L'ANOREXIE
L’anorexie, voilà le symptôme majeur, celui sur lequel insiste avec complaisance l’entourage quand l'enfant est amené à l’hôpital. Elle est apparue brusquement, à l’âge de 5 mois et cela est d'autant plus frappant que le bébé présentait jusqu’alors un excellent appétit ainsi qu’en témoigne son accroissement pondéral antérieur. On n’a noté à cette époque aucune manifestation anormale dont la coïncidence eût pu justifier une explication ; en particulier, absence de tout incident infectieux, broncho-pneumonie, otite, pyodermite en particulier ; absence également de troubles digestifs importants, diarrhée, vomissements. Bref, apparition subite sans cause apparente, à la fin du cinquième mois, d’une anorexie remarquable par son intensité.
C’est qu’en effet l’expression disparition de lPappétit doit être presque prise dans toute sa force et
noie
bien souvent nous avons pu contrôler les dires de l'entourage en assistant aux repas de l'enfant. La même scène se reproduisait constamment. On apporte la bouillie ; le bébé la voit, la reconnaît, mais ne manifeste aucune réaction affective : ni impatience, ni joie, ni colère : il reste indifférent. Les premières cuillerées sont ingérées sans goût, avec une lenteur extrême. L'enfant perçoit-il un bruit, il se détourne de son assiette, regarde, cherche à comprendre et oublie son repas. On lui tend une nouvelle cuillerée de bouillie ; elle aussi il l’avale mais sans plaisir, comme à regret. Puis arrive un moment où malgré les sollicitations il refuse d’absorber quoi que ce soit et après vingt minutes, une demi-heure d’effort, on aboutit à ce résultat : l'enfant a ingéré à peine le quart de sa bouillie. C’est pire encore quand ïl s’agit des biberons. Est-il seul, il se contente de boire quelques gorgées et a tôt fait d'abandonner la bouteille sur un côté du berceau. Une exception toutefois à signaler : le biberon du matin est bu en presque totalité, le plus souvent, comme si l’anorexie n’existait pas au début de la journée. Dans ces conditions on ne s'étonne plus de l’état ’hypotrophie du bébé. Bien au contraire, on est véritablement étonné de voir le poids se maintenir avec ce qui est ingéré quoüdiennement : un biberon de 200 gr. et 150 gr. de bouillie approximativement ; c’est une véritable ration de famine !
L'étonnement est d'autant plus grand que cette situation se prolonge depuis sept mois. Toujours depuis sept mois cette même invincible anorexie. Elle semble avoir atteint d'emblée son maximum et ne paraît pas avoir varié beaucoup. Qui plus est l’anémie, pourtant intense, qu’a présentée notre petit malade, n’a influencé en rien l'appétit. Plus particulièrement le retour à la normale de la formule sanguine n’a nullement amélioré l’anorexie.