuillerée à café ; ait ere meaursODioTS sucre un morceau ;
sel une pincée ;
1 banane.
Bien entendu, on ajoutait les vitamines de la manière suivante :
— vitamine À sous la forme de beurre servi avec les bouillies (on ne provoque pas ainsi de dégoût comme avec certaines huiles animales) ;
— vitamine C en administrant trois cuillerées à soupe par jour de jus d’orange ;
— vitamine D par adjonction non pas d'huile de foie de morue, mais de spécialités contenant des stérols irradiés.
(La vitamine B était fournie par la banane et le jus
d'orange.)
Ce régime appelle quelques commentaires.
Qualitativement, il fournit les différents éléments d'autant plus qu’on ajoutait dans l’intervalle des repas un ou deux biberons d’eau sucrée suivant la température qu'il faisait.
On peut évidemment reprocher une trop forte teneur en lait. Mais il était bien malaisé en pleine période d’anorexie de modifier brusquement le régime. Cet hypotrophique dont le tube digestif n’était guèré plus développé que celui d’un enfant de cinq mois ne pouvait pas s'adapter brusquement à un régime très pauvre en lait. Nous avons préféré au début ce compromis ; bien entendu, aussitôt que ce fut possible, des modifications furent apportées tant et si bien que l'enfant, à sa sortie, avait le régime normal de son âge. Il ne recevait plus alors qu’une faible quantité de lait: environ 300 cc. Peut-être objectera-t-on également que la quantité de vitamine B est insuffisante. Une étude toute récente (SCHUNCK DE GOLDFIEM) indique que ce fruit contient uniquement le facteur B, et à la dose, paraît-il, de 0,075 milligrammes par gramme de matière sèche. Les éléments B, et B, manqueraient donc. L'observation clinique montre qu'aucun dommage n’en est résulté.
Voilà pour le point de vue qualitatif. Quantitativement, le problème se posait de la manière suivante : étant donné qu’un nourrisson normal a besoin d’un minimum de cent calories par kilo, fournir davantage à cet hypotrophique afin de lui permettre de rattraper son retard. Il fallait donc dépasser le taux de cinq cents calories par jour. Or 800 gr. de lait, 4 mor-
IOUEES
ceaux de sucre, 2 cuillerées à soupe de farine et une banane fournissent approximativement 750 calories. Cela eût correspondu à 150 calories par kg. ration qui eût été très amplement suffisante. Maiheureusement, nous l’avons dit, le bébé n’absorbaït qu’une faible partie de ce qu’on lui offrait, de sorte que les chiffres indiqués perdent de leur signification. Il n’était pas sans intérêt néanmoins de les exposer car c’est là le régime qui nous a servi de base. C’est lui que nous serons amené par la suite à modifier dans un sens ou dans l’autre.
I1 faut ajouter d’ailleurs que les rapports entre les trois composants se trouvaient respectés puisqu'on fournissait :
AIDUMIRERR EMMA ERE 13 gr.
GEAISSESS PPT AUS 30 gr.
Hydrates de carbone ...... 110 gr.
Quant à l’eau dont il faut assurer un large apport surtout dans les périodes de très fortes chaleurs, on admet un minimum de 150 grammes par kg.
MODIFICATIONS THERAPEUTIQUES DE LA DIETETIQUE
Puisque le bébé n’assimilait ou plutôt n’ingérait qu'une faible partie de sa ration, il pouvait y avoir intérêt à en augmenter la valeur calorifique. En effet, par ladjonction de certains compléments il était aisé sous un même volume d’atteindre ce but.
La solution la plus simple consistait évidemment dans l'emploi des lipides. Un gramme de graisse en effet fournit neuf calories, un gramme d’albuminé ou d’hydrate de carbone quatre calories seulement. Malheureusement, les graisses sont de digestion malaisée ; plus exactement, la durée de leur transit
gastrique est long. C’est là un fait bien connu et nombre d’auteurs y ont déjà longuement insisté : CoFFIN, D. Ferrer et F. W. Scxuzry ; le Docteur LÉVESQUE y est revenu récemment, en décrivant la dyspepsie du lait condensé. Nous-même, à la Maternité de l’Hôpital Boucicaut, dans le Service de notre Maître le Professeur agrégé ECALLE, nous avons eu l’occasion d'étudier cette question chez de tout jeunes enfants, ayant moins de trois semaines pour la plupart. Nous avons pu nous rendre compte, par des tubages en séries et non par la radioscopie, que le lait de femme est évacué en moins de deux heures, le lait sec en deux heures, deux heures et quart, le lait condensé en deux heures et demie. Accroître le taux des graisses, c’eût été ralentir encore le transit gastrique, aller par conséquent à l’encontre du but visé. D'ailleurs ce n’est pas là le seul inconvénient : un excès de graisse perturbe d’importante façon la digestion de la caséine, sans qu’on sache d’ailleurs bien par quel mécanisme (DORLENCOURT et Mile SPANIEN). Nous avons donc renoncé à l’emploi d’un régime gras.
Augmenter le taux des protéines était également chose possible quoique le gain ne fût plus que de quatre calories par gramme. Quelles protéines choïsir ? On sait, en effet, que sous ce vocable, sont groupés une foule d'éléments aux propriétés éminemment différentes. Ces protéines ce sont des agglomérats d'acides aminés ; rien de surprenant qu’elles soient foncièrement différentes. Un bel exemple en est fourni par certaines protéines extraites des végétaux (tournesol, soja). RiBApEAU-Dumas et ses élèves ont montré tout le parti qu’on pouvait en tirer dans le traitement des diarrhées primitives alors qu’au contraire on s’efforce de supprimer le lait qui est nocif. Connaissant les inconvénients du fameux lait albu-
mineux de FiINKELSTEIN, nous avons préféré nous abstenir.
Il ne restait donc ‘plus qu’une solution : accroître la teneur en hydrates de carbone. Différentes techniques sont possibles. On peut tout d’abord augmenter la quantité de farine que l’on emploie dans la confection des bouillies ou augmenter le nombre de celles-ci. Malheureusement de la diarrhée peut survenir, premier signe de la dyspepsie des farineux (LE- MAIRE, MARFAN). Il aurait au moins fallu les malter à la facon de TERRIEN. Aussi avons-nous préféré une technique beaucoup plus simple, celle que préconisait Varior et dont le Professeur NoBÉCOURT s’est fait l’ardent propagandiste : l'administration de lait hypersucré.
C’est une chose qui peut paraître surprenante au premier abord que la tolérance remarquable du nourrisson pour les fortes doses de sucre. Quelle qu’en soit la raison c’est un fait d'observation clinique. Il n’est pas jusqu'aux athrepsiques, aux cachectiques qui ne puissent tirer un profit certain de cette alimentation (NOBÉCOURT). Quant à savoir comment le sucre agit, c'est une question qui n’est pas encore élucidée. Il semble qu’il faille invoquer plusieurs mécanismes : stimulation de la sécrétion de la salive, de la sécrétion des sucs gastrique et pancréatique (PONOMAREVA) ; excitation du péristaltisme de l'intestin grêle (Ra- ZOR) ; diminution des putréfactions intestinales (Ro- VIGHI) ; augmentation du coefficient d’assimilation des protéines du lait (TEROINE et Mme MENDLER).
Le Professeur NoBÉcourT emploie le saccharose ; le lactose et le glucose sont capables en effet de provoquer de la diarrhée. Il donne ce sucre à haute concentration, 15 à 20 %. On a dit que ces régimes hypersucrés étaient susceptibles de provoquer des incidents : dégoût, anorexie, fièvre (MaRFAN). Nous nous.
or tue
sommes contenté d’un taux moindre, 10 %. Autrement dit, à chaque biberon on ajouta trois morceaux de sucre, ce qui correspond à l’adjonction de 350 calories environ à la ration quotidienne.
Les résultats furent, il faut bien le dire, entièrement décevants : aucune modification de lappétit mais surtout aucune modification de poids. Malgré l'accroissement de la valeur calorifique, la courbe poñdérale demeura stationnaire. Actuellement la raison apparaît bien simplement. Il s'agissait là d’une thérapeutique purement symptomatique ; la parésie gastrique, trouble majeur, persistait. Il était nécessaire de s'adresser à d’autres médications qui fussent plus énergiques.
LE TRAITEMENT ANTISYPHILITIQUE
Le traitement antisyphilitique devait être tenté de toute nécessité : c’est ce qui a été fait.
L'effet de la série de frictions mercurielles qui furent pratiquées pendant les deux premières semaines, est connu. Aucune action sur l’anorexie, aucune action également sur la stase gastrique.
Devant cet échec, nous n’avons pas insisté. Fallaitil reprendre le traitement par le sulfarsénol, c’est une question qui se posait pour deux raisons :
— le sulfarsénol peut réussir là où échoue le mercure ;
— cet arsenical est un excellent stimulant de la nutrition et à ce titre il agit merveilleusement sur nombre d’hypotrophie. Appliqué pour la première fois par Boni et Mme CHEVAL, il a été utilisé sur une grande échelle par LEREBOULLET, BAIZE et Bon. Voici la conclusion de ces auteurs : « Toujours nous avons obtenu le démarrage immédiat de la courbe de