CHAPITRE PREMIER
Historique
Dès les temps les plus reculés, les blessures de l’œil ont été signalées. Philippe de Macédoine reçut une fièche à l’œil droit. Ces blessures étaient particulièrement fréquentes au cours des guerres anciennes où l’on se battait à l’arme blanche. Leur importance et leur gravité furent rapidement reconnues. Avant la bataille de Pharsale, César criait à ses légionnaires: « Soldat frappe au visage ».
Au Moyen Age, où le soldat cherche à protéger toutes les parties de son corps par une armure, la protection des yeux n’est pas oubliée. Au casque est adjoint une visière grillagée qui, tout en permettant la vue, empêche toute arme d’arriver jusqu’à l’œil.
Plus tard, les escrimeurs vantaient particulièrement les coups d’épée à l’œil qui tuaient presque infailliblement l’adversaire, ou du moins le mettait hors de combat. Voici ce que disait Fabricius d’Acquapendente : « Outre ce, les dites playes passent
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quelquefois si avant dans l'orbite de l’œil, qu’elles pénètrent jusqu’au fond, de sorte que l’instrument aigu passant par cette longue fente qui se voit au plus profond de l'orbite se plonge dans la substance du cerveau, d’où il arrive que ceux qui sont blessés tombent incontinent à terre. Voilà pourquoi aussi les maistres d’escrime tiennent celuy-cy pour un excellent coup de maistre, entre autres un certain tireur français s’en tenait asseuré comme d’un coup inévitable. » (Œuvres chirurgicales, première partie, livre IT, chapitre XXIV).
A l’apparition des armes à feu, le nombre des blessures oculaires augmente considérablement. C’est ainsi qu’au cours de la guerre de 1870-1871 on relevait une proportion de 0,81 blessures oculaires pour 672 blessés du côté Français, et 0,75 pour 786 du côté Allemand.
Mais c’est surtout pendant la guerre 1914-1918 que les blessures de l’œil furent nombreuses. Cela tient probablement à la quantité formidable de projectiles, aux diversités des agents de destruction. A l’arme blanche, aux balles, aux éclats d’obus, viennent s’ajouter les gaz enflammés, les gaz vésicants, enfin tous ces nouveaux moyens sauvages de destruction introduits dans l’art de la guerre par la férocité allemande.
Dès le mois d’août 1914, M. le professeur Rollet constatait chez 516 blessés de guerre 5 % de traumatismes intéressant la face; et en janvier 1915, ce pourcentage avait plus que doublé pour atteindre
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Le professeur De Lapersonne notait dans une staüstique de mai 1916, 20 % de blessures oculaires chez les blessés de guerre.
Devant le nombre toujours plus grand des blessés oculaires, la Direction du Service de Santé se voyait dans l’obligation, quelques mois après le début de la guerre, de créer dans les grands centres régionaux des services ophtalmologiques spéciaux destinés à soigner les blessés oculaires venant du front.
C’est ainsi que le 1° novembre 1914 fut créé à l’hôpital Desgenette de Lyon, un centre ophtalmologique, sous la direction de M. le professeur Rollet. Depuis sa fondation jusqu’au 1° janvier 1919, 72.837 ophtalmiques furent soignés, dont 11.214 hospitalisés. Parmi ces blessés, les lésions les plus variées furent observées, brûlures par liquides enflammés ou gaz vésicants, blessures par éclats d’obus ou balles, avec souvent fractures orbitaires et grands délabrements; contusions diverses amenant une atrophie optique; blessures du nerf optique avec perte de la vision, mais intégrité du globe oculaire.
Parmi toutes ces blessures portant sur l’organe de la vision, certaines sont particulièrement intéressantes par leur mécanisme et les lésions graves qu’elles entraînent. Nous voulons parler de l’atrophie optique consécutive aux blessures par baïonnette Lebel. Ce sont des lésions très rares. Nous n’avons pu relever que trois observations, toutes prises dans le service de M. le professeur Rollet. A titre com- plémentaire, nous rapportons une observation concernant un cas d’atrophie optique consécutive à une blessure par baïonnette d’un modèle plus ancien.
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